les bonnes

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Le Théâtre, du texte à la scène l/ Scènes d’exposition : Le Misanthrope, de Molière (1666), acte PHILINTE, ALCESTE. PHILINTE Qu’est-ce donc? Qu’avez-vous? ALCESTE Laissez-moi, je vous prie. Mais, encor, dites-m q or20 Laissez-moi là, vous Sni* to View scène 1 her. Mais on entend les gens, au moins, sans se âcher. Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre. Dans vos brusques chagrins, je ne puis vous comprendre; Et quoique amis, enfin, je suis tous des premiers… Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers. j’ai fait jusques ici, profession de l’être; Mais après ce qu’en vous, je viens de voir paraître,

Je vous déclare net, que je ne le suis plus, Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus. Je suis, donc, bien coupable, Alceste, à votre compte? traitez, à moi, d’indifférent. Morbleu, c’est une chose indigne, lâche, infâme, De s’abaisser ainsi, jusqu’à trahir son âme: Et si, par un malheur, j’en avais fait autant, Je m’irais, de regret, pendre tout à l’instant. Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable; Et je vous supplierai d’avoir pour agréable, Que je me fasse un peu, grâce sur votre arrêt, Et ne me pende pas,

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pour cela, s’il vous plait. Les Bonnes, de Jean Genet (1947)

La chambre de Madame. Meubles Louis XV. Au fond, une fenêtre ouverte sur la façade de l’immeuble en face. A droite, le lit. A gauche, une porte et une commode. Des fleurs à profusion. C’est le soir. L’actrice qui joue Solange est vêtue d’une petite robe noire de domestique. Sur une chaise, une autre petite robe noire, des bas de fil noirs, une paire de souliers noirs à talons plats. CLAIRE, debout, en combinaison, tournant le dos à la coiffeuse. Son geste – le bras tendu – et le ton seront d’un tragique exaspéré. Et ces gants ! Ces éternels gants ! Je t’ai dit souvent de les laisser à la cuisine.

C’est avec ça, sans doute, que tu espères séduire le laitier. Non, non, ne mens pas, c’est inutile. Pends-les au-dessus de l’évier. Quand comprendras-tu que cette chambre ne doit pas être souillée ? Tout, mais tout ! ce qui vient de la cuisine est crachat. Sors. Et remporte tes crachats ! Mais cesse ! Pendant cette tirade, Solange jouait avec une paire de gants de caoutchouc, obsep. ‘ant ses mains PAGF OF cette tirade, Solange jouait avec une paire de gants de caoutchouc, observant ses mains gantées, tantôt en bouquet, tantôt en éventail. Ne te gêne pas, fais ta biche.

Et surtout ne te presse pas, nous avons le temps. Sors ! Solange change soudain d’attitude et sort humblement, tenant du bout des doigts les gants de caoutchouc. Claire s’assied à la coiffeuse. Elle respire les fleurs, caresse les objets de toilette, brosse ses cheveux, arrange son visage. préparez ma robe. Vlte le temps presse. Vous n’êtes pas là? (Elle se retourne. ) Claire ! Claire ! Entre Solange. SOLANGE Que Madame m’excuse, je préparais le tilleul (Elle prononce tillol. ) de Madame. CLAIRE Disposez mes toilettes. La robe blanche pailletée. émeraudes. Tous les bijoux de Madame ? éventail, les Sortez-les. Je veux choisir. (Avec beaucoup d’hypocrisie. ) Et aturellement les souliers vernis. Ceux que vous convoitez depuis des années. PAGF davantage et vous regardez dans mes souliers. (Elle tend son pied que Solange examine. ) Pensez-vous qu’il me soit agréable de me savoir le pied enveloppé par les voiles de votre salive ? Par la brume de vos marécages ? SOLANGE, à genoux et très humble. Je désire que Madame soit belle. CLAIRE, elle s’arrange dans la glace. Vous me détestez, n’est-ce pas ? Vous m’écrasez sous vos prévenances, sous votre humilité, sous les glaïeuls et le réséda. Elle se lève et d’un ton plus bas. ) On s’encombre inutilement. Il y a trop de fleurs. Cest mortel. (Elle se mire encore. ) Je serai belle. Plus que vous ne le serez jamais. Car ce n’est pas avec ce corps et cette face que vous séduirez Mario. Ce jeune laitier ridicule vous méprise, et s’il vous a fait un gosse… Oh ! mais, jamais je n’ai… Taisez-vous, idiote ! En attendant Godot, de S. Beckett (1952) Il/ Théâtre au théâtre . de V. Hugo, Acte Ill, scène 4 (v. 973-1008), p. 344 du manuel ; • Lorenzaccio (1834), d’A. de Musset, Acte III, scène 7, p. 345 du manuel.

