Romeo et juliette

Romeo et juliette

I-RomA©o et Juliette est une tragA©die d’abord par son titre et par sa structure : 1-Titre complet : la trA? s excellente et trA? s pitoyable tragA©die de RomA©o et Juliette . 2-Sa structure : Elle commence par un prologue (comme les tragA©dies antiques ) qui se prA©sente sous la forme d’un sonnet dit par un personnage ; il annonce la tragA©die, signalant au public que le spectacle va commencer .

Tous les A©lA©ments d’une tragA©die y sont A©noncA©s: la fatalitA© qui prend ici la forme d’une rivalitA© ancestrale , d’ A« anciennes querelles A»entre A« deux familles rivales A» , d’une A« vendetta A» (A« fatales entrailles A», A« amants nA©s sous une mauvaise A©toile A» , A« cours d’un amour destinA© A  la mort A») et le dA©nouement tragique par la mort des hA©ros , consA©quence de cette fatale rivalitA© des deux familles. L’intA©rA? t de la piA? e ne rA©side pas dans le suspens d’une action qui tiendrait le public en haleine jusqu’au dA©nouement inconnu : l’issue est d’emblA©e prA©sentA©e , annoncA©e : elle sera fatale au sens propre du mot . L’intA©rA? t rA©side dans la mise en scA? ne de ce mA©canisme tragique qui va broyer les

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deux jeunes gens innocents . Elle est articulA©e autour de trois scA? nes : Acte I scA? ne 1 a?  » scA? ne d’exposition a?  » Acte III scA? ne 1 , scA? ne-pivota?  » Acte V scA? ne 3-scA? ne du dA©nouement tragique , placA©es sous le signe de la fatalitA© ; la rixe(rappel de la haine) ; les duels mortels (Mercutio a? Tybald / RomA©o a? « Tybald) ; le duel (PA? ris -RomA©o ) les suicides de RomA©o et Juliette ; la rivalitA© des deux familles , cette haine ancestrale , engendre la violence (le Prince Escalus prA©sent dans ces trois scA? nes le rappelle), la mort . Ces trois scA? nes sont le fil rouge de la tragA©die annoncA©e dans le prologue , A« la colonne vertA©brale de la tragA©die A» Pensons A  la malA©diction de Mercutio : A« La peste soit de vos deux maisons ! A» p 102 et 103 . II-La scA? ne a? « clA© de la rencontre des amants , A  l’acte I scA? e 4 , est placA©e sous le signe de la tragA©die de plusieurs maniA? res : 1–La rencontre entre RomA©o et Juliette est prA©cA©dA©e de signes tragiques qui renvoient en A©cho au prologue – C’est d’abord le rA? ve de RomA©o p 49 : A« J’ai fait un rA? ve cette nuit. A»mis en abyme dans celui de Mercutio p 50 : la reine Mab , annonciatrice de malheurs : A« [a? ¦] C’est cette mA? me Mab Qui va la nuit tresser la criniA? re des chevaux , Collant les poils follets en paquets rA©pugnants , En nA »uds qui , dA©mA? lA©s , annoncent le malheur[a? ] A»p 50 C’est ensuite le sombre pressentiment de RomA©o : se rendre au bal , A  la fA? te , dans la maison des Capulet correspond A  la mise en route de l’engrenage tragique , machine A« remontA©e A  bloc A» dans le prologue et qui A  partir de cette scA? ne se dA©tend lentement pour mieux broyer les amants. A« [a? ¦] mon esprit redoute Qu’un avenir encore suspendu dans les astres, N’entame dA? s ce soir un cours bien funeste Lors de cette fA? te nocturne et ne marque la fin De la vie mA©prisable enclose en ma poitrine

