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IMAGINAIRES « POPULAIRES » ET STÉRÉOTYPES : À PROPOS DES HISTOIRES ARABES Salah-Eddine Bariki et Jean-Robert Henry C. N. R. S. Editions Hermès, La Revue 2001/2 – no 30 pages 103 à 113 ISSN 0767-9513 Article disponible en ligne à l’adresse: —http• -2001-2-page-103. ht Document télécharg 22/03/2015 22h19. @ Pour citer cet article : hermes-la-revue orn Sni* to View -81 . 240. 179. 17- —————————Bariki Salah-Eddine et Henry Jean-Robert,« Imaginaires « populaires » et stéréotypes : à propos des histoires arabes Hermès, La Revue, 2001/2 no 30, p. 03-113. Distribution électronique Cairn. info pour C. N. R. S. Editions. @ C. N. R. S. Editions. Tous droits réservés pour tous pays. stockage dans une base de données est également interdit. Document téléchargé depuis www. cairn. info – – – 81 . 240. 179. 17 – 22/03/2015 22h19. C C. N. R. S. Editions salah-Eddine Bariki Journaliste, Marseille Jean-Robert Henry Document téléchargé depuis www. cairn. info – – 22/03/2015 22h19. C. N. R. S. Editions IMAGINAIRES « POPULAIRES » ET STEREOTYPES : A PROPOS DES HISTOIRES ARABES Les « histoires arabes » racontees en France, ainsi que d’autres expressions inavouables ou anonymes de nos fantasmes, comme les graffitis des « lieux

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ublics ou 1 ion se comporte en prive sont une piece importante de notre systeme de representation des hommes du Sud ou venus du Sud, ne serait-ce que par la masse du public touche.

Plutot que de les isoler totalement des discours reconnus et assumes sur nos rapports avec ces hommes, il semble pertinent de s’interroger sur les intertextualites que la marge des discours entretient ici avec son centre, et d’analyser comment l’un et l’autre s’informent et se repondent mutuellement. Ce serait en effet une erreur de reserver 1 i emission et la consommation de cette « populaire orale ou PAGF 7 OF meurtre?

Ne constituent-elles pas plutot un xutoire d’agressivite, un mode de dedramatisation par ! ‘humour d’une vision ou d’un vecu inter-ethnique des tensions sociales et inter-societales ? Autrement dit, relevent-elles d’un mode de gestion psychologique de ces tensions, plus spontane et « primaire » que les gestes et paroles symboliques qui, dans un genre tres different, s’attachent a convertir les rapports d’hostilite collective en processus reconciliateurs ?

Ces questions conduisent a preter attention a ce que recouvre 1 ‘apparente simplicite du rapport aux autres eta soi-meme dans les « histoires arabes dont le pole d’emission reste dans ous les cas « nous », meme si nous y faisons surtout parler les « autres HERMES 30, 2001 103 CNRS, Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (Iremam) Document téléchargé depuis www. cairn. info – -81 . 240. 179. 7 L’intt—ret porte ici aux Imaginaires populaires du rapport a l’autre s’inscrit dans une reflexion di ensemble sur les intertextualites entre les differents discours coloniaux construisant ou formulant des stereotypes. Sur ce theme, nous avons analyse les rapports entre discour PAGF ramene a certaines preoccupations du present ouvrage sur les liens entre caracteres physiques et mentaux : Image typifie, precise les tralts physiques, exhibe les races et la couleur, meme quand le texte n’ en dit rien, et, au total, construit du facies, forme extreme de stereotype.

Ainsi, une celebre caricature de l’Assiette au beurre, parue en 1903, et intitulee: « Civilisation et syphillisation montrait un marin blanc se jetant sur une femme noire, dans une commune detresse morale 1 • Une approche intertextuelle permet de degager les points communs des differents discours – ansi le role central que joue la dialectique du meme et de ‘autre dans le jeu des stereotypes -tout en relevant la vocation de chacun d’eux. Elle invite a s’interroger sur l’ apport propre de chaque registre discursif a un meta-discours sur l’ autre, c’est-a- dire sur ! articulation entre les representations sophistiquees ou savantes du rapport aux autres et des expressions en apparence sommaires ou brutales. n importe enfin d’envisager l’intertextualite de diachronique: si l’effet des stereotypes sur la formulation de nos rapports avec les hommes du sud se manifeste si puissamment aujourd’hui, c’ est qu’ elle mobilise certaines constantes ; il y a interet a prendre en consideration la genealogie (coloniale ou non) du phenomene, du moins quand ela est possible.

