Shoah

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Pour une micro histoire de la Shoah Qu’est-ce que la micro-histoire ? La micro-histoire est la base de ce livre. On va étudier les persécutions antisémites en zoomant sur les parcours personnels, familiaux, sur l’histoire des persécutions dans une ville, une région… Il y a des antécédents dans cette démarche (on a déjà raconté l’histoire d’un déporté, d’un camp en particulier), mais la démarche reste marginale surtout en France. Quels sont les objecti plusieurs spécialistes Tal Brutmann… recherches de p écutions : Claire Zalc, On veut travailler sur les morceaux du puzzle (une histoire récise, mémorielle) afin de mieux comprendre les mécanismes de la grande histoire, nationale, européenne de la Shoah. L’addition de ces pièces de vie et de mort permet la construction d’une synthèse. Avec la micro-histoire, on se met au niveau de l’individu ce qui permet une vision plus fine du processus d’extermination, d’éclairer d’une lumière nouvelle les comportements personnels ainsi que le contexte dans lequel ces comportements évoluent. La relation victime-bourreau-témoin est donc plus aisé à envisager.

Le contexte et son analyse sont extrêmement importants car ‘individu n’est pas le seul acteur de ses choix, il fait de choix suivant le regard des autres, l’éducation qu’il reçoit, la

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manière dont il perçoit son monde en résumé. morales et éthiques. Lorsqu’un historien s’engage aussi profondément, par exemple au cœur de l’histoire de sa propre communauté ou d’archives familiales donc par définition intimes, il dot garder à l’esprlt le but inltial de son travall et ne pas adopter une attitude compatissante, et laisser de côté l’inévitable pathos qui viendrait le tarauder au fil de ses recherches.

La micro-histoire a également pour ambition d’analyser ‘application des politiques antisémites et le processus d’extermination dans sa frange local. Ainsi on voit toute la diversité d’application de ces politiques qui rencontre parfois des « frictions » , brisant le mythe (si besoin est! ) d’une stricte obéissance aux « ordres d’en-haut » . Paul André Rosental et la Généalogie Mentale L’auteur est professeur à Sciences Po Paris et chercheur ? l’Institut national d’études démographiques (INED) Dans cette partie l’auteur aborde la question de l’inconscient famllial par le biais d’un outil original : le sllence.

Le silence n’est as vu comme le classique comportement des survivants au momentde faire face à leurs douloureux souvenirs. Ici il sert ? étudier la transmission de l’histoire familiale au sein du groupe familial. Rosental prend l’exemple des Cisinski, une famille de juifs russes émigrés en Pologne puis en France. Ils arrivent à Paris en 1924. Ce sont des juifs d’origine étrangère, au train de vie modeste et conservant un fort accent yiddish. La question qui viendrait naturellement serait : qui est mort en déportation, qui a survécu ?

Mais cette question n’est valable si on se place dans le cadre de la uerre et qu’on pose la borne de fin en 1945. Ce qui n’est pas le cas de cette étude qui, travailla 5 cas de cette étude qui, travaillant sur la généalogie, étend son cadre d’étude sur un cadre chronologique beaucoup plus long. Un premier problème se pose : la famille n’a pas laissé de traces écrites, comment alors faire le récit de la vie des Cisinski sous l’occupation ? C’est là qu’intervient l’outil de l’auteur, la « généalogie mentale n.

On va travailler sur les manques, les oublis, la difficulté d’expression lors de la discussion sur l’histoire amiliale pendant l’Occupation. En résumé c’est le souvenir qu’en on les petit-enfants qui compose cette « généalogie mentale » Ily a trois cas : Le premier est celui de Jean-Michel, qui ne collabore qu’avec dlfficulté (l’aide de sa fille fut prmordiale pour l’auteur). Les informations qu’il veut bien évoquer restent parcellaires et ne sont récoltées que très difficilement par le biais de questions étalées dans le temps afin de ne pas brusquer le sujet.

