Les paysans dans les contes de Maupassant

Les paysans dans les contes de Maupassant

Les paysans dans les contes de Mupassant Guy de Maupassant (1850-1893) est un important écrivain naturaliste français. La période de sa plus grande activité littéraire est relativement courte mais fructueuse. « Au cours d’une dizaine d’années, entre 1880 et 1890, Maupassant écrivit environ 300 contes, 7 romans, 3 récits de voyage et 1 volume de vers »1. On voit qu’il pratique plusieurs genres, c’est cependant dans le conte où il excelle le plus2. Les sujets traités dan Une fois il parle de la frivolité, l’autre montre le bonheur, l’autre fois le malheu or 10 sd ux et très divers.

Une fois il nous s, ses contes peignent souvent divers milieux sociaux, parmi eux son groupe préféré – les paysans. C’est aussi le milieu qu’il connaît le mieux4 parce qu’il a passé son enfance à la campagne normande5. Cette analyse aura pour but de montrer le portrait des paysans normands présents dans les contes de Maupassant et de relever les éléments de cette description qui témoignent de l’approche naturaliste de l’auteur. Les récits : « La ficelle « Le petit fût » et « La bête à maît’ Belhomme nous serviront de source.

Commençons par voir comment les paysans et paysannes nous s. ui

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s’intéresse aux foules6. Par conséquent, en lisant les contes de Maupassant on observe que souvent des gens des champs sont présentés chacun à son tour et qu’ils sont différents. Celui-ci est gros ou gaillard, celui-l? maigre ou osseux et ainsi de suite. Néanmoins, on peut trouver une description plus générale des paysans. Elle apparaît dans le conte « La ficelle », où Maupassant nous 2 4 Togeby, Knud, L’œuvre de Maupassant, Copenhague, Danish Science Press, Ltd. , Paris, PLJE 1954, p. 2 Ibid. , p. 113-116 Ibid. , p. 13-14 Ibid. , p. 76 Lagarde, André, Michard, Laurent, XIXe siècle. Les grands auteurs français du programme, paris, Bordas, 1966, p. 492 6 Togeby, Knud, L’œuvre de Maupassant, op. cit. , p. 25 décrit des gens des champs se dirigeant au marché. D’abord, l’écrivain nous fait voir des hommes. Ils ont les jambes torses avec des genoux écartés, l’épaule gauche montée, la taille déviée 7. Il faut remarquer que toutes ces caractéristiques ne sont pas des caractéristiques d’un corps sain mais d’un corps déformé.

On pourrait, sans doute, deviner d’où viennent ces déformations des silhouettes des paysans, à savoir du travail dur qu’ils effectuent dans leurs 10 auchage des blés fait écarter les genoux »8 et que, par conséquent, les paysans ont « un aplomb solide »9. Dans cette présentation, Maupassant nous donne aussi son avis sur les travaux des agriculteurs. Il les juge durs, lents et pénibles. D’habitude, en tant que naturaliste, il essaie de rester le plus objectif possible, mais ici il nous présente son opinion. À part des traits physiques des paysans, Maupassant nous décrit leur tenue.

Ils portent une brillante blouse bleue dont le col et les poignets sont ornés « d’un petit dessin de fil blanc »10 et au dessous ils ont une simple veste noire ou verdâtre 11. Dans e conte « La bête à maïti Belhomme », on apprend aussi que ce sont des vêtements de cérémonie et que la manière dont les gens des champs s’habillent diffère de leur statut, on lit : « leurs chefs étaient coiffés de casquettes de soie, hautes comme des tours »12. Après la description des paysans, il est temps de passer à celle des paysannes.

En lisant « La ficelle » on apprend qu’elles ont « la taille sèche, droite et drapée dans un petit châle étriqué, épinglé sur leur poitrine plate »13. Elles sont coiffées d’un bonnet au-dessous duquel elles portent un linge blanc qui enveloppe la tête et se colle 9 12 13 le physique et la tenue des paysannes. En comparant les descriptions des femmes et des hommes on constate que celle des femmes est moins développée. En plus, une différence intéressante entre campagnards et campagnardes nous est présentée – il marchent différemment.

Les hommes font des pas tranquilles et pendant qu’ils marchent ils ont « tout le corps en avant »14. Les femmes, par contre, marchent « d’un pas plus court et plus vif que leurs hommes »15. En ce moment, on passera à la présentation du psychique des paysans. Au début, il faut remarquer que les gens des champs décrits par Maupassant sont les personnages très authentiques, on pourrait dire, en chair et en os. Ils sont présentés d’une manière naturaliste, ils sont durs, avares, cruels et même sadiques « 16.

