Sophie calle

Sophie calle

SOPHIE CALLE Nee le 9 novembre 1953, Sophie Calle est ecrivain, artiste conceptuelle, photographe, cineaste ou meme detective . Elle est sans doute un peu de chaque, selon les personnages qu’elle interprete, les rituels qu’elle imagine, les morceaux de sa vie qu’elle raconte et les sentiments qu’elle fait partager. L’artiste exploite frequemment la methode de l’enquete et son oeuvre consiste le plus souvent en l’association de la photographie et de l’ecrit. Sophie Calle invente ses propres regles du jeu jeux afin d’ « ameliorer la vie », lui donnant ainsi une structure.

Pour une grande partie des oeuvres, ce n’est que dans un second temps qu’elle les fait penetrer dans la sphere de l’art. Ses installations sont l’aboutissement et le prolongement de situations mises en scene et vecues sur un mode autobiographique. Le sillon dans lequel s’inscrivent ses premiers travaux reflete une relation entre l’art et la vie singulierement distincte du registre neutre, distancie et informatif des oeuvres conceptuelles Elle vit a Paris et a New York et se definit souvent comme une artiste « narrative ».

Ses photographies ont valeur de pieces a conviction a travers lesquelles elle raconte des histoires a la fois ordinaires et un peu inquietantes, dont le materiau

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
premier est sa propre vie, ses propres experiences reconstruites entre realite et fiction . Sophie Calle est la fille de Robert Calle, cancerologue ancien directeur de l’Institut Curie et collectionneur a l’origine du Carre d’art, le musee d’art contemporain de la ville de Nimes. Fortement influencee par l’entourage des amis proches de son pere (Martial Raysse, Arman, Christian Boltanski), elle decide de s’orienter vers la creation artistique1.

Apres avoir ete une « activiste pure et dure » — maoisme, feminisme, Gauche proletarienne, lutte pro-palestinienne au Sud-Liban, etc. — et avoir voyage sept ans a travers le monde, Sophie Calle rentre a Paris. Perdue, sans projet professionnel, sans capacite precise, sans amis, elle decide de suivre des inconnus dans la rue, comme pour retrouver Paris a travers les trajets des autres. Pour son premier projet, en 1979, elle decide de suivre, a son insu, un inconnu qui l’entraine a Venise. « Suite venitienne » est le resultat de cette filature. « Je suivais des inconnus dans la rue.

Pour le plaisir de les suivre et non parce qu’ils m’interessaient. Je les photographiais a leur insu, notais leurs deplacements, puis finalement les perdais de vue et les oubliais. A la fin du mois de janvier 1980, dans les rues de Paris, j’ai suivi un homme dont j’ai perdu la trace quelques minutes plus tard dans la foule. Le soir meme, lors d’une reception, tout a fait par hasard, il me fut presente. Au cours d’une conversation, il me fit part d’un projet imminent de voyage a Venise. Je decidai alors de m’attacher a ses pas, de le suivre. »

Plus tard, la remarque d’une amie sur la tiedeur des draps, lorsqu’elle se couche aupres d’elle, lui donne l’idee d’inviter des gens pris au hasard a venir dormir quelques heures dans son lit. En 1979, « par jeu », Sophie Calle demande donc a differents inconnus (ou amis et entourage quand elle n’avait trouve personne, ou encore elle-meme lorsqu’un dormeur lui faisait faux-bond) de venir passer un certain nombre d’heures dans son lit afin que celui-ci soit occupe sans discontinuer huit jours durant, en acceptant d’etre photographies et de repondre a quelques questions.

Elle prend des cliches des dormeurs — parmi lesquels l’acteur Fabrice Luchini — et note consciencieusement les details elements importants de ces breves rencontres : sujets de discussion, positions des dormeurs, leurs mouvements au cours de leur sommeil, le menu detaille du petit-dejeuner qu’elle leur preparait. Ce travail, intitule Les Dormeurs, retient l’attention du critique Bernard Lamarche-Vadel, mari de l’un des dormeurs 4; il l’invite a la Biennale de Paris en 1980. En fait, dit Sophie Calle, c’est lui qui decida que j’etais une artiste. » Apres avoir suivi cet homme a Venise, Sophie Calle eprouve l’envie d’etre elle-meme suivie. Elle demande a sa mere d’engager un detective prive.? « Selon mes instructions, dans le courant du mois d’avril 1981, ma mere s’est rendue a l’agence Duluc detectives prives. Elle a demande qu’on me prenne en filature et a reclame un compte rendu ecrit de mon emploi du temps ainsi qu’une serie de photographies a titre de preuves. « ?

Sophie Calle, A suivre…, Livre IV, Actes Sud, France, 1998 La Filature, commandee en 1981 par le Centre Pompidou pour une exposition consacree a l’autoportrait, est constituee de mises en scene vecues sur un mode autobiographique.? Recit a double-voix: l’enquete du detective sur une journee de l’artiste suivie de photographies floues est accompagnee de la description de sa journee par Sophie Calle et de photographies du detective prises a son insu par un ami de Sophie C.? « Je suis entree dans la vie de M. X detective ».

Sophie Calle apprecie ses regards, « l’attention qu’il lui porte est telle qu’aucun homme ou femme qui l’a aimee ne lui a jamais donnee… « , ecrit-elle.? Objet et voyeur du regardeur, Sophie Calle dresse, grace a lui, son autoportrait d’un jour.? Un genre dans un genre: l’autoportrait pose la question du miroir, des points de vue, de la ressemblance; il interroge les rapports a l’espace, au temps. Sophie Calle est suivie une journee a Paris; comme elle aime la peinture de Titien intitulee L’homme au gant, elle reste au Louvre une heure devant le tableau, forcant le detective a en parler dans son rapport.

Sophie Calle souhaite une personne interposee pour se portraiturer; le regard de l’autre la revelerait-elle? Position et relation complexes: objet et sujet menant l’enquete, personnage et auteur, modele et creatrice… Sophie Calle brouille les pistes, la confusion des roles intrigue, l’enquete est une enigme.? Aussi, images et textes ne resultent pas de « professionnels »: le detective, Sophie Calle, son ami ne sont ni photographes, ni ecrivains. Le projet et sa realisation finale, encadree au mur avec sobriete, ont neanmoins le statut d’? uvre d’art.?