seance de flagellation

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Daniel Teysseire Un modèle autoritaire : le discours de « la flagellation » ln: Mots, jun 1995, N043. pp. 118-127. Citer ce document / Cite this document : Teysseire Daniel. Un modèle autoritaire : le discours de « la flagellation ln: Mots, juin 1995, N043. pp. 118-127. doi : 10. 3406/rnots. 1995. 1981 http://www. persee. fr/web/revues/home/prescript/article/mots 0243-6450 1995 num 43 1 1981 Daniel TEYSSEIREO modèle autoritaire le discours de flagellation » or 19 Sni* to View « Compter, c’est savoir plus précisément, donc savoir mieux» Alphonse Dupront publiés par les soins du Ministre de l’Instruction public (A.

N„ XIB8951). ; ean Egret, Louis XV et l’opposition parlementaire 1715 — 1714, paris, Cohn, 1970, p. 171-172; Antoine, Louis XV, paris Fayard, 1989, p. 849-854, où se trouve un très long extrait du discours. On pourra également consulter: Jean- Y ves Guiomar, L’idéologie nationale Nation Représentation Propriété, Paris, Champ libre, 1 974, p. 39-40. Voir aussi les dernières synthèses de François Bluche, l’Ancien Régime Institutions et société, paris, Le Livre de poche, Ed. de Fallois, 1993, 222 p.

A la page 191, la séance du Parlement de Paris, où fut lu le discours de la flagellation, est ncore qualifiée, malgré Flammermont (p. 555 note 1),

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de « lit de justice » ; Emmanuel Le Roy Ladurie, L’Ancien Régime. De Louis XIII à Louis XV, 1610-1770, Paris, Hachette, 1991, 461 p. A la page 442, l’auteur a cette définitlon du discours, tout aussi laconique que le texte-même : « Définition ambitieuse mais crépusculaire de l’abso lutisme (qui se veut éclairé) 118 Ce discours est d’abord un énoncé, dans le sens où celui-ci se différencie de l’action.

De fait, le discours de « la flagellation » n’a pas eu d’effet politique Immédiat. Certes, son prononcé a été suivi e la radiation des registres du parlement des arrêtés pris par celuici, qui étaient autant de proclamations anti-absolutistes (voir lignes 20 à 38 du texte), mais cel titué, de la part de Louis l’égard du parlement. Celui-ci ne viendra que cinq ans plus tard, en 1771, quand le roi, poussé dans ses derniers retranchements, introduira une réforme radicale du système politico-judiciaire mettant fin aux prétentions parlementaires.

D’ailleurs, d’entrée de jeu, Louis XV a reconnu le caractère discursif de ses propos, en annonçant : « J’entends que la présente séance ne tire pas à conséquence. Monsieur le Président, faites assembler les Chambres » (Flammermont, op. cit. , p. 555). Dès le départ, le roi a ainsi voulu que son discours soit prononcé pour le principe, c’est-à-dire comme rappel de principes. Cest dans la mesure où ce discours se veut un rappel des principes qu’il est justement un discours d’autorité.

Car qu’est-ce que Yauctoritas ? Le propre de Yauctor, de celui par qui les choses s’accroissent en quantité et en qualité. Et en bonne théologie chrétienne, Yauctoritas de l’Église, c’est ce sur quoi est fondé son pouvoir « de répandre la vraie foi » : « Tu es Pierre et sur cette ierre je bâtirai mon Eglise puis la tradition (la fameuse autorité des pères et de La Tradititon) qul a explicité les raisons dudit pouvoir.

Ce qui veut dire que, contrairement à la confusion moderne, l’autorité ne se confond pas avec le pouvoir, car elle est ce sur quoi il se fonde : les règles qui font qu’il peut. Si lion passe ? l’époque du discours considéré, Diderot le sait bien, lui qui, reprenant «l’abbé Girard» dans ses Synonymesl, écrit: «U autorité est relative au droit ; la puissance aux moyens d’en user ; le pouvoir à l’usage ».

