Poésie

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Bel astre voyageur À La Comète de 1861 Bel astre voyageur, hôte qui nous arrives Des profondeurs du ciel et qu’on n’attendait pas, Où vas-tu ? Quel dessein pousse vers nous tes pas ? Toi qui vogues au large en cette mer sans rives, Sur ta route, aussi loin que ton regard atteint, N’as-tu vu comme ici que douleurs et misères ? Dans ces mondes épars, dis ! avons-nous des frères ? Tont-ils chargé pour nous de leur salut lointain ? Ah ! uand tu revien Lhomme aura dispar Si son œil ne doit pas p page Si ce globe épuisé s’e Dans l’espace infini p Du moins jette au passage, astre errant et rapide, n regard de pitié sur le théâtre vide De tant de maux soufferts et du labeur humain. Louise Ackermann L’Invitation au Voyage Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et

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beauté, Luxe, calme et volupté Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. – Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière. Charles Baudelaire De mon mystérieux voyage Je ne t’ai gardé qu’une image, Et qu’une chanson, les voici : Je ne t’apporte pas de rose 2 OF s mon baiser.

Le Voyage À Maxime Du Camp pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, L’univers est égal à son vaste appétit. Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! matin nous partons, le cerveau plein de flamme, U Le cœur gros de rancune et de désirs amers, Et nous allons, suivant le Mthme de la lame, Berçant notre infini sur le fini des mers : Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ; D’autres, fhorreur de leurs berceaux, et quelques-uns, Astrologues noyés dans les yeux d’une femme, La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent D’espace et de lumière et de cieux embrasés ; La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent, Effacent lentement la marque des baisers. Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons, De leur fatalité jamais ils ne s’écartent, Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons ! Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues, Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon, De vastes voluptés, changeantes, inconnues, Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom ! OF s les bateaux, sur le sable du port, En attendant le flux prochain, dorment encor- Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées, An fouet soudain des montantes marées ! Oh ce regonflement de vie immense et lourd Et ces grands flots, oiseaux d’écume, Qui s’abattent du large, en un effroi de plumes, Et reviennent sans cesse et repartent toujours ! La mer est belle et claire et pleine de voyages. A quoi bon s’attarder près des phares du soir Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs Réverbérer au loin des lumières trop sages ?

La mer est belle et claire et pleine de voyages Et les flammes des horizons, comme des dents, Mordent le désir fou, dans chaque coeur ardent : L’inconnu est seul roi des volontés sauvages. Parte’ partez, sans regarder qui vous regarde, Sans nuls adieux tristes et doux, Partez, avec le seul amour en vous De l’étendue éclatante et hagarde. Oh voir ce que personne, avec ses yeux humains, Avant vos yeux à vous, dardés et volontaires, N’a vu ! oir et surprendre et dompter un mystère Et le résoudre et tout à coup s’en revenir, Du bout des mers de la terre, Vers l’avenir, Avec les dépouilles de ce mystère Triomphales, entre les mains ! Ou bien là-bas, se frayer des chemins, A travers des forêts que la peur accapare Dieu sait vers quels tourbillonnants essaims De peuples nains, défiants 4 OF S nains, défiants et bizarres. Et pénétrer leurs moeurs, leur race et leur esprit Et surprendre leur culte et ses tortures, Pour éclairer, dans ses recoins et dans sa nuit, Toute la sournoise étrangeté de la nature !

Oh ! les torridités du Sud – ou bien encor La pâle et lucide splendeur des pôles Que le monde retient, sur ses épaules, Depuis combien de milliers d’ans, au Nord ? Dites, l’errance au loin en des ténèbres claires, Et les minuits monumentaux des gels polaires, Et l’hivernage, au fond d’un large bateau blanc, Et les étaux du froid qui font craquer ses flancs, Et la neige qui choit, comme une somnolence, Des jours, des jours, des jours, dans le total silence. Dites, agoniser là-bas, mais néanmoins,

Avec son seul orgueil têtu, comme témoin, Vivre pour s’en aller – dès que le printemps rouge Aura cassé l’hiver compact qui déjà bouge – Trouer toujours plus loin ces blocs de gel uni Et rencontrer, malgré les volontés adverses, Quand même, un jour, ce chemin qui traverse, De part en part, le coeur glacé de l’infin . Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages. Le soir se fait, un soir ami du paysage Où les bateaux, sur le sable du port, En attendant le flux prochain dorment encor… Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées Aux coups de fouet soudains des montantes marées ! Emile Verhaeren S OF s