Venkataraman

Venkataraman

Les valeurs de Francois Dalle Il ne s’agit pas pour nous d’evoquer ici toutes les valeurs de Francois Dalle, decede a l’age de87 ans le 9 aout 2005, mais plus simplement de souligner celles qui ont fait de lui, dansl’exercice de ses fonctions, un veritable entrepreneur. A l’evidence, Francois Dalle n’a pas ete un chef d’entreprise ordinaire, lui-meme avait coutume de dire : « Entreprendre n’est pas gerer »8 et au-dela des mots, il en faisait la demonstration quotidiennement dans son entreprise contribuant ainsi a diffuser aupres de sescollaborateurs et de l’ensemble du corps social des valeurs entrepreneuriales fortes.

Entreprendre n’est pas gerer renvoie a l’existence des deux fonctions essentielles qui doiventetre mise en oeuvre d’une maniere appropriee dans toute entreprise9. La premiere est lafonction d’exploration qui consiste a innover et a tirer profit de l’innovation ; a concevoir eta lancer de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles activites ; a conquerir denouveaux marches. Dans cette fonction, le chef d’entreprise est entrepreneur. Par exemple,pour Francois Dalle : « Lorsqu’on tient un bon produit, il faut avoir l’audace de mettre lepaquet ; toute les forces de l’entreprise doivent etre concentrees sur sa reussite.

Il faut commencer par vider la caisse, ne pas tolerer

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le moindre retard dans la production ou la livraison, il faut donner aux representants un moral de vainqueurs et les mettre en condition de transmettre leur enthousiasme a leurs clients »10. La seconde fonction est celle d’exploitation. Elle se traduit par l’apport direct, l’acquisition, l’assemblage et l’organisation des ressources humaines, relationnelles, technologiques, physiques et financieres qui s’averent necessaires a la concretisation des avancees decoulant de l’exploration.

Dans cette fonction, le chef d’entreprise fixe les objectifs et les strategies pour les atteindre, il est alors gestionnaire ou manager. La publication du deuxieme numero de la Revue de l’Entrepreneuriat, qui a quelque peu tarde pour des raisons que l’onpeut aisement comprendre (la relative jeunesse de l’Entrepreneuriat comme champ disciplinaire en France), nous donnel’occasion de prolonger les reflexions que nous avions emises avec Robert Paturel lors de notre precedent editorial.

Il y aen effet un reel chemin parcouru depuis la soutenance en 1993 de la these pionniere de Christian Bruyat, et on peut direque la recherche francaise en Entrepreneuriat existe desormais, meme si elle n’est pas encore tres abondante. Peut-onaller plus loin, et suggerer, comme nous l’avons fait lors des dernieres Journees Recherche de la FNEGE, qu’il existe un« French Touch » de la recherche francaise, et par extension francophone, dans ce domaine ?

Le contenu de ce numero,s’ajoutant a celui du premier, ainsi que la lecture de certains travaux recents1nous incite a pencher pour l’affirmative, etc’est l’objet de cet editorial d’en developper l’argumentation. Celle-ci s’articulera autour de l’idee principale que si desmethodologies de type qualitatif retiennent prioritairement l’attention des chercheurs francais, c’est en grande partie enraison de preferences theoriques, dont il convient de rappeler quelques uns des aspects les plus saillants.

Mais celan’empeche pas un certain eclectisme au niveau des moyens d’acces au reel, dont les articles retenus ici nous fournissentde bonnes illustrations. Il nous restera a souhaiter une plus grande diversite d’approches dans les travaux a venir, quipeuvent desormais emprunter sans crainte les voies moyennes empirico-deductives et quantitatives cheres a noscollegues anglo-saxons. 1.

Les apports theoriques des chercheurs francais en Entrepreneuriat : un essai de comparaison avec le referentiel anglo-saxonNous ne nous permettrons pas ici de sous-estimer l’importance des debats theoriques aux Etats-Unis, ou la question dela singularite de l’entrepreneuriat comme champ d’etudes ne se pose guere plus, en raison de l’anciennete des travauxqui lui sont consacres et de la legitimite croissante que lui apportent les publications scientifiques qui lui sont dediees.

Personne n’a oublie, par exemple, la celebre controverse entre les tenants d’une approche par les « traits » et ceux d’uneapproche par les « faits », dont la combinaison permet aux representants de l’ecole francaise de dresser un portrait pluscomplet de l’entrepreneur d’aujourd’hui : il se caracterise essentiellement par un certain type de comportement (les« faits ») et par sa capacite a convaincre les parties prenantes pour reunir les ressources necessaires a son projet, mais ilfaut bien reconnaitre que ce comportement ne peut pleinement s’exercer que si son titulaire est possesseur de certains« traits » (profonds comme le « locus of control », ou desir de maitriser son propre destin, plus superficiels comme lesfacultes d’endurance et de tenacite) qui, sans etre exclusifs, semblent caracteriser la propension a entreprendre (T. Verstraete, 2002 ; 24). Il est impossible ici, on le devine, de rendre compte de l’integralite des efforts qui ont ete effectuesOutre-Atlantique pour delimiter le champ de recherche qui nous interesse2.

Les noms de Gartner et de Venkataraman, enparticulier, sont associes a deux themes, celui de l’emergence organisationnelle et celui de la decouverte et del’exploitation des opportunites, consideres par ces deux auteurs comme au c? ur des phenomenes entrepreneuriaux. Lasynthese de ces deux notions a donne lieu par ailleurs a une elegante definition americaine de l’entrepreneur en tantqu’individu (« c’est une personne qui, apres avoir identifie une occasion d’affaires, cree une organisation pourl’exploiter »). Tout au long de ces dernieres annees, notamment dans la Revue Entrepreneurship Theory and Practice, sesont succedes les articles discutant des fondements de la discipline, explorant sa « genese » (Brazeal et Herbert, 1999),n’hesitant pas parfois a reconnaitre que la recherche en entrepreneuriat ne se trouve encore qu’au stade de sonadolescence (Low, 2001).

V1Il n’est pas souhaite que cette note soit consideree comme un « etat de l’art », car nous nous sommes contentes ici de citer a titre d’illustrationsquelques uns des travaux auxquels nous avons eu acces et qui ont retenu notre attention. Que les auteurs omis soient persuades qu’ils auraienttout naturellement leur place dans une revue de la litterature ayant une pretention d’exhaustivite dans le domaine considere. 2Pour une bonne recension de la litterature, on se reportera a l’etude de L. J. FILION : « Le champ de l’entrepreneuriat : historique, evolution,tendances », Cahier de Recherche n° 97. 01, 1997, HEC Montreal, 36 p. ——————————————————————————– Page 2

Bertrand SAPORTARevue de l’Entrepreneuriat – Vol 2, n°1, 2003Mais il n’y a pas que dans le domaine des definitions du champ de l’entrepreneuriat et de ses acteurs que la litteratureamericaine prodigue des efforts. On peut remarquer, en particulier, un interet marque pour le theme important et tresprise par les pouvoirs publics des contextes, notamment territoriaux, plus ou moins favorables au developpement desactivites entrepreneuriales. Les questions posees sont alors du type : qu’est-ce qui peut expliquer qu’entre pays ou entreregions d’un meme pays les taux d’activite entrepreneuriale soient tres differents, alors que les conditions d’ensembled’environnement y sont semblables3?

