voyages et aventure du capitaine Marius Cougourdan

voyages et aventure du capitaine Marius Cougourdan

‘ VOYAGES ET AVENTURES DU CAPITAINE MA-RIUS- COUGOURDAN OUVRAGES DU MÊME AUTEUR QUI SE TROUVENT A LA LIBRAIRIE OIXBNDORFF ZOOLOGIE MORALE, études humoristiques, sentimentales et anthropologiques à propos des bêtes (première série), 1 vol. in-12 carre, orne d’une eau ZOOLOGIE MORALE, anthropologiques à p in-12. CONTES, ornés du po 8 d ‘Vipe next page pos d entimentales et me série). 1 vol. valida à la Tête de Bois, dessiné et gravé à l’eau-forte par l’auteur. 1 vol. in-12.

NOUVELLES, ornées d’une eau-forte par l’auteur. 1 vol. in-12. F-ANTAISIES, ornées d’une eau-forte par l’auteur. 1 vol. n-1 2. — Il a été tiré, de chacun des cinq ouvrages qui précèdent, Nota. 50 exemplaires sur papier de Hollande. LA BIBLIOTHEQUE DE L’ECOLE DES BEAUX-ARTS, Bibliographique et artistique sur cette bibliothèque. étude LES LOIS PÉNALES DE LA FRANCE, en toutes matières et devant toutes les juridictions, exposées dans leur ordre naturel, avec leurs motifs. 2 vol. grand in-8, de xi-1 655 pages.

Sous presse . MARIUS COTGOURDAN COMMANDANT LE TROIS-MATS LA BONNE-MÈRE DU PORT DE MARSEILLE AVEC LE PORTRAI DU CAPITAINE DESSINÉ PAR L’AUTEUR p ARIS PAUL OLLENDORPP, EDITEUR 28 6iSj EUE DE RICHBLIEU, 28 bis 884 Droits de reproduction et de traduction réservés. NOTICE SDR

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LA VIE ET LES ŒUVRES DE COUGOURDAN naquit à Marseille, le 13 avril 1 771, dans une maison de la rue Pavé-d’Amour, qui existe encore et qui porte le numéro 6. On ne s’explique pas par quelle incurie sa ville natale, d’ordinaire plus soucieuse s. e ses gloires, n’a pas encore songé à faire poser une plaque commemorative sur la façade de cette maison, car de tous les marins illustres que Marseille a lancés sur les mers, Cougourdan fut ? coup sûr le plus prodigieux. Quoi qu’il en soit de cette regrettable omission, es registres de la paroisse où il est né ont préservé de l’oubli la date de son entrée dans ce monde où il devait faire ta 2 OF épouse. Le parrain a esté Barthélémy Audibert, maistre portefaix, et la marraine MarieAnne Pierrugues, marchande.

En foy de quoy fay signé avec les témoins ci-après. Ainsi signé sur le registre : Louis-Lazare Cougourdan, Barthélémy Audibert, Marie-Anne Pierrugues, Algand, Truc, et Astoin vicaire. Les récits qu’on va lire rendent, ce me semble, inutiles les détails que je pourrais donner sur l’enfance de notre héros. Ce qui intéresse dans un homme, c’est ce qu’il a fait depuis le moment ù il est entré en ligne dans la bataille de la vie usqu’à Iheure où la mort a eu raison de lui.

Somme toute, ce jeu du courage et de la volonté contre les forces et les lois de la nature est encore ce qu’il y a de plus curieux dans le spectacle de l’univers. Sans doute nous n’y comprenons pouvaient encourir cette mesure disciplinaire. Au reste Cougourdan ne fit par-là que mettre en pratique à l’avance un droit’que le législateur a jugé indispensable d’inscrire dans notre loi maritime actuelle, où il figure à l’article 365 du Gode de justice militaire pour l’armée de mer, du 4 jun 1868.

Cougourdan a navigué depuis l’an 1785, qu’il s’embarqua comme mousse, ayant alors quatorze ans et quatre mois, jusqu’en 1835, qu’il quitta son métier à la suite d’un voyage où il avait vu mourir sous ses yeux, les uns après les autres, tous les hommes de son équipage : on lira l’histoire de cette épouvantable catastrophe. Cougourdan, on peut le dire, en est mort. Il fit encore un voyage aux échelles du 3 OF catastrophe.

Cougourdan, on aux échelles du Levant, mais ce fut le dernier, et il prit la résolution de se retirer à la campagne avec son navire, comme nous le verrons à la, fin. Dans cette période de cinquante ans il n’a pas assé en tout trois ans à terre, de sorte qu’on peut tenir qu’il a flotté pendant quarante-sept ans entre le ciel et la mer, ce qui doit lui faire pardonner bien des fautes. Un autre motif d’indulgence à invoquer en sa faveur, c’est sa piété envers Notre-Dame de la Garde.