Ainsi, la première citée est tenue puissance aux moyens d’en user ; le pouvoir ? l’usage Ainsi, la première citée est tenue de « la supériorité du rang et de la raison » et le troisième cité « de l’attachement que les personnes ont pour nous » ; ce qui fait que « Y autorité persuade (alors que) le pouvoir entraine Donc, quand Louis XV affirme que cette seance ne prêtera pas à conséquence, cela signifie qu’il ne se place pas dans une logique de pouvoir et encore moins de puissance, mais bien d’autorité, c’est-à-dire d’énoncé de principes intangibles sur lesquels tout repose ; ce qui ne peut qu’être persuasif, puisque l’on ne peut pas penser autrement… à moins de vouloir 1. Encyclopédie, tome. l , p. 898 col. G. art. «AUTORITE, pouvoir, puissance, empire (Gram) »l. 19 tout autre système de références, ce qui est proprement impensable. Cela est confirmé par ce que le roi prend la peine de dire, après que « le dernier (par ordre d’ancienneté) des conseillers d’Etat » (Flammermont citant Hardy, op. cit. , p. 56) Joly de Fleury, ait lu le discours : « Les principes que vous venez d’entendre doivent être ceux de tous mes sujets et ne souffrirai pas qu’on s’en écarte , quant aux affaires de Pau et de Rennes, je maintiendrai de toute mon autorité tout ce qui s’est fait par mes ordres ? (Flammermont, op. cit. , p. 559). Ainsi le discours de « la flagellation est bien un prototype idéal pour une analyse du discours autoritaire, puiquiil ne se veut et n’est que discours sans effet politique concret important), et discours cffautorité, c’est-à-dire d’énonciation de principes constitutifs important), et discours d’autorité, c’est-à-dire d’énonciation de principes du pouvoir.

Confirmation de ce caractère essentiellement discursif trouvée dans la matérialité du texte : les onze expressions de Louis XV renvoyant justement à du dire et non à du faire : « indécence u style »(ligne 5) ; « affectation d’expressions nouvelles » (ligne langage opposé à ses principes » (ligne 21) ; « lui font dire » (lignes 21-22) ; « ils appellent » ou « ils prétendent » (ligne 35) : « toutes ces expressions inventées » (ligne 81) ; « se répandre en invectives» (ligne 85) — voilà pour le dire des parlements (8 expressions) ; « maximes sacrées et immuables » (lignes 54) ; « bonté veut bien encore leur rappeler » (lignes 78-79) ; « principes consignés dans cette réponse » (lignes 87-88), voilà pour le dire l’autorité royale (3 expressions).

Reste à examiner la matérialité textuelle de cet autoritarisme, c’est-à-dire de cette manifestation d’autorité, ordonnée en un en trois parties assez classique : un rappel de la situation : lignes 1 à 20 « trône » 2 — un exposé des deux positions en présence : lignes 20 à 52, avec : lignes 20 à 38 : la position des parlementaires, évidemment condamnée ; lignes 38 à 52 : celle de la monarchie absolutiste, pour Louis XV la seule valable ; — un énoncé en trois points des effets de ce double mouvement de dénonciation des principes adverses et de rappel des siens, 3 à la fin, avec : lignes 53 à 57 : confiance dans la sagesse des parlementaires ; liernes 58 ion des pratiques opp PAGF lg confiance dans la sagesse des parlementaires ; lignes 58 à 77 : récusation des pratiques oppositionnelles de ceux-ci, au nom du droit de remontrances modéré, c’est-à-dire au nom du droit de l’autorité royale à se manifester 1. Puisée à bonne source, puisqui« extraite textuellement des remontrances», Michel Antoine, op. cit. , p. 852. 20 dans sa plénitude ; ignes 78 à 91 : appel à la bonne entente entre le parlement de paris et le monarque, sur la base des seuls absolutistes rappelés. Au vrai, cette structure ternaire du discours royal n’exclut pas une certaine répétitivité, puisque le couple de termes opposés (eux versus vers moi) ordonne non seulement la 2e partie, mais aussi 2e sous-partie, comme si l’autorité menacée par la contestation pouvait pas se départir d’une certaine insistance lancinante devant le caractère extraordinaire de celle-ci : ils osent énoncer des contraires aux miens ! La répétitivité fonctionne ici comme instr ument et de l’indignation et de la condamnation.