Ou du type : qu’est-ce qui peut expliquer l’avenement rapide et reussi, au seind’une industrie puissante et disposant de tous les moyens de leur resister, de sous-ensembles industriels innovants (etdonc de nouveaux acteurs) se taillant en quelques annees des parts de marche appreciables dans le secteur d’activiteconcerne4? Une reponse originale a la premiere question est donnee par deux articles successifs utilisant les ressourcesdu raisonnement microeconomique pour expliquer les differences de propagation de l’esprit d’entreprise entrecommunautes ou espaces geographiques (Minniti et Bygrave, 1999, et Bygrave et Minniti, 2000). Les auteurs proposentune demonstration elegante, comparant l’utilite de creer une entreprise a celle d’etre salarie.

Peu de personnes, en raisonde l’aversion generale pour le risque, sont dans uns situation de depart ou leur utilite relative de devenir entrepreneur(axe des ordonnees) est positive ; mais ce qui va compter ici (axe des abscisses), c’est l’effet d’imitation, mesure par letaux d’entrepreneuriat, c’est a dire le nombre de personnes a proximite immediate ayant cree recemment une entreprise. Un effet de seuil joue alors (emprunte a la theorie des emeutes de Granovetter), qui va faire basculer, a partir du momentou le taux d’entrepreneuriat depasse un certain niveau, un assez grand nombre de personnes (celles qui n’ont pas uneutilite relative trop fortement negative au depart) vers l’activite entrepreneuriale.

Le processus etant cumulatif etexponentiel, l’evolution future du nombre d’entrepreneurs s’avere difficile a estimer ; l’explication des differencesactuelles d’activite entrepreneuriale est a trouver dans le passe : si, au depart, le taux d’entrepreneuriat estparticulierement bas, le processus cumulatif ne peut s’enclencher, l’effet d’imitation reste faible, et peu de nouveauxentrepreneurs apparaissent chaque annee sur le territoire considere…En ce qui concerne la deuxieme question, des elements de reponse interessants sont fournis dans un remarquableouvrage collectif paru recemment, et consacre au theme de la « dynamique entrepreneuriale » (dans un pays, dans uneregion, au sein d’un secteur d’activite), envisagee non pas comme une simple somme d’initiatives individuelles, maiscomme le fruit d’une veritable action collective (Bird-Schoonhoven et Romanelli, 2001). Les diverses contributions de cetouvrage, appuyees sur des exemples precis, sont a cet egard convergentes et plaident en faveur d’une these mettant aupremier plan le role du contexte dans l’emergence des nouvelles organisations, surtout si elles sont innovantes : celles-cine sont ni le fruit ex nihilo de l’inventivite de leurs promoteurs, ni la resultante mecanique de la constatation d’occasionsd’affaires.

Ces deux causes ne peuvent expliquer a elles seules le phenomene lorsqu’il prend une certaine ampleur : il fautdonc orienter les recherches vers l’analyse minutieuse de l’emergence de nouveaux espaces de marche, se developpantsurtout par le biais d’actions concertees et de strategies cooperatives initiees par des petits groupes d’entrepreneurs, quiagissent ensemble afin de faire legitimer par l’environnement les nouvelles formes d’organisations dont ils sont lesinitiateurs. Face a un flux regulier de travaux et qui va en s’ameliorant sur le plan des soubassements theoriques (comme le montrela progression a cet egard des papiers de recherche du Babson College, la pepiniere americaine dans le domaine),qu’apporte la recherche francaise et plus generalement francophone ?

Sans pouvoir ici tout citer et en s’appuyant surtoutsur les deux premieres livraisons de cette Revue, on voit apparaitre deux zones d’excellence et de differentiation parrapport aux travaux anglo-saxons, qui vont faire l’objet des developpements ci-apres. 1. 1 Les efforts de conceptualisation et de positionnement de la disciplineChristian Bruyat avait montre la voie de maniere originale, en proposant l’idee d’un « champ » de l’entrepreneuriat concucomme un espace construit par le chercheur, dont les deux dimensions desormais bien connues sont la creation de valeurapportee par le projet (intensite du changement pour l’environnement) et l’intensite du changement que provoque chezle porteur le lancement de son projet. Selon le temperament du chercheur et ses objectifs de recherche, des zones deconsensus et de refus apparaissent, mais aussi des zones plus ambigues ou sa liberte de man? vre (decider s’il s’agit d’unphenomene relevant ou non du champ) est plus importante. Cette forme strategique simple permet egalement demontrer, a travers le concept de trajectoire entrepreneuriale, qu’un meme couple individu-projet peut se mouvoir dans leVI3Les travaux statistiques recents du GEM (Global Entrepreneurship Monitor) montrent, par exemple, que le taux d’activite entrepreneuriale(pourcentage de la poulation ayant cree recemment une entreprise ou se disposant a en creer une) est trois fois plus eleve en Norvege qu’enSuede, ecart que ne peuvent expliquer les differences de culture, de developpement economique et de reglementations entre ces deux pays. Un exemple qui peut etre fourni est celui de l’industrie americaine du cafe, ou les puissants groupes de torrefaction industrielle n’ont puempecher l’arrivee en quelques annees de nouveaux venus dans le metier, pour la plupart situes sur la Cote Ouest, pronant une politique dequalite (torrefaction a plus basse temperature, grains non melanges et de meilleure origine) et se developpant geographiquement grace a unestrategie agressive d’integration aval (creation de reseaux de boutiques de degustation et de vente franchisees). C’est ainsi qu’est nee une nouvelleindustrie, celle du « cafe de specialite », phenomene qui a connu des developpements similaires en France ces dernieres annees, notamment dansle secteur de la biere. ——————————————————————————– Page 3 Bertrand SAPORTARevue de l’Entrepreneuriat – Vol 2, n°1, 2003temps au sein de cet espace, et ainsi progresser ou regresser du point de vue de l’intensite entrepreneuriale desdifferentes situations vecues.

On voit bien l’interet de cet effort de formalisation, puisqu’il est utilise aujourd’hui dans unenote de recherche de ce numero, consacree a la reprise d’entreprise par les particuliers(RPP). L’auteur s’inspire en effetdirectement de l’espace dialogique qui vient d’etre decrit pour esquisser une typologie des situations de reprise du pointde vue de leur intensite entrepreneuriale (dimension statique), et pour presenter diverses trajectoires de repreneurs(dimension dynamique) (Deschamps, 2003). Au cours de ces dernieres annees, on note un renouveau prometteur des reflexions theoriques sur l’entrepreneuriat. Onpeut citer, par exemple, la parution d’un ouvrage recent, dont le titre, « L’entrepreneuriat : approche theorique », vaut alui seul manifeste (Hernandez, 2001).