Cette façon de les décrire s’oppose à la façon romantique de les présenter comme des prlmltlfs et des enfants de la naturel 7. Regardons maintenant certaines caractéristiques des campagnards qui apparaissent dans les contes de Maupassant. Commençons par décrire un peu l’aubergiste du conte « Le petit fût » – maitre Chicot. Sans doute peut-on dire que il est avide, car il convoite depuis longtemps les terres de sa vieille oisine 18. Comme elle est obstiné et ne veut pas lui vendre ses biens, il cherche à la tromper. Maître Chicot est aussi malicieux.

Liauteur nous en informe ouvertement au début de l’histoire en présentant le personna e, ce qui veut dire que c’est le trait de caractère 0 caractère important de l’aubergiste. Ce trait de caractère de Chicot se manifeste tout au long du récit. par exemple il propose à la vieille de lui payer chaque mois une sorte de rente pour qu’elle le nomme héritier de la ferme, mais il ne veut rien en contrepartie jusqu’? sa mort. LJne telle offre semble sournoise aussi bien pour la vieille ue pour le lecteur. En plus, maître Chicot est avare et malhonnête, car il propose de payer à la femme 14 15 16 17 18 Ibid.

Togeby, Knud, L’œuvre de Maupassant, op. cit. , p. 30 Maupassant, Guy de, Contes et nouvelles choisis, op. cit. , p. 247 beaucoup moins que sa ferme vaut 19. Mais sa cruauté et sa malice se manifestent le plus dans ce qu’il fait après : il attend la mort de la voisine avec impatience et finalement décide de se débarrasser d’elle. Pourtant, il ne le fait pas ouvertement, il le fait sous l’apparence de l’amitié. Il donne à la vieille gratuitement tant d’alcool qu’elle veut. ar conséquent elle en devient dépendante, sa santé s’affaiblit et elle meurt sans que personne soupçonne I iaube iste2Û.

Pour le personnage princi La Ficelle » – maître d’avoir volé un portefeuille, il veut à tout prix prouver son Innocent. De ce fait il raconte son histoire à tout le monde. Il le fait tant de fois qu’il fatigue et irrite son audience. Lorsqu’on trouve le portefeuille, les gens ne croient toujours pas à Hauchecorne. Connaissant sa malice, ils pensent que c’est une sorte de blague de la part du paysan. Ils croient que c’est lui qui a trouvé le portefeuille, mais il a fait rendre l’objet à quelqu’un d’autre . Le paysan continue à se justifier, cela devient son obsession qui le rend malade et enfin cause sa mort21.

Dans le conte « La bête à maît’ Belhomme Y, on observe un groupe voyageant en diligence. Ce groupe a un trait en commun – tout le monde est mal éduqué et ainsi a peu de connaissances sur le fonctionnement du monde. Regardons comment cela se manifeste. Commençons par le passager nommé maît’ Belhomme qui souffre vraiment beaucoup du mal à l’oreille. Selon lui, une bête cause son mal et il est sûr qu’elle lui mange la tête ou lui dévore le cerveau 22. Une telle conception semble plutôt idicule pour le lecteur. Les compagnons de Belhomme ne paraissent pas plus intelligents.

Ils croient l’aider en lui versant de l’eau, de l’eau de vie ou du vinaigre 19 20 21 22 6 0 l’insecte, on ne peut pas dire que leur façon de procéder relève de leur connaissance du fonctionnement du corps humain, mais plutôt des représentations que les voyageurs s’en font. Dans le livre de Knud Togeby sur l’œuvre de Maupassant on lit que pour le conteur « il n’y a qu’une seule réalité, celle de la vie de tous les jours, qui vaut la peine d’être regardée même sous ses aspects les plus laids et les lus cruels »24.

Jetons donc un coup d’œil sur la vie quotidienne des paysans normands. Dans le conte « Le petit fût Maupassant nous fait voir la mère Magloire éplucher les pommes de terre2S. Il faut dire que cette activité tellement ordinaire est non seulement mentionné par l’auteur, mais aussi minutieusement décrite. À l’aide de cette exemple on peut observer que, effectivement, Maupassant observe «la réalité jusque dans ses plus humbles détails »26. Dans le conte « La ficelle on trouve une description intéressante de la place du marché à Goderville.

