Societes et ideologie au 19eme

Societes et ideologie au 19eme

SOCIETES ET IDEOLOGIES AU XIXe SIECLE I – UNE NOUVELLE SOCIETE A. LA LENTE EVOLUTION DES CAMPAGNES • Au XIXe s. , la population rurale est encore tres nombreuse dans les pays industrialises, mais elle devient minoritaire des 1850 en Angleterre et apres 1880 en Allemagne. Mefiants face a l’innovation et manquant de capitaux, les agriculteurs n’appliquent que lentement les techniques nouvelles. Beaucoup subsistent grace au travail familial et a la pratique d’une polyculture traditionnelle.

D’autres quittent la campagne, victimes de la mecanisation de l’agriculture ou du morcellement des terres, par heritage. Cet exode rural favorise l’essor des villes et fournit une main-d’? uvre bon marche a l’industrie ; il alimente aussi l’emigration vers les pays neufs, Etats-Unis, Canada, Amerique du Sud. • Une nouvelle generation d’agriculteurs, plus soucieuse de productivite, apparait neanmoins dans les grandes plaines du Nord de l’Europe et surtout aux Etats-Unis.

Ces pionniers de l’agriculture font appel au credit bancaire pour acheter engrais chimiques et machines, telles les moissonneuses-lieuses et les batteuses a vapeur. B. LE TRIOMPHE DE LA HAUTE BOURGEOISIE • L’ancienne aristocratie des grands proprietaires terriens comme les boyards russes ou les junkers allemands garde encore de l’influence dans la societe mais connait des difficultes a cause de la baisse

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des revenus de la terre. Cette evolution touche aussi les rentiers, encore nombreux au XIXe s. • Cependant, l’essor de l’industrie hisse aux premiers rangs chefs d’entreprises et banquiers.

Aux « dynasties » des debuts de la revolution industrielle (les Rothschild, les Schneider, les Krupp) s’ajoutent les « rois » apparus aux Etats-Unis a la fin du XIXe s. (Rockefeller, Carnegie, Morgan). Ces bourgeois sont parfois partis de rien (Carnegie) ; aux Etats-Unis, on les appelle des « self-made-men ». Ils s’imposent par leurs connaissances techniques, leur esprit d’innovation et leur capacite a entreprendre. • Tres attaches a la liberte economique et conscients de leur importance, ils accumulent proprietes et capitaux qui leur procurent pouvoir et consideration.

Ils ont recu une education generalement rigoureuse. Ils ne tiennent pas a montrer leur richesse mais se font construire des hotels particuliers en ville ou des residences secondaires dans les stations thermales a la mode, lancees par l’aristocratie, par exemple, en France, la Cote d’Azur, lieu de villegiature des aristocrates anglais et russes avant 1914. • Ces elites sont toutefois eprouvees par la Premiere Guerre mondiale et par la crise boursiere des annees 1930, qui provoquent l’inflation et la chute du cours des actions.

Peu a peu apparait a leurs cotes une nouvelle couche de cadres dirigeants s’imposant par leur seule competence, alors qu’ils ne sont pas proprietaires d’entreprises. Ainsi la haute bourgeoisie se renouvelle-t-elle grace a sa capacite d’incorporer des personnalites nouvelles, souvent recrutees par concours en dehors de ses rangs. C. L’EMERGENCE DES CLASSES MOYENNES • Entre la riche bourgeoisie et les classes populaires, les classes moyennes se composent de professions liberales (avocats, medecins, journalistes), d’ingenieurs, de petits entrepreneurs et de commercants.

Ces deux dernieres categories connaissent des difficultes car elles sont concurrencees par la grande industrie a un moment ou leurs economies sont laminees par l’inflation apres 1918. • Parallelement se developpent des activites de service qui recrutent de plus en plus d’employes et de cadres. Les « cols blancs », incluant aussi un nombre croissant de fonctionnaires, veulent se demarquer a tout prix des classes populaires, les « cols bleus ». Ils s’en distinguent, non seulement par le vetement, mais aussi par la culture, le mode de vie, meme si les revenus des employes ne sont guere plus eleves.

