Suis-je pour moi-meme un etranger?

Suis-je pour moi-meme un etranger?

Suis-je pour moi-meme un etranger ? Lorsque je croise une personne inconnue, je la qualifie d’etrangere a moi-meme mais je suis aussi un etranger pour les autres ; ceci nous apparaissant comme normal. En effet, ce qui est etranger a soi peut-etre a l’exterieur, hors de soi. Cependant, ce sujet suppose que l’on peut etre etranger a soi-meme meme si il semble impossible de considerer une chose interieure a soi comme etant etrangere car par la conscience je suis constamment present a moi-meme. Cependant, certains philosophes soutiennent la theorie de l’inconscience ce qui prouverait que je ne suis pas uniquement ce dont j’ai conscience d’etre.

L’unite du moi peut donc etre remise en question. Si je suis un etranger pour moi-meme, cela signifie donc qu’il existe une distance irreductible entre « je » et « moi-meme », mais aussi, que « je » est un inconnu pour « moi-meme ». Ce probleme evoque donc la conscience de soi mais aussi la connaissance de soi. Ainsi, si l’on considere la notion d’etranger dans ses deux sens, le « je » est a la fois etranger a lui-meme et non etranger a lui-meme. Nous pouvons donc nous demander si nous devrions nous considerer comme etranger, inconnu, aliene a soi-meme. Nous etudierons donc la conscience

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de soi qui assure une certaine connaissance de soi.

Puis, nous aborderons la theorie de l’inconscience preuve de la non- connaissance de soi et enfin, l’impossibilite d’un travail complet d’introspection. L’Homme se distingue des animaux car il a la faculte de se connaitre soi-meme. L’Homme a le pouvoir de se « penser » et pas uniquement comme les animaux de  se « sentir ». Si l’Homme a une conscience, l’animal, lui, n’a qu’un instinct. L’etre humain se saisit entrain de saisir le monde. Prendre conscience de soi, c’est donc passer d’une conscience immediate des choses a une conscience qui se reflechit, qui se pense pensant les choses.

Prendre conscience de soi signifie que l’on diminue la distance qui se trouve entre ce que l’on est et ce que l’on a conscience d’etre. On reduit ainsi la part d’inconnu en soi. Des lors, la conscience de soi permettrait de mieux se connaitre, de se maitriser et donc de se realiser. Prendre conscience de soi, c’est donc se produire une identite, c’est realiser que « je » existe et pense. On passe d’une conscience immediate, d’une perception du monde exterieur a une conscience reflechie, a une conscience de soi vers l’age de 3-4 ans.

C’est le moment ou l’on est capable de parler de soi a la premiere personne, de dire « je ». Ce meme « je » donne aux differentes representations une unite, une coherence. On devient donc sujet. Le sujet fonde l’identite d’un individu car un sujet est un etre qui est capable de comprendre le monde, de lui donner un sens. C’est un etre pensant. On acquiert donc une certaine connaissance de soi car avoir conscience de soi nous permet d’avoir un regard d’introspection sur nous meme. Prendre conscience de soi devient la condition de possibilite de se rapprocher de la realite, y compris de sa propre realite.

Si l’on reflechit sur notre pensee, c’est que l’on cherche a savoir ce que nous savons de notre conscience quand nous pensons. On apprend donc au moins une chose, la seule sur laquelle nous ne pouvons pas mettre en doute son existence selon Descartes : nous sommes des etres de pensees. En effet, si l’on entreprend de douter de tout pour trouver une certitude absolue, une seule certitude resiste au doute selon Descartes : nous sommes des etres pensants car si je doute, je pense et si je pense, je suis d’ou le cogito cartesien « Je pense donc je suis ».

Prendre conscience de soi est, en ce sens, prendre conscience de sa specificite humaine, de sa spiritualite, et non pas devenir etranger a soi. Prendre conscience de soi, c’est donc affirmer sa difference radicale avec les animaux : la possibilite de penser et donc parler. Prendre conscience de soi serait donc la condition pour se rapprocher au plus pres de soi, pour se realiser, devenir soi-meme et vaincre ce sentiment d’etrangete. En effet, la conscience nous permet donc de comprendre notre existence spirituelle.