L’entrepreneuriat y est decrit sous de multiples facettes, dont les principales sont latemporalite et la complexite, et l’entrepreneur y est vu comme son principal initiateur (au sens fort du terme), celui qui,par son action, fait vivre le processus. Mais ce qui frappe le plus dans cet ouvrage, c’est un recours parfois audacieux a desfigures de rhetorique (les metaphores) ou a des courants philosophiques (le post modernisme) comme grilles de lecturedes phenomenes entrepreneuraiaux. Les theories les plus generales de la gestion, comme celle des organisations ou cellede la firme, sont egalement convoquees par l’auteur, qui confronte systematiquement leur contenu avec lesproblematiques entrepreneuriales, afin de voir en quoi ces dernieres pourraient etre eclairees a leur contact. Plus eneralement, nous pensons qu’il existe dans le domaine de l’entrepreneuriat une sorte d’ « exception culturelle »a la francaise, a savoir une utilisation toute naturelle (et dans des directions variables selon les auteurs) de lectures vastes,debordant largement le perimetre de la gestion, empruntant les voies de l’economie, mais aussi celles de la sociologie, dela psycho-sociologie, de la philosophie des sciences, voire de l’histoire ou de disciplines litteraires comme la semiologie5. Deux illustrations, tirees de cette Revue, permettront d’illustrer notre propos :Dans l’article inaugural du precedent numero, Thierry Verstraete nous proposait une modelisation de l’entrepreneuriat(envisage comme un phenomene et non comme un processus). Une reformulation recente la synthetise sous la forme del’equation ci-apres :PhE = f [( C x P x S ) ? E x O)]Si l’on souhaite apprehender le phenomene entrepreneurial (PhE) dans sa globalite (ce qui n’empeche pas le chercheurde s’interesser a des sous-ensembles particuliers), on est alors invite a le concevoir comme la somme (mais aussi lesinteractions reciproques) de trois dimensions ou niveaux (C, S, P) : cognitif (qui renvoie a l’entrepreneur et a sesprocessus mentaux : vision, reflexivite, apprentissages) ; structural (qui evoque les differents milieux ou l’entrepreneur etl’organisation qu’il impulse devront prendre place) ; praxeologique enfin, qui fait le lien entre les deux precedents,puisqu’il decrit les actions de l’entrepreneur pour se positionner par rapport aux parties prenantes et configurer sonorganisation de maniere coherente avec les choix precedents. Mais ces dimensions ne sont constitutives du phenomeneentrepreneurial ue si elles sont mises en relation avec le couple dialogique que forment l’entrepreneur (E) etl’organisation impulsee (O), au sein duquel l’idee de mouvement, d’impulsion pour reprendre le terme mis en avant parl’auteur, associee a une personne (l’entrepreneur ou par extension une petite equipe entrepreneuriale), fournit la cled’entree permettant la delimitation par rapport a des situations proches mais distinctes sur le plan conceptuel. Si parexemple le mouvement s’arrete (cas d’une petite entreprise recemment creee mais ayant atteint sa vitesse de croisiere),l’entrepreneur est toujours sur le devant de la scene, mais il n’impulse plus grand chose…Une grande entreprise peutaujourd’hui, et c’est fort conseille actuellement, vouloir renouveler son potentiel, et pour cela imaginer et mettre en? vre des « strategies entrepreneuriales », ou l’on retrouve les notions familieres d’innovation, de creativite, dedecouverte d’opportunites (considerees par l’auteur comme ne faisant pas partie exclusive des phenomenesentrepreneuriaux) : mais il n’y a plus la figure de l’entrepreneur au premier plan, car c’est une organisation (les strateges)qui a pris le relais, pour faire dans une entreprise existante un peu la meme chose que dans une organisation emergente6. Si nous revenons a la version detaillee de cette modelisation, donc a l’article que nous evoquions plus haut, queconstatons-nous ? Sans pouvoir apporter de preuves formelles a cet egard, nous eprouvons une forte presomption enfaveur de l’hypothese que cette modelisation n’a pas jailli d’un seul jet dans l’esprit de l’auteur, mais qu’elle a lentementgerme au fur et a mesure de ses lectures, dont certaines ebordent largement le domaine de la gestion : nous avons relevedans la bibliographie pres de vingt ouvrages, ayant chacun certainement ouvert des pistes de reflexion, et relevant de lasociologie (theories des representations sociales, de la systemique sociale), de la psychologie, de l’epistemologie, etc, sanscompter les sources plus proches des sciences de gestion (theorie des conventions). Il est a noter que ces ouvrages sontdans leur quasi-totalite impregnes de culture francaise (et par extension europeenne), utilisent un vocabulaire dont laspecificite renvoie a la richesse et a la finesse de cette langue, et qu’il y a par consequent assez peu de chances qu’ils soientconsultes –et encore moins assimiles- par nos Collegues anglo-saxons de la discipline…VII5Nous rejoignons ici le point de vue exprime par J. F.

Chanlat lors des dernieres journees Recherche de la FNEGE, qui soulignait que dans lechamp disciplinaire de la theorie des organisations, les francais ont construit un corpus de recherche relativement autonome par rapport auxauteurs anglo-saxons, avec des theories originales, un vocabulaire et un rapport au terrain specifiques, et reconnus comme tels, malgre l’obstaclede la langue, dans un grand nombre de pays. 6Pour plus de details sur les efforts entrepris par l’auteur pour montrer les zones de jonction, mais aussi de demarcation entre les champs del’entrepreneuriat et du management strategique, on consultera avec profit l’essai approfondi qu’il a consacre a cette question (Verstraete, 2002). ——————————————————————————– Page 4 Bertrand SAPORTARevue de l’Entrepreneuriat – Vol 2, n°1, 2003Une deuxieme llustration peut etre trouvee dans l’article ci-apres de Philippe Pailot sur le concept de socialisationentrepreneuriale, dont on trouvera dans une autre contribution une version plus detaillee, assortie d’une application aucas des createurs d’entreprises issus de la recherche publique (Pailot, 2003 a et b). La variante anticipee de cettesocialisation (par opposition a une variante plus immediate, qui decrit les phenomenes d’ apprentissages etd’acculturation lies au passage de l’intention a la decision de creation d’entreprise) renvoie a toute l’histoire, depuisl’enfance, de l’individu, d’ou l’interet de la methode biographique ou des recits de vie, sur laquelle nous reviendrons unpeu plus loin, pour y acceder.

Si cette notion, ainsi que la distinction qui l’accompagne, est empruntee a un articleamericain (Starr et Fondas, 1992), son traitement par notre chercheur reste original, a la fois sur le plan theorique et surle plan empirique. C’est que le concept meme de socialisation, au sens general du terme, est au c? ur des travaux d’uncertain nombre de sociologues de l’ecole francaise, dont on trouvera les noms dans la bibliographie de l’article. Ceslectures permettent d’approfondir le contenu de ce processus socio-affectif, par lequel l’individu donne sens a satrajectoire, et qui ne se resume pas a un simple apprentissage de repertoires de comportements.

On aboutit alors a unedefinition riche de la socialisation entrepreneuriale (anticipee), envisagee comme « un processus historiqued’apprentissage, d’integration et de positionnement social par lequel un individu se prepare a remplir les rolesentrepreneuriaux, c’est-a-dire des roles lies a l’imagination, le developpement et la realisation de visions creatrices devaleur et d’activites ». Les developpements de l’auteur sur les « espaces » et les « temps » de la socialisationentrepreneuriale nous apprennent par la suite a interpreter avec prudence les lieux communs qui abondent sur cesquestions, notamment ceux relatifs aux determinismes familiaux (« un individu qui a des parents entrepreneurs ou desentrepreneurs dans sa famille a plus de chances qu’un autre de devenir entrepreneur a son tour »).

Il est vrai que la familleest consideree par tous les specialistes comme une instance tres importante de socialisation, et que l’ « interetentrepreneurial » qu’eprouve une personne aujourd’hui (et sujet par ailleurs a l’occurrence d’evenements qui vont leprecipiter ou non dans l’action) est souvent « l’expression actualisee de dispositions socio-psychiques inscrites dans letemps long de la famille » ; mais ce processus de reproduction des modeles familiaux n’a rien d’automatique, le sujet peutou non s’approprier et faire vivre cet heritage, et meme dans les cas ou se confirme le poids de cet heritage (reprise del’entreprise familiale), cela peut se produire dans une configuration de routine ou d’automatisme, avec parfois unevolonte de se demarquer par rapport au role parental. On trouvera enfin dans ce travail une approche fructueuse de lasocialisation entrepreneuriale envisagee comme un cas particulier de socialisation « professionnelle » : elle est alors lefruit d’une double transaction, l’une « biographique » (le futur createur met en scene les competences acquises au seinde ses instances anterieures de socialisation), l’autre « relationnelle » (en echange de ces ompetences, le createurcherche a obtenir la confiance des parties prenantes envers sa capacite a mener a bien son projet). Il est a nouveau iciinteressant de noter que cette distinction, utilisee avec profit pour analyser en profondeur un cas de chercheur-createurde la region lilloise (Pailot, 2003 a), est empruntee a un sociologue francais specialise dans le domaine (Dubar, 1991)…1. 2 L’accent sur les processus entrepreneuriauxLa dimension temporelle qui caracterise tout autant le parcours decisionnel de l’entrepreneur que les differentes etapesqui jalonnent le destin de la jeune organisation qu’il impulse, est peut-etre celle qui reunit le plus grand nombre au seinde la petite communaute des chercheurs francais dans le domaine.