Par l’affreuse A©chA©ance d’une mort avant terme. Mais que le timonier A  la barre de ma vie , Dirige aussi la voile . Allons-y , mes amis. A» Cette rA©plique de RomA©o est un A©cho au prologue : la destinA©e , A« avenir encore suspendu dans les astres A» renvoie A  A« mauvaise A©toile A» , A« Star-crossed A» en anglais, puisqu’il suit A« un cours bien funeste A» ; l’adjectif A« funeste A» est synonyme de A« mortifA? re A» ; RomA©o dans une luciditA© tragique entrevoit son destin et signale clairement qu’il se noue A« lors de cette fA? e nocturne A» , la nuit A©tant ambiguA« (elle dissimule , cache , protA? ge les amants mais elle prA©side ici A  leur destinA©e tragique) ; RomA©o pressent sa mort prA©maturA©e et non naturelle , violente, A« l’affreuse A©chA©ance d’une mort avant terme A» ; ce pressentiment relie la mort A  la maison des Capulet oA? il va pA©nA©trer. ScA? ne qui trouve un A©cho A  la scA? ne 1 de l’acte III : RomA©o : A« Le noir destin de ce jour pA? sera sur les jours A  venir : Ainsi commencent des malheurs que d’autres doivent finir. A»p 103

La mort de Mercutio place RomA©o dans la querelle un temps oubliA©e par amour (refus d’affronter Tybald) : il doit affronter son A« noir destin A» entrer dans le malheur et y entraA®ner Juliette; A©cho A  la scA? ne 4 de l’acte I. ScA? ne qui trouve son A©cho A  la scA? ne 5 de l’acte III : C’est la derniA? re rencontre de RomA©o et Juliette avant l’ultime rendez-vous dans le tombeau des Capulet ; Juliette A  son tour a un sombre pressentiment en voyant RomA©o en contrebas du balcon . A« O mon Dieu , mon A? me entrevoit quelque mauvais prA©sage . Maintenant que tu es en bas , il me semble

Que tu es comme un mort au fond d’une tombe . Ou mon regard est trouble , ou tu as l’air bien pA? le. A»p 126 Ces deux passages se font A©chos et correspondent A  des scA? nes a? « clA©s : la mort prA©side A  la premiA? re rencontre et A  la derniA? re , avant d’unir dans le tombeau de Capulet les deux amants ; les lieux aussi se rA©pondent : la maison des Capulet , lieu de la rencontre fatale , est dA©jA  un tombeau. C’est la nuit qui prA©side A  cette rencontre . 2-Shakespeare multiplie par ailleurs ces signes qui sont au milieu du bonheur fragile des deux amants un rappel du caractA? e inA©luctable de la tragA©die : Acte I scA? ne 4 Juliette A  propos de RomA©o dont elle ignore encore le nom : A« Va demander son nom . S’il est dA©jA  mariA©, Alors dans la tombe je serai dA©florA©e. A» p 59 Cette mA©taphore met en scA? ne Juliette amante de la Mort , annonce de la scA? ne 3 de l’Acte V : A« [a? ¦]Ah ! Juliette chA©rie, Pourquoi es-tu si belle encore ? Faut-il croire Que la mort immatA©rielle est amoureuse , Et que l’odieux monstre dA©charnA© te garde Ici dans la nuit noire pour A? tre ton amant ? A»p 171 Acte II scA? ne 2

A« Le manteau de la nuit me dA©robe A  leurs yeux . Si tu ne m’aimes pas et qu’ils me trouvent ici , Il vaut mieux que leur haine mette un terme A  ma vie , Si surseoir A  la mort , c’est vivre sans amour. A»p 67 Cette rA©plique de RomA©o unit l’amour A  la mort , annonce la derniA? re scA? ne : Juliette pour A©chapper au mariage avec PA? ris a bu le philtre de FrA? re Laurent et elle a l’apparence de la mort ; RomA©o se tue parce qu’il la croit morte : A« [a? ¦] Ici , ici , je veux rester En compagnie des vers qui sont tes serviteurs . Ici je veux fixer mon A©ternelle demeure