II – LE MONDE OUVRIER A. LA DIVERSITE DU MONDE OUVRIER • La revolution industrielle a engendre une categorie sociale nouvelle, les ouvriers, dont les conditions d’existence sont des plus miserables. Au milieu du XIXe s. , la majorite des travailleurs est salariee dans de petites entreprises de moins de dix personnes et les ouvriers ne font pas tous partie de ce proletariat : – les artisans sont encore nombreux, mais ils sont de plus en plus concurrences par les industriels qui proposent leur production a meilleur prix ; les ouvriers a domicile, tels ceux de l’industrie textile dans la region lyonnaise, sont disperses dans de petits ateliers, surtout a la campagne. Ils sont proprietaires de leur outil de production, comme le metier a tisser traditionnel, mais entierement dependants des marchands-fabricants qui fournissent la matiere premiere et leur achetent les produits finis a un prix bas ; – les ouvriers d’usine forment le proletariat. Les proletaires sont des ouvriers demunis et souvent deracines qui travaillent 13 a 14 heures par jour, soumis a un reglement d’usine strict.

Ils gagnent peu et le complement de ressources qu’apportent femmes et enfants est indispensable a la survie de leur famille. Bon nombre de ces ouvriers s’entassent encore au milieu du XIXe s. dans des caves et des mansardes dont les conditions d’hygiene favorisent les maladies telles que le cholera ou la tuberculose. A partir de la fin du XIXe s. , de monotones cites sont construites a leur intention. B. VERS UNE CONSCIENCE DE CLASSE • L’augmentation rapide du nombre de proletaires et la precarite de leurs conditions de vie provoquent des revoltes ouvrieres.

Ainsi nait, dans les couches plus aisees de la population, l’idee que les classes laborieuses seraient des classes dangereuses. • Peu a peu, en depit de la diversite de leurs conditions, beaucoup d’ouvriers prennent conscience qu’ils appartiennent a une meme classe sociale et qu’ils ont des interets communs. Ils s’organisent en syndicats afin de conquerir progressivement des droits sociaux. Dans les annees 1880, des federations syndicales se mettent en place dans les pays industriels ; les unes se disent reformistes : elles pensent obtenir une amelioration des conditions de travail par la negociation.

C’est le cas des trade-unions en Angleterre. D’autres, comme la Confederation generale du travail (CGT) fondee en 1895 en France, ont comme objectif le renversement du systeme capitaliste. • Mieux organise, le monde ouvrier apparait plus menacant aux yeux des bourgeois. La greve constitue son arme la plus efficace. Celle du 1er mai 1886 a Chicago est al ‘origine de la celebration de la fete du Travail. Le 1er mai devient, pour le monde ouvrier, un jour de manifestation parfois violente. A Fourmies (Nord) le 1er mai 1891, la manifestation, interdite, est reprimee violemment par l’armee, on denombre 9 morts.

C. LES PREMIERES LOIS SOCIALES • Desormais, la question ouvriere se pose dans tous les pays industriels. Agissant par charite chretienne ou par crainte d’une revolution sociale, patrons et gouvernements cherchent des solutions aux difficiles conditions d’existence des ouvriers. Certains industriels, notamment dans l’est et le nord de la France, y repondent par le paternalisme. La mise en place de lois sociales ameliore la condition ouvriere : en Allemagne, Bismarck fait voter en 1884 des lois sur les assurances maladie et vieillesse ; en France, en 1910, est adoptee une loi sur les retraites. Apres 1918, les conditions de vie et de travail des ouvriers sont ameliorees par d’autres mesures sociales en France (journee de huit heures), en Allemagne et au Royaume-Uni, puis dans les annees 1930 aux Etats-Unis et en France (semaine de 40 heures et conges payes en 1936). III – SOCIALISME ET ANARCHISME A. CRITIQUE DES CONSEQUENCES SOCIALES DU CAPITALISME • Des le XIXe s. , des theoriciens se reclamant du socialisme denoncent les consequences sociales de l’essor du capitalisme : chomage, misere ouvriere. A leurs yeux, seule une autre organisation de la societe peut les faire disparaitre.