Si nous nous reportons a nouveau au premier numerode la Revue de l’Entrepreneuriat, sur les cinq recherches doctorales qui constituent le volume, quatre peuvent etrequalifiees d ‘etudes processuelles ; si nous y ajoutons la lecture d’ autres travaux recents a notre disposition, nous pouvonsutiliser pour les classer la distinction qui vient d’etre faite entre parcours d’individus et parcours organisationnels :En ce qui concerne le theme des cheminements ou des itineraires d’entrepreneurs, nous pouvons constater que lestraitements qu’en font Christian Bruyat et Alain Fayolle, dans le precedent numero de la Revue, bien que tres differentsquant au fond et quant a la forme, revetent un caractere en realite complementaire.

En France comme dans les paysvoisins, qu’il s’agisse de la population dans son ensemble ou de sous-ensembles particuliers (les ingenieurs dans le travaild’Alain Fayolle), des sondages successifs et concordants montrent que le nombre des personnes qui pensent a creer uneentreprise est tres largement superieur a celui des createurs effectifs. Cet ecart tres important est du a ce que le passagea l’acte final est precede d’une serie d’etapes qu’il faut franchir une a une avant de reellement aboutir. Une modelisationconceptuelle de ce processus avait ete proposee dans sa these par Christian Bruyat. Les etapes, au nombre de cinq,montrent une implication croissante, depuis l’etape 0 (action de creer non percue) jusqu’a l’ultime (action de creereffectivement realisee).

Dans l’article publie dans le premier numero de cette revue, ce sont les passages critiques entreles etapes 2 (action de creer envisagee) et 3 (action de creer activement recherchee), et entre les etapes 3 et 4 (action decreer lancee, avec une certaine dose d’irreversibilite) qui sont plus particulierement decrits, sous le nom de phases dedeclenchement et d’ engagement. Pour expliquer la dynamique de ce processus, l’auteur mobilise un outil qu’il appellela Configuration Strategique Instantanee percue par le Createur (CSIP), qui permet de reperer, dans une perspectived’accompagnement (l’auteur a ete pendant de longues annees consultant en creation d’entreprises), l’ensemble desrepresentations que se fait, a un moment donne du processus, le porteur de projet de la situation dans laquelle il seVIII ——————————————————————————– Page 5 Bertrand SAPORTARevue de l’Entrepreneuriat – Vol 2, n°1, 2003trouve.

On trouve au sein de cette CSIP les aspirations de l’entrepreneur (non mesurables, et ne s’operationnalisant sousforme de buts et d’objectifs que si un ou plusieurs projets de creation emergent ) ; sa perception des ressources et descompetences dont il dispose aujourd’hui et probablement dans l’avenir ; sa perception des opportunites et despossibilites qu’offre l’environnement. Les conditions pour que le declenchement se produise sont les suivantes : existenced’une zone de coherence entre le projet que le createur a en tete et le contenu qui vient d’etre decrit de sa CSIP ; un etatminimum de tension chez le createur ; une certaine liberte de man? uvre, enfin, qui lui permette d’accomplir toutes lesdemarches consommatrices de temps et d’argent associees a cette etape.

Quant a l’engagement, il ne sera effectif que sile porteur de projet ne renonce pas au dernier moment, soit par decouragement soit parce qu’une alternative d’emploimoins aventureuse lui est proposee, soit en raison de la resistance au changement qu’il n’a pu surmonter, faute d’avoirpu trouver autour de lui le systeme d’appui familial, relationnel et institutionnel qui joue un role decisif a ce stade. Toutau long de ce processus, des interrelations sont identifiees entre les issues possibles et divers facteurs de contingencefavorisant ou penalisant le cheminement. Elles sont suffisamment complexes pour justifier, en fin d’article, un recours aune modelisation topographique, voire chaotique, du processus (Bruyat, 2001).

Dans sa these puis l’article qui en donne les principaux resultats, Alain Fayolle nous propose un autre type d’analyse enterme de processus ; les etapes a parcourir ne sont plus celles d’un cheminement vers la decision de creation, mais cellesd’une carriere professionnelle, tout au long de laquelle l’acte entrepreneurial est considere comme une alternativepossible a la continuation de l’etat salarie. La population etudiee est celle des ingenieurs, le mode d’acces aux donneesest l’enquete statistique, et l’objectif principal de la recherche est de tenter de situer les positions entrepreneuriales desingenieurs francais dans leur carriere professionnelle et dans le temps.

La question de recherche n’est pas tant ici desavoir combien parmi les sujets interroges sont devenus effectivement entrepreneurs ( il y en a 182 sur 681 questionnairesexploitables), mais comment et pourquoi ils y sont parvenus ; une analyse fine de leurs reponses a la partie specifique duquestionnaire qui leur est reservee permet ainsi a l’auteur de dresser une typologie des « ingenieurs entrepreneurs » , serepartissant le long d’un continuum dont les poles principaux sont la dimension « manageriale » et la dimension« technique ». Il est a noter qu’un petit nombre de ces entreprenurs ne le sont pas devenus par choix delibere, mais a lasuite d’un accident de carriere ou de la vie personnelle qui les a conduits a s’engager dans cette voie presque malgre eux. On peut egalement s’interesser, et ce sera le cas ici, aux ingenieurs qui ne sont pas devenus entrepreneurs, mais qui, dansleurs reponses au questionnaire, declarent souhaiter le devenir.

On note alors des points de complementarite avec lemodele cite plus haut de Christian Bruyat, au vu du profil detaille de ces repondants, appeles dans l’etude « ingenieurs detype C », et decrit dans l’annexe 2 de l’article. Certaines conditions requises pour l’ « engagement » sont reunies, si l’on serefere a leur systeme de valeurs et de croyances (recherche d’un statut eleve, distance par rapport a la securite de l’emploi,capacites relationnelles elevees) ; quant au « declenchement », il est favorise par une certaine disponibilite ( celibat, agepeu eleve, pas d’enfants a charge) et surtout le minimum d’etat de tension requis par le modele de Bruyat (degre desatisfaction professionnelle faible, situation de recherche d’emploi).

La formation complementaire en gestion recue parles repondants, leur fonction principale actuelle centree sur le marketing et le management, le fait qu’ils aient souventcree des associations, ont pour consequence que des que s’ouvrira une « fenetre de declenchement » ( occurrence d’unprojet en concordance avec les aspirations et les competences percues par le repondant), il existera une probabilite fortede passage a l’acte. Pour autant, il n’y a rien d’automatique dans ce parcours et l’auteur constate que malgre la presencede l’ensemble de ces facteurs favorisants, un certain nombre de raisons liees au contexte familial et professionnel lesdetournent parfois de leur interet initial et les conduisent a se conforter dans un emploi salarie, le plus souvent assezvalorisant et a forte implication manageriale (Fayolle, 2001).

