Utopie

Utopie

Lecture personnelle : Utopie, Thomas More 1916 Thomas More est le premier a forger le mot « utopie », du grec ou-topos, « nulle part », et eu-topos, « lieu de bonheur ». Utopia decrit une societe ideale, fournissant une critique radicale du modele de la societe feodale, de l’arbitraire royal. Ce sont l’harmonie entre les habitants, le respect et la tolerance, le refus de la violence qui guident cette nouvelle societe. Il est le premier penseur a mettre en scene ce monde particulier (etymologiquement le « non-lieu »), isole de tous, vivant dans une autarcie benefique.

Le monde utopique est un monde a la fois delimite (il s’agit souvent d’une ile) et infini, aux proportions gigantesques. Il possede une organisation rigoureuse, une architecture geometrique. Les chiffres sont precis (6000 familles de 40 personnes, 54 villes, etc), et, dans ce monde parfaitement pense, chacun trouve sa place et son activite, necessaires au bien de tous. Ce qui regit l’utopie est en effet le souci de la collectivite, alors que pendant la Renaissance apparaissent les particularismes religieux, culturels, les litteratures nationales, etc. Il y a dans la republique utopienne bien des choses que je souhaiterais voir dans nos cites. Je le souhaite plutot

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que je l’espere ». Ainsi se termine le livre de Thomas More. L’espoir est une conviction, le souhait n’est qu’un v? u pieux. La premiere partie du livre, Thomas More remet en cause la societe anglaise, et a chacun des maux, il oppose son ideal de justice sociale et l’ordre moral dans son ile d’Utopie.

Dans la deuxieme partie de son livre, son ideal est donne sous la forme d’un recit du marin portugais Raphael Hythlodee, compagnon imaginaire du navigateur florentin Amerigo Vespucci (1451-1512), dont l’auteur avait lu les Voyages. Le recit de More transporte le lecteur dans l’ile d’Utopia, qui rappelle a bien des egards l’Atlantide de Platon. Une meme topographie protege les deux iles, toutes deux en forme de croissant et bordees de montagne. L’ile d’Utopie est totalement planifiee : chacune des villes au nombre de 54, toutes distantes tout au plus d’une journee de voyage, est batie sur le meme plan et compte les memes edifices.

L’exemple de ville decrit par Thomas More est celui d’une cite fluviale, defendue par des hauts murs, de larges douves. Les maisons « ne sont pas du tout miserables et on en voit sur de longues enfilades qui s’etendent sur des quartiers entiers, les facades en vis-a-vis separees par des rues larges de vingt pieds». Sur l’arriere, de grands jardins jumeles, clos par d’autres alignements de maisons. A l’urbanisme de Platon, More ajoute une rationalisation des campagnes, dont les champs et les villages sont repartis en fonction du travail agricole et des besoins des habitants.

Les habitants sont rassembles en familles agricoles, cellule de base du systeme politique. Chaque ville compte 6000 familles, qui par groupe de 30 elisent annuellement un magistrat appele « phylarque ». Les deux cents phylarques d’une cite elisent a scrutin secret un prince a vie. Celui-ci delibere des affaires publiques avec representants des phylarques. Pour entraver touts tendance tyrannique, il est interdit sous peine de mort, de discuter des interets publics en dehors des assemblees de deliberation.

Mais cette cite utopique a aussi les caracteres d’une ville bien reelle. L’activite principale est l’agriculture. D’autres metiers d’artisanat existent pour repondre aux besoins les plus essentiels, comme la confection de vetements. Chacun travaille 6 heures par jour. Le reste du temps est consacre a l’etude. Seuls les lettres sont dispenses de travail manuel. Les esclaves sont soit des citoyens punis, soit des etrangers condamnes a mort et rachetes par les utopiens. L’esclavage est a vie mais pas hereditaire.

Il n’y a pas de classe d’esclaves comme chez Platon. L’equilibre demographique est garanti : une famille agricole ne peut compter plus de 30 membres, tout excedent passe dans une famille deficitaire ; toute surpopulation d’une ville est de meme transvasee dans une autre. Quant a celle de l’ile, elle entraine et justifie la colonisation d’autres territoires. La societe est patriarcale. Le mariage est celebre a 22 ans pour les filles et 26 pour les garcons. Les mariages et divorces sont controles.

L’adultere est puni d’esclavage et sa recidive de mort. A la naissance, les enfants sont separes de la famille pour etre eleves par des nourrices, considerees comme leurs meres. Les chefs de famille se servent dans des magasins ou ils trouvent le necessaire pour leurs familles. Mais tout commerce est proscrit puisque la propriete privee est abolie; seul le negoce avec l’exterieur est admis pour la prosperite de l’ile. Les repas, precedes d’une lecture morale, sont pris en commun a heures fixes et en musique.

Les hommes d’un cote et les femmes d’un autre, servis par des adolescents. Par mesure d’hygiene, les marches sont places a l’exterieur de la ville et les betes, si elles sont abattues par les utopiens, sont nettoyes par les esclaves. Les hopitaux sont situes, pour les memes raisons, a l’ecart des habitations. Dans le cas de maladies incurables, des pretres et des magistrats viennent persuader le patient d’accepter l’euthanasie, afin de n’etre plus une charge pour la societe. La justice qui se veut morale et impartiale exclut toute defense.

Les lois, egales pour tous, sont en nombre reduit. La guerre n’est toleree que s’il defend la paix ; les utopiens preferent la diplomatie, la ruse a la guerre. Le roi de l’ile denomme Utopus, en etablissant la liberte de conscience, inaugure la tolerance religieuse. La raison en est d’abord politique car le respect des religions garantit la paix sociale. Mais l’impiete et le polytheisme sont bannis d’Utopie. Le souci de More est de creer un Etat liberal qui permette de satisfaire les besoins et de faire respecter les droits de chacun.

Utopia va influencer considerablement les autres villes imaginaires : propriete collective, egalite sociale, souci d’hygiene, autarcie economique, democratie politique; organisation de la vie quotidienne, du travail et des loisirs. Dans son ouvrage, Thomas More insiste surtout sur la sagesse philosophique, le caractere et les m? urs heureuses des Utopiens; on a la des principes proches des epicuriens :  » Le bonheur, pour eux, ne reside pas dans n’importe quel plaisir, mais dans le plaisir droit et honnete vers lequel notre nature est entrainee.

Il leur faut fuir tout acte qui pourrait etre source exterieure de souffrance pour soi ou pour autrui « . Thomas More a donne a l’homme « conscience de ses pouvoirs sur le monde et lui a offert des raisons d’esperer ». L’utopie est un moyen et non une fin; c’est le lieu fictif par lequel il faut passer pour une prise de conscience, un mirage dont il faut savoir revenir, arme pour le vrai combat Loin d’etre un reve irrealisable, l’utopie doit retrouver la signification que l’humaniste lui donnait : celle d’un heureux effort de l’imagination pour explorer et representer le possible.