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OBJET [YÉTIJDE : La question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVIème siècle à nos jours. PARCOURS 3 Le Dernier Jour d’un Condamné (1829), V. HUGO « Un monologue intérieur au service d’un réquisitoire contre la peine de mort » Texte 2 : Le ferrage des forçats (Chapitre XIII) 10 15 20 25 30 35 40 45 50 or 3 Sni* to View Un rayon de soleil reparut. On eût dit qu’il mettait le feu à tous ces cerveaux. Les forçats se leverent à la fois, comme par un mouvement convulsif.

Les cinq cordons se rattachèrent par les mains, et tout à coup se formèrent en ronde immense autour ardes-chiourme rompirent la danse des forçats à coups de bâton, et les conduisirent à ce baquet, dans lequel on voyait nager je ne sais quelles herbes dans je ne sais quel liquide fumant et sale. Ils mangèrent. puis, ayant mangé, ils jetèrent sur le pavé ce qui restait de leur soupe et de leur pain bis, et se remirent à danser et à chanter. Il paraît qu’on leur laisse cette liberté le jour du ferrage et la nuit qui le suit.

J’observais ce spectacle étrange avec une curiosité si avide, si palpitante,

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si attentive, que je m’étais oublié moi-même. Un profond sentiment de pitié me remuait jusqu’aux entrailles, et eurs rires me faisaient pleurer. Tout à coup, à travers la rêverie profonde où j’étais tombé, je vis la ronde hurlante s’arrêter et se taire. Puis tous les yeux se tournèrent vers la fenêtre que j’occupais. — Le condamné ! le condamné 1 crièrent-ils tous en me montrant du doigt; et les explosions de joie redoublèrent. Je restai pétrifié. ‘ignore d’où ils me connaissaient et comment ils m’avaient reconnu. Bonjour! bonsoir ! me crièrent-ils avec leur ricanement atroce. Un des plus jeunes, condamné aux galères perpétuelles, face luisante et plombée, me regarda d’un air d’envie en disant . Il est heureux ! il sera rogné ! Adieu, c d’un air d’envie en disant — Il est heureux ! il sera rogné ! Adieu, camarade! Je ne puis dire ce qui se passait en moi. J’étais leur camarade, en effet. La Grève est sœur de Toulon. J’étais même placé plus bas qu’eux : ils me faisaient honneur.

Je frissonnai. Oui, leur camarade ! Et quelques jours plus tard, j’aurais pu aussi, moi, être un spectacle pour eux. J’étais demeuré à la fenêtre, immobile, perclus, paralysé. Mais, quand je vis les cinq cordons s’avancer, se ruer vers moi avec des paroles d’une infernale cordialité; quand j’entendis le umultueux fracas de leurs chaînes, de leurs clameurs, de leurs pas, au pied du mur, il me sembla que cette nuée de démons escaladait ma misérable cellule ; je poussai un cri, je me jetai sur la porte d’une violence à la briser ; mais pas moyen de fuir.

Les verrous étaient tirés en dehors. Je heurtai, j’appelai avec rage. Puis il me sembla entendre de plus près encore les effrayantes voix des forçats. Je crus voir leurs têtes hideuses paraître déjà au bord de ma fenêtre, je poussai un second cri d’angoisse, et je tombai évanoui. Victor HUGO, Le Dernier Jour d’un condamné, chap. XIII (1829), p. 82-84 in Bibliolycée.