Les combats de la poésie l/ Aspects de la poésie . De triste cœur chanter joyeusement Et rire en deuil c’est chose fort à faire, De son penser montrer tout le contralre, N’issir doux ris de dolent sentiment, Ainsi me faut faire communément, Et me convient, pour celer mon affaire, De triste cœur chanter joyeusement. Car en mon cœur porte couvertement Le deuil qui soit qui plus me peut déplaire, Et si me faut, pour les gens faire taire, Rire en pleurant et très amèrement Christine de Pisan (1364-1430) J’aime une amie entièrement parfaite, Tant que j’en sens satisfait mon désir.

Nature l’a, quant à la beauté, faite Pour à tout œil donner parfait plaisir ; Grâce y a fait son chef d’œuvre à loisir, Et les vertus y ont mis leur pouvoir, Tant que l’ouïr, la hanter et la voir Sont sûrs témoins de sa p PAGF s OF j’endure : Mon bien s’en va, et à jamais il dure Tout en un coup je sèche et je verdoie. Ainsi Amour inconstamment me mène . Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine. Puis, quand je crois ma joie être certaine, Et être au haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé (1524-1566) Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage, Et la mer est amère et l’amour est amer, L’on s’abime en l’amour aussi bien qu’en la mer Car la mer et l’amour ne sont point sans orage. Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage, Celui qui craint les maux, qu’on souffre pour aimer Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer, Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage. La mère de ramour eut la mer pour berceau, Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau, Mais l’eau contre le feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux, Ton amour qui me brûle est si fort douloureux Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes. Pierre de Marboeuf (1596-1645) Des roses de Lormont la rose la plus belle, Georgina, près des flots nous souriait un soir : L’oraee, dans la nuit, la to nvie : Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps ! Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) El Desdichado Je suis le ténébreux, le veuf, — l’inconsolé, Le prince d’Aquitaine à la tour abolie : Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé, Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie, La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé, Et la treille où le pampre à la rose s’allie. Suis-je Amour ou Phébus Lusignan ou Biron ? Mon front est rouge encor du baiser de la reine ; J’ai rêvé dans la grotte où nage la Sirène… Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron : Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée Les soupirs de la sainte et les cris de la fée. Gérard de Nerval (1808-1855) A UNE PASSANTE La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, une femme passa, dune main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ; Agile et noble, avec sa iam jamais peut-être ! Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! Charles Baudelaire (1821-1867) MA BOHEME (Fantaisie) Je m’en allais, les mains dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal, J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étals ton féal , Oh ! là ! à ! Que d’amours splendides j’ai rêvées . Mon unique culotte avait un large trou.

Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-ourse. Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur. Arthur Rimbaud, Poésies (1871) Ceux-là dont les manteaux ont des plis de linceuls Goûtent la volupté divine d’être seuls.

Leur sagesse a pitié de l’ivresse des couples, De l’étreinte des mains, d mes souples. seuls. Ce sont les bien-aimés du soir et du mystère. Ils écoutent germer les roses sous la terre Et perçoivent fécho des couleurs, le reflet Des sons… Leur atmosphère est d’un gris violet. Ils goûtent la saveur du vent et des ténèbres, Et leurs yeux sont plus beaux que des torches funèbres. Renée Vivien (1877-1909) À TRAVERS LES ÉTÉS.. (À une jeune fille À une maison À Francis Jammes)

Attendue À travers les étés qul s’ennuient dans les cours en silence et qui pleurent d’ennui, Sous le soleil ancien de mes après-midi Lourds de silence solitaires et rêveurs d’amour d’amour sous des glycines, à l’ombre, dans la cour de quelque maison calme et perdue sous les branches, À travers mes lointains, mes enfantins étés, ceux qui rêvaient d’amour et qui pleuraient d’enfance, Vous êtes venue, (1886-1914) Le Grand combat Il l’emparouille et l’endosque contre terre ; Il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ; Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ; Il le tocarde et le marmine,

Le manage rape à ri et ripe à ra. Enfin, il l’écorcobalisse. L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse… Cen sera bientôt fini de lui ; Il se reprise et s’emmargine… mais en vain Le cerceau tombe qui a tant roulé. Abrah ! Abrah ! Abrah ! Le pied a failli ! Le bras a cassé ! Le sang a coulé ! Fouille, fouille, fouille, et se ruine. Dans la marmite de son ventre est un grand secret Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs ; On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne Et on vous regarde On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret. Henri Michaux (1899-1984) Il/ Poème contre l’occupant : Ferme grise aux rives des