Le recyclage des déchets ménagers et professionnels : un enjeu économique de la politique industrielle du Sénégal ?

Le recyclage des déchets ménagers et professionnels : un enjeu économique de la politique industrielle du Sénégal ?

Université Assane SECK de ZIGUINCHOR Workshop du 15 au 17 mai 2014 Le recyclage des déchets ménagers et professionnels : un erueu économique de la politique indust Sni* to View Gilles DOUBLIER/ Stéphan D. SENGHOR Mars 2014 Communication pour le Workshopl du IS au 17 mai 2014 un enjeu économique de la politique industrielle du Sénégal ? 2 1 Résumé « Et si les entrepreneurs étaient responsables des déchets que leurs activités génèrent et investissaient dans leur recyclage » économique croissant et permet des économies de ressources naturelles ou d’énergies liées à l’utilisation de ces matières remières recyclées.

Par exemple, en 2010, le secteur français de la valorisation industrielle des déchets a représenté près de 12 milliards de chiffre d’affaires et a eu d’importantes retombées en termes de croissance et d’emplois et d’amélioration de la balance commerciale, y compris en exportant les matériaux excédentaires. Pour soutenir la dynamique, les décideurs institutionnels europeens comme français ont officialisé, en autres, le principe du « pollueur-payeur », qui rend les entreprises responsables des déchets que leur activités produisent et favorisé la création de ilières REP de recyclage et d’éco-organismes pour les financer.

La question est de savoir si une telle stratégie de gestion économique des déchets

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ménagers et professionnels peut-elle être mise en œuvre au Sénégal ? 2 Une difficile gestion des déchets mondiale comme locale Avec une population mondiale qui va passer de 7 à 9 milliards d’être humains d’ici 2050 (et dont 1 terrien sur 3 sera africain), la production des déchets devient une problématique alarmante, d’autant plus qu’elle subit une croissance exponentielle due au changement des habitudes de consommation

Cela représente un poids considérable pour la planète, ses écosystèmes et son climat, si nos modes de vies et de production ne changent pas. Pour les collectivités locales de toutes les grandes métropoles du monde, la gestion de ces déchets constitue un exercice difficile, sinon impossible, à satisfaire en totalité, notamment pour les villes africaines.

Les raisons en sont multiples et connues : des moyens financiers limités, des équipements vétustes et en nombre insuffisant, des dépôts de transit non ou peu aménagés l’éloignement et la de la décharge 0 ombre insuffisant, des dépôts de transit non ou peu aménagés l’éloignement et la de la décharge finale, le rôle et les moyens des associations de collecte non appuyées et peu valorisées, une large incivisme des ‘populations, .

Par exemple, pour Dakar et sa région, on estime que sur 2 000 tonnes produites par jour, seulement 50 à sont réellement évacués, Cela veut dire que 600 à 1000 tonnes de déchets non collectés s’accumulent aux précédents et impactent l’environnement, soit parce ce qu’ils sont, bien que cela soit illégal, incinérés par les habitants, rejetés, de maniere sauvage, dans les ues, dans les caniveaux, dans d’anciennes carrières ou déversés, tels que les champs, à la demande d’agriculteurs, comme engrais, entrainant de ce fait une dispersion, outre de prodults dangereux, comme les piles et batteries, . , de très nombreux sachets plastiques utilisés comme emballages. Ceux-ci « décorent » tristement les arbres, « tuent » les sols, entravent le drainage des caniveaux, favorisant la stagnation des eaux et la propagation de maladies hydriques (choléra, typhoïde) et du paludisme. 3 La mise en décharge / L’incineration . Des solutions imparfaites et peu satisfaisantes

La politique généralement proposée pour les pays du Sud, par les grands organismes internationaux et les opérateurs internationaux de gestion des déchets, est la mise en décharge, complétée dans certains cas, par l’incinération des déchets pour les éliminer en produisant de l’énergie. Malgré les normes et les progrès techniques, il s’agit l? d’installations extrêmement couteuses et difficiles à gérer, qui continuent à participer à la pollution des sols et des nappes phréatiques, mais, aussi, de l’air, avec la production de gaz ? effet de serre (GES), de fumées polluantes et cancérigènes.

