Traite de pedagogie-commentaire

Traite de pedagogie-commentaire

Traductions. Traite de Pedagogie, publie par Rink, 1803, trad. J. Barni – Paris, Durand, 1855, reedite par Thamin, Paris, 1886 et Alcan, 1931. Le Siecle des Lumieres et ses philosophes illustres n’ont cesse de s’interroger sur les problemes de pedagogie. La formation de l’enfant et l’accomplissement de l’homme etaient alors des preoccupations fondamentales qui se devaient d’etre repensees. Kant voyait meme dans l’education «  le grand secret du perfectionnement de l’humanite ». C’est a l’occasion d’un enseignement universitaire qu’Emmanuel Kant a concu Le Traite de pedagogie.

Pour Kant, l’Homme devient Homme par l’education. C’est ainsi qu’il confere diverses fins a l’education afin que tout individu puisse atteindre sa « condition primaire ». Il nous livre par la meme une methode d’education. Dans un premier temps, l’education se doit de discipliner l’individu. Elle doit limiter, ou plus exactement, reduire a neant, ce qui peut etre defini comme sauvage ou animal chez l’individu. Car l’homme depourvu de l’idee meme d’education n’a connaissance que de ses plaisirs particuliers. Ses contraintes restent des contraintes qu’il a bien voulu s’imposer a lui-meme.

Cet homme non instruit ne connait pas la contrainte imposee par autrui ni meme l’effort auquel il faut consentir pour cela. L’homme doit faire abstraction de ses desirs propres

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pour obeir a des regles, qui si elles ne sont pas pour autant non naturelles, lui restent exterieures. La socialisation se pose des lors comme le probleme premier. L’homme doit donc accepter de se soumettre. Il faut que le penchant animal n’empeche en rien l’humain de se developper. Il faut meme que l’homme individuel tout comme l’homme social ne soient pas atteints par cette animalite.

Cette premiere condition a l’education qu’est la discipline consiste, en un sens, a civiliser l’individu afin d’ebaucher la demarche d’education. Puis, l’education doit donner acces a la culture dans le sens d’un apprentissage, d’une comprehension et enfin, d’une mise en ? uvre des valeurs intellectuelles, techniques et pragmatiques relatives a la civilisation ou a la societe dans laquelle l’individu existe. Ainsi, on aboutit a l’habilete qui correspond a la capacite de parvenir a une fin nonobstant tout jugement de valeur et en ayant pour loi que son plaisir ou son interet propre.

L’habilete offre donc un potentiel de reussite que l’individu se doit d’exploiter pour realiser ce qu’il lui sera donne de realiser en fonction des circonstances et des situations qui se presenteront a lui. La culture permet donc a l’Homme de comprendre le monde qui l’entoure et de savoir comment s’y comporter. L’individu comprend les agissements des autres et peut lui-meme agir. C’est une entree dans la societe. Desormais, il n’est plus seulement une entite mais aussi une parcelle d’une entite bien plus vaste : la civilisation.

L’individu sera alors premuni face aux aleas de la vie ; il sera en mesure d’affronter toutes sortes de situations. Son « aptitude sera suffisante » pour toutes les fins qui pourront lui etre proposees au cours de son existence. L’habilete est infinie en ce sens que l’on peut envisager de realiser tous types d’objectifs. Par consequent, on peut degager des savoir-faire plus ou moins utiles. Par exemple, le fait d’etre habile lorsqu’il s’agit de pratiquer un sport ou de jouer d’un instrument de musique ne contente que l’individu fort d’une passion pour un de ces deux domaines.

La faculte de jouer merveilleusement d’un instrument paraitra a un autre individu tout a fait denue d’interet. En revanche, des facultes telles que les capacites a lire et a ecrire se revelent heureuses et utiles pour tout etre humain. De surcroit, l’Homme doit faire en sorte d’acquerir de ce que l’on nomme la prudence. Il est deux sortes de prudence : d’une part, la prudence par rapport au monde et, d’autre part, la prudence privee. La prudence par rapport au monde se refere a la capacite, au talent que montre l’individu lorsqu’il s’agit d’utiliser d’autres hommes pour atteindre un but particulier.

C’est en fait sa capacite a tirer profit des autres. Quant a la capacite privee, elle consiste a faire en sorte que toutes les fins convergent vers son interet propre, interet qui doit etre durable. Pour cela, il faut savoir se faire aimer et parvenir a avoir de l’influence sur ses semblables. En effet, pour faire usage des autres, il est necessaire de se plier a certaines conventions telles la politesse. Encore faut-il la faire preuve de discernement pour agir juste selon la civilisation, selon les m? urs et l’epoque.

Il convient ici de preciser que ces donnees sont tres changeantes. En effet, agir juste c’est agir en comprenant ce qui est exige de la societe a un moment donne. Il est un certain nombre de codes qui evoluent avec le temps selon les valeurs et les normes definies par la societe pour la societe. Par exemple, la societe a, a une epoque, eu l’habitude et le gout d’organiser « des ceremonies en societe ». Enfin, la moralisation constitue un des elements cles pour aboutir a l’education. Si l’homme doit etre dans la capacite d’atteindre les fins qu’il s’est onnees d’atteindre, il est aussi dans l’obligation de se representer une certaine regle. En fait, il doit se conformer a une regle qui l’amene a ne choisir que de bonnes fins. Les bonnes fins sont bonnes dans la mesure ou la multitude les considere comme bonnes. C’est ainsi que tout un chacun peut se donner d’aboutir a cette fin. C’est l’idee du bien qui doit etre a la base de tout agissement. Kant ne se borne pas a definir les principes de l’education ideale, il donne un but a l’education et presente la methode qu’il faut observer pour que cette education puisse se faire.

