Le Sacrifice Humain Livre

Le Sacrifice Humain Livre

6 études d’égyptologie Symbole de barbarie, le sacrifice humain a longtemps servi à stigmatiser la prétendue inhumanité des peuples non civilisés. Comme tout fait humain pourtant, la définition de ce phénomène et l’analyse de ses formes posent problème. En fait, contrairement aux clichés, le sacrifice semble aller de pair avec fémerge en Égypte et en Més une forme de manife royal émergeant. Il e dans le monde aztèq dramatique théâtralit or 157 Sni* to nextÇEge rait voir Lion du pouvoir a travers laquelle il doit impérativement se donner à voir.

Inversement, e sacrifice n’est pas là où Fon a souvent cru le débusquer : dans les civilisations des steppes d’Asie centrale, dans le Soudan de Méroé ou en Gaule, le terme de « sacrifice » a été hâtivement appliqué à des pratiques qui sont en fait celles du cortège des « morts d’accompagnement » ou des cohortes de vaincus massacrés. C’est à la variété et à la complexité du phénomène que s’attache le présent volume, mise en commun des recherches d’une vingtaine d’anthropologues, d’historiens et d’archéologues, à Péchelle de la planète et des millénaires. 005 Paris wvm. soleb. com [email protected] com xxx euros verslon Imprlme Isbn 2-9523726-0-8 version numer. que Isbn 978-2-918157-06-9

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Soleb éditions Soleb 5 rue Guy-de-la-arosse 75005 pans www. soleb. com Le s acrifi ce h umain en Égypte an cie n ne et ailleurs Textes réunis et présentés par Jean-Pierre Albert et Béatrix Midant-Reynes. Avec les contributions de Jean-Pierre Albert, Michel Baud, Jean-Louis Brunaux, Marcello Campagno, Marine Carrin, Éric Crubézy, Marc Etienne, Jean-Daniel Forest, Jean Guilaine, Luc de Heusch, Patrick Johansson Patrice Lenoble, Bertrand

Ludes, Bernadette Menu, -Reynes, Michel Petit, université PaulSabatier, centre d’Anthropologie, Toulouse ; Michel petit, service régional de l’Archéologie ; paris-Île-de-France ; Marc Étienne, musée du Louvre, Paris ; Jean-Daniel Forest, Cnrs, Paris ; Jean Guilaine, Ehess, centre d’Anthropologie, Toulouse, professeur au Collège de France ; Jacques Reinold, ancien représentant de la délagation archéologique française au Soudan ; Alain Testart, Cnrs, laboratoire d’Anthropologie sociale, Paris ; Frédérique Valentin, Cnrs, maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie, Nanterre. m ma Ire Le sacrifice humain 7 Sacrifices humains et autres mises à mort rituelles : une introduction Jean-Pierre Albert et Béatrix Midant-Re nes Heusch 148 Le néolithique soudanais : quelques cas de sacrifices humains Jacques Reinold 156 Le « sacrifice humain » des funérailles impériales de Méroé : un massacre de prisonniers patrice Lenoble 164 La Mésopotamie et le « sacrifice humain » en contexte funéraire Jean-Daniel Forest 180 Le sacrifice humain dans les royaumes de jungle (Inde) Marine Carrin 190 Sacrifices humains et sépultures anciennes e Mélanésie orientale et de polynésie occidentale Frédérique Valentin 212 Le spectacle de la mort sa parfois ? confirmer ou infirmer les sources écrites.

L’appoint de cette discipline vaut aussi, comme le montre ici rexposé de Frédérlque Valentin, pour quelques sociétés sans écriture dont les traditions gardaient trace de telles pratiques. Il faut souligner, en effet, qu’en règle générale, les ethnographes n’en ont trouvé sur leur terrain que des souvenirs plus ou moins lointains : administrateurs coloniaux et missionnaires avaient déjà fait leur œuvre avant leur arrivee. La moisson d’exemples la plus féconde est donc à chercher du côté de l’histoire, celle des sociétés anciennes ou celle des peuples qui, comme en Amérique, pratiquaient encore le sacrifice humain, et ? grande échelle, lors de leurs premiers contacts avec les Occidentaux.

Même si les situations décrites sont parfois assez complexes pour jeter le doute sur l’intention exacte de tel ou tel type de mise à mort ritualisée, la réalité des faits ne Savère pas intégralement soluble dans la critique des sources. Co mme l’écrit à bon droit Jean-Louis Brunaux, si l’interprétation comme acrifice humain, en archéologie ou ailleurs, risque toujours de devenir « trop facile et racoleuse », elle ne relève pas pour autant du pur fantasme culturel. Les contributions au présent ouvrage émanent de cinq journées d’études interdisciplinaires organisées par le Centre d’anthropologie de Toulouse en 1999-2000 d’une part, en mars 2002 d’autre part.

Elles ont en commun le souci d la réflexion théorique et contradictoires : bien des sociétés ont connu le sacrifice humain, il aucun doute, mais, par ailleurs, le risque est grand, en ces atières, de forcer l’interprétation. Les choses ne sont déjà pas simples, on va le voir, dans les cas les mieux documentés. En rabsence de témoignages écrits, les voies de l’interprétation se font encore plus incertaines. Qu’il s’agisse de restes introduction 12 osseux dont le nombre, l’état et la localisation suggèrent une mise à mort peut-être ritualisée, ou que ce soient des documents iconiques, il est difficile de trancher en l’absence d’éléments contextuels assez explicites.