Les clmenterles constituent, néanmoins, serre (GES), de fumées polluantes et cancérigènes. Les cimenteries constituent, néanmoins, un outil industriel permettant la valorisation des déchets totale (énergie et matière) : i) une parfaite destruction des déchets : températures très élevées (flamme à 2 0000C), long temps de séjour dans le four, garantie du respect des normes d’émissions dans l’atmosphère ; ii) la génération d’aucun déchet ultime (ni cendres, ni mâchefers).

Prenons, simplement le cas du centre d’Enfouissement Technique, prévu pour gérer les déchets de la Région de Dakar, n lieu et place de la décharge sauvage de Mbeubeuss considéré comme une « bombe écologique Son cout est estimé à 10 milllards de FCFA et son implantation, à Slndia, distante de 70 kms de Dakar.

Outre l’opposition des populations riveraines, et sa proximité avec le nouvel aéroport Blaise Diagne de Diass, imaginons les rotations de camions qui vont faire quelques 140 kms aller et retour pour aller déposer leurs déchets dans cette décharge et les impacts de cet éloignement en termes de consommation en carburant et d’usure des moyens logistiques 4 De For dans les déchets Pourtant il est un constat évident pour raisonner autrement : A Dakar et très certainement, à peu de choses près, dans les autres bourgades et villages du pays, plus de des déchets sont récupérables, réutilisables, recyclables et valorisables.

Soit pour 2 000 tonnes produits journellement : 740 tonnes de déchets inertes, 700 tonnes de déchets organiques, 140 tonnes de papiers/cartons, 115 tonnes de textiles et chiffons, 73 tonnes de plastiques, 15 tonnes de metaux, mais aussi 10 tonnes de déchets pouvant être dangereux et toxiques. Encore s’agit il l? des déchets restants après le passage des collecteurs informels Ces pourcentages tradults en poids sur l’année sont éloquents. Ils équivalent 27000 0 informels Ces pourcentages traduits en poids sur rannée sont éloquents.

Ils équivalent 270000 tonnes de déchets inertes, soit quelques 10 000 camions de 18 m3 , qui n’ont rien à faire en décharge et pourraient sewir de remblais utiles, 250 000 tonnes de fermentescibles, transformables en 85 000 tonnes composts pour la culture et le maraîchage, à la place d’engrais chimiques importés, 50 000 tonnes de papiers et cartons, qui sont gaspillés alors qu’ils pourraient être retransformés prés de 6 fois en e nouveau papier/cartons ou en énergie pour la cuisson des briques, plus de 26 000 tonnes de plastiques réutilisables pour la plasturgie, etc. etc, .

De quoi alimenter en « matières premières recyclées » de nombreuses entreprises locales demanderesses. 5 Un autre modèles émerge : Celui du Zéro déchets En effet, aujourd’hui, compte tenu de la raréfaction des ressources naturelles, d’une augmentation des couts de l’énergie et des gains de productivité de plus en plus ténus, mais aussi, des réactions de la société civile vers des modèles plus durables, le modèle linéaire n’est plus considéré comme le modèle ?conomique de référence. l_Jn autre modèle émerge : celui du « Zéro Déchets dont l’économie circulaire en est le maillon essentiel.

Ce modèle « Zéro Déchets » veut qu’au lieu de produire des déchets, on produise des matières premières qui vont être utilisées pour d’autres processus industriels, où les déchets des uns serve de ressources aux autres. Ce principe, que l’on appelle l’Economie circulaire », s’appuie sur 7 axes de développement stratégique : éco-conception, recyclage, économie des ressources naturelles et énergétiques, emploi prioritaire des matières ecyclées, tout au long de la vie du produit ou servlce Chacun de ses axes peut être indépendant.

Les 7, ensemble, forment le cercle vertueux. PAGF s 0 service Selon le cabinet McKinsey4, l’économie circulaire permettralt de réaliser une économie nette minimale de 380 milliards de dollars par an en matières premières en Europe. A cette exploitation des ressources évitée, s’ajoute la création valeur positive, fondée sur la consommation relocalisée, le soutien à une activité industrielle et agricole sur les territoires et le développement de nouvelles filières dédiées à la réparation, au réemploi et au recyclage.