Tout d’abord, il distingue deux types de cultures que sont « la  culture generale des facultes de l’esprit » et « la culture particuliere des facultes de l’esprit ». Cette opposition entre les deux cultures est fondamentale ; Kant insiste sur ce fait. La culture generale des facultes de l’esprit permet l’habilete et le perfectionnement. Cette culture n’a pas de valeur didactique ; elle est simplement gage d’un esprit d’autant plus construit et d’autant plus apte a apprendre. La culture generale des facultes de l’esprit peut elle-meme etre de deux sortes : physique ou morale.

Lorsqu’elle est physique, l’eleve se soumet aux ordres de l’educateur sans faire appel a son esprit propre. Il ne reflechit pas. Il execute. Il n’a aucunement besoin d’appliquer les principes d’une quelconque maxime superieure qui guide ses actes et sa pensee. L’eleve doit ici faire preuve de discipline. D’autres individus, a savoir ceux qui prodiguent l’education, pensent pour l’eleve et le font agir. On peut ainsi parler d’une education « passive ». En revanche, la culture generale des facultes de l’esprit, lorsqu’elle est morale, a trait a des maximes.

La discipline n’a pas lieu d’etre ici. Avant toute chose, l’educateur doit eviter de s’elever au rang d’exemple. L’education ne consiste pas a donner un exemple de depart que l’eleve se doit d’imiter. L’eleve ne doit pas se contenter de reproduire des schemas preetablis fixes par l’educateur. Il faut egalement eviter de tomber dans l’ecueil de la menace ou de la reprimande. En procedant ainsi, l’education n’aurait aucune chance de parvenir a sa fin. Il faut donc que l’eleve suive ses propres regles et non qu’il suive et reproduise les instructions de l’educateur.

Car il ne s’agit pas la d’education. L’eleve doit faire le bien pour le bien ; il ne doit pas agir par souci de moralite mais par une interiorisation de l’idee du bien. Faire le bien doit se reveler bon pour l’eleve. Ainsi, il fait le bien parce que c’est le mieux. Il ne peut en etre autrement. Une action est morale si elle est issue d’une regle qui veut realiser le Bien. Cette culture morale necessite une education active en ce sens que l’eleve doit se figurer la maxime qui guide son acte tout comme il doit garder a l’esprit comme regle d’or la realisation ou la mise en pratique du bien.

Quant a la culture particuliere des facultes de l’esprit, elle se rattache aux facultes de connaitre, des sens, de l’imagination, de la memoire, de l’attention et de l’esprit. Kant s’attarde plus specifiquement sur la culture de l’imagination. Les enfants sont forts d’une imagination tres etendue c’est pourquoi il faut eviter de l’etendre davantage avec des contes mais au contraire etablir des regles pour juguler cette imagination debordante. Par consequent, les cartes geographiques constituent une excellente alternative pour structurer l’imagination des enfants.

Sur ces cartes, on peut faire figurer des animaux, des plantes de developper l’imagination des enfants de maniere intelligente et juste. L’histoire ne doit etre enseignee qu’ulterieurement. D’autre part, l’attention doit bien souvent etre accentuee car elle est necessaire a la memoire et donc, a l’education. Car la distraction empeche grandement l’education. Et c’est un manquement dont font etat beaucoup d’individus. Les facultes superieures de l’esprit rassemblent la culture de l’entendement, du jugement et de la raison. L’entendement se construit en demandant a l’eleve de formuler la regle a partir de l’exemple ou inversement.

Puis le jugement en vient a guider l’entendement. Il faut toujours comprendre avant d’apprendre, avant de considerer une proposition ou une idee comme valable et la retenir comme telle. Enfin la raison permet d’etablir des regles. Par contre, il faut que la raison repose sur des donnees connues et reelles. Il ne faut pas raisonner sur du suppose mais reflechir sur l’origine et les consequences des choses pour parvenir a des principes. En outre, il est essentiel de faire passer l’education par l’experience. Il faut appliquer ce que l’on vient d’apprendre pour apprendre mieux.

Et meme ce que l’on apprend le mieux c’est ce que l’on apprend seul. Cependant, rares sont ceux dotes de ce talent. Si l’education concerne tout etre humain, elle concerne, et a plus forte raison, tout artiste. En effet, on parle d’education artistique. Tout art necessite un apprentissage. Car l’art ne se lit pas aisement. Consequemment, prendre part a cet art exige aussi de faire l’apprentissage d’un certain nombre de regles et donnees. La discipline est capitale pour tout eleve sous l’egide d’un professeur pour quelque art que ce soit.

L’eleve doit enormement se contraindre, par exemple pour la realisation d’un spectacle comme une piece de theatre. Il doit apprivoiser des techniques de jeu, apprendre son texte, repeter. Mais il se pose aussi d’autres « contraintes exterieures » dans la mesure ou l’artiste a affaire a autrui dans l’exercice de son art. Il doit accepter l’autorite du professeur et seduire un public. L’artiste recourt a l’habilete telle que la definit Kant dans l’exercice de son art, mais aussi a la prudence dans le sens ou il tire profit des autres acteurs, ne serait-ce que physiquement parlant.

Il interagit physiquement et intellectuellement avec d’autres artistes. La culture generale des facultes de l’esprit est physique lorsque l’acteur suit les indications du metteur en scene ; il peut s’agir de simples deplacements. Elle est morale lorsque l’acteur doit se referer a ses connaissances personnelles, aux mecanismes qu’il a acquis au cours de son apprentissage du theatre. Il s’agit egalement de la mise a profit de ces aptitudes selon certaines regles qui determinent tout le reste. Quant a l’attention, elle concerne tout artiste dans son effort de concentration, memorisation ou communication.