LI exercice est evidemment peu facile pour des corpus fugaces comme les « histoires arabes » Des points communs avec les graffitis pour mieux cerner la notion di « histoires arabes et son statut discursif particulier dans 1 espace public, nous la rap rocherons d’un autre mode d’ expression populaire de n dans 1 espace public, nous la rapprocherons d’un autre mode d’ expression populaire de nos rapports aux autres que sont les gra/fitis sur les Arabes.

Tous deux presentent un certain nombre de points communs . Ce sont des discours sans statut officiel, sous forme verbale, ou ous forme ecrite non reconnue, et dans tous les cas fugaces. – Ces discours echappent a la censure de ce qui est juridiquement, politiquement, socialement, moralement ou litterairement correct. – Neanmoins, ils s’adressent au public, meme si ce public est circulant, successif. Le public est ici une somme de destinataires successifs.

L’histoire arabe passe de personne en personne; les graffitis s’adressent aussi a un public compose d’une succession d’individus, un 104 Salah-Ed dine Bariki, Jean-Robert Henry 22/03/2015 22h19. @ C. N. R. S. Éditions public captif d’un espace et d’un contexte particuliers. Mais, dans es deux cas, un vaste public toumant est finalement touche. – Ce sont enfin des discours anonymes. Pour les histoires arabes, l’emetteur initial est toujours inconnu.

Meme si [histoire vient d’etre inventee par celui q il ne se presente que PAGF s OF par le lecteur interesse, invite a appeler un numero de telephone (ce qui induit d’ ailleurs des phenomenes d’ auto-censure, pour echapper aux poursuites, notamment en matiere de detournement de mineurs). Quant aux inscriptions sur des murs ou sur tout autre support dans 1′ espace urbain, elles sont egalement anonymes et si adressent a un public large. Elles e veulent des formules qui suggerent: «on a perdu ! ‘Algerie, mais on a garde les Arabes pouvait-on lire sur un mur de Marseille en 1990. Ces discours semblent dans tous les cas une formulation a 1 etat brut des stereotypes, negatifs ou positifs, autour du terme « arabe », mot unique, central, sans synonyme, a forte connotation ethnique, renvoyant implicitement tout a la fois a l’image d’un type physique ou ethnique, a une memoire coloniale et a une realite presente. – Ce sont enfin des discours tres repetitifs : les histoires arabes brodent sur quelques trames (qui empruntent elles-memes aux histoires juives eta ‘autres blagues ethniques, et sont sans cesse reactualisees) ; le discours est egalement tres repetitif pour les graffitis.

Acote de ces points communs entre histoires et graffitis, il faut cependant relever quelques differences qui font davantage ressortir la specificite des histoires arabes : – celles-ci exploitent le plus souvent une image negative de 1 ‘Arabe, alors que les graffitis tendent a exalter leurs qualites sexuelles (que d’autres voient cependant comme des defauts) 2 , – le message des histoires s’ adresse a un public indifferencie, quoique majoritairement masculin ; celui des graffiti t cible sur des PAGF 6 OF est fortement cible sur des partenaires homosexuels potentiels.

Censure et auto-censure L’analyse des histoires arabes3 pose d’abord un probleme de corpus. Ceux-ci ne sont pas faciles a constituer, malgre certains recueils (Herisson, Fluide glacia4 Cent blagues, ParisHumour qui n’indiquent pas la provenance des histoires, et qui sont inevitablement autocensures. Le probleme de censure est tres bien pose des 1923 par l’auteur des Histoires juives et Nouvelles histoiresjuives, qui supprime de ses recueils « celles qui sont d’un caractere erotique, HERMEs 30,2001 105 81 . 40. 179. 17 Imaginaires « populaires » et stereotypes : apropos des histoires 81 . 240. 179. 17- scatologique, pornographique », et denonce la « vulgarite choquante » et denuee d’interet de precedents recueils4 . L’auto-censure s’exerce aussi aujourd’hui sur Internet: on n’y trouve plus de rubriques relatives a des histoires arabes, encore moins a des blagues racistes. Le corpus d’une cinquantaine d’ « histoires arabes » sur lequel nous nous appuyons a ete une certaine forme d’ autocensure.