Cette piété, qu’on veuille bien le remarquer, était absolument aveugle, et c’est par-l? qu’elle peut donner une idée de ce que, sous les VII nombreuses avaries dont la fortune de mer l’avait criblée, valait au fond l’âme du capitaine. Là, comme dans une sainte-barbe à l’abri des tempêtes de la vie et des griffes de ce de Satan, omme il l’appelait dans ses angoisses de conscience, Marius avait un. sanctuaire où, toute radieuse de puissance et de beauté, resplendissait l’image de cette créature céleste qui remplaçait pour lui la mère, la sœur, l’amante, dont il n’avait jamais connu la douce affection.

Dans le danger comme dans la prospérité, il croyait la voir étendre ses bras sur lui et lui sourire du haut des cieux; lorsqu’il avait commis quelque pécbé d’une énormité particulière, il tremblait et lui demandait pardon, de sorte qu’on peut dire en vérité que. devant celle qu’il appelait « la bonne Mère » il est resté petit enfan OF dire bonne Mère » il est resté petit enfant jusqu’à son dernier jour.

Pauvre Cougourdanl Croyez-moi, il valait mieux que sa conduite. Et au demeurant, si l’on rassemble dans un seul tableau l’histoire de ses travaux et de ses exploits, savez-vous que ce n’est pas le premier venu, et que le sillage qu’il a tracé sur le globe ferait envie à plus d’un conquérant? Vous pouvez en juger par ces quelques chiffres, relevés d’après les détails qu’il m’a donnés de temps à autre au cours de ses récits : Il a navigué pendant cinquante années ; .

Il a formé plus de vingt capitaines au long ours et plus de deux cents matelots, tous de premier ordre; Il a fait 400,000 lieues environ sur toutes les mers du globe , Il a transporté pour plus de quarante millions de marchandises au compte de divers; Il a importé aux colonies plus de 10,000 nègres; il a pris, tant aux Anglais qu’aux autres ennemis de la France, 3 frégates, 5 corvettes, 8 brieks. 13 goélettes, 17 canonnières, 4 chaloupes et 20 navires marchands. Et tout cela, bien entende, au péril de sa vie.

En estimant le tout au bas mot, ses prises représentent : 3,680 morts ou prisonniers ; 557 canons; 15 millions environ de valeur de prises. Il n’est pas probable qu’Alexandre, par exemple, poussant ses conquêtes dans des pays où , personne ne se défendai autant de s OF marche sur l’Inde ; Mahomet, faisant campagne dans les déserts de l’Arabie, n’a certainement pas détruit pour autant de millions de marchandises, et ni l’un ni l’autre n’a pris soit un canon soit un navire.

Gougourdan, *lui, a fait aux ennemis de son pays un mal immense; il a paralysé leur commerce eir répandant la terreur sur les mers; il leur a tué beaucoup d’hommes : on peut donc sans exagération affirmer que son action comme belligérant a équivalu à celle dune brigade bien ourvue d’artillerie.

Au point de vue de la production, les 55 millions de marchandises qu’il a versées sur les marchés français sous forme de fret ou de prises, les 10,000 nègres qu’il a transbordés d’Afrique aux colonies sous forme d’esclaves, constituent un’ fait économique des plus considérables : et si l’on pouvait suivre la répartition qui s’est faite de toute. s ces valeurs, on serait épouvanté du nombre de familles qui se sont enrichies indirectement de la peine qu’il a prise et du sang qu’il a répandu.

D’ailleurs les flots de la mer ont lavé ce sang : ils se sont refermés depuis de longues nnées sur les navires et sur les cadavres qu’ils avaient engloutis, et la trace même en a disparu pour Jamals. Yoilà, équitablement mise en lumière, ce que . représente une figure comme celle de Gougourdan. On y pourra juger quels hommes c’étaient que nos vieux capitaines marins marseillais quand les circonstances leur ermettaient de déployer les qualités d’int nergie 6 circonstances leur permettaient de déployer les qualités d’intelligence et d’énergie qui font la gloire et l’orgueil de la race phocéenne.

Je sais bien qu’on m’opposera ici l’objection banale qu’on jette au nez de tous les héros imaginaires : c’est que Marius Cougourdan n’a jamais existé. Cette objection, je ne ferai pas à mes lecteurs l’injure de la discuter. Je me contenterai de faire remarquer que : l’existence étant dans tous les cas fugitive et passagère pour les héros aussi bien que pour le commun des hommes, le héros mort et celui qui n’a jamais vécu sont logés à la même enseigne, mais que l’un et l’autre vivent également dans l’imagination et dans » le souvenir des hommes. 1 est vrai qu’ils y figurent à un titre différent pendant un temps plus ou moins long : mais il est non moins vrai qu’au bout de ce temps les ouvenirs s’effacent, le fil des traditions s’emmêle, les savants embrouillent la question : peu à peu le personnage historique devient légendaire, de légendaire allégorique, d’allégorique mythique, et il finit par être confisqué au profit de quelque orientaliste qui s’en fait des rentes. Et de même on voit en sens contraire un personnage mythique remonter les mêmes degrés et devenir finalement historique.

