Rousseau Lettres De La Montagne

Rousseau Lettres De La Montagne

Jean-Jacques Rousseau Lettres écrites de la montagne (1764) ca Gaya scienza, @ février 2012 — 58 Seconde partie — 180 Septième lettre able des matières Première partie Avertissement Première lettre — Seconde lettre . Lettre troisième… Quatrième lettre Cinquième lettre Sixième lettre . Huitième lettre Neuvième lettre 27 Swipe p 4 . 37 98 117 . 166 212 257 298 À propos de cette édition électronique 2 Vitam impendere vero [Consacrer sa vie à la vérité, devise de Rousseau]. 3 à écrire et ma répugnance à publier.

J’aurais même tout à fait supprimé ces Lettres, ou plutôt e ne les aurais point écrites, s’il n’eût été question que de moi : Mais ma patrie ne m’est pas tellement devenue étrangère que je puisse voir tranquillement opprimer ses citoyens, surtout lorsqu’ils n’ont compromis leurs droits qu’en défendant ma cause. Je serais le dernier des hommes si dans une telle occasion j’écoutais un sentiment qui n’est plus ni douceur ni patience, mais faiblesse et lâcheté, dans celui qu’il empêche de remplir son devoir. Rien de moins important pour le public, j’en conviens, que la matière de ces lettres.

La constitution d’une petite République, le sort d’un petit particulier, l’exposé de uelques injustices, la réfutation de

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quelques sophismes ; tout cela n’a rien en soi d’assez considérable pour mériter beaucoup de lecteurs : mais si mes sujets sont petits mes objets sont grands, et dignes de l’attention de tout honnête homme. Laissons Genève à sa place, et Rousseau dans sa dépression ; mais la religion, mais la liberté, la justice ! voilà, qui que vous soyez, ce qui n’est pas au dessous de vous. Qu’on ne cherche pas même ici dans le style le dédommagement de l’aridité de la matière.

Ceux que quelques traits heureux de ma plume ont si fort irrités rouveront de quoi s’apaiser dans ces lettres, L’honneur de défendre un opprimé eût enflammé mon cœur si j’avais parlé pour un autre. Réduit au triste emploi de me défendre moi- même, j’ai dû me borner à raisonner ; m’échauffer eût été m’avilir. J’aurai donc trouvé grâce en ce po 2 27 j’ai dû me borner à raisonner ; ce point devant ceux qui s’imaginent qu’il est essentiel à la vérité d’être dite froidement ; opinion que pourtant j’ai peine à comprendre.

Lorsqu’une vive persuasion nous anime, le moyen d’employer un langage glacé ? Quand Archimède tout transporté courait nu dans les rues de Syracuse, en avait-il moins trouvé la vérité parce qu’il se passionnait pour elle ? Tout au contraire, celui qui la sent ne peut s’abstenir de l’adorer ; celui qui demeure froid ne l’a pas vue. Quoi qu’il en soit, je prie les lecteurs de vouloir bien mettre à part mon beau style, et d’examiner seulement si je raisonne bien ou mal ; car enfin, de cela seul qu’un auteur s’exprime en bons termes, je ne vois pas comment il peut s’ensuivre que cet auteur ne sait ce qu’il dit. remière lettre Non, Monsieur, je ne vous blâme point de ne vous être pas joint aux représentants pour soutenir ma cause. Loin ‘avoir approuvé moi-même cette démarche, je my suis 5 opposé de tout mon pouvoir, et mes parents s’en sont retirés ? ma sollicitation. L’on s’est tu quand il fallait parler ; on a parlé quand il ne restait qu’à se taire. Je prévis l’inutilité des représentations, j’en pressentis les conséquences : je jugeai que leurs suites inévitables troubleraient le repos public, ou changeraient la constitution de l’État. L’événement a trop justifié mes craintes.

Vous voil? réduits à l’alternative qui m’effrayait. La crise où vous êtes exige une autre délibération dont je ne suis plus l’objet. Sur ce qui a 3 27 ‘effrayait. La crise où vous êtes exige une autre délibération dont je ne suis plus l’objet Sur ce qui a été fait vous demandez ce que vous devez faire : vous considérez que reffet de ces démarches, étant relatif au corps de la bourgeoisie, ne retombera pas moins sur ceux qui s’en sont abstenus que sur ceux qui les ont faites. Ainsi, quels qu’aient été d’abord les divers avis, l’intérêt commun doit ici tout réunir.

Vos droits et attaqués ne peuvent plus demeurer en doute ; il faut qu’ils soient reconnus ou anéantis, et c’est leur évidence qui les met en ou péril. Il ne fallait pas approcher le flambeau urant l’orage ; mais aujourd’hui le feu est à la maison Quoiqu’il ne s’agisse plus de mes intérêts, mon honneur me rend toujours partie dans cette affaire ; vous le savez, et vous me consultez toutefois comme un homme neutre ; vous supposez que le préjugé ne m’aveuglera point et que la passion ne me rendra point injuste : je l’espère aussi ; mais dans des circonstances si délicates, qui peut répondre de soi ?

