Tous les matins du monde est il un roman d’amour?

Tous les matins du monde est il un roman d’amour?

S’agit-il d’un roman d’Amour ? Introduction. I- L’Amour dans le recit. A- Relation entre Ste Colombe et sa femme. 1- Tristesse-culpabilite 2- Des visitations bouleversantes 3- Amour de la femme pour son mari. B- Relation entre Marin Marais et Madelaine. 1- Une relation charnelle 2- Un devouement sans borne. 3- Des doutes qui menent a la rupture. II. L’Amour, essence meme de ce qui determine la vie et la mort. A. Un Amour qui determine la Vie. B. Un Amour qui determine l’Art. III. La conception de l’Amour dans l’? uvre romanesque et l’? uvre cinematographique. A.

Une conception libertine de l’Amour B. Une absence de plaisir. Conclusion. Introduction : « Monsieur de Ste Colombe ne se consola pas de la mort de son epouse. Il l’aimait. » Des le premier paragraphe du roman de Pascal Quignard, Tout les matins du monde, l’Amour apparait comme une notion essentielle, une sorte de fil conducteur. S’agit- il alors d’un roman d’amour ? Nous verrons dans une premiere partie que l’amour ponctue tout le recit ; puis dans un second temps que l’amour est une essence fondamentale qui determine la vie et l’art. I. L’Amour dans le recit.

A-Relation entre Ste Colombe et sa femme. 1. Tristesse et culpabilite. Cet amour se ressent par la tristesse que Sainte Colombe eprouve

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face a la mort de sa femme. Il devient alors cerebral. Chapitre I page 7 : «  Monsieur de Sainte Colombe ne se consola pas des la mort de son epouse. Il l’aimait. » Chapitre 1 page 8 : « Il n’ouvrit pas la bouche mais ne vit plus personne. » Chapitre ,2 page 12 « J’ai le regret de votre mere. Chacun des souvenirs que j’ai gardes de mon epouse est un morceau de joie que je ne retrouverai jamais. » Chapitre 6, page 24 :  Il songeait a sa femme, a l’entrain qu’elle mettait dans toute chose, aux conseils avises qu’elle lui donnait quand il les lui demandait, a ses hanches et a son grand ventre qui lui avait donne deux filles qui etaient devenues de femmes. Chapitre 7, page 26 « L’amour que lui portait sa femme etait plus grand encore que le sien puisqu’elle venait jusqu’a lui et qu’il etait impuissant a lui rendre la pareille ». La tristesse qu’il eprouve face a la mort de sa femme, et la transcendance de l’amour, le pousse meme a la masturbation ; cependant cet episode n’est pas retranscrit dans l’? uvre cinematographique.

Chapitre 7, page 26 « Le desir et le souvenir de sa femme, le poussaient parfois a descendre ses braies et a se donner du plaisir avec la main. » Chapitre 15, page 53 « Ma tristesse est indefinissable. Vous avez raison de m’adresser ce reproche. La parole ne peut jamais dire ce dont je veux parler et je ne sais comment le dire …» « Je ne sais comment dire, Madame. Douze ans ont passe mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. » La presence physique de Madame de Ste Colombe lui manque donc egalement. D’autre part, on percoit la culpabilite de Ste Colombe de ne pas avoir assiste aux derniers instants de sa femme.

Encore une fois, c’est une marque de l’amour qu’il lui porte. Chapitre 1 page 8 : « Il ne pouvait contenir le regret de ne pas avoir ete present quand sa femme avait rendu l’ame. » Chapitre 15, page 51 « Monsieur de Sainte Colombe ne pouvait s’empecher alors de songer a son epouse et aux circonstances qui avait precede sa mort. Il vivait un amour que rien ne diminuait. Il lui semblait que c’etait le meme amour, le meme abandon, la meme nuit, le meme froid. » La culpabilite est tellement forte, tout comme l’amour qu’il lui porte, que cela le pousse a esperer la mort, afin de pouvoir rejoindre sa femme. Chapitre 20, page 62  Il mit devant lui ses deux mains. Elles etaient tachees par la mort et il en fut heureux. Ces marques de vieillesse le rapprochaient d’elle ou de son etat. Son corps battait a rompre par la joie qu’il eprouvait et ses doigts tremblaient. » 2. Des visitations bouleversantes. Le regret qui l’envahit apres la mort de sa femme est tellement puissant qu’il la fait revivre sans difficultes dans son esprit. Chapitre 1 page 8 : « Le souvenir de cette derniere etait intact en lui. Au bout de trois ans, son apparence etait toujours dans ses yeux. Au bout de cinq ans, sa voix chuchotait toujours dans ses oreilles. »

L’image encore intacte de sa femme se manifeste a travers de multiples visitations qui provoquent chez lui une emotion intense. Chapitre 6, page 25 « Il se mit a pleurer ». « C’etait sa femme et ses larmes coulaient » Chapitre 9, page 33. « Il fremit parce qu’il avait reconnu sa voix. » « Il avait le desir de pleurer mais n’y parvint pas tant il etait surpris. » Chapitre 15, page 52 « Il sentit la douceur de la robe de son epouse pres de lui. Il lui demanda s’il avait bien temoigne autrefois a quel point il l’aimait. Chapitre 15, page 53 « Ma tristesse est indefinissable. Vous avez raison de m’adresser ce reproche.