Cependant, lorsque l’on souhaite apprendre a se connaitre soi-meme, nous sommes soumis a l’experience de la subjectivite exterieure. Mais il ne suffit pas d’avoir conscience de soi pour se connaitre soi meme. On peut tomber dans la facilite en pensant que je suis le mieux place pour savoir qui je suis : je pretends etre present, transparent a moi-meme puisque je me percois. Or, il faut se mefier de ce que la perception nous montre : elle est traitre. En effet, Hegel, dans La phenomologie de l’esprit, presente la conscience que nous avons des choses comme etant « un savoir dont il faut se mefier ».

On ne peut donc pas avoir de certitude sur soi. La conscience de soi est donc un premier pas de la connaissance de soi qui est une longue demarche de travail sur soi. Cette connaissance de soi ne va pas de soi. En effet, Bergson illustre la non-connaissance de soi : «Nous sommes interieurs a nous meme et notre personnalite est ce que nous devrions le mieux connaitre. Point du tout. Notre esprit y est comme a l’etranger ». Bergson utilise donc du conditionnel. Il pretend donc que la connaissance de soi n’est qu’illusion. Donc, logiquement, la reponse a « Qui suis-je ? ne vient pas de soi mais cette question est recurrente, centrale dans la philosophie platonicienne. Socrate a pour maxime « Connait toi toi-meme ». Selon lui, la connaissance de soi est donc le point de depart de toutes formes de connaissances. Il est a la quete personnelle de la verite, c’est-a dire, il souhaite avoir une connaissance, une perception claire de soi. Nous devrions ne pas apprendre a nous connaitre mais apprendre a decouvrir l’etre humain que nous sommes. «Connait toi toit meme » est donc une invitation a faire un effort sur soi, a rentrer dans une demarche autocritique.

La connaissance de soi n’est donc pas innee. Nous ne pouvons savoir qui nous sommes avec exactitude. Rimbaud, dans son poeme L’etranger, affirme que «Je est un autre » : quoi qu’on en dise, nous sommes toujours etrangers a nous-memes. Nous sommes condamnes a etre dans l’ombre, condamnes a nous echapper a nous meme. Je ne peux pretendre de maniere absolue qui je suis. Developper un discours uniquement rationnel sur l’etre humain est fausse par le desir qui nous rend irrationnel : le desir nous donne des « pulsions », donc l’on ne peut pas definir l’etre humain reellement, concretement.

En effet, l’homme est defini comme etant un etre de raison mais il est egalement un etre de desir. Il peut donc tres bien se laisser envahir, se laisser guider par ses desirs, ses pulsions. Trop souvent, nous croyons ces desirs comme etant nos desirs personnels, mais ils sont generalement le reflet de la masse. Heidegger appelle cela «la dictature du « on » ». Je crois que mon desir est unique et qu’il m’appartient en propre. Certes, mon desir reflete ma personnalite mais je vis en presence d’autres qui partagent nos desirs.

Nous ne savons donc plus faire une reelle difference entre soi et les autres. Nous pensons connaitre notre personnalite, mais notre personnalite elle- meme est influencee par les prejuges, la societe dans laquelle nous vivons. Une influence exterieure agit continuellement sur nous. Selon Freud, nos actes manques sont l’expression d’un desir, d’une pense qui cache un desir inconscient : l’Homme a des desirs conscients qu’il essaie de satisfaire mais certains de ces desirs sont inconscients et se traduisent par des lapsus, des actes manques bien qu’ils paraissent anodins.

Pour Freud, l’inconscient est donc le foyer de tout ce qui est refoule en nous par notre sur moi qui est une censure constituee par l’ensemble de nos valeurs morales. Tout ce qui est inconscient cherche toujours a revenir a la conscience. Et lorsque la conscience est moins vigilante, les desirs inconscients refont surface. L’etre humain decouvre alors une pulsion qu’il ne soupconnait pas d’exister. L’existence d’une part d’inconscience temoigne donc de notre etrangete a soi-meme. L’inconscience d’une partie de soi est preuve d’ignorance de soi.