Et arracher au joug des A©toiles ennemies Ma chair lasse de ce monde. A» p 171 Acte II scA? ne 2 La mA©taphore de l’amant oiseau captif . A« Et pourtant je te tuerais A  force de te chA©rir. A» ; c’est par amour que Juliette feint la mort , par amour qu’elle est source de la mort de RomA©o. 3-D’autres personnages participent aussi A  ce rA©seau de signes de mort autour des amants: Mercutio Le rA? ve de Mercutio A  la scA? ne 4 de l’acte I en prA©lude A  la rencontre de RomA©o et Juliette : la reine Mab qui annonce les malheurs. p 50 Mercutio et sa malA©diction A l’acte III scA? e 1: A« La peste soit de vos deux maisons A» p 102 et 103 : la malA©diction A« la peste soitA» rappelle que le malheur est liA© A  la haine ancestrale . Tybald TancA© par son oncle , le jeune homme est obligA© de rA©frA©ner sa fougue vengeresse : A« La patience qu’on m’impose alors que je suis hors de moi Fait tressaillir ma chair dans cet assaut contraire . Je vais m’en aller , mais une telle intrusion Va voir sa douceur se changer en poison. A»p 57 I , 5 Le mot A« poison A» , renvoie par mA©taphore au poison de la haine mais aussi A  celui que RomA©o va acheter auprA? de l’apothicaire de Mantoue . La mA? re de Juliette quand cette derniA? re s’oppose A  un mariage avec PA? ris : A« Je voudrais que cette sotte soit mariA©e A  sa tombe. A» III, 5 p 132 Souhait qui sera exaucA© en apparence A  la scA? ne 4 de l’acte IV[ dA©couverte de Juliette apparemment morte le jeudi matin, celui prA©vu pour le mariage avec PA? ris ] et en rA©alitA© A  la scA? ne 3 de l’acte V Le pA? re de Juliette qui s’emporte violemment devant le refus de sa fille : A« Si vous A? tes ma fille , je vous donnerai A  mon ami ; Sinon , vous pouvez vous faire pendre , mendier , mourir de faim ,

Crever dans la rue[a? ¦] A» III, 5 p 133 Ce systA? mes d’A©chos dans les rA©pliques des amants et des autres personnages tisse autour de leur couple , de leur union , un rA©seau , exprimant mA©taphoriquement dans la structure , le caractA? re inA©luctable de leur destinA©e: ils sont condamnA©s d’avance et ce rA©seau de signes les enferme dans son filet de mort. III- La prA©sence de l’ironie tragique – L’ironie tragique joue sur l’aveuglement des personnages : ils ont l’illusion d’A? tre libres mais sont soumis A  leur destinA©e . 1-C’est RomA©o qui pressent sa destinA©e dA? la scA? ne 4 de l’acte I mais entre avec ses compagnons dans la maison des Capulet qui sera son tombeau A  la scA? ne 3 de l’acte V a?  » tragique aveuglement : A« Mais que le timonier A  la barre de ma vie , Dirige aussi la voile. Allons-y mes amis ! A» p 51 MA? me aveuglement lorsqu’il rA©pond A  Tybald qui l’insulte par un refus d’entrer dans le conflit [mariage secret avec Juliette ]: A« Tybald la raison que j’ai de t’aimera? ¦ A» et A« [a? ¦] je t’aime plus que ce que tu peux imaginera? ¦ A» p 100 RomA©o vit dans l’illusion : son mariage a , un temps , uspendu la marche du destin qui s’incarne dans Tybald ; le jeune Capulet incarne la violence des pA? res et s’oppose A  la rA©conciliation . C’est ici que RomA©o quitte la sphA? re privA©e pour la sphA? re publique et que la tragA©die nouA©e A  la scA? ne 4 de l’acte I par la rencontre avec Juliette , s’accA©lA? re. 2-C’est surtout FrA? re Laurent qui incarne le mieux cette ironie tragique : Adjuvant des deux amants avec la nourrice de Juliette , il a l’illusion de s’opposer A  la destinA©e des deux amants : Il encourage leur amour pour une raison politique :

A« Pour une raison au moins A  t’aider je consens , Car ce que cette alliance peut faire venir au jour C’est de changer la haine en un parfait amour . A» II , 2 p 77 Il a aussi l’illusion de maA®triser la situation , d’aller contre les destins : Il sauve de la mort les deux amants ( RomA©o , scA? ne 3 de l’acte III et Juliette , scA? ne 1 de l’acte IV) . Il aide Juliette A  feindre la mort avec son philtre[ le philtre symbolise la victoire A©phA©mA? re de FrA? re Laurent sur la mort : le vrai poison est A  Mantoue] et joue la comA©die des funA©railles.