Les acteurs informels : Précurseurs de l’économie circulaire 6. 1. « Les déchets des uns sont les ressources des autres » Dans les pays africains, les acteurs informels sont depuis longtemps les précurseurs de l’économie circulaire et les déchets, qui sont considérés par beaucoup comme une nuisance, constituent pour eux une ressource, qui leur permet de subsister.

C’est le cas sur la décharge de Mbeubeus6 où, selon une étude réalisée, de 2006 à 2007, par l’Institut Africain pour la Gestion Urbaine (IAGU), l’activité des récupérateurs génère une masse financière de près de 13 millions de francs de Cfa par jour, n revendant des « matières premières secondaires à des entreprises qui les transforment en produits commerciaux. Les activités des « 900 à 1 000 personnes qui vivent sur le site de la décharge, consistent à récupérer et à traiter les produits suivants : tissus : nettoyés et revendus aux tailleurs qui en font des sacs, des tentes, etc. roduits plastiques : revendus aux industries qui fabriquent des récipients, des chaussures, des nattes, etc. produits métalliques vendus aux fonderies qui les convertissent en barres de fer, des tôles etc. /cartons récupérés PAGF 6 0 d’aluminium, etc. cartons récupérés pour servir d’emballage bouteilles très appréciés par les producteurs d’acides, dhuiles, d’eaux distillées etc. compost pour les activités agricoles ou pour le développement d’espaces verts 6. . L’esquisse d’une synergie entre secteurs formel et informel Le cas de la décharge de Mbeubeuss montre bien qu’il peut exister une synergie entre un secteur informel qui collecte des déchets valorisables et peut les préparer pour être des « matières premières secondaires» exploitables et un secteur formel qui les acquiert pour les transformer en prodults utiles et, ainsi créer des lus values en les commercialisant.

Cette synergie est une source d’approvisionnement essentielle du secteur formel en matières premières recyclables ; découle d’une compétence reconnue et unique en matière de collecte et de tri ; bénéficie d’un usage intensif de la main-d’œuvre, plutôt que le recours à des technologles plus coûteuses ; est une réponse économique à la pauvreté ; profite de rétonnante créativité des informels à fabriquer des produits utiles pour la vie quotidienne Malgré tout, cette synergie n’est pas gagnante-gagnante en l’absence de réglementations ou de leurs applications ffectives , si un marché rémunérateur des produits recyclés n’existe pas ; du fait d’une exploitation des plus pauvres qui profitent le moins des plus values générées par les produits recyclés ; d’une absence de technologies de transformation appropriées pour mieux valoriser les produits7 ; d’un manque de ressources financières pour investir dans des unités professionnelles de transformation ; de la faiblesse de quantité s significatives pour une PAGF 7 0 durable avec le secteur formel ; de méthodes impactant gravement la santé des collecteurs, la santé en général et l’environnement8. Elle a le mérite d’exister, mais, en l’état, elle ne peut s’inscrire dans une politique industrielle moderne et novatrice, susceptible dattirer les grands opérateurs économiques.

Ses perspectives de développement seraient certainement regardées avec plus d’intérêt par les bailleurs de fonds institutionnels, si elle respectait les conventions internationales9 et s’inscrivait dans une logique de développement durable. 6. 3. Rappel du concept du Développement durable : Le concept, consacré au sommet de la Terre de 1992, au Sommet de Rio, s’appuie sur trols piliers: le progrès économique la justice sociale, a préservation de l’environnement. La question est de savoir comment passer d’une synergie qui fonctionne, mais reste, malgré tout, très aléatoire en termes de respect des règles sociales et environnementales, à une stratégie durable performante, tout en restant économiquement rentable et attractive pour des investisseurs. 6. 4.

