Manon Lescault

Manon Lescault

confier la narration au héros malheureux d’une passion funeste, c’est, à l’évidence, l’inviter à dégager des circonstances atténuantes. Des Grieux ne s’en prive pas, et l’on est enclin à hésiter sur ce qui l’emporte de son aveuglement ou de sa roublardise pour mettre en valeur les bonnes raisons que nous avons de le disculper. D’abord, il s’agit d’êtres jeunes, deux adolescents. Après tout les roueries de Manon sont de mauvaises farces et elles semblent l’amuser beaucoup.

Le milieu social, sans être une excuse, est néanmoins un terrain privilégié de entations : les dernières années du règne de Louis XIV sont marquées par une rapide dissolution des mœurs, qu’explique le recentrage de la vie sociale à Paris, loin de l’ennui de Versailles, Swp to page et Des Grieux sait pa autoriser son incond dans le gros de ma c du moins en la mesu monde, et qu’une m org Sni* to nextÇEge argument pour it rien, après tout, onorer absolument, gens d’un certain our une infamie dans le siècle où nous sommes, non plus qu’un peu d’adresse ? s’attirer la fortune du jeu, je fis sincèrement à mon père le détail e la vie que j’avais menée. A chaque faute dont je lui

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faisais l’aveu, j’av j’avais soin de joindre des exemples célèbres, pour en diminuer la honte. Je vis avec une maitresse, lui disais-je, sans être lié par les cérémonies du mariage : M. le duc de… en entretient deux, aux yeux de tout paris ; M. de… en a une depuis dix ans, qu’il aime avec une fidélité qu’il n’a jamais eue pour sa femme ; les deux tiers des honnêtes gens de France se font honneur d’en avoir. J’ai usé de quelque supercherie au jeu : M. le marquis de… et le comte de… ont point d’autres revenus ; M. le prince de.. et M. le duc de… sont les chefs d’une bande de chevaliers du même Ordre.  » Ainsi cette géographie de la débauche que dessine l’aventure de Des Grieux semble laisser intacts les deux amants qui s’y égarent : l’Hôpital général, le Châtelet, Saint-Lazare sont en ce sens des décors-repoussoirs dont une âme élue par de plus hautes instances ne reconnaîtra jamais l’autorité. Constamment invoquée, la Fatalité empreint aussi le roman de jansénisme (lire, page suivante, Un univers tragique) : Des Grieux roteste de son innocence au moment où nous inclinerions le plus à le juger coupable.

Cest qu’il sépare volontiers l’acte de son intention, selon les principes de la casuistiquela plus habile : pure à l’origine, l’intention se voit pervertie dans sa réalisation par les caprices du Destin. Dans ces conditions, les protestations d’i dans sa réalisation par les caprices du Destin. Dans ces conditions, les protestations d’innocence peuvent accompagner le récit des pires crapuleries : « Quel sort pour une créature si charmante ! Ciel, comment traitez-vous avec tant de rigueur le plus parfait de vos ouvrages ? Pourquoi ne sommes-nous pas nés, l’un et l’autre, avec des qualités conformes à notre misere ? Nous avons reçu de l’esprit, du goût, des sentiments. Hélas ! quel triste usage en faisons-nous, tandis que tant d’âmes basses et dignes de notre sort jouissent de toutes les faveurs de la fortune ! ? Enfin, Des Grieux est repentant tout au long de son récit, et la délicatesse de sa sensibilité ne manque pas de se manifester en accents pathétiques. Ses larmes sont fréquentes en effet, mais c’est peut-être sa lucidlté qui nous touche le plus, celle qui, par exemple, se manifeste, dans ces simples raccourcis : « Manon était passionnée pour les plaisirs; je l’étais pour elle » ou bien  » Je connaissais Manon ; je n’avais déjà que trop éprouvé que, quelque fidèle et quelque attachée qu’elle me fût dans la bonne fortune, il ne fallait pas compter sur elle dans la misère. » Pour cela, Des Grieux nhésitera pas, devant Tiberge effaré, à comparer sa passion à une véritable ascèse.