Ce lieu est plein de gens et d’animaux. L’endroit nous est présenté comme si le narrateur faisait partie de l’assemblée, car ne décrit que les têtes des hommes et des bêtes. On apprend aussi qu’il y a vraiment du bruit : « les voix criardes, aiguës, glapissantes, formaient une clameur continue et sauvage que dominait parfois un grand éclat poussé par la robuste poitrine d’un campagnard en gaieté »27. Même les odeurs de cette grande foule de paysans et d’animaux sont décrites par l’auteur.

On li entait l’étable, le lait et le PAGF70F10 On lit : « tout cela sentait l’étable, le lait et le fumier, le foin et la ueur, dégageait cette saveur aigre, affreuse, humaine et bestiale, particulière aux gens des champs »28. Il faut remarquer que cette description fait appel à différents sens : vue, ouïe et odorat. Cette manière de décrire le lieu permet au lecteur de s’imaginer facilement ce dont il lit, ou même, de se sentir comme s’il était là. 23 24 25 26 27 28 Ibid. , p. 264-266 Togeby, Knud, L’œuvre de Maupassant, op. cit. , p. 1 Maupassant, Guy de, Contes et nouvelles choisis, op. cit. , p. 247-248 français du programme, op. cit. , p. 455 Maupassant, Guy de, Contes et nouvelles choisis, op. cit. , p. 209 Remarquons aussi que l’individualité des personnages créés par Maupassant est entre autres liée à leur langue 29. Le conteur fait assez souvent parler ses héros, ce qui nous permet par exemple de connaître mieux leurs caractères. La langue parlée par les personnages témoigne aussi de leur statut ou de leur origine, c’est pourquoi les paysans décrits par Maupassant parlent le patois.

Voici un exemple venant de « La bête à mait’ Belhomme » : n qu’c’est eune frémi, PAGF E 0 l’observer par exemple dans « La ficelle Un événement tellement banal – le héros ramasse un bout de ficelle – a pour onséquence finale la mort du protagoniste. On peut présumer que dans cette histoire l’auteur se moque de la bêtise des hommes, dans ce cas précis, de l’épa gne exagérée du paysan. Dans ce récit et dans bien des autres, se manifeste la vision pessimiste du monde de Maupassant31.

La présence de la couleur locale est aussi un trait important de l’œuvre du conteur. « Chez Maupassant, les localités et et leur populations font corps avec les contes dune manière indissoluble »32. Les paysans décrits sont Normands et ainsi ils sihabillent d’une façon particulière, ils parlent le patois, ils oyagent aux villes de la région. Il faut dire que la scène des récits est très restreinte. L’action des contes se déroule soit dans le pays de Caux (Normandie), soit à paris ou encore sur la Seine.

Le conteur nous présente des lieux connus de lui et s’il s’en sort, on sent une certaine ambiance de voyage. Pourtant, cela ne l’empêche pas de nous présenter ces endroits avec la même exactitude33. Après avoir lu quelques contes de Maupassant, on peut remarquer que leur 29 30 31 32 33 PAGF 10 et logiques. « Dans les contes de Maupassant il n’y a pas d’effets superflus ou indépendants. C’est le ilieu et le caractère des personnages qul expliquent qu’ils agissent de telle ou telle manière »34.

L’écrivain ne décrit pas tous les éléments de la réalité mais seulement ceux qu’il trouve importants. Il explique son approche dans la préface de Pierre et Jean où il rejette l’idée naturaliste de présenter toute la vérité et décide de présenter la vérité choisie et expressive. Il y dit que si le réaliste se veut artiste, il dolt montrer une vision de la vie qui soit plus complète, plus intéressante et plus vraisemblable que la vérité même35. Il faut dire que Maupassant a réussi à atteindre ce but.

Il possède une « faculté remarquable de créer des mondes auxquels le lecteur croit presque malgré lui ; il choque et repousse souvent ses lecteurs, mais il est rare qu’il les laisse indifférents »36. Bibliographie 1 . Maupassant, Guy de, Contes et nouvelles choisis, Moscou, Éditions du progrès, 1976 2. Togeby, Knud, L’œuvre de Maupassant, Copenhague, Danish Science Press, Ltd. , Paris, PUB, 1954 3. Lagarde, André, Michard, Laurent, XIXe siècle. Les grands auteurs français du programme, paris, Bordas, 1966 34 Togeby, Knud, L’œuvre de Mau assant, op. cit. , p. 27 35 Lagarde, André, Micha e siècle. Les grands