Jean-Michel est cadre bancaire, donc doit avoir une aptitude dans le domaine du relationnel. Ce paradoxe nous donne donc n indice de plus quant à la perception du vécu familial qu’il ne connait qu’indirectement (né en 1 942, il n’a connu que les survivants. Il n’a qu’une connaissance générale des événements, et ne fait référence ni à ses couslns déportés enfants ni à de figures concrètes. La perception de sa sœur (l’interrogatoire date ici de 1 995) est radicalement différente, Esther a une perception beaucoup plus précise et plus large que son cadet.

Prénoms, date de naissance, de déportation, lieu de décès… Elle évoque également des détails biographiques sur son oncle Maurice, sa tante Sonia. On a donc une histoir également des détails biographiques sur son oncle Maurice, sa tante Sonia. On a donc une histoire large, racontée avec mains détails et, de plus, sans réticences. Leur frère, Jacques, fait en quelques sortes une synthèse entre les deux premiers.

On un réticence initiale comme son petit-frère ? parler de cette période qu’il a mis en parenthèse (il n’en a jamais fait mention à sa femme jusqu’à que l’auteur vienne lui poser des questions). Néanmoins il évoque avec beaucoup de précision les difficultés de la vie quotidienne, les contrôles de police… ). Il garde une très bonne memoire en ayant en revanche une vision de son ensemble familiale plus restreinte que celle de sa sœur mais plus large que son frère Jean Michel.

L’épisode de l’Occupation a irrémédiablement briser les liens entre les différentes branches familiales. Si on ne peut établir un « taux de suwie » en fonction de leur aisance matérielle (la richesse des différents membres de la famille oscille entre le dénuement le plus total et la modeste condition d’ouvrier), la bonne compréhension du français, leur fort accent yiddish ou encore l’ancrage dans la religion on peut ‘établir avec la sociabilité. En effet ce sont surtout les relations sociales qul changent la donne. _Jdes, un des oncles ne peut compter sur aucune aide pour échapper à une rafle de la police française, seul dans son petit appartement à Paris. En revanche, le réseau de solidarité forgé par Simon, garagiste respecté dans les années 30 en province sera le garant de la sécurité de la famille pendant la guerre. Ecrire l’histoire de ses proches Ivan Jablonka L’auteur est un ancien élève de l’Ecole normale supérieure, maître de conférences en histoire cont 5 e conférences en histoire contemporaine à l’université du Maine, chercheur associé au Collège de France.

Il a notamment publié Histoire des grands-parents que je n’ai jamais eu. LJne enquête. On a ici une tentative de la part de l’auteur de reconstituer l’histoire de ses grand parents. Des juifs polonais communistes dont les traces se résument surtout dans les dossiers judiciaires de ces deux personnes au profil dérangeant tant en Pologne qu’en France. Finalement arrêtés en 1943, ils seront déportés et assassinés à Auschwitz. Cet artlcle est un condensé d’ « Histoire des grands-parents que je ‘ai jamais eus s.

La démarche est fondée sur trois principes qui pose une « interrogation méthodologique » selon l’auteur: prendre sa propre famille comme objet d’étude tout en restant professionnel dans ses recherches écrire la biographie d’un inconnu combattre l’oubli et le silence, réparer l’injustice d une vie brlsée en menant ce travail d’enquête. Le «je » de l’Historien et l’introspection historienne En plus d’être une étude sur la Shoah, cette œuvre est un essai sur la question du détachement de l’auteur par rapport à son « moi » ici plus particulièrement son histoire familiale.

L’auteur peut-il conserver une « neutralité savante» comme l’idéalisent les Durkheim, Comte et autres au XIXème? Peut- on réellement ne pas porter « atteinte à l’intégrité de la vérité, objective de l’histoire » comme le dit Marrou ? Mais l’omniprésence de l’historien dans son récit empêche-t-elle vraiment une démarche s auteur nous fait ici PAGF s 5 L’auteur nous fait ici une histoire de la pensée du « moi historien » de Michelet aux historiens chercheurs contemporains qui n’hésitent pas à s’étendre sur leurs influences, leur parcours…

Ivan Jablonka cite très justement Marrou et son obsession de trouver des idées, des réponses aux problèmes de son temps dans ses recherches sur Saint-Augustin ou encore Prost qui avec son expérience de soldat pendant la guerre d’Algérie qui revoit d’une manière totalement différente la guerre de 1914. Tout historien met une part de lui-même dans son travail, même s’il répugne employer la première personne. II n’y a donc pas des historiens objectifs et des historiens subjectifs, il y a simplement ceux qul la nient et ceux qui l’assument.

