Synthese

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Ce n’est peut-etre encore qu’une brise ou un simple appel d’air. Mais les experts ont repere depuis quelques annees un vent politique nouveau qui souffle sur la jeunesse francaise. Dans une etude publiee fin 2010, le sociologue Bernard Roudet revele un fremissement tres sensible de l’interet politique chez les moins de 30 ans (1). Charge d’etudes a l’Institut national de la jeunesse et de l’education populaire (Injep), le chercheur s’est penche sur la quatrieme edition de l’enquete sur les valeurs des Francais, realisee tous les neuf ans depuis 1981.

Ces derniers resultats font apparaitre « une politisation des jeunes a la hausse, comparable aujourd’hui a celle des adultes ». Alors que les resultats etaient faibles et stables depuis des annees, la proportion de jeunes qui se declarent « tres interesses » par la vie politique a double en 2008, pour atteindre 12 %. Suivent 29 % des jeunes qui se declarent « assez interesses », soit une hausse de sept points par rapport a 1990. La frequence des discussions politiques a depasse en 2008 celle de 1981, annee pourtant sensible. 3 % des 18-29 ans discutent « de temps en temps » de politique (meme niveau qu’en 1981) et 17 % repondent

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« souvent » (contre 12 % en 1981). Environnement et questions spitrituelles Ce renforcement de l’interet politique est confirme par les donnees du Centre d’etude de la vie politique (Cevipof) de Sciences-Po. Elles revelent une legere augmentation, entre 1988 et 2002, puis un bond en avant de 15 points en 2007, avec 67 % des jeunes qui se disent tres ou assez interesses. L’ensemble de ces resultats donne raison a la chercheuse du Cevipof, Anne Muxel, qui refute la these de la depolitisation de la jeunesse.

Dans un livre grand public (2), elle explique au contraire que la politisation se maintient, mais que ce sont « les contenus » meme de l’interet qui ont evolue : « Celui-ci s’est deporte de la scene nationale vers la scene mondiale. (…) Les questions ethiques ont pris le pas sur les clivages ideologiques. » Bernard Roudet estime lui aussi que l’interet des jeunes se porte davantage sur « les grands sujets de societe, comme l’environnement ou aussi les questions spirituelles ». Les moins de 30 ans ne se tiennent pas a l’ecart du jeu politique.

En 2007, leur participation a l’election presidentielle a ete presque aussi forte que celle de leurs aines, avec 82 % de votants aux deux tours. La premiere decennie du XXIe siecle a surtout ete marquee par la recurrence et l’intensite des mouvements lyceens et etudiants. Contre le contrat premiere embauche (CPE) en 2006, la reforme du lycee en 2008, jusqu’a leur mobilisation inattendue sur la defense des retraites cet automne. Deux elements d’explication eclairent ce retour du politique.

D’une part, la « pipolisation » de la vie publique a un fort impact sur leur mobilisation electorale, qui reste en dents de scie. L’annee 2007 a revele un indeniable effet Sarkozy, en « pour » ou en « contre ». D’autre part, le rapport au politique des jeunes est de plus en plus « protestataire », note Anne Muxel. La crise financiere, les difficultes a entrer dans le monde du travail n’ont pu que les inciter a s’engager dans des combats qu’ils estiment mener au nom de la justice ou de l’egalite. Reseaux sociaux