Suis-je libre de penser ce que je veux?

Suis-je libre de penser ce que je veux?

Philosophie Sujet : Suis-je libre de penser ce que je veux? « L’Homme est condamne a etre libre ». Voici la contestation qui peut paraitre amere que fait Sartre lors de sa conference « l’existentialisme est un humanisme ». Par cela, le philosophe veut, non pas exprimer une fatalite, mais demontrer que la liberte de l’homme est absolue et que la seule chose que nous ne puissions pas faire c’est de ne pas etre libre. L’homme ne peut echapper a la necessitee du choix, principe inherent a la liberte. Ainsi, en est-il pour Sartre, grand philosophe qui amena l’existentialisme a son apogee.

Mais la question a toujours souleve et souleve encore des interrogations et les reponses attribues sont on ne peut plus divergentes. Suis-je libre de penser ce que je veux? L’Homme a-t-il le choix de posseder « l’activite cervicale » (Spinoza) qu’il desire? Autrement dit, sommes-nous maitres de nos pensees et desirs? Penser c’est appliquer l’activite de son esprit aux elements fournis par nos connaissances (Petit Robert). Par cette definition chacun semble en mesure de penser par soi meme et a sa guise.

La liberte elle, admet des definitions tellement diverses que ces dernieres seront la plaque tournante de la reponse a notre question. Il faut tout de meme savoir qu’en regle generale, la liberte exprime une situation d’une personne qui n’est point sous la dependance absolue de quelqu’un (Encyclopaedia Universalis). La volonte est le desir d’accomplir ou de penser un objet; mais avons-nous deja en nous meme cette liberte de la volonte? Si le sujet est libre de penser ( I ), cette liberte de penser, pour certains philosophes, est transcende par une instance superieure ( II ).

L’homme est t-il reellement en mesure de faire des choix selon ses desirs, sa nature meme ( III )? L’homme, cet animal metaphysique (Schopenhauer) est le seul qui ait conscience de soi. Par ce fait, il est le seul etre-humain qui puisse esperer acceder a la liberte et qui plus est, a la liberte de penser ce que bon lui semble. A priori, nous pourrions naturellement penser que le sujet, l’Homme, est constitue pour avoir ses pensees propres qu’il maitrise puisque c’est lui qui a donne un sens a tous ces concepts.

La liberte repose sur le choix; en effet, il ne peut y avoir de liberte sans choix, moteur de toute decision personnelle. Ainsi, tout homme se retrouvant devant une multitude de choix de sa pensee peut postuler au fait de penser ce qu’il desire puisque meme si un peuple est prive de sa liberte politique, rien ne peut l’empecher d’exercer sa liberte de penser. De ce fait, l’homme etant confronte a une multitude de choix, voit donc l’expression meme de sa liberte. Le sujet a le choix de son acte et n’est pas cantonne a un nombre determine de choix puisqu’il se cree lui-meme ses possibilites.

Ainsi apres le bac, un jeune etudiant peu aussi bien continuer ses etudes dans une grande ecole que d’elever des moutons en Nouvelle-Zelande. Cet exemple un peu excessif montre tout de meme la variete infinie de choix que nous offre notre monde. Les seules contraintes a cette liberte absolue sont determinees par la societe qui fixe des normes et des valeurs inherentes a celle-ci que seule notre volonte peu depasser. Mais l’homme n’a pas toujours besoin d’avoir devant lui une multitude de choix pour ressentir un sentiment de liberte de penser.