Une part de moi reste etrangere a moi-meme, mais suis-je reellement le mieux placer pour savoir qui je suis ou quelqu’un peut-il m’aider a me connaitre moi-meme ? Selon Aristote, la connaissance de soi ne peut pas etre realisee sans la presence d’un ami, d’un alter ego. En effet, il dit « nous ne pouvons pas nous contempler nous-memes a partir de nous-memes : ce qui le prouve, ce sont les reproches que nous adressons a d’autres, sans nous rendre compte que nous commettons les memes erreurs, aveugles que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empechent de juger correctement. Cela souligne donc que je ne peux pas dire exactement qui je suis. En effet, nous ne portons pas un regard objectif sur nous mais un regard subjectif : nous nous jugeons comme etant superieur, nous ne nous rendons pas compte des defauts que nous avons. Cependant, ces defauts, nous les remarquons sur d’autres personnes, sur nos amis. Afin d’apprendre a se connaitre, il nous faut donc interroger notre ami sur notre personnalite. Cet ami apportera un regard exterieur necessaire a la connaissance de moi.

Cependant Rousseau affirme qu’il est indispensable d’avoir une idee claire et exacte de soi, mais qu’il est primordial d’effectuer ce travail seul. Il se mefie du regard d’autrui sur lui-meme qui est le plus souvent deformant. Rousseau pretend donc pouvoir dire la verite sur lui-meme, et il pretend aussi pouvoir tout dire : il laisse entendre que rien de lui ne lui echapperait dans son travail d’introspection, qu’il est capable de se souvenir de son passe etape par etape. Il decide donc d’ecrire son autobiographie : Mes Confessions.

Mais, il se heurte a un probleme : nos souvenirs ne peuvent pas etre entiers car un regard retrospectif n’est jamais fidele a l’evenement. Les souvenirs nous reviennent parfois lorsque nous essayons de retracer notre vie mais ils sont subjectifs, ou sont parfois mis dans notre part inconsciente lorsqu’il s’agit d’un evenement traumatisant, ils restent dans l’ombre de notre memoire. La memoire est selective, on ne peut donc pas faire confiance a la methode de Rousseau : on ne peut jamais etre transparent a nous meme.

La pretention de Rousseau a prendre possession de toutes les dimensions de son etre est peu realiste. Il ne peut avoir la certitude d’etre infaillible dans l’histoire de son ame. Mais il constata que lors de la redaction de son autobiographie qu’il eut cru mieux se connaitre. En effet, quand il ecrivit plus tard Les reveries, il nuance ses positions : Il ecrit « Le « connait-toi toi-meme » n’est pas une maxime si facile a suivre que je l’avais cru dans les Confessions ».

Il considere alors que pour se connaitre soi meme, il faut aussi accepter que l’Homme est un objet de desir, et qu’il est difficile de connaitre avec exactitude nos propres sentiments. Tout d’abord, nous sommes a nous meme une realite familiere plutot qu’etrangere, une proximite naturelle a soi. Cependant, une part de notre psychisme, de nous meme, nous reste inconnue car elle est enfouie dans notre inconscience. Et meme si nous realisons un travail d’introspection pousse, nous ne pouvons pas devenir transparents a nous meme car nous portons un regard subjectif sur nous meme.

Selon Aristote, il faudrait donc la presence d’un tiers pour se connaitre soi meme. Une part de moi-meme m’est donc inconnue. Nous ne sommes donc pas entierement etrangers a nous meme. Cependant, nous ne connaissons pas entierement nos amis, mais nous ne les qualifions pas pour autant d’etrangers. Nous les qualifions de proches. Chacun peut donc, non se considerer comme etranger pour lui-meme, mais se considerer comme etant un proche de lui-meme.