Si ce sont des parcours ou itineraires d’ entrepreneurs qui retiennent majoritairement l’attention, il ne faut pas perdre devue qu’un chercheur francais, cite en debut d’article, a consacre sa these a une population proche et quelque peu negligeepar la litterature entrepreneuriale, celle des repreneurs, considerees ici comme des personnes physiques, en laissant doncde cote les operations de croissance externe, qui relevent de la strategie plutot que de l’entrepreneuriat au sens strict duterme. On trouvera dans une publication recente une vision synthetique de leur parcours, concue de maniere tres elargie,et que l’auteur appelle le « processus repreneurial ». Ce processus demarre des que la motivation de reprendre uneentreprise (plutot que d’en creer une) apparait, et se termine lorsqu’une fois l’affaire conclue, le repreneur a reussi sonentree dans l’entreprise acquise, en respectant les prerequis d’une transition en douceur et en maitrisant pour finir leschangements induits par la reprise.

Au centre du processus, se situe le « processus de reprise » proprement dit, decrivantles etapes que suit le repreneur « revele », depuis les demarches effectuees pour detecter une cible, l’etudier, et enfinnegocier son achat ( Deschamps, 2002). On trouve ici un bon exemple de synergie entre efforts de recherche etrecommandations a caractere managerial, car cette etude, fondee sur une enquete statistique aupres de repreneurs (laseule qui ait ete conduite en France avec ce degre de precision), a debouche sur la publication d’un manuel fournissantaux candidats a une reprise d’entreprise une serie de recommandations precises, respectant dans ses grandes lignes lesetapes du processus qui vient d’etre decrit. (Deschamps et Paturel, 2001).

En ce qui concerne l’etude des processus envisagee sous l’angle organisationnel, nous quittons l’analyse ducheminement d’un seul individu pour apprehender une realite plus complexe, a savoir la conversion de l’idee initiale ducreateur en une veritable entreprise. Christian Bruyat avait deja suggere a la fin de sa these qu’il n’y a pas necessairementIX ——————————————————————————– Page 6 Bertrand SAPORTARevue de l’Entrepreneuriat – Vol 2, n°1, 2003coherence entre le projet personnel du createur (son projet de vie) et son projet d’entreprise (qui en est le reflet, maisplus ou moins fidele), pas plus qu’entre les imperatifs du projet, tels qu’ils se devoilent a mesure qu’il se developpe, et larepresentation (la Configuration Strategique Instantanee) que s’en fait dans le temps son porteur.

La recherche de cettecoherence, mobilisant des mecanismes d’apprentissage dont l’efficacite dependra de divers facteurs (dont l’aide duconseil en creation…), conditionne la transformation progressive d’un « projet d’entreprendre » en un veritable « projetd’entreprise »7. On trouvera dans une recherche doctorale francaise de ces dernieres annees une tentative interessante devalidation empirique de cette piste (Fonrouge, 1999). L’auteur a selectionne neuf cas d’entreprises nouvellement creeesqu’elle a tout d’abord classes en fonction du caractere soit complementaire, soit concurrent, soit antagoniste desaspirations et de la vision du porteur de projet par rapport a celles de ses parties prenantes(associes, premiers salaries).

En outre, deux cas extremes ont ete soumis a une analyse longitudinale, au cours de laquelle ont ete dressees, a six moisd’intervalle, les cartes cognitives des deux createurs. La recherche a montre que la transition de l’individuel vers le collectif(partage croissant de la vision par l’ensemble des acteurs) s’effectuait d’autant plus aisement que face a la survenue desincidents qui n’ont pas manque de se produire au cours de la periode, une « reorganisation cognitive » apparaissait chezle createur ; au contraire, le partage de la vision ne s’effectuait pas ou mal (avec les reactions d’hostilite ou dedesenchantement des parties prenantes que cela entraine) lorsque l’equilibre cognitif du createur restait inchangependant la periode.

En complement de l’approche precedente, qui part essentiellement du porteur de projet, on peut aller plus loin, etmontrer, comme le fait une contribution au premier numero de cette Revue ( De La Ville, 1996 et 2001), comment s’operela collectivisation progressive des valeurs et de la vision du fondateur au sein du petit groupe de salaries et d’associes quil’entoure. Dans cet article issu d’un travail doctoral, sur lequel nous reviendrons un peu plus loin au niveaumethodologique, on cherche a comprendre comment les connaissances et les representations d’un individu (le fondateurd’une jeune entreprise hi-tech francaise) deviennent la propriete collective des membres de l’equipe entrepreneuriale. Aucours d’une premiere etape, de multiples interactions personnelles au sein du groupe donnent lieu aux indispensablesapprentissages individuels de ses membres.

Peu a peu, se mettent en place des « cadres d’interaction », qui sont enquelque sorte des modalites interpretatives permettant de donner du sens aux differentes activites techniques pratiqueespar les membres du groupe ; l’auteur met particulierement en evidence (avec exemples a l’appui) le climatd’improvisation collective qui s’instaure dans le face a face de l’equipe avec des situations nouvelles ou ambigues, ainsique la vulnerabilite des cadres d’interpretation, qui sont susceptibles a tout moment d’etre manipules par une coalitiondominante du groupe (on parle alors d’un processus de « cadrage et de recadrage »), notamment lorsque les decisionsprises ou a prendre generent des irreversibilites difficilement controlables. Le processus de structuration s’acheve avec latroisieme etape, qui voit se perenniser ces cadres d’interpretation, devenus l’expression de la strategie collective dugroupe, au sein de laquelle seul l’echo de la voix du fondateur se fait desormais entendre… 2. Cadre conceptuel de l’entrepreneuriat

Il n’est certes pas question, ici, de resumer toutes les approches disciplinaires et toutes les ecoles de pensee qui ont contribue a la genese de l’entrepreneuriat. D’autant plusque ce domaine est eclate et que de multiples angles de vue ont ete adoptes par deseconomistes, des historiens, des sociologues, des psychologues, des specialistes des sciences de gestion ou des sciences du comportement. Sans entrer dans un debatvisant a comparer des referentiels (francophone/ anglo-saxon); Notre propos dans cette communication est simplement de caracteriser, a partir des publications offertes par les revues scientifiques dominantes dans le champ de l’entrepreneuriat, troisecoles de pensee qui nous semblent devoir jouer actuellement un role structurant. 2. 1.

L’emergence organisationnelle Le premier courant, initie par Gartner, defend l’idee que l’entrepreneuriat est la creation d’une nouvelle organisation. Dans cette perspective, etudier l’entrepreneuriat revient a etudier la naissance de nouvelles organisations, c’est-a-dire les activites permettant a un individu de creer une nouvelle entite. L’emergence organisationnelle est le processus d’organisation qui mene a une nouvelle organisation. Cette conception federe une communaute de chercheurs. On peut rattacher a ce courant lechercheur francais Terry Verstraete (2001). Dans cette approche, les chercheurs s’interessent tout autant, sinon plus, a la creation d’organisation, sous-ensemble (insuffisamment etudie) de la theorie des organisations, qu’a l’entrepreneuriat.

D’autre part, en fonction du mode d’exploitation retenu pour valoriser une opportunite ou une invention, creation d’une nouvelle entite ou utilisation d’une organisation existante, le processus en question, dans cette conception, est entrepreneurial ou ne l’est pas. Enfin, toutes les creations d’organisations ne conduisent pas a des situations ou l’intensite du changement pour l’individu et l’importance de la creation de valeur se situent a un niveau eleve. Desentreprises peuvent etre creees par imitation, par reproduction ou encore dans le but de transferer une activite existante. 2. 2. L’identification et l’exploitation des opportunites d’entreprendreLa deuxieme conception, basee sur la notion d’opportunite entrepreneuriale, est ancree dans les travaux fondateurs de Shane et Venkataraman.