Il reste cependant que la première caractéristique de ce discours de l’autorité royale absolutiste est le laconisme. 152 mots pour exécuter les prétentions parlementaires à partager le pouvoir d’une manière exorbitante de la tradition monarchique pluriséculaire, c’est vraiment très peu ! Mais cela suffit our exprimer les trois éléments occurrences de 9 mots servent à le désigner, lui et son action: 7 «cours» (lignes 2, 43, 47, 53, 67, 78 et 91), 5 «parlement» (lignes 88) et «parlements» (lignes 1 , 2, 22 et 30), 4 « officiers » (lignes 1 5, 47, 53 et 78) et 4 « remontrances » (lignes 4, 58, 66 et 82), 3 «magistrature» (lignes 13, 19 et 39) ( 2 «magistrats» [ligne 1 pour les deux]), et 2 ajustice» (lignes 16 t 42). ?? Deuxième élément du conflit : l’agressé, qui est en même temps le tenant du discours et donc du rappel à l’ordre absolutiste traditionnel = le roi. 10 occurences de 5 mots, soit seulement quasi le tiers de l’ensemble précédent, suffisent à le désigner, comme le tenant du pouvoir semblait devoir moins s’étendre sur lui que sur ses adversaires : 3 « roi » (lignes 28 [2 fois] et 68) et « royaume » (lignes 10, 14 et 91), 2 « monarchie » (lignes 12 et 24) et 1 «monarque» (ligne 51), et 1 «trône» (ligne 20). — Troisième élément du conflit entre les parlements et le roi : on objet, c’est-à-dire le pouvoir ou, plus exactement comme nous l’avons vu, la conception du pouvoir, ses principes. 3 occurences de 3 mots seulement la désigne : 6 « autorité » (lignes 3, 34, 43, 44, 46 et 71), 4 «pouvoir» (lignes 30, 46, 64 et 76) et 3 «puissance» (lignes 31, 41 et 75), pour les trois fois accompagnés de l’adjectif « souveraine Mais que cette dernière observation nous trompe pas ; r« autorité » comme le « pouvoir » dont parle Louis XV semblent tout autant relever de la conception 121 qui est la sienne que de celle de la contestation parlementaire. En effet, on trouve aussi bie st la sienne que de celle de la contestation parlementaire. En effet, on trouve aussi bien «mon autorité» (ligne 3 et 71 ) et «ma seule autorité » (ligne 46) que l’autorité des parlements (ligne 43 et 44), il est vrai exercée au nom du roi — ce qui en limite son étendue. « Quant à l’autorité arbitraire » de la ligne 34, c’est bien une expression parlementaire concernant l’autorité royale, mais est dite « attribuée », c’est-à-dire sans valeur réelle.

Pour ce qui du « pouvoir », il semble partager entre le roi qui détient « le pouvoir législatif sans dépendance et sans partage » (ligne 46), arce qu’il l’a « reçu de Dieu » (ligne 76), et les parlements qui se chargent de surveiller « l’abus du pouvolr » (ligne 30) et le « pouvoir terrible » (ligne 64). Mais dans ce cas aussi, ce n’est que «langage opposé aux principes» (ligne 31) ou travestissement de libelles (ligne 61). Autrement dit, renonciation d’un partage du pouvoir et d’une reconnaissance de l’autorité parlementaire n’est que pour mieux signifier, et donc dénoncer, le caractère uniquement verbal des prétentions des adversaires de l’absolutisme.