Ils veulent ainsi refaire le monde sur des bases nouvelles, plus justes, mais selon des schemas tres divers. Les premiers socialistes sont, par derision, appeles « utopiques » parce qu’ils imaginent une societe ideale mais envisagent rarement les moyens de la faire aboutir concretement. Apres 1848, d’autres ideologies apparaissent et influencent le monde ouvrier, l’anarchisme et le socialisme dit « scientifique ». B. L’ANARCHISME OU LE REJET DE L’ETAT • Les anarchistes comme Proudhon (1809-1865) se proposent d’abolir l’Etat qui opprime les ouvriers, et d’eliminer de la societe tout pouvoir etablissant une contrainte sur l’individu.

Ils veulent aussi supprimer la propriete privee car elle permet d’exploiter ceux qui ne possedent rien. Ils desirent etablir une societe sans gouvernement, fondee sur la raison et sur la libre association des individus. • L’anarchisme compte sur la greve generale pour provoquer l’effondrement de l’« Etat bourgeois » et met ses espoirs dans l’action des syndicats. Ceux-ci paraissent efficaces pour mener la lutte revolutionnaire, et pourraient constituer, apres le renversement de la bourgeoisie, les cellules de base d’une societe sans Etat ; ainsi se developpe l’anarcho-syndicalisme.

A la suite du Russe Bakounine (1814-1876), certains anarchistes acceptent le recours a la violence et parfois aux attentats pour renverser l’Etat. C. DU SOCIALISME AU COMMUNISME • Le philosophe allemand Karl Marx (1818-1883) et son ami l’industriel Friedrich Engels (1820-1895) sont les principaux fondateurs du socialisme. En 1848, ils publient le Manifeste du parti communiste. Dans cet ouvrage, ils expliquent que la production industrielle du XIXe s. la production capitaliste repose, d’une part sur l’exploitation de la classe des proletaires par la classe des bourgeois, et d’autre part sur la lutte des classes.

Pour realiser le bonheur des hommes, il faut que les proletaires detruisent le pouvoir de la bourgeoisie par la revolution. Ce programme, jusqu’ici semblable a celui des anarchistes, en differe sur deux points : – la necessite d’etablir, apres la revolution, une « dictature du proletariat », periode de transition vers une societe sans classes et sans Etat, le communisme ; – pour que la victoire des ouvriers soit assuree, il faut creer un parti revolutionnaire. • En 1864, Marx fonde a Londres une Association internationale des travailleurs, la Iere Internationale.

Composee de socialistes et d’anarchistes, elle echoue par manque d’unite et disparait en 1876. Une IIeme Internationale, composee uniquement de socialistes, est creee en 1889 par Engels. Les idees de Marx y sont interpretees de diverses manieres, notamment a propos de la revolution. Les reformistes, comme le Labour Party anglais et le parti social-democrate allemand, avec Bernstein, estiment que la revolution n’est pas indispensable ; ils attendent la transformation de la societe par des reformes. D’autres socialistes, comme le Russe Lenine, estiment que le renversement de la bourgeoisie ne pourra se faire que par la revolution.

Les socialistes francais, reunis en une Section francaise de l’Internationale ouvriere (SFIO) dirigee par Jaures, sont eux aussi divises. • Avec la revolution russe de 1917, ces divisions aboutissent a des ruptures. Les reformistes continuent de se nommer socialistes alors que les revolutionnaires sont desormais appeles communistes. En 1919, Lenine fonde une IIIeme Internationale qui rassemble les seuls partisans du communisme. En France, au congres de Tours (1920), les revolutionnaires issus de la SFIO, creent le parti communiste.