Le champ del’entrepreneuriat est defini, ici, comme « l’examen approfondi de comment, par qui etavec quels resultats sont decouvertes, evaluees et exploitees les opportunites de creation de futurs biens et services ». Dans ces conditions, les processus de decouverte, d’evaluation et d’exploitation des opportunites representent des objets d’etude et de recherche essentiels. Des travaux recents explorent conceptuellement ou empiriquement un aspect particulier du domaine ainsi defini. Cette perspective, comme la precedente, porte sur l’emergence, mais il s’agit, ici, de l’emergence d’une nouvelle activite economique, qui n’est pas necessairement liee al’emergence d’une nouvelle organisation.

Cette approche questionne egalement leprocessus entrepreneurial. Elle presuppose, tout d’abord, que les opportunites existentdans la nature, en tant que telles, et qu’il suffit d’avoir une capacite a les reconnaitre pour se les approprier et les transformer en realites economiques. Nous pensons, avec d’autres, que l’opportunite entrepreneuriale se construit au cours du processus decreation de l’activite et non qu’elle est le point de depart, element « Objectif » qu’il faut decouvrir, de ce processus. De plus, cette approche preconise de se focaliser sur un processus d’exploitation d’une opportunite qui va deboucher sur la creation d’un produit ou d’un service.

Il nous semble que l’entrepreneuriat pourrait aussi tirer Page 3 ——————————————————————————– Page 4 benefice de l’etude de processus n’ayant pas abouti, des lors que l’objectif est demieux comprendre ce qui se passe dans des situations entrepreneuriales. 2. 3. La dialogique individu/creation de valeur La troisieme conception est celle avancee Christian Bruyat dans sa these de doctorat (1993) reputee une reference en matiere de la modelisation de l’action entrepreneuriale. Pour cet auteur, « l’objet scientifique etudie dans le champ del’entrepreneuriat est la dialogique individu/creation de valeur ».

Selon le principedialogique propose par Edgard Morin, deux ou plusieurs logiques sont liees en une unite, de facon complexe (complementaire, concurrente et antagoniste) sans que la dualite se perde dans l’unite. Cette dialogique s’inscrit dans une dynamique dechangement. Elle est definie par Christian Bruyat comme suit: « L’individu est unecondition necessaire pour la creation de valeur, il en determine les modalites deproduction, l’ampleur… Il en est l’acteur principal. Le support de la creation devaleur, une entreprise par exemple, est la “chose” de l’individu, Bruyat presente ladialogique € individu creation de la valeur comme suit : La creation de valeur, par l’intermediaire de son support, investit l’individu qui se definit, pour une large part, par rapport a lui.

Elle occupe une place preponderante dans sa vie (son activite, ses buts, ses moyens, son statut social…), elle est susceptiblede modifier ses caracteristiques (savoir-faire, valeurs, attitudes…), nous avons : Pas de Creation de valeur nouvelleIntensite de l’innovation INDIVIDUCreation d’entreprise Importance de la valeur nouvelle creeeProcessus de creation de valeur nouvelle Pas du changement pour l’individu Processus du changement pourl’individu IimportanceChangemenCreation de valeurPage 4 ——————————————————————————– Page 5 « Creation de valeur € individu » L’objet scientifique considere ici est le systeme entrepreneurial ou la dialogiqueindividu € creation de valeur nouvelle.

Par convention, le symbole «€» implique qu’il y a une dialogique entre deux entites, qu’elles forment un systeme qui ne peut pas etre scinde si l’on veut pouvoir le comprendre, meme si, pour des raisons de commodite, on est parfois amene a analyser cette dialogique en isolant ses composantes. Ce systeme est en interaction avec son environnement et se trouve « embarque » dans unprocessus ou le temps constitue une dimension incontournable. De plus, ce systemeest capable d’apprendre et de creer, il est egalement dote d’intention. Il s’inscrit dans un processus au cours duquel il est susceptible de se transformer. On retrouve dans cette conception du phenomene les principales dimensions mises en evidence par de nombreux chercheurs : l’individu, l’objet cree (une organisation et/ou une innovation), l’environnement et le processus.

La seule difference est que le couple individu- objet forme une dialogique et que celle-ci est au centre des preoccupationsde recherche. De plus, cette dialogique est influencee par l’environnement lointain ouproche et peut interagir avec lui Du champ de l’entrepreneuriat a l’etude du processus entrepreneurial : quelques idees et pistes de recherche 1 Alain FAYOLLE Maitre de Conferences INPG-ESISAR CERAG, EPI 2 Resume L’etude des processus est aujourd’hui au c? ur de nombreux travaux dans le domaine de l’entrepreneuriat. L’objectif de notre contribution est d’avancer quelques idees et suggestions destinees a esquisser des pistes de recherche s’inscrivant dans ce courant de recherche.

Pour cela, nous partons d’une revue de la litterature consacree au champ de l’entrepreneuriat, pour reperer des tendances d’evolution de la recherche et identifier des contributions structurantes. Ce travail nous ayant permis de mieux comprendre l’interet des approches basees sur les processus et les principaux concepts utilises, il devient alors possible d’organiser nos idees et de developper autour de deux dimensions importantes qui concernent les aspects « statique » et « dynamique » des processus entrepreneuriaux. 1 Nous remercions, tout particulierement, l’evaluateur « 692 » qui, par la qualite de ses commentaires et de ses suggestions, nous a permis d’ameliorer ce travail. 2

L’auteur est chercheur au CERAG (Universite Pierre Mendes France de Grenoble) et responsable d’une equipe de recherche, EPI, sur les processus de creation d’activites innovantes. |Page 2 | 6° Congres international francophone sur la PME – Octobre 2002 – HEC – Montreal 1 Le champ de l’entrepreneuriat est eclate et ses multiples composantes sont observees et analysees par des economistes, des sociologues, des historiens, des psychologues, des specialistes des sciences du comportement ou des sciences de gestion (Filion, 1997).

Ce domaine emergent fait l’objet, par ailleurs, de nombreuses controverses et il apparait que si l’on parle beaucoup d’entrepreneuriat et d’entrepreneur, en France et dans le monde, beaucoup reste encore a faire pour definir precisement ce que ces notions recouvrent et ce qu’en sont leurs principales implications socio-economiques. Marchesnay resume simplement ce constat : « La notion d’entrepreneur est l’une des plus controversees, et des plus chargees de sens, de l’analyse strategique » (Marchesnay, 1995, p. 153) et positionne, de facto, l’entrepreneuriat dans le champ de la strategie. Les rapports de l’entrepreneuriat avec d’autres disciplines et champs scientifiques sont d’ailleurs au c? ur des preoccupations d’une certain ombre de chercheurs comme en atteste le recent numero special de la revue Strategic Management Journal 3 . Meme si quelques contributions significatives ont ete apportees, dans le domaine de l’entrepreneuriat, l’etude scientifique de ce dernier en est encore a ses premiers pas (Brazeal, Herbert, 1999). De nombreuses recherches se sont focalisees sur les caracteristiques individuelles et les traits de personnalite des entrepreneurs (Mc Clelland, 1961 ; Mc Clelland, Winter, 1969 ; Brockhaus, 1980 ; Hisrich, O’Brien, 1981) 4 . Les recherches des dix dernieres annees ont contribue a etendre le champ et en accroitre l’heterogeneite a travers l’emergence e nouveaux themes. C’est ainsi que Filion (1997, p. 10) recense 25 themes principaux de recherche en entrepreneuriat. Les approches disciplinaires independantes ne suffisent plus aujourd’hui pour progresser dans la connaissance du phenomene entrepreneurial qui apparait de plus en plus complexe, de par sa nature meme (Gartner, 1989 ; Wortman, 1987 ; Bruyat, Julien, 2001). La complexite de l’objet et du champ de recherche accroit, d’une facon considerable, la difficulte du travail des chercheurs et explique probablement l’insuffisance de continuite dans les recherches (Wortman, 1987 ; Gartner, 1989). A tel point que des interrogations apparaissent, notamment, propos des extensions recentes du champ : « Are these truly expansions of a central entrepreneurial phenomenon or are they, for the most part, unrelated applications of entrepreneurial concepts to other fields such as organization theory, international management, or human resources ? » (Brazeal, Herbert, 1999, p. 30). L’entrepreneuriat, en tant que domaine de recherche, se trouve a un carrefour. Il nous semble que le developpement scientifique de ce champ ne peut se poursuivre qu’a partir d’une vision commune et d’un large accord sur un corpus de connaissances, des theories produites, des perspectives et des methodes de recherches utilisees.