Je sens qu’il m’est impossible de m’oublier dans une querelle dont je suis le sujet, et qui a mes malheurs pour première cause. Que ferai-je donc, Monsieur, pour répondre à votre confiance et justifier otre estime autant qu’il est en moi ? Le voici. Dans la juste défiance de moi-même, je vous dirai moins mon avis 6 que mes raisons : vous les pèserez, vous comparerez, et vous choisirez. Faites plus ; défiez-vous toujours, non de mes Intentions ; Dieu le sait, elles sont pures ; mais de mon jugement.

L’homme le plus juste, quand il 4 27 le sait, elles sont pures ; mais de mon jugement. L’homme le plus juste, quand il est ulcéré voit rarement les choses comme elles sont. Je ne veux sûrement pas vous tromper, mais je puis me tromper ; je le pourrais en toute autre chose, et cela doit arriver ici plus robablement. Tenez-vous donc sur vos gardes, et quand je n’aurais pas dix fois raison, ne me l’accordez pas une. Voilà, Monsieur, la précaution que vous devez prendre, et voici celle que je veux prendre à mon tour.

Je commencerai par vous parler de moi, de mes griefs, des durs procédés de vos magistrats ; quand cela sera fait et que j’aurai bien soulagé mon cœur, je m’oublierai moimême, je vous parlerai de vous, de votre situation, c’est-àdire, de la République ; et je ne crois pas trop présumer de moi, si j’espère, au moyen de cet arrangement, traiter avec équité la question que vous me faites. J’ai été outragé d’une manière d’autant plus cruelle que je me flattais d’avoir bien mérité de la patrie. Si ma conduite eût eu besoin de grâce, je pouvais raisonnablement espérer de l’obtenir.

Cependant, avec un empressement sans exemple, sans avertissement, sans citation, sans examen, on s’est hâté de flétrir mes livres ; on a fait plus ; sans égard pour mes malheurs, pour mes maux, pour mon état, on a décrété ma personne avec la même précipitation, l’on ne m’a pas même épargné les termes qu’on emploie pour les malfaiteurs. Ces messieurs n’ont pas été indulgents, ont-ils du moins été justes ? C’est ce que je veux rechercher avec vous. Ne vous effrayez pas, je vous 7 prie, de l’étendue que je S 27 C’est ce que je prie, de l’étendue que je suis forcé de donner à ces lettres.

Dans la multitude de questions qui se présentent, je voudrais être sobre en paroles : mais, Monsieur, quoi qu’on puisse faire, il en faut pour raisonner. Rassemblons d’abord les motifs qu’ils ont donnés de cette procédure, non dans le réquisitoire, non dans l’arrêt, porté dans le secret, et resté dans les ténèbres [Ma famille demanda par requête communication de cet arrêt. Voici la réponse : « Du 25 juin 1762. En conseil ordinaire, vu la présente requête, arrête qu’il n’y a lieu d’accorder aux suppliants les fins d’icelle. ? LULLIN. L’arrêt du parlement de Paris fut imprimé aussitôt que rendu. Imaginez ce que c’est qu’un État libre où l’on tient cachés de pareils décrets contre l’honneur et la liberté des citoyens ; mais dans les réponses du Conseil aux représentations des citoyens et bourgeois, ou plutôt dans les Lettres écrites de la campagne : ouvrage qui leur sert de manifeste, et dans lequel seul ils daignent raisonner avec vous. « Mes livres sont, disent-ils, impies, scandaleux, éméraires, pleins de blasphèmes et de calomnies contre la religion.

Sous l’apparence des doutes l’auteur y a rassemblé tout ce qui peut tendre à saper, ébranler et détruire les principaux fondements de la religion chrétienne révélée. Ils attaquent tous les gouvernements. Ces livres sont d’autant plus dangereux et répréhensibles, qu’ils sont écrits en français, du style le plus séducteur, qu’ils paraissent sous le nom et la q sous le nom et la qualification d’un 8 citoyen de Genève, et que, selon Pintention de l’auteur, l’Émile doit servir de guide aux pères, aux mères, aux précepteurs.