La distinction entre les personnages réels et les personnages’ mythiques est donc une simple subtilité scolastique bonne tout au plus à assouvir XII OF l’intellect grossier d’un matérialiste. La religion et l’histoire de l’immense majorité du genre humain sont peuplées d’un personnel entièrement imaginaire, et le nom du plus obscur des dieux de l’Inde est plas connu et plus influent que celui de tel conquérant qui a ravag’é la terre. Ces dieux, tout faux qu’ils sont, mènent le monde et ne meurent point.

Don Quichotte aussi n’a jamais existé, ni l’Invallde à la Tète de Bois, ni don Juan, ni Faust : et en attendant, si grand est le besoin, pour l’âme humaine, d’attester le vrai en dépit du réel, qu’elle consacre des monuments et des chefsd’œuvre à la mémoire de ces êtres faits du plus ur de son idéal. L’immortalité s’attache aux lieux où les romanciers et les poètes ont fait vivre leurs héros : nous savons cela, nous autres de Marseille qui envoyons nos étrangers visiter, au château d’If, le cachot de Monte-Cristo.

Donc, tout bien considéré, je ne vois aucune’ raison pour que vous ne lisiez pas les histoires de Marius Cougourdan avec autant de confiance et d’intérêt que j’en ai eu moi-même à les raconter. Ne se passent-elles pas dans cette région intermédiaire entre le rêve et la réalité, qui est la seule où nous puissions, nous autres spiritualistes, respirer en leine certitude? Nous ne connaissons que les simulacres des choses : il n’en est pas une seule qui ne traîne avec soi son mystère la suivant comme son ombre et que nous ne percerons jamais.

Sans l’art et l’idéal, tous ces êtres vivants dont l’écl 8 OF percerons jamais. Sans l’art et l’idéal, tous ces êtres vivants dont l’éclat et le relief nous crèvent les yeux ne seraient pour nous qu’un peuple de statues qui étoufferaient l’âme humaine entre leurs bras de pierre. Quant à mon héros, comment ne pas l’aimer quand, au travers des merveilleuses aventures où il déploie, pour vous plaire, tant dé courage t de gaité, nous le voyons réunir, comme vous et moi, cet assemblage des qualités les plus heureuses et des défauts les plus regrettables, sans lequel, soit dit entre nous, il n’y a pasAd’homme parfait?

VOYAGES ET AVENTURES MARIUS COUGOURDAN Qui n’a pas connu le capitaine Marius Gougourdan, commandant le trois-mâts La Bonne-Mère, du port de Marseille, ne peut pas avoir une idée, même approximative, de ce que le soleil avec tous ses feux, la mer avec toutes ses tempêtes, peuvent faire d’un homme, lorsque cet homme est né rue PavédAmour, la dernière à votre droite quand vous descendez la Cannebière pour aller au port.

Je vous le déclare avec franchise, moi qui SUIS hé dans la rue Sainte, moi qui ai respiré avec les poumons d’un fils pieux cette vertigineuse atmosphère de la cité phocéenne, mélange prodigieux de soleil, de goudron, de gaité, de mistral, de soude artificielle, d’esprit et de tant d’autres émanations dont je vous fais grâce ; moi qui ai vu dans celte ville des hommes co a nulle jamais aucun mortel, même de ceux qu’on m’a appris à admirer dans les annales de l’histoire, même de ceux dont j’ai le regret d’ignorer l’existence , ne m’a inspiré un étonnement aussi profond et, je m’honore de le dire, une admiration ussi franche et aussi sincère que le capitaine Marius Cougourdan, commandant le trois-mâts La Bonne-Mère, du port de Marseille ! Il faut convenir du reste que les circonstances dans lesquelles je le vis pour la première fois étaient bien faites pour me surprendre et pour m’impressionner. C’était le 15 août 1825, fête de l’Assomption.

Nous avions passé la matinée aux Catalans, et nous eûmes l’idée de monter à Notre-Dame de la Garde, comme doit le faire de temps en temps tout bon Marseillais lorsqu’il veut retremper son admiration pour sa ville natale en allant la contempler de là-haut dans son opulente et radieuse plendeur. ly avait assez de monde sur la route et nous montions sans trop y prendre garde, lorsque nous commençâmes d’entendre derrière nous un brouhaha qui nous fit retourner, et nous vîmes déboucher du tournant de la montée un cortège tel qu’on n’en vit et que probablement on n’en verra jamais en pareil lieu. Cétait une calèche découverte traînée par sis mules blanches et qui montait majestueusement cette espèce d’escalier rocailleuxqu’on appelle le chemin de Notre-Dame de la Garde et qu’un piéton ne peut gravir sans tirer une Ian ue de lusieurs centimètres. Les mules étaient ornées de li hés 0 8