De nombreux chercheurs se rejoignent sur ce sentiment et revendiquent, plus ou moins, l’emergence de nouveaux paradigmes (Gartner, 1985 et 1988 ; Wortman, 1992 ; Cunningham, Lischeron, 1991 ; Dhery, Toulouse, 1995 ; Bull, Willard, 3 Strategic Management Journal, 2001, « Strategic Entrepreneurship : Entrepreneurial Strategies for Wealth Creation », vol. 22, Special Issue. 4 Pour une revue de la litterature plus complete voir Gartner (1988). |Page 3 | 6° Congres international francophone sur la PME – Octobre 2002 – HEC – Montreal 2 993 ; Bouchikhi, 1993 ; Bruyat, 1994 ; Filion, 1997 ; Brazeal, Herbert, 1999 ; Fayolle, 2000 ; Bruyat, Julien, 2001). Dans ce mouvement, le but de la presente contribution est de tenter d’esquisser des pistes de recherche en entrepreneuriat a partir des connaissances theoriques et empiriques actuelles. Dans une premiere partie, nous allons parcourir la litterature scientifique consacree a l’entrepreneuriat. L’objectif de notre revue est de reperer des tendances d’evolution des activites de recherche dans ce domaine et egalement d’identifier des concepts et des elements de connaissance structurants. Donner une vue synthetique du champ de l’entrepreneuriat et resenter ces elements de connaissance structurants constitueront notre deuxieme partie. Enfin, nous terminerons ce travail en degageant quelques voies et perspectives de recherche dans le domaine de l’entrepreneuriat, orientees sur l’etude des processus. 1 – Le champ de l’entrepreneuriat : une lecture globale Trois questions fondamentales peuvent resumer une grande partie de l’activite de recherche en entrepreneuriat 5 . S’inspirant, d’une formulation de Stevenson et Jarillo (1990), ce triple questionnement peut ainsi etre propose : « What on Earth is he doing… ? » constitue la premiere interrogation, « Why on Earth is he doing… ? » la seconde et, « How on Earth is he doing… ? », la derniere (Tornikoski, 1999).

Nous retrouvons, ici, les approches fonctionnelles (What) des economistes, l’approche centree sur les individus (Why and Who) des specialistes des sciences du comportement et les approches processuelles (How) des gestionnaires. Nous allons, tout d’abord, evoquer les points de vue des economistes qui s’interessent aux effets de l’entrepreneuriat et au role de l’entrepreneur dans le developpement du systeme economique (1. 1). Apres ce premier regard, nous aborderons successivement, les approches centrees sur les individus (1. 2) et sur les processus (1. 3). 1. 1 -Les regards singuliers des economistes Les bases historiques de l’entrepreneuriat appartiennent, aux sciences economiques. Le oncept d’entrepreneuriat apparait dans la litterature economique a travers les ecrits de Richard Cantillon (Landstrom, 1998 ; Filion, 1997). Cantillon est le premier a presenter la fonction de l’entrepreneur et son importance dans le developpement economique. Il souligne notamment, dans son analyse du phenomene entrepreneurial, le role de l’incertitude et du risque. L’entrepreneur de Cantillon « prend des risques dans la mesure ou il s’engage vis-a- vis d’un tiers de facon ferme, alros qu’il n’a pas de garantie certaine de ce qu’il peut en attendre » (Boutillier, Uzunidis, 1999). Jean-Baptiste Say est le deuxieme economiste a s’etre beaucoup interesse aux activites de l’entrepreneur (Fillion, 1997, p. 3).

Pour lui l’entrepreneur est avant tout un preneur de risques qui investit son propre argent et coordonne des ressources pour produire des biens. Il cree et developpe des activites economiques pour son propre compte. L’entrepreneur devient une figure centrale du developpement economique avec la publication de la Theorie de l’evolution economique (Schumpeter, 1935). Pour Filion (1997) 5 Dans un travail recent de revue de la litterature, Danjou (2002) distingue trois angles d’approche privilegies par les chercheurs en entrepreneuriat : l’entrepreneur, l’action et le contexte entrepreneurial. Ces trois niveaux rejoignent, en grande partie, notre triple questionnement. Page 4 | 6° Congres international francophone sur la PME – Octobre 2002 – HEC – Montreal 3 Schumpeter peut-etre qualifie de pere du champ de l’entrepreneuriat. L’entrepreneur schumpeterien est avant tout un innovateur et un agent de changement : « l’essence de l’entrepreneuriat se situe dans la perception et l’exploitation de nouvelles opportunites dans le domaine de l’entreprise… cela a toujours a faire avec l’apport d’un usage different de ressources nationales qui sont soustraites de leur utilisation naturelle et sujettes a de nouvelles combinaisons 6 ».

L’entrepreneur prend donc des risques pour innover, notamment, en realisant de nouvelles combinaisons productives (Schumpeter, 1935). La definition schumpeterienne de l’innovation n’est pas restrictive, dans la mesure ou les 5 types de recombinaison identifies correspondent aux differentes opportunites de profit presentes dans une economie capitaliste (Boutillier, Uzunidis, 1999, p. 30). La contribution de Schumpeter est essentielle car elle a donne ses assises aux champ de l’entrepreneuriat. Neanmoins, d’autres courants de la pensee economique apportent un eclairage different ou complementaire et constituent egalement des points de vue interessants.

Nous voudrions citer, sans etre exaustif, Knight (1971) et la relation de l’entrepreneur a l’incertitude, Kirzner (1983) et les opportunites liees a des besoins ou des imperfections de marche, Leibenstein (1979) et son modele de mesure de l’inefficacite dans l’utilisation des ressources et enfin Casson (1982) et l’importance de la coordination des ressources et la prise de decision. En synthese, le point de vue des economistes est important car il donne une base historique au champ de l’entrepreneuriat. Il est egalement multi-composantes et tend a degager, au moins, deux figures d’entrepreneurs et quatre roles entrepreneuriaux principaux. Les figures sont elles de l’entrepreneur-organisateur d’activites economiques et de l’entrepreneur-innovateur (Baumol, 1993). L’entrepreneur, dans le systeme economique, joue quatre roles fondamentaux (Landstrom, 1998). Il peut etre assimile a un « risk-taker/risk manager » (Cantillon, Say, Knight) ou a un « innovator » (Schumpeter). D’autres voient en lui un « alert seeker of opportunities » (Hayek, Mises, Kirzner) ou enfin, un « co-ordinator of limited resources » (Casson). 1. 2 – Les approches centrees sur les individus Elles visent a produire des connaissances sur les caracteristiques psychologiques des entrepreneurs, leurs traits de personnalite, leurs motivations, leurs comportements, leurs origines et trajectoires sociales.