L’homme etant selon l’existentialisme determine par la somme de ses actes, son essence meme devient libre et le sujet peut donc exprimer et penser ce qu’il desire. Ainsi, lorsque nous faisons un choix, nous savons exactement ce que nous voulons. Meme le conseil a un tiers n’est point une entrave a la liberte de penser; bien au contraire, puisque nous connaissons la reponse qui va etre donnee en fonction de la personne a qui le conseil a ete demande. Le caractere crucial du choix est aussi important que la multitude offerte. Sartre, nous donnes un parfait exemple dans sa troisieme ? vre des Situations : « jamais nous n’avons ete aussi libre que sous l’occupation allemande » ce qui expose bien la position du philosophe. Sartre ne pretend nullement que l’occupation allemande aurait ete propice a la liberte politique. C’est de la liberte au sens metaphysique du terme qu’il s’agit ici. Etre libre c’est etre capable de dire non, de refuser une situation. L’occupation allemande est un de ces moments de notre histoire ou notre attitude avait une pleine signification. Accepter c’etait etre complice ; refuser, devenir resistant c’etait risquer la torture et la mort.

C’est donc une de ces situations limites ou les choix ne peuvent qu’etre authentiques. La liberte ne se mesure pas dans les situations sans risque mais dans celles ou notre responsabilite et ses consequences sont pleinement engagees. (Dictionnaire des citations). En effet, l’existentialisme qui ne peu n’etre « pratique » que par des philosophes est clairement visible dans la vie politique mouvementee qu’a connue ce grand philosophe. Selon la definition meme au sens metaphysique ; la liberte est le principe selon lequel rien n’entrave la pense a penser ce qu’elle veux.

Cette definition moderne rejoint le principe de libre arbitre puisque l’homme peu, si on se fie a ce principe, s’autodeterminer sans contraintes exterieures. Nous sommes donc en mesure d’etre libre de penser ce que nous voulons puisque la transcendance de l’ame stipule que nos pensees dominent donc tout le reste ; comment ne pouvons nous pas etre libre de penser ce que nous voulons ? Au dires de Hegel, « la liberte est la plus haute destination de l’esprit humain » puisque l’homme est libre par essence ; mais notre liberte de penser n’est t-elle pas elle-meme domine par une volonte superieure ?

Si l’homme est libre de penser, et cela ne fait que peu de doute quand on songe simplement au principe meme de democratie ; en effet, dans ce regime politique, l’Etat fait confiance a la liberte de pense du citoyen mais sommes nous libres de nos pensees ? Contrairement a Descartes, Spinoza soutient le fait que le libre-arbitre est inimaginable car justement, l’homme est incapable de s’autodeterminer puisque soumis a des contraintes exterieures qu’il ne peux controler : ses pulsions. Nous ne sommes pas libre, l’homme a le sentiment de liberte pour deux raisons simples.

La premiere est que cette liberte n’est que le resultat de l’ignorance des causes reelles qui agissent sur le sujet. Par cela, nous pensons etre libre car complexes mais en fait, nous sommes tout autant determines par les contraintes physiques et biologiques que n’importe quel etre vivant ou meme que n’importe quel objet (une pierre selon l’exemple de Spinoza). C’est donc la raison qui doit logiquement nous liberer de l’illusion de la liberte ; il faut alors perseverer dans son etre propre : c’est le conatus. Mais tout homme est-il ou peut-il devenir rationnel ?

La deuxieme raison est due a la complexite meme de l’homme. Nous sommes imprevisible car nous ne vivons pas selon des instincts animaux – ou du moins, la vie en societe essaye de gommer nos aspects primitifs – la nature humaine n’existe pas. C’est le fait meme de se savoir imprevisible qui nous donne le sentiment de liberte mais la raison nous libere de cette illusion. Nous ne sommes pas un empire dans un empire, mais une partie de l’empire de la nature c’est-a-dire que nous sommes tous une partie de Dieu ; determines par l’empire de la nature.