Afin de rester le plus honnête possible, Ivan Jablonka nous ivre le déroulement de ses recherches, les difficultés méthodologiques… afin que le lecteur puisse suivre en toute transparence cette part du « moi » de l’auteur (choix des archives, explication des causes… ) Parler famille Une recherche a toujours un côté autobiographique, « égo- historique » mais étudier un sujet qui nous tiens à cœur pour des raisons diverses et variées est totalement différent de se pencher sur Ihistoire des siens.

Se détacher de son sujet paraît peu probable, mais le recul et le discernement sont indispensable pour entreprendre l’histoire de sa famille. Ivan Jablonka tente de retracer l’histoire de ses grands- parents certes mals un gouffre se présente alors. De condition modestes, révolutionnaires, persécutés, les grand-parents de l’auteur sont quasiment rantithèse de celui-ci, « historien parisien, diplômé, social-démocrate, presque un bourgeois ».

Des juifs polon 6 5 celui-ci, « historien parisien, diplômé, social-démocrate, presque un bourgeois Des Juifs polonais parlant yiddish d’un côté, un historien français ne connaissant pas du tout ces deux langues. L’auteur tente initialement de comprendre certain choix, certains ngagements de ses grands-parents : comment peut-on être stalinien en 1933 ? Ne savent-ils rien de toutes ces horreurs ? Il se rend alors compte qu’il ne doit pas tenter de faire ses recherches en fonction de son propre prisme d’historien et d’homme du XXIème siecle.

La compréhension du contexte doit permettre de faire la bonne analyse de ces parcours de vie durant l’entre-deux- guerres. La vie des inconnus Un autre aspect de la recherche est évoquer ici, pourquoi se pencher sur ces illustres inconnus que sont les grands-parents de l’auteur ? Car l’objet de l’histoire « ce sont les hommes » comme e pensait Marc Bloch. Ily a l’envie de faire face à l’oubli, de « retrouver les oubliés » et leur legs. La postérité d’un Napoléon ou d’une pièce de Molière nous est connu mais ceux pour ceux que l’histoire a oublié, il ne reste rien.

Vivant dans l’ombre de l’éc at du faste des grandes sociétés, ne maîtrisant pas l’écrit, ne parlant pas assez fort lorsqu’ils se battaient pour une cause, la majorité silencieuse est une grande oubliée de l’histoire. Faire revivre Matès et Idesa Jablonka c’est également rendre également hommage à une partie des sans-noms de l’histoire. Mais la micro-histoire, la passion du « sans-grade » ne doit jouir d’aucun monopole, comme on fut tenté de le faire dans les années 70.

Néanmoins, cette histoire des « sans-histoire » a de nombreux intérêts : dans notre cas il permet la réappropriation de 7 5 « sans-histoire » a de nombreux intérêts : dans notre cas il permet la réappropriation de la parole confisquée par le nazisme et la collaboration. « En quête de traces » Le travail d’Ivan Jablonka a des précédents, notamment Les Disparus de Daniel Mendelsohn, un ouvrage sur le grand oncle e l’auteur, un juif ukrainien assassiné en 1944. On renoue ici avec la tradition d’enquête d’Hérodote (interroger, recueillir des documents, se déplacer à travers le monde afin de trouver des informations… C’est un véritable retour aux sources de la discipline qui s’effectue, faisant mûrir avec ce travail de longue haleine celui là même qui l’effectue. De plus retrouver les traces des personnes apparaît une fois de plus primordiale pour contrer la logique d’effacement systématique de la mémoire du peuple juif par les nazis. C’est pour contrer cet oubli que l’auteur veut se faire « historien du ide », sondant le silence à la recherche de traces de ces « effacés de Ihistoire » Mémoire d’une famille juive après la Shoah Hélène Frouard L’auteure est historienne, travaille au CNRS (au centre de recherche historiques).