Les producteurs et détenteurs de déchets Selon le Code français de l’environnement, tout producteur ou détenteur de déchets (ménagers, industriels ou inertes) est responsable de ses déchets jusqu’à leur élimination. Le producteur et le détenteur peuvent être deux personnes istinctes. Est ainsi considéré comme détenteur de déchets, le prestataire chargé de leur collecte, de leur transport ou de leur traitement. Le particulier, dans le cadre de ses activités domestiques quotidiennes, produit des ordures ménagères, dont l’obligation d’élimination, déchets, pour des raisons évidentes de commodités, est à la charge des collectivités.

Les professionnels (entreprises établissements publics), producteurs de déchets « x ordures mén PAGF B0 (entreprises, établissements publics), producteurs de déchets « assimilés » aux ordures ménagères, générés dans le cadre de eurs activités, peuvent recourir aux services de collecte et de traitement des collectivités, moyennant une redevance spéciale ou d’un prestataire qu’ils choisissent et rémunèrent directement. Ces mêmes professionnels, qui produisent des déchets dangereux (ou susceptibles de l’être), comme les solvants, les huiles usagées, déchets d’activités de soins, mais aussi, les panneaux solaires, les sources lumineuses, les piles et rémunèrent des filières spécifiques de collecte accumulateurs, et de traitement. En ce qui concerne les producteurs, importateurs et distributeurs e produits, metteurs sur le marché, il peut leur être fait obligation de pourvoir à l’élimination des déchets générés par ces produits en fin de vie, selon l’application du principe « pollueur- payeur b.

Cette élimination s’effectue dans le cadre de filières REP impliquant la Responsabilité élargie du Producteur. Cette différenciation est importante pour situer la responsabilité des producteurs et détenteurs de déchets dans la chaine de valeur du recyclage 6. 5. Filières REP et éco-organismes : La petite histoire française de la gestion des emballages10 En France, dans les années 1980, le modèle de consommation inéaire prévaut. On ne se pose pas de questions : « J’achète, je consomme, je jette ». Tout le reste des déchets ménagers était incinéré ou enfoui dans des décharges à ciel ouvert, les suremballages étaient légion et la consommation semblait n’avoir pas de limite.

Mais progressivement, une prise de conscience s’est opérée autour des enjeux liés à la pollution environnementale et au gaspillage. L’idée que nos ressources naturelles sont épuisables et qu’il faut agir pour repenser le mode de gestion de nos déchets PAGF 0 ressources naturelles sont épuisables et qu’il faut agir pour epenser le mode de gestion de nos déchets a fait son chemin chez les décideurs politiques et économiques comme dans l’opinion publique Au début des années 90, la gestion des déchets devient un enjeu politique et économique. Antoine RIBOUD, PDG de BSN, entrepreneur engagé socialement, s’empare de ce sujet stratégique. Il considère que c’est aux entreprises de trouver une solution au problème de la fin de vie de leurs emballages.

En 1991, Antoine Riboud et Jean-Louis BEFFA, PDG de Saint-Gobain, remettent au ministre de l’Environnement de l’époque, leurs rapports respectifs, qui posent les contours de ce que sera Eco- Emballages. Créée en 1992, Eco-Emballages11 est une société privée, agréée par l’État pour remplir une mission dintérêt général, et qui est l’outil qui répond à l’obligation de mise en place de la « responsabilité élargie des producteurs » (REP) sur le principe du « pollueur-payeur » : celui qui met sur le marché des emballages doit contribuer financièrement à la gestion des déchets qui en sont issus. Le consommateur paye une éco-contribution sur chaque emballage.

Cette contribution financière est collectée par Éco-emballages. Elle sert au financement des collectivités ocales chargées de la collecte et du traitement des déchets d’emballages, ainsi que celui des campagnes de communication. L’Eco-organismes est agréé tous les 6 ans par Fétat, qui s’appuie sur une commission consultative d’agrément rassemblant tous les collèges de la société (producteurs, distributeurs, consommateurs ONG environnementales, élus, opérateurs des déchets). Éco-emballages a été inventé par des Industriels pour des industriels. Il est administré par eux, dont les principaux géants du secteur de l’agroalimentaire et de la cosmétique (Danone, Nestlé, L’Oréal, e