Une approche diachronique de la production de ces histoires serait interessante a developper, mais la constitution de corpus omparatlfs fiables entre « histoires arabes » d’hier et d’ aujourd’hui se revele peu aisee. Ainsi, aucune d’ elles ne figure dans un livre de 1925 sur« Les veritables histoires marseillaises b. Un recueil di « histoires arabes » paru en 1927 dans la Bibliotheque du Bon vivant, ne cite que des histoires venues de la tradition arabe, et recueillies au Maroc principalement par un auteur dont le pseudon—e (Khati Cheghlon) cacherait le romancier AlbertJospovici (ancien secretaire du khedive d’Egypte).

Quelques annees plus tard, vers 1935, un recueil des meilleures histoires coloniales, nonyme mais attribue au meme auteur, y mele la relation aux Europeens (en mettant 1′ accent sur le theme du marl trompe). Mais tres peu d’histoires mettent en scene le colonise en France, encore moins l’immigre. Une seule releve de ce champ : un brave tirailleur a sulvi son ancien officier en France ; il est devenu homme a tout faire, et notamment a honorer Madame capitaine. Celle-d apprecie sa vigueur sexuelle, mais lui reproche d’ignorer les longs raffinements de l’amour.

Ce type d’humour grivois – ou le paternalisme n’ est pas absent n’ est plus du tout a 1 ‘ordre du jour dans les « histoires arabes » actuelles. Elles sont au contraire crispees contre la relation sexuelle inter-ethnique, alors que celle-d est devenue, comme le montrent les enquetes de l’INED, un fait social beaucoup plus repandu qu’a l’epoque coloniale. 8 OF Propositions de typologies L’ etablissement d’un corpus permet de proposer, dans un premier temps, une typologie des histoires. a) a plus elementaire est d’ ordre /ormel.

Sous le terme generique « histoires arabes il faut entendre en realite une variete de genres : des histoires proprement dites, des dictons, et surtout des devinettes, ou un role actif d’ adhesion est sollicite de Il auditeur. Un point commun 106 HERMES 30,2001 Salah-Eddine Bariki, Jean-Robert Henry • 81 . 240. 179. 17- de ces differents «genres »est cependant l’usage systematique du mota arabe qui reactive un vocabulaire ancien pour l’ adapter ala situation d’immigration. L’ « Arabe » n’ a pas de nationalite.

Originaire de« l’autre cote», c’est- a-dire du Maghreb, il est la principale figure actuelle (physique et morale) de cet etranger familier qu’est l’immigre. b) Une seconde typologie simple consiste a classer les « histoires » selon leurs emetteurs et leurs destinataires, quand ils sont reperables. Notre corpus omprend en majorite des« histoires arabes »des Fran—;ais, mais aussi: des histoires « algeriennes » racontees par des immigres d’ origine maghrebine ; PAGF OF beaucoup entre les groupes : par exemple de jeunes « Beurs » se reapproprient (par derision ? et diffusent des histoires racistes sur les Arabes. Et en realite, il ne faut pas beaucoup solliciter les interlocuteurs, ou immigres, jeunes ou vieux, cultives ou non, pour que chacun livre, au cafe ou au cours d’un repas, son repertoire d’histoires arabes, qui recouvre souvent largement celui du voisin. c) Une troisieme typologie, plus complexe, concerne la hematique des « histoires arabes » (entendues de fa-;on extensive). • Dans ces histoires, les « autres » sont d’abord caracterises par leurs tra•ts physiques.

Le critere de couleur est peu mis en avant dans les histoires contre les Arabes, mais se trouve present dans des histoires d’ immigres d’ origine maghrebine sur les N airs. Ainsi ces deux devinettes qui circulaient en 1998 parmi de jeunes Beurs de Marseille « Qu’est-ce qui est noir et qui sent le renferme? – Nelson Mandela « Qu’est-ce qui est noir, qui pue et qui glisse? – Surya Bonaly Il est interessant d’en rapprocher ce dicton recueilli chez un Noir e Marseille:« On dit qu’un Noir est un homme de couleur, or, les Noirs restent toujours noirs.

Cest leBlanc qui est un homme de couleur : rouge ala naissance, vert quand il a peur, marron quand il est bronze » Associe ou non a la couleur et a la salete, un autre caractere physique, l’odeur, est present dans de nombreuses histoires par exemple : « Quelle est la difference entre un Arabe et un pneu ? – n’ est pas la peine dele brUler pour qu’il pue » (lyceen, Aix) ; ‘ Arabe ce « Pourquoi les sacs poubelles du 16eme arrondissement sont-ils transparents a Noel? Pour 10 rif