Michel Petit analyse, dans sa communication sur les « puits funéraires » n Gaule, un cas du premier type — même si la réalité des sacrifices humains chez les Gaulois est attestée par ailleurs, la question de leur ampleur et de leurs modalités reste un problè oloeie peut utilement sévèrement pillées), se signalent des cas d’inhumations simultanées et des traces de mort violente sur les os, dont la comparaison avec des exemples relevés par la médecine légale (Bertrand Ludes et Éric Crubézy) révèle qu’il pourrait s’agir d’égorgements, suivis dans deux cas de décollation. C’est l’occasion pour Éric Crubézy et Béatrix Midant-

Reynes de reprendre les questions soulevées par Flinders Petrie au début du xxe siècle, et de reformuler le problème du sacrifice humain dans l’Égypte prédynastique, ? l’aube des temps pharaoniques, en intégrant les données iconographiques des premiers documents écrits (les tablettes-étiquettes) et les données archéologiques des grands sites d’époque thinite, Abydos et Saqqara- Michel Baud et Marc Étienne replacent ces données dans le cadre global de la civilisation pharaonique, en y ajoutant l’interprétation inédite d’un document des annales royales du iiie millénaire. Les auteurs s’accordent ? reconnaitre, ? propos des interprétations sacrificielles de ces données, le poids d’un obstacle épistémologique inverse de celui que nous avons signalé plus haut : comment une civilisation aussi « avancée » que celle de l’Égypte aurait-elle pu tolérer ces pratiques barbares ? Il a fallu l’article décisif de Jean Yoyotte (1980-81), relatif à une époque plus tardive, pour balayer cette prévention et porter un autre regard sur les matériaux disponibles.

En dépit des limites imposées par les sources documentaires, ‘identification de pratiques sacrificielles peut gagner en crédibilité tous les indices sont évalués à leur juste poids grâce, en particulier, a une approche comparatiste. C’ prit leur juste poids grâce, en particulier, à une approche comparatiste. C’est dans cet esprit que nous avons souhaité faire dialoguer archéologues, historiens et ethnologues spécialistes de différentes époques et aires culturelles, afin d’élaborer ensemble à la fois des gardefous et des propositions heuristiques. Plus modestement, nous sommes au moins parvenus à mettre en commun nos interrogations autant u’a nous éclairer les uns les autres sur les quelques certitudes que nous pouvlons verser au dossier.

Mais, surtout, il est apparu que des problèmes qui pouvaient d’abord sembler purement techniques (par exemple l’interprétation des sépultures multiples) débouchaient en fait sur des questions anthropologiques de fond, comme celle de la place du religieux dans les motivations des pratiques rencontrées ou, plus radicalement encore, comme celle de la définition d’un rite sacrificiel. Produire une définition du sacrifice est une tâche délicate et, ? l’heure ctuelle, il serait très optimiste de parler d’un consensus à ce propos. La catégorie du «sacrifice », en effet, inévitablement établie à partir du lexique rituel de religions érigées en paradigme (comme le sacrifice védique chez Hubert et Mauss), est vulnérable aux arguments du relativisme culturel. « L’air de famille » d’un certain nombre de rituels, relevés dans des ensembles culturels distincts, ne constitue pas un indice suffisant de la convergence de leurs significations.

L’exem le du rétendu régicide aux premiers temps de la civili ique, fondée sur la u sacrifice suprême du roi-dieu et la comparaison avec des pratiques africaines, illustre bien les difficultés soulevées par de telles convergences, comme le montre Marcello Campagno- C’est ainsi que Marcel Detienne a pu proposer de son côté, non sans bonnes raisons inspirées, en particulier, par la forte singularité du sacrifice en Grèce ancienne, de renoncer à la prétention d’ériger le «sacrifice » en catégorie surplombante, à vocation transculturelle (Detienne et Vernant, 1979 : 34). En même temps, le recours au comparatisme, joint au constat, ? ‘échelle mondiale, de la très grande ressemblance de certains usages et des justifications qui en sont données localement, rend inévitable le recours à une définition de fait, dont on a tout à gagner à expliciter les critères. En vérité, cette tâche n’a rien de démesuré, au moins pour son versant négatif, c’est-à-dire l’élaboration de distinctions suffisamment fondées.

Le meilleur exemple de cette démarche nous est offert ici par Alain Testart qui, au terme d’une argumentation serrée, refuse tout caractère sacrificiel aux « morts d’accompagnement » découverts dans les épultures de grands personnages : même si de véritables sacrifices humains peuvent avolr lieu à l’occasion de funérailles, ils ne doivent pas être confondus avec la mise à mort ou le suicide des proches du défunt, qui relève d’une tout autre logique. Luc de Heusch our l’Afrique, Jean-Louis Brunaux pour la on mesure sans peine l’incidence sur l’interprétation des données possiblement « sacrificielles » fournies par l’archéologie funéraire. 3 14 Cet effort de clarification n’en suppose pas moins des prises de position théoriques qui, même si elles débouchent sur des résultats onvaincants, ne sont pas à l’abri de toute discussion. On a ainsi vu s’opposer, au cours des longs débats qui ont suivi les communications (et dont cette voudrait, à défaut d’entrer dans les détails, au moins traduire l’esprit), deux orientations. D’un côté se trouvent les tenants d’une conception étroite du sacrifice, qui se reconnaitraient sans doute dans les éléments de définition proposés ici par Alain Testart: « Il n’y a pas de sacrifice qui ne soit offert, en principe, à une puissance surnaturelle. Il y faut un tiers, en plus du PAGF 57