Toute prise de conscience est-elle libératrice

Toute prise de conscience est-elle libératrice

Cela nous conduira, dans une troisième partie, à nous interroger sur les différentes prises de conscience possibles. Celles-ci doivent-elles être entières, et quel usage voulons-nous en faire ? Le sujet 1 LA CONSCIENCE • SUJ p g La raison et le réel Ce sujet demande de s’interroger sur les différences de prise de conscience qu’il est possible de voir intervenir. Il ne s’agit donc pas de considérer la conscience d’un seul bloc, mais de distinguer entre ses différences de degré, éventuellement de nature mais aussi d’usage, en se demandant finalement ce qui permet à cette prise de conscience d’intervenir.

La culture ?? Éviter les erreurs certaines de nos actions. Comment, par exemple, un mille-pattes pourrait-il arriver à se déplacer correctement, et rapidement, s’il devait réfléchir à la présence de chacun des membres qui le lui permettent ? Celui qui fait trop intervenir conscience ne devient-il pas timoré, et toujours à peser interminablement le pour et le contre, de la moindre action comme de la moindre pensée ? Pouvons-nous alors, véritablement, qualifier de libre quelqu’un qui est dans rincapacité d’agir ?

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copie. page 26 Mardi, 24. juillet 2007 10:30 IO LA CONSCIENCE • SUJET De manière générale, une liberté et une action ne s’inscrivent- elles pas dans une prise sur le monde, qui permet leur intervention concrète, mais aussi qui en limite l’étendue ? Autre nscience et la liberté 20F intervenir. II reste prisonnier de l’immédiat et tombe souvent dans des illusions, comme celles que Freud a pu mettre à jour avec l’inconscient.

Cinconscience entraîne l’intervention de pulsions, qui nous poussent à agir et à désirer, mais en n’écoutant que le principe de plaisir. La réalité n’est plus ce à quoi notre esprit herche ? s’adapter, et il se réfugie dans le fantasme et l’illusion. Ainsi, Freud a pu montrer que la cure psychanalytique consiste justement ? prendre conscience de ces désirs ou de ces interdits inconscients qui nous paralysent, leur prise de conscience suffisant à les faire disparaître en tant que forces de refoulement.

La conscience, de manière générale, est ce qui nous permet de prendre du recul, par rapport à nous-même ou par rapport à la réalité extérieure. Nous pouvons ainsi nous éloigner de certaines influences ou de certains déterminismes, afin de les considérer plus librement. Et c’est également ce qui xplique que la conscience puisse être à l’origine de notre esprit critique et de notre réflexion.

Descartes, en développant l’idée du cogito, montre bien en quoi la conscience peut être à l’origine de toute découverte scientifique, puisque les critères du vrai et du faux proviennent de notre esprit, et de la clarté et distinction de nos idées, qui elles-mêmes se fondent sur notre conscience comme point de référence immuable. Cette liberté qu’apporte la Iain la résume bien dans 1 la différence entre moi qui pense et ce sur quoi je pense, pour ne compter que sur le pouvoir de ma propre faculté de penser, en tant qu’individu.

B. La conscience à forigine des actions culturelles de fhomme Cette liberté qu’apporte la conscience se traduit dans les possibilités de réalisation de Phomme. Hegel, lorsqu’il parle de l’art, insiste beaucoup sur sa supériorité, qui vient de l’exercice des pouvoirs de notre esprit, par rapport ? la beauté que nous offre la nature. Cette supériorité tient à la liberté de notre conscience. Je peux me faire une représentation de la réalité, et en dégager @ Hatier 2007 26 CORRIGÉ page 27 Mardi, 24. uillet 2007 10:30 10 A. L’impossibilité de s’harmoniser avec son corps et avec autrui La conscience, si elle peut être libératrice, peut aussi être synonyme d’enfermement. Nous en voyons une illustration si nous revenons conception qui est celle de Descartes. Les deux principales consequences de sa philosophie de la conscience sont, en effet, d’aboutir à une séparation du corps et de l’âme, et à une très grande difficulté pour intégrer la présence d’autrui dans cette conscience individuelle.

La séparation du corps et de l’âme provient de cette formulation sur laquelle débouche l’expérience 4 OF Il l’idée que rhomme doit se définir, avant tout, par ses capacités d’être pensant et réflexif. La pensée seule est susceptible de me donner une certitude quant à mon existence, pensée qui peut elle-même se connaître bien plus facilement que ce qui vient du corps. 27 2. La conscience, signe d’un enfermement La morale des significations dont la richesse serait Inatteignable si je ne disposai de la souplesse de mon langage, et de ma conscience.

