Un Secret 1

Un Secret 1

Film et Culture Réalisation : Claude Miller Scénario : Claude Miller et Natalie Carter, d’après le roman de Philippe Grimbert Image : Gérard de Battista Musique : Zbigniew Preisner Avec Patrick Bruel (Maxime Grimbert), Cécile de France (Tania Grimbert), Ludivine Sagnier (Hannah Grinberg), Julie Depardieu (Louise), Mathieu Amalric (François, adulte). France – 2007 – NB/couleur -1 h40. RESUME 2 Fils unique, François rn… Swip next page manque de confianc soi et vit avec le senti sensation d’avoir un frère de son u corps chétif, qui jours eu la ?ge, un sportif sûr de lui, content de ses exploits, pour qui réussir serait chose facile. La vie qu’il mène avec ses parents, Maxime et Tania, est tranquille en apparence, mais le non-dit règne, le malaise est palpable. François vit particulièrement mal l’attitude distante que son père adopte à son égard, et n’en comprend pas la raison.

L’année de ses quinze ans, lors dune seance de cinéma, il est confronté à des images dont le contenu, sans qu’il le sache, le concerne intimement. Bouleversé, il rentre chez lui. Louise, une amie de la famille, se décide alors à évoquer un passé qu’il nia pas connu (la uerre, l’Occupation, le zones : au nord,

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la Zone Occupée, sous contrôle allemand, au sud la « Zone Libre ». Immédiatement, le régime de Vichy adopte des réglementations antisémites, applicables sur tout le territoire.

Les Juifs de France sont alors persécutés : recensement, écriteau sur les devantures des magasins signalant l’origine juive des commerçants, port de l’étoile jaune obligatoire, interdiction de fréquenter les lieux publics, confiscation des biens, impossibilité d’exercer certains métiers (fonction publique, enseignement, armée, presse, etc. ), rafles, rrestations et déportations dans les camps de la mort. AMBIGUITE ET DISTANCE DU PERE Maxime est un personnage qui laisse apparaître une certaine ambiguité.

D’ailleurs, son propre père se pose lui-même la question : « Qu’est-ce que j’ai fait pour avoir un fils antisémite 7′. Grand sportif, il sculpte un corps parfait jour après jour, à une époque où le nazisme fait l’apologie du corps athlétique : en 1936, les Jeux Olympiques ont lieu ? Berlin, ils sont magnifiquement filmés par Leni Riefenstahl dans Les Dieux du stade. Maxime tombe amoureux de Tania, blonde aux yeux bleus, hampionne de natation, à la beauté plastique idéale. Maxime regarde son enfant, malingre et craintif, avec amertume.

Il est incapable de lui donner l’affection nécessaire. Il dit de lui . « Cet enfant m’a échappé.  » Manifestement, ce personnage a passé une bonne partie de sa vie a nier sa judéité. Il l’a fait avant les persécutions nazies et ce déni n’a fait que se renforcer par la suite. Mau 20F 12 les persécutions nazies, et ce déni n’a fait que se renforcer par la suite. Maurice Corcos, psychanalyste et psychiatre, développe l’idée selon laquelle le comportement de Maxime est « le terrible effet de contamination du nazisme ». Il cite un extrait du livre de Philippe Grimbert (Edition Livre de Poche, p. 6):  » L’œuvre de destruction entreprise par les bourreaux avant ma naissance se poursuivait ainsi, souterraine, déversant ses tombereaux de secrets, de silences, cultivant la honte, mutilant les patronymes, générant le mensonge. Défait, le persécuteur triomphait encore.  » Maurice Corcos conclut en disant: « Cela produit un incroyable effet dévastateur par la culpabilité, mais surtout par l’identification à l’agresseur.  » (Extrait d’une inten,’iew donnée au Monde de L’éducation, juillet 2007, n0360). Louise, l’amie de la famille Grinberg, est tout le contraire de Maxime.

Kinésithérapeute, elle soigne les plaies, et console les peines de François enfant. Elle lui apporte une écoute, une tendresse, une présence que personne d’autre ne semble lui témoigner, et c’est elle qui lui révèle les secrets du passé familial, le délivrant ainsi de son malaise et de ses souffrances. Comme toute la famille Grinberg, elle est de confession juive. Elle souffre d’un léger handicap physique qui la fait boiter, et le film suggère son homosexualité. Louise est un personnage sensible, attentif, d’une profonde humanité, qui ne juge et ne condamne jamais personne.