Ainsi donc, la liberte ne peut-etre qu’illusions et seule notre scientificite et notre rationalite peu nous mener a la beatitude. Le probleme de la liberte peu se poser car la liberte selon Kant (et Rousseau avant lui), est le fait meme de s’accrocher a nos instincts puisque cette liberte est la condition ultime de la possibilite de la morale (Le Point). Ainsi donc, c’est l’instinct, donc la nature (l’inne) en derniere instance qui determine le choix et non notre etre propre. Cependant, la nature peut etre ce qui determine notre choix et ainsi reduire la ossibilite de liberte de penser mais ce determinisme ne peut-il pas venir de nous meme tout simplement ? Pour cette derniere hypothese la condition de l’existence de l’inconscient est primordiale. Nos pulsions sont renfermees dans une partie de l’inconscient que Freud appelle le CA. Ainsi donc nos pensees viennent de ce CA pour finir dans le MOI qui est le conscient de notre etre, notre « je ». Mais notre inconscient comprend en plus d’une partie du MOI, le SURMOI qui est forme par notre education et qui permet la censure.

Cette censure est quelque chose qui se developpe grace a notre bagage culturel et qui limite l’expression meme de nos pulsions et donc de nos pensees qui sont elles-memes determinees par ces pulsions primitives (le eros et le thanatos). Par ces declarations, Freud contredit donc Rousseau sur la nature meme de l’homme. En effet, selon le pere de la psychanalyse, l’homme est mauvais de nature car animal et c’est la societe qui le rend acceptable grace notamment a cette censure qui est acquise. Si la censure freine nos pulsions primitives qui sont elles-memes generatrices de nos pensees pensons-nous reellement ce que nous voulons ?

L’homme est libre de penser mais existe-t-il donc une liberte de la volonte ? Il n’y a point de doutes que l’homme est le seul animal sur Terre qui se pose des questions sur son existence et qui naturellement en viens a esperer la liberte et qui plus est d’etre libre de penser ce qu’il veux. Depuis Aristote il y a plusieurs milliers d’annees jusqu’a aujourd’hui avec Rawls la question de la liberte de penser ce que l’on desire s’est posee et les reponses proposees divergent en fonction de la definition de la liberte, de la pensee, de la volonte ou meme de l’Etre.

La liberte de penser est donc acquise : tout homme a la possibilite et la capacite de penser librement car c’est la seule liberte que l’on ne peux refuser a un homme meme si ce dernier est emprisonne, qu’il ne peux parler et qu’il est torture. La seule facon de le priver de cette liberte la plus fondamentale (c’est la base de la declaration des droits de l’homme) est de le tuer ; pensee peu rejouissante meme si ce procede a ete souvent utilise durant l’Histoire de l’Homme. Le massacre de la Saint-Barthelemy le 24 aout 1572 orchestre par la reine mere Catherine de Medicis pour en finir avec les protestants en est un parfait exemple.

Ainsi donc, nous sommes libre de penser mais il nous est impossible d’etre libre de notre volonte qui est determine soit par la nature (Kant) soit par la censure exercee par notre SURMOI (Freud). Si notre volonte est determinee par une instance superieure, notre liberte de penser ce que nous voulons s’en retrouve alors considerablement affaiblie. La volonte est dominee ; la pensee est determinee. « La liberte ne peut etre limitee qu’au nom de la liberte » disait Rawls. La liberte de penser ne peut etre limitee que par notre volonte a-t-on vu dans ce devoir.

Ainsi donc, notre qualite d’homme libre n’est remise en question que sur le plan de sa propre volonte a penser ce que l’on desire. L’homme est libre de penser car il est soumis a des choix qui, soit en etant une multitude soit en etant crucial, lui donne l’impression d’une liberte de penser selon sa volonte propre. La transcendance de la conscience vue par Descartes ne fait qu’accentuer cette these. Cependant, notre liberte n’est que illusion, resultat de notre ignorance des liens de causalite.

De plus, notre cote instinctif d’ou viennent nos pensees, est bloque par la censure exercee par notre inconscient ; on ne peu donc pas y echapper. En revanche, l’homme peu se completer dans sa liberte de penser mais celle-ci ne sera jamais le resultat de son propre vouloir. Suis-je libre de penser ? Tous les hommes les sont ; mais ce que je desire est conditionne par une instance superieure et independante de ma volonte propre. Comment donc essayer de donner un sens a notre vie puisque ce que nous desirons le plus n’est pas determine par nous meme ?

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