Ainsi, cette dernière donne accès à la variété des manifestations culturelles de l’homme, qui dans fart débouche sur des différences de style tout au long de son histoire. Cet apport culturel, qui évite d’aborder les choses de manière unilatérale, ous le retrouvons également dans le domaine politique. Si nous en croyons un auteur comme Hobbes, la vie de Phomme à l’état de nature est une succession continuelle de conflits, qui viennent d’un souci de conservation qui e cette situation de « se sent sans cesse menac ainsi offertes ne peuvent venir que de la capacité ? en prendre une distance que nous autorise la conscience. Transition] I paraît donc indéniable que la prise de conscience soit la promesse, pour l’homme, d’une libération. Il ne reste plus englué dans ce que Sartre appellerait le monde des choses en-soi, c’est-à-dire le monde matériel et naturel. Son regard et ses actions sur les choses trouvent une ampleur sans précédent, grâce à cette prise de distance provenant de la conscience. Mais si la prise de conscience peut être libératrice, nous pouvons nous demander si c’est toujours le cas, et même s’il n’existe pas une tendance Inverse qui ferait de la conscience une cause d’enfermement. age 28 Mardi, 24. juillet 2007 10:30 IO La pensée de moi-même, ou de toute autre chose, lorsqu’elle devient une intuition intellectuelle, peut m’assurer de la vérité d’une telle pensée, tout simplement parce qu’il est 6 OF penser à cette chose d’autrui est écartée, ou du moins ne ‘impose pas comme une évidence ou une chose connue. L’expérience du cogito me garantit de l’expérience que je peux faire, et que chacun peut faire pour son compte.

Mais c’est une expérience qui ne m’assure que de moi-même. Cest moi qui pense, ou qui doute, et si un autre peut le faire tout aussi bien que moi, ce sera sa propre expérience, à laquelle je ne pourrais jamais me substituer. Ainsi, nous aboutissons à des consciences séparées, enfermées en elles-mêmes, et dans une véritable vision solipsiste. Autrui ne peut pas être pris en considération, car c’est d’abord et avant tout ma propre subjectivité qui intervient. B.

La conscience, source d’obsessions et de culpabilité Ces défauts de la conscience réflexive, chez Descartes, apparaissent bien dans la critique que peut en faire Leibniz, notamment dans sa préface des Nouveaux Essais sur l’entendement humain . Il y montre notamment que la conscience, telle que renvisage Descartes, conduit à Pimpossibilité de renouveler sa pensée. L’exigence d’une conscience transparente à ellemême fait que ce à quoi je pense doit se redoubler de la pensée de cette pensée.

Je dois penser que je pense, et ainsi à l’infini, sans jamais pouvoir passer à une nouvelle pensée. Le résultat est donc celui d’une dée fixe, obsessionnelle, qui m’empêche d’en sortir. Cet enfermement de la conscience en elle-même se révèle en nous envisageons la sur ses actes passés y trouvera certainement quelques défauts au niveau intentionnel. Le regret, ou le remords, découlera de ce regard rétrospectif. Il en naîtra un sentiment de honte, ou de culpabilité, qui va devenir une véritable torture pour celui qui est incapable d’oublier.

En se rappelant sans cesse sa faute, il ne pourra envisager aucun avenir. Il restera bloqué sur son passé, et ne pourra même plus vivre au présent. Cet enfermement aura pour conséquence une éritable action d’autodestruction, pouvant conduire au désir du suicide. 28 page 29 Mardi, 24. juillet 2007 10:30 10 29 A. La différence entre consciences spontanée, intentionnelle et réflexive Les possibilités d’enfermement avec la conscience que nous avons pu observer en seconde partie s’ex li uent par les distinctions que nous Il atteindra un certain niveau de décibels.

Mais cela veut dire que la conscience n’est pas entièrement d’ordre réflexif, ou du moins qu’elle ne l’est pas immédiatement. Avant la prise de réflexion inten,’ient une conscience corporelle, ou spontanée, qui déjà me guide dans tous mes mouvements. Nous n’avons plus à craindre, ici, de nous enfermer dans notre conscience trop réfléchie, puisque au contraire nous restons ouvert sur le monde qui fait naître en nous des perceptions, ni d’aboutir à une séparation trop importante entre l’esprit et le corps. C’est aussi ce que la tradition philosophique de la phénoménologie appelle la conscience intentionnelle.

Celle-ci se caractérise par sa relation au monde. « Toute conscience est conscience de quelque chose », écrit Husserl dans ses Méditations cartésiennes . Cela veut dire que la conscience n’est pas clôturée sur elle-même. Au contraire, elle n’apparaît ue dans ces relations qu’elle entretient avec le monde, qui lui donne les possibilités d’être de telle ou telle forme (par exemple une perceptive, si l’objet est présent là devant nous, ou une conscience imageante s’il est absent et qu’il faut s’en refaire une image dans notre esprit). . La nécessité de faire intervenir différents degrés de conscience véritable rencontre avec ce qui n’est pas mol (le monde ou autrui). Mais si la conscience peut aboutir à cela, c’est peut-être parce qu’il n’est envisagé qu’un seul aspect de la conscience (comme Descartes qu- prend la conscience réflexive pour toute la conscience), ou qu’un eul usage de celle-ci. page 30 Mardi, 24. juillet 2007 10:30 IO 3.

Les différents usages possibles de la conscience Ainsi comprenons-nous, avec la conscience intentionnelle, comment peut intervenir une prise de conscience. Cest l’horizon du monde qui en donne la possibilité. Mais cet horizon n’est qu’une incitation, qui autorise différentes visées de ma subjectivité. C’est ainsi que, pour un même objet, ma conscience peut envisager plusieurs usages. Je peux mettre un livre dans ma bibliothèque dans l’intention de l’étudier, ou simplement pour son apparence et son effet dé ifférence d’usage, c’est 0 11