CULPABILITE INDIVIDUELL 3 2 CULPABILITE INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE Le drame de la famille Grimbert, murée dans son silence, est indissociable de la tragédie de la Shoah. Le récit mêle deux histoires qui ont en commun la culpabilité. La culpabilité familiale commence dès la mort de Hannah, la première femme de Maxime, et de leur fils Simon : Maxime et Tania ne peuvent pas ne pas considérer que l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre est, pour une bonne part, monstrueux. Is peuvent s’aimer et ivre ensemble parce que des êtres chers ont disparu.

Leur fils François ne peut pas naître dans un climat et dans des conditions satisfaisantes. A la Libération, tout est mis en oeuvre par Maxime pour effacer son passé. Maintenant que Simon, le fils juif athlétique qu’il chérissait, a cédé la place à un enfant fragile et baptisé, qui le déçoit, il faut oublier totalement le premier. Le nom de famille Grinberg est francisé et devient Grimbert (signalons par ailleurs que le prénom François est le masculin de France et signifie « homme libre ») : les références aux origines uives et aux êtres qui y étaient rattachés sont occultées.

Au désir d’intégration, d’assimilation de Maxime (qui était déjà fort avant guerre) s’est ajouté le besoin d’effacer toute trace du passé, compte tenu des souffrances vécues et de la culpabilité qui s’y rattache. Les parents de François renoncent à leur identité juive. par conséquent, ils privent leur fils d’un héritage nécessaire à sa construction et d’une vérité(s) nécessaire(s) ? 4 12 héritage nécessaire à sa construction et dune (ou plusieurs) vérité(s) nécessaire(s) ? on équilibre psychologique.

Le tabou familial est, par ailleurs, le reflet d’un tabou historique et collectif. Après la guerre, et malgré le traumatisme, les survivants des camps ont dû reprendre et assumer une vie ordinaire. La France s’est reconstruite avec, pour le peuple juif, l’évidence d’un immense non-dit. Personne ne désirait vraiment entendre certaines vérités : l’horreur des persécutions et des camps était devenue taboue. Ceux qui avaient collaboré dune part, ceux qui avaient fait comme s’il ne se passait rien, d’autre part, (c’est le cas de Maxime), nt éprouvé des sentiments de honte et de culpabilité.

La situation des survivants était encore plus douloureuse : la chance d’avoir survécu, que d’autres n’avaient pas eue devenait une faute. Ceci explique pourquoi certains n’ont jamais voulu « redevenir » juif. METAPHORES DU SECRET En adaptant Un secret de Philippe Grimbert au cinéma, Claude Miller a choisi d’exprimer le thème que le titre expose par une série de métaphores. e miroir piqué de moisissures devant lequel François, en maillot de bain, s’observe ? deux reprises prend une signification que le spectateur doit interpréter.

Enfant, puis adolescent, François observe ce petit corps qui lui appartient et dans lequel il ne se reconnaît pas. Sa maigreur et la blancheur de sa peau contrastent avec le corps athlétique et hâlé de sa mère. Cette iais du miroir, introduit s 2 de sa mère. Cette scène, par le biais du miroir, introduit d’emblée le thème du double (le frère qu’il s’est inventé), mais, surtout, représente la difficile quête de soi. Cette quête est en effet contrariée comme l’indiquent la glace abimée et le reflet imparfait. Ce miroir piqué apparaît à plusieurs reprises dans le film.

Il symbolise l’impossible recherche de la vérité. Ainsi, Maxime coiffe son fils Simon devant un miroir piqué avant le drame, et Joseph, le père de Maxime, refera ce geste au même endroit, plus tard, pour son propre fils. Cette répétition marque le temps qui passe, l’absence de transparence au sein de la famille et par conséquent la rupture dans la transmission familiale (à noter que jamais le spectateur ne verra Maxime et François réunis devant ce miroir, puisque François, contrairement à son frère ainé, n’a pas le droit à la reconnaissance paternelle).

L’eau est également un élément symbolique très présent dans la mise en scène. L’eau de la piscine, à Paris, ou l’eau de la rivière, à Saint Gauthier, exercent une sorte de fascination : elles ont pour but de révéler la sensualité de Tania. Malgré cela, l’eau de la piscine peut devenir un lieu mystérieux. Au même titre que le miroir, la surface de l’eau permet de dissimuler, d’enfouir un secret. L’eau symbolise alors l’oubli, le refoulement de souvenirs atroces et des traumatismes qui y sont reliés. Chez François, la piscine provoque systématiquement un sentiment de malaise et de répulsion. 6 2