La parole ne peut jamais dire ce dont je veux parler et je ne sais comment le dire … » « Je ne sais comment dire, Madame. Douze ans ont passe mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. » 3. Amour de la femme pour son mari. Dans le film plus que dans le livre, on pourrait croire que sa femme cherche a lui revenir, malgre la mort elle cherche a retrouver un quotidien avec lui. Chapitre 7, page 26 « L’amour que lui portait sa femme etait plus grand encore que le sien puisqu’elle venait jusqu’a lui et qu’il etait impuissant a lui rendre la pareille ». Chapitre 15, page 52 « Je vous aimais.

Comme j’aimerais encore vous proposer des peches ecrasees. » « Il eut un air de douleur qui donna a Madame de Sainte Colombe le desir de porter la main vers lui. » B- Une relation entre Marin Marais et Madelaine. En parallele avec l’incapacite de Ste Colombe et sa femme de se toucher, la relation entre Madeleine et Marais prend source dans une attirance physique qui se concretise ensuite par une relation durable. 1- Une relation charnelle Chapitre 8, page 28 « Madelaine le trouva tres beau. » Chapitre 10, page 35 « Parce que je vais me baigner, dit t’elle, je vais relever mes cheveux. …] Comme elle levait ses bras, ses seins se serraient et gonflaient. » Chapitre 13, page 44 « Madelaine vient embrasser Marin Marais. » Chapitre 13, page 47 « Elle vit des larmes qui coulaient et essuya l’une d’entre elle. Elle apercut les mains de Marin qui s’approchaient des siennes, toutes nues sous la pluie qui avait repris. Elle avanca ses doigts. Ils se toucherent et ils sursauterent. Puis ils etreignirent leurs mains, avancerent leurs ventres, avancerent leurs levres. Ils s’embrasserent. » Chapitre 14, page 48 « Ainsi ils se touchaient. Puis ils se baiserent dans les coins d’ombres. Ils s’aimerent. »

Chapitre 14, page 49 « Elle regarda la main de Marin qui l’approchait lentement. Il posa ses doigts sur le sein de Madeleine et glissa lentement jusqu’au ventre. Elle serra les jambes et frissonna. » Chapitre 16, page 54 « Madeleine le rejoignait a Versailles ou a Vauboyen ou ils s’aimaient dans une chambre d ‘auberge. Madelaine lui confiait tout. » Les relations charnelles sont l’element declencheur de leur liaison. 2- Un devouement sans borne. Mais au-dela de la relation charnelle qui les unit, l’amour se traduit par un devouement complet de Madeleine qui transgresse les consignes de son pere vis-a-vis de Marais.

Chapitre 13, page 46 « Elle le prit par les epaules. Il pleurait. « ‘Je vous enseignerais tout ce que mon pere m’a appris, lui dit-elle. » Le lecteur s’interroge alors sur la sincerite des sentiments amoureux de Marais. 3- Des doutes qui amenent a la rupture. Chapitre 14, page 49 « Desirez-vous epouser ma fille ainee ? Je ne puis encore donner ma parole. » Chapitre 16, page 54 « Elle tendait ses seins en avant, pres de son visage. Elle degrafa le haut de sa robe, ecarta la chemise de dessous. Sa gorge jaillit. Marin Marais ne put qu’y jeter son visage. » Chapitre 18, page 58. « Ils etaient a demi nus dans la chambre […]. « Je vous quitte. Vous avez vu que je n’ai plus rien au bout de mon ventre pour vous. ’ » Chapitre 19, page 59. « Elle etait grosse. Marin Marais n’osait prendre de ses nouvelles. » « Elle accoucha d’un petit garcon qui etait mort-ne. » Chapitre 24, page 70-71. « Je ne vois pas que j’ai eu de peines recentes. » «  Vous m’en voulez. » « Oui, Marin. » « L’amour que tu me portais n’etait pas plus gros que cet ourlet de ma chemise. » « Tu mens. » Leur rupture est aussi occasionnee par le contraste des deux personnages, l’une vivant dans un isolement complet et l’autre dans le faste de la cour.

L’amour est donc un element majeur qui ponctue le recit. II. L’amour, essence meme de ce qui determine la vie et l’art. A. Un amour qui determine la vie. Comme nous l’avons vu, l’Amour sans limite que semble porter Madeleine a l’egard de Marais entraine le deperissement total de celle-ci. En effet, cela apparait de maniere ostentatoire dans l’? uvre cinematographique. Malgre sa minceur d’origine, Madeleine maigrit a vue d’? il des lors qu’elle a rompu avec Marais, elle est alitee et ne se deplace plus seule. Des annees plus tard, son amour semble toujours intact.