En jugeant ces livres, il n’a pas été possible au Conseil de ne jeter aucun regard sur celui qui en était présumé l’auteur. » Au reste, le décret porté contre moi, « n’est, continuent-ils, ni un jugement, ni une sentence, mais un simple appointement provisoire qui laissait dans leur entier mes exceptions et défenses, et qui dans le cas prévu servait de préparatoire à la procédure prescrite par les édits et par l’ordonnance ecclésiastique. ? À cela les Représentants, sans entrer dans l’examen de la doctrine, objectèrent : « que le Conseil avait jugé sans formalités préliminaires : que l’article 88 de l’ordonnance cclésiastique avait été violé dans ce jugement : que la procédure faite en 1 562 contre Jean Morelli à forme de cet article en montrait clairement l’usage, et donnait par cet exemple une jurisprudence qu’on n’aurait pas dû mépriser que cette nouvelle manière de procéder était même contraire à la règle du droit naturel admise chez tous les peuples, laquelle exige que nul ne soit condamné sans avoir été entendu dans ses défenses ; qu’on ne peut flétrir un ouvrage sans flétrir en même temps l’auteur dont il porte le nom ; qu’on ne voit pas quelles exceptions et défenses il este à un homme déclaré impie, téméraire, scandaleux dans ses écrits, et après la sentence rendue et exécutée contre ces mêmes écrits, puis 27 téméraire, scandaleux dans ses écrits, et après la sentence rendue et exécutée contre ces mêmes écrits, puisque les choses n’étant point susceptibles d’infamie, celle qui résulte de la com9 bustion d’un livre par la main du bourreau rejaillit nécessairement sur l’auteur : d’où il suit qu’on n’a pu enlever ? un citoyen le bien le plus précieux, l’honneur ; qu’on ne pouvait détruire sa réputation, son état, sans commencer ar l’entendre ; que les ouvrages condamnés et flétris méritaient du moins autant de support et de tolérance que divers autres écrits où l’on fait de cruelles satires sur la religion, et qui ont été répandus et même imprimés dans la ville : qu’enfin par rapport aux gouvernements, il a toujours été permis dans Genève de raisonner librement sur cette matière générale, qu’on n’y défend aucun livre qui en traite, qu’on ny flétrit aucun auteur pour en avoir traité, quel que soit son sentiment ; et que, loin d’attaquer le gouvernement de la République en particulier, je ne laisse échapper aucune occasion d’en faire l’éloge. ?? À ces objections il fut répliqué de la part du Conseil : « que ce n’est point manquer à la règle qui veut que nul ne soit condamné sans l’entendre, que de condamner un livre après en avoir pris lecture et l’avoir examiné suffisamment : que l’article 88 des ordonnances n’est applicable qu’à un homme qui dogmatise et non à un livre destructif de la religion chrétienne : qu’il n’est pas vrai que la flétrissure d’un ouvrage se communique à l’auteur, lequel peut n’avoir été qu’imprudent ou maladroit : qu’à Fégar 8 27 communique à fauteur, lequel peut n’avoir été qu’imprudent ou maladroit : qu’à l’égard des uvrages scandaleux tolérés ou même imprimés dans Genève, il n’est pas raisonnable de prétendre que pour avoir dissimulé quelquefois, un gouvernement soit obligé de dissimuler toujours ; que d’ailleurs les livres où l’on ne fait que tourner en ridicule la religion ne sont pas à beaucoup près aussi punissables que ceux où sans détour on l’attaque par le raisonnement. Qu’enfin ce que le Conseil 10 doit au maintien de la religion chrétienne dans sa pureté, au bien public, aux lois, et à l’honneur du gouvernement lui ayant fait porter cette sentence, ne lui permet ni de la hanger ni de l’affaiblir. » Ce ne sont pas là toutes les raisons, objections et réponses qui ont été alléguées de part et d’autre, mais ce sont les principales, et elles suffisent pour établir par rapport ? moi la question de fait et de droit.

Cependant comme l’objet, ainsi présenté, demeure encore un peu vague, je vais tâcher de le fixer avec plus de précision, de peur que vous n’étendiez ma défense à la partie de cet objet que je n’y veux pas embrasser. Je suis homme et j’ai fait des livres ; j’ai donc fait aussi des erreurs [Exceptions, si l’on veut, les livres de géométrie et eurs auteurs. Encore s’il n’y a point d’erreurs dans les propositions mêmes, qui nous assurera qu’il n’y en ait point dans l’ordre de déduction, dans le choix, dans la méthode ? Euclide démontre, et parvient à son but mais quel chemin prend-il ? Combien n’erre-t-il pas dans sa route ? La science a beau être in 9 27 mais route ? La science a beau être infaillible ; l’homme qui la cultive se trompe souvent. ].

J’en aperçois moi-même en assez grand nombre : je ne doute pas que d’autres n’en voient beaucoup davantage, et qu’il n’y en ait bien plus encore que ni moi ni d’autres ne voyons point. Si l’on ne it que cela jy souscris. Mais quel auteur n’est pas dans le même cas, ou s’ose flatter de n’y pas être ? Là-dessus donc, point de dispute. Si l’on me réfute et qu’on ait raison, l’erreur est corrigée et je me tais. Si Pon me réfute et qu’on ait tort, je me tais encore ; dois-je répondre du fait 11 d’autrui ? En tout état de cause, après avoir entendu les deux parties, le public, est juge, il prononce, le livre triomphe ou tombe, et le procès est fini.

Les erreurs des auteurs sont souvent fort indifférentes ; mais il en est aussi de dommageables, même contre l’intention de celui qui les commet. On peut se tromper au préjudice du public comme au sien propre ; on peut nuire innocemment. Les controverses sur les matières de jurisprudence, de morale, de religion tombent fréquemment dans ce cas. Nécessairement un des deux disputants se trompe, et l’erreur sur ces matières important toujours devient faute ; cependant on ne la punit pas quand on la présume involontaire. un homme n’est pas coupable pour nuire en voulant servir, et si l’on poursuivait criminellement un auteur pour des fautes d’ignorance ou d’inadvertance, pour de mauvaises maximes qu’on pourrait tirer de ses écrits très conséquemment mais contr 32,1