N’y-a-t-il pas, là, un des paradoxes essentiels de tout discours utoritaire, qui consiste à dénoncer l’adversaire de l’autorité qui prononce comme très menaçant pour les principes-mêmes de celleci, en même temps qu’à le déclarer très verbeux dans ses préten tions Effet sans doute de cette modalité fondamentale du jeu politique qui veut que l’adversaire soit tout à la fois valorisé et dénigré : s’il n’est rien, pourquol le combattre ; s’il a raison, la fois valorisé et dénigré : s’il n’est rien, pourquoi le combattre ; s’il a raison, pourquoi ne pas s’incliner ; donc, il faut qu’il soit menaçant et qu’il ait tort ! Résultat de cela pour l’exemple qui nous occupe : les éléments annexes du conflit restent annexes ! Ainsi ceux sur qui doit s’exercer cette autorité ou ce pouvoir qui est l’objet de contestation sont bien peu évoqués, que ce soit dans le langage politique d’Ancien Régime, sous la dénomination de « sujets » (2 occur. ) ou de « peuples » (1 occur. ), ou dans le langage politique nouveau des Lumières récupéré par les parlementaires, sous la dénomination « nation » (4 occur. ) ou de « peuple » (1 occur. ).

Huit occurrences pour quatre mots (avec une proportion de 5/8 en faveur du langage es Lumières contaminateur du discours parlementaire), c’est bien peu pour l’objet d’application de cette autorité qui est en contestation entre le roi et le parlement. Confirmation, s’il en était encore besoin, du fait que ce qui importe dans une vraie querelle d’autorité productrice de discours autoritaire, c’est moins la finalité de ladite autorité que ses fondements principiels séparant deux adversaires. Qui sont souvent, soit du côté de celui qui parle, la puissance 122 étatique, soit du côté de celul qui est dénoncé, un impersonnel insaisissable et menaçant.

Ce que marque notre texte par deux apax, à dix lignes d’intervalle : celui de « l’Etat » (ligne 40) intégré au syntagme fondamental — « les véritables lois fondamentales l’Etat», méconnues par l’a mentaire et rappelées fondamentales de l’Etat», méconnues par l’adversaire parlementaire et rappelées par le roi comme fondement de sa « puissance souveraine » (Ilgne 41 à 52) ; et le « on » de la ligne 50, impersonnel classique des discours d’autorités contestées, servant à celles-ci à désigner leurs adversaires d’autant plus dangereux qu’ils sont diffus ; ici, le milieu parlementaire contestataire et une certaine opinion libérale qui it et se veut hostile au « despotisme Ainsi, d’un côté, il y a l’Etat et le roi qui parle en son nom pour le défendre, et, de l’autre, il y a un ensemble, une configuration innommée parce qu’innommable tant elle est confuse, de contestataires de cette autorité de l’Etat et des principes qui la fondent. D’un côté, la vérité intemporelle de l’Etat et de son autorité ; de l’autre, le ramassis indéterminé de tous ceux qui s’y opposent. D’où la vigueur de celui qui parle au nom de la première.

Telle est, ce nous semble, la raison du laconisme dont nous venons de donner certains ?léments. Mais la vigueur d’un discours autoritaire, c’est aussi l’assurance, la confiance en soi de celui qui parle au nom de l’autorité. Cela se manifeste, dans ce texte, par une hypertrophie du moi royal. Est-il besoin de rappeler que la monarchie est le système de gouvernement d’un seul, et donc que, dans ce système, quand le détenteur de l’autorité parle, il ne peut le faire qu’à la première personne. Mais à quelle première personne ? A celle du pluriel, usant du « nous » de majesté ? Nenni ! Quand son autorité est contestée dans ses principes-mêmes, le roi fait l’i