Son dernier article porte sur la naissance de l’accession sociale à la propriété (Tous propriétaires ? Les débuts de l’accession sociale à la propriété in Le Mouvement Social) Pour cette famille juive française, il y a une double fracture, en temps que juifs européens persécutés par le nazisme et en temps que citoyen français de confession juive sous le coup d’un ntisémitisme d’État. Les juifs fran ais ont toujours accompagne la construction de la Répu tré leur attachement à la PAGF 5 attachement à la patrie, attachement se concrétisant lors des grands événements nationaux (comme les guerres de 1870, de 14… et par un engagement au service de l’État (armée, fonction publique.. ). Quelle fut donc l’impact de ce désaveu de la part de la France sur les citoyens français de confession juive ? L’auteur va utiliser un groupe familial témoin, celui de Mme G (qui a voulu garder l’anonymat) dont les pléthoriques archives retracent l’histoire. Familles de juifs lorrains et alsaciens ayant trouver refuge en France après l’annexion de 1871, plusieurs membres de la famille s’engage dans la Grande Guerre.

Certalns serairont l’Etat dans l’administration ou l’armée durant l’entre- deux-guerres. La seconde guerre mondiale est l’occasion pour cette famille de réaffirmer son attachement à la France par le biais de l’engagement d’un partie de la famille dans la Résistance ou dans les rangs de la France libre. Après la guerre, la détentrice du fond d’archives, Gabrielle G. (née en 1911 et décédée en 2010) va conserver précieusement out les documents concernant sa famille durant les années noires (courriers, cartes d’identités… . Ces archives contiennent également des notes rédigées par Gabrielle sur l’action menée par le comité d’épuration dont elle fait partie ou encore sur le difficile « retour à la normale » pour une partie de sa famille (notamment son père médecin, qui peine à reprendre son activité après cinq années d’interdiction de pratiquer à cause des lois antisémites). Ce fond d’archives est complété par de nombreux écrits de Gabrielle qui s’étale de la fin de la guerre jusqu’aux ernières années précédant sa mort.

Ces écrits sont divisés en deux catégories jusqu’aux dernières années précédant sa mort. Ces écrits sont divisés en deux catégories, d’une part une réflexion sur le judaiÉme comme identité personnelle et familiale et d’une autre part la rédaction des souvenirs familiaux afin que rien ne sot perdu. Cette activité mémorielle et littéraire prend en fait la suite des carnets du grand-père maternel de Gabrielle, Isidore, qui avait au fil de ses voyages beaucoup écrit. A partir de 1924, les carnets deviennent le récit fondateur de la famille.

Gabrielle se place ainsi dans la tradition familiale mais la seconde guerre mondiale marque indubitablement un tournant. Gabrielle va écrire des biographies de ses proches, copier des lettres… Elle va être aider par d’autres membres de sa famille voulant contribuer ? l’édification de cette fresque mémorielle. Dans les années 90, les descendants transcriront une partie des archives sur ordinateur. Gabrielle G. ne reconstituera son itinéraire qu’en 1996, lorsqu’une jeune lycéenne entreprendra de participer au concours national de la résistance et de la déportation et ira l’interroger au sujet de sa vie.

Le but du travail de Gabrielle sur les différentes destinées des membres de sa famille pendant la seconde guerre mondiale, et plus largement le parcours familial au fil de l’histoire de France, a pour but de faire réfléchir les jeunes générations sur leur identité. En effet les événements des années 40 furent un brusque rappel pour cette famille de leur « condition » juive, qui amena alors à une réflexion jusque là inédite pour la plupart des membres de cette famille française profondément attaché à la République. En pleine guerre d’Algérie, la mère de Gabrielle écrivit au Généra