Elles cherchent, peut-etre, aussi un profil type d’entrepreneur qu’il serait possible d’identifier par une caracteristique principale ou un ensemble de caracteristiques. Une des premieres questions relatives aux individus a porte (et porte encore ? ) sur le caractere inne de l’entrepreneur. Les entrepreneurs naissent-ils avec un sixieme sens, une sorte d’instinct entrepreneurial ? Certains ne sont pas loin de le penser 7 . Mais, beaucoup d’autres, chercheurs et praticiens, refutent cette hypothese. Les specialistes des sciences du comportement humain ont multiplie les recherches pour tenter d’analyser et de comprendre les comportements de l’entrepreneur. Weber a mis en evidence 6

Schumpeter, 1928, cite par Filion (1997). 7 Voir les auteurs cites par Cunningham et Lischeron (1991), dans le paragraphe consacre a « The Great Person School of Entrepreneurship ». |Page 5 | 6° Congres international francophone sur la PME – Octobre 2002 – HEC – Montreal 4 l’importance du systeme de valeurs (Filion, 1997, p. 5) et a vraisemblablement ete un des premiers adeptes de la discipline a s’interesser aux entrepreneurs. McClelland (1961) propose une theorie du besoin de realisation (need for achievement) appuyee sur une solide base empirique.

Pour lui, les entrepreneurs sont des individus qui ont un besoin eleve d’accomplissement, une forte confiance en eux, une capacite a resoudre, seuls, des problemes et qui s’orientent vers des situations caracterisees par des risques moderes et un retour rapide du resultat de leurs actions. A partir des travaux de McClelland, de nombreuses recherches ont ete realisees pour tenter d’expliquer la creation d’entreprise, ou son succes, par le besoin d’accomplissement du createur. Une conclusion provisoire est donnee par Brockaus (1982) qui met en cause la pertinence de ce lien unique. N’ayant pas demontre l’existence d’une seule variable pour expliquer le phenomene, les psychologues, sociologues et autres pecialistes du comportement ont effectue des centaines de recherches sur les entrepreneurs et identifie toute une serie de caracteristiques qui les decrivent. S’inspirant notamment des contributions de Hornaday (1982), Meredith, Nelson et al. (1982) et Timmons (1978), Louis- Jacques Filion propose un tableau qui presente les plus courantes (Filion, 1997, p. 7). Un point de vue original appartenant a l’ecole psychanalytique est apporte par Kets de Vries (1977). Ce dernier stipule que le comportement entrepreneurial est la resultante d’experiences vecues dans la tendre enfance et caracterisees par un environnement familial hostile et de nombreux problemes affectifs. Ces situations ont conduit les individus a developper des ormes de personnalites deviantes et peu inserables dans des environnements sociaux structures, au sens ou il ont des difficultes a accepter une autorite et a travailler en equipe avec d’autres personnes. Les approches typologiques viennent completer les approches par les traits. Une typologie classique est donnee par Smith (1967) qui distingue deux types d’entrepreneurs (« craftsman » et « opportunistic »). Differentes typologies d’entrepreneurs sont proposees dans la litterature entrepreneuriale mais leur proliferation ne contribue pas a distinguer un profil ideal ou scientifique d’entrepreneur 8 . Tout individu est le produit de son (ou de ses) milieu(x) d’appartenance.

Les entrepreneurs sont influences par leur environnement proche et refletent, d’une certaine facon, les caracteristiques du temps et du lieu ou ils evoluent (ou ont evolue). Les recherches portant sur les facteurs qui agissent dans l’apparition d’une intention entrepreneuriale, sur les carrieres entrepreneuriales, sur les inflences de la famille ou des roles-models traduisent l’importance de l’environnement et tendent a demontrer son role sur le comportement entrepreneurial (Shaver, Scott, 1991 ; Filion, 1997). Les approches centrees sur les individus font l’objet de critiques regulieres et un debat memorable a agite la communaute des chercheurs en entrepreneuriat a la fin des annees 80. Il pposait Gartner (1988) et son approche de l’entrepreneuriat centree sur la creation d’organisation (How) a Carland et al. (1988) et leur approche centree sur les traits (Who). Une reponse est donnee par Stevenson et Jarillo (1990) qui estiment qu’il est difficile de modeliser et d’expliquer un comportement complexe (l’entrepreneuriat) en s’appuyant sur quelques traits psychologiques ou sociologiques. Ce constat, de plus en plus partage, a conduit les chercheurs a s’interesser a l’etude des processus entrepreneuriaux. 8 Pour des revues recentes mais partielles de la litterature sur les typplogies d’entrepreneurs, voir Risker (1999) et Landstrom (1998) en langue anglaise ou Hernandez ( 1999, pp. 77-85) en langue francaise. Page 6 | 6° Congres international francophone sur la PME – Octobre 2002 – HEC – Montreal 5 1. 3 – Le processus comme perspective de recherche Apres le What, le Who et le Why, les recherches se sont saisies du How : « How are new firms established ? », « How is the entrepreneur acting ? ». Deux questions, parmi d’autres, qui partent du principe que l’entrepreneuriat est considere comme un phenomene complexe et multidimensionnel (Gartner, 1985 ; Bruyat et Julien, 2001). L’apparition de ce courant est justifiee par l’idee, de plus en plus admise, d’une tres grande diversite dans les situations ntrepreneuriales et dans les creations d’entreprises. En fait, les entrepreneurs et leurs projets entrepreneuriaux sont differents les uns des autres (Gartner, 1985). Ce point de vue est cependant assez recent dans l’histoire de ce jeune champ scientifique, meme si, au cours des 15 dernieres annees, de nombreux auteurs ont suggere de concentrer les recherches sur l’etude du processus entrepreneurial (Gartner, 1985 ; Gartner, 1988 ; Stevenson et Jarillo, 1990 ; Bygrave et Hofer, 1991 ; Van de ven, 1992 ; Bruyat, 1993 ; Bouchikhi, 1993 ; Gartner, 1993 ; Bruyat, 1994 ; Fayolle, 1996 ; Landstrom, 1998 ; Hernandez, 1999 ; Bruyat et Julien, 2001).

Le processus entrepreneurial peut etre defini de la facon suivante: « The entrepreneurial process involves all the functions, activities and actions associated with the perceiving of opportunities and the creation of organisations to pursue them » (Bygrave et Hofer, 1991, p. 14). La representation qu’en a Gartner (1985 et 1988) est assez similaire, lorsqu’il voit dans l’entrepreneuriat un phenomene qui consiste a creer et organiser de nouvelles activites et quand il parle du concept d’emergence organisationnelle. Dans cette vision, l’etude de l’entrepreneuriat revient a etudier la naissance de nouvelles organisations, c’est-a-dire les activites permettant a un individu de creer une nouvelle entite.

Gartner a propose d’ailleurs le premier modele interactionniste pour decrire le processus de creation d’une nouvelle activite (Gartner, 1985). Ce modele comporte quatre dimensions (« environnement, individual(s), process and organization ») et il est interessant de noter que Gartner considere la dimension « process » comme une variable et non comme un concept global incluant les autres dimensions. Differents auteurs ont elabore des cadres conceptuels ou des modeles pour decrire le phenomene. La plupart d’entre-eux sont construits sur l’idee que le comportement entrepreneurial est la resultante d’un processus de type interactionniste entre des elements qui ppartiennent a l’environnement et d’autres elements relies a l’individu 9 . Parmi le