Juste avant de se pendre, elle fait venir Marais le priant de lui jouer une derniere fois le morceau qu’il avait compose pour elle « La reveuse. » Des son depart, elle se pend avec les lacets des chaussures que Marais venait de lui offrir. On peut meme penser que cet acte etait premedite car dans le film, lors de la scene de rupture, Marais, Madeleine pose la main de Marin autours de son cou, cela symbolise son acte desespere. On peut donc supposer que le suicide de Madeleine est directement lie a l’Amour qu’elle a toujours porte a Marais.

L’Amour determine donc la vie. * Dans une moindre mesure, l’amour que Ste Colombe porte a sa femme provoque chez lui un degout de la vie. Meme s’il est presente comme peu sociable et completement isole, il s’enferme de plus en plus au fil du roman, dans la solitude : plus les visitations sont frequentes, plus il s’isole. C’est comme s’il consacrait sa derniere lueur de vie qui l’animait aux visitations. Ainsi, ce degout de la vie est si fort qu’il constate avec bonheur son vieillissement et espere la mort qui le rapprochera de sa femme. B. Un amour qui determine l’art.

Comme nous l’avons dit precedemment, Madeleine est completement devouee a Marais, lorsque Ste Colombe le chasse, Madeleine prend l’initiative de poursuivre l’enseignement que son pere avait dispense a Marais. Ce devouement permet a Marais de perfectionner son art bien que son maitre ait refuse de continuer a le faire. On peut donc se demander si Marais n’etait pas uniquement interesse et si l’amour qu’il portait a Madeleine etait veritable. D’autre part, la mort de la femme de Ste Colombe semble donner a ce dernier une nouvelle source d’inspiration.

Dechire par la tristesse, il se consacre totalement a son art et compose, inspire par ses souvenirs (par exemple le tombeau des regrets, les Pleurs, la barque de Charon etc. …) C’est d’ailleurs lorsqu’il joue une de ses nouvelle compositions que sa femme apparait pour la premiere fois. C’est donc « grace » a la mort de sa femme et a l’amour intense qu’il lui porte, que Ste Colombe realise ses plus belles ? uvres. III. La conception de l’Amour dans l’? uvre romanesque et l’? uvre cinematographique. A. Une conception libertine de l’Amour. Marin Marais semble etre considere comme un libertin, a l’image de Don Juan.

Il aime les femmes, et avoue a Madelaine lors de la scene de rupture l’avoir trompe « J’ai vu d’autres visages ». Il ne donne pas l’impression de se sentir engage aupres de Madeleine : il reste libre malgre leur liaison. D’autre part, Madeleine et Toinette s’offrent a Marais sans aucune pretention. Les deux jeunes femmes semblent avoir une conception tres libertine de l’Amour pour le XVII eme siecle. Enfin, Ste Colombe pense regulierement a sa femme et a la relation charnelle qu’il entretenait avec elle. Il repense a son corps et regrette de ne pouvoir la toucher. Considere-t-il sa femme comme un objet de consommation pure ?

Les deux « couples » fondamentaux du recit offrent une conception de l’Amour etonnante pour le XVII s, car libertine. B. Une absence de plaisir. La joie que l’on se donne en faisant l’Amour n’est a aucun moment presentee dans les deux ? uvres. En effet, l’acte amoureux semble etre un acte presque desespere. Toinette, lorsqu’elle s’offre a Marais, est un exemple meme de negation de sa personne. Elle a besoin d’imiter sa s? ur, elle veut lui ressembler. Toinette semble tout simplement avoir besoin de rentrer dans le rang des femmes ayant decouvert les relations sexuelles. L’Amour fait partie d’une sorte « d’hygiene humaine. . La vision de l’amour presentee est alors terrifiante. Les personnages ne cherchent qu’a vivre ce present ostensible et depourvu de sens. L’absence de sens et d’hedonisme est clairement visible dans la scene de rupture Chapitre 18, page 58. « Je vous quitte. Vous avez vu que je n’ai plus rien au bout de mon ventre pour vous. ». La conception libertine et hygienique de l’amour presentee dans cette ? uvre est terrifiante car depourvue de sens et de plaisir. Conclusion. Il s’agit donc bien d’un roman d’amour car ce theme apparait tout au long du recit comme un fil conducteur essence de la vie et de l’art.

La relation entre Ste Colombe et sa femme est confronte a la meme incapacite a accepter la mort que celle d’Ulysse envers sa defunte mere dans l’Odyssee d’Homere. On peut aussi songer a la Princesse de Cleves qui reste fidele a son mari malgre la mort dans le roman de Madame de La Fayette. Mais l’amour reste pourtant trivial, hygienique et n’offre pas de perspective de bonheur reel pour les autres personnages. Si le roman parle d’amour il en est plutot le revers, il se presente en negatif, marque par l’absence physique et par la vacuite du sentiment.