Il organise un plan rationnel qui vise A  rA©unir les deux amants . FrA? re Laurent se heurte A  deux grains de sable qui enrayent sa machine et remettent en route la machine du destin , un temps suspendue : L’ignorance de Balthazar , le valet de RomA©o , qui lui annonce la mort de Juliette . La peste [ image du destin chez les Grecs : peste de ThA? bes dans A’dipe-roi de Sophocle]qui empA? che FrA? re Jean de porter la lettre explicative A  RomA©o . LuciditA© tragique du personnage A  la scA? ne 3 de l’acte V : A« [a? ¦] La peur m’envahit , Oh ! j’apprA©hende quelque coup du sort. A»p 173 FrA? e Laurent s’avoue vaincu par le sort et c’est le dernier personnage A  abandonner Juliette (successivement abandonnA©e par sa mA? re et sa nourrice ) : le dernier tA? te A  tA? te des amants dans le tombeau est le dA©nouement de la tragA©die ; ils sont dA©finitivement seuls , face A  leur destin tragique et rA©unis par la mort . 3-Enfin le deuxiA? me prologue suspend un temps le cours du destin , miroir de l’ironie tragique , quand on le compare au premier . Il parle d’amour : A« RomA©o est aimA© et de nouveau il aime A»et A« La passion les conforte , le temps leur est propice , / TempA©rant ces rigueurs par d’extrA? es douceurs A» Ce prologue , ambigu , mA? lant douceurs , espoirs et dangers , A« terribles crocs A» participe de l’ironie tragique. IV- Le couple de RomA©o et Juliette est tragique parce qu’il est mythique a?  » Couple tragique , leur mort scelle la fin de la querelle et la fin des deux familles (RomA©o est fils unique ; l’unique enfant de Capulet est Juliette ). Le Prince tire leA§on de leur mort devenue exemplaire , chA? timent de la haine ancestrale , laissant les deux familles sans descendance directe : c’est la valeur cathartique de la tragA©die. A« Voyez quel flA©au vient chA? tier votre haine.

Le ciel a tuA© vos joies en tuant leur amour Et moi , qui ai fermA© les yeux sur vos discordes , J’ai perdu deux parents . Tout le monde est puni. A» p 180 Deux actes symbolisent la paix entre les clans , paix tragique puisqu’elle se paie au prix de la vie des jeunes amants de Tybald , de PA? ris et de Mercutio : La parole et le geste de paix offerte en dot par Capulet : A« Montaigu , A? mon frA? re , donne-moi la main . C’est la seule dot A  laquelle je peux prA©tendre Pour ma fille. A» Et Montaigu qui offre d’A©riger la statue de Juliette : A« [a? ¦] je veux lui A©lever une statue d’or pur [a? ] A» suivi par Capulet : A« Celle de RomA©o ne sera pas moins belle A  cA? tA© , Pauvres enfants victimes de notre inimitiA©. A» La paix naA®t de cet assaut d’hommages croisA©s : Capulet rend hommage A  RomA©o et Montaigu A  Juliette . C’est la rA©union des deux familles par la mort des amants . Les deux statues A©rigA©es A  VA©rone rA©unissent A©ternellement les deux amants en victimes innocentes de la haine familiale. Le Prince exprime ce passage de l’histoire particuliA? re au mythe : A« Car jamais il n’y eut pire cortA? ge de maux Que dans l’histoire de Juliette et de RomA©o. A» p 181

L’histoire de RomA©o et Juliette est donc un mythe tragique dont la ville de VA©rone conserve encore aujourd’hui les vestiges : la maison des Capulet , au 23 de la rue Cappello , le balcon de Juliette qui donne non sur un jardin mais sur une cour , le petit cloA®tre franciscain , la tombe de Juliette . La lA©gende a? « sa premiA? re rA©daction intitulA©e histoire rA©cemment retrouvA©e de deux nobles amants date de 1530 et est due A  un vA©nitien Luigi da Porto qui la situe A  VA©rone , les deux amants A©tant RomA©o Montecchi et Giuletta Capelletti a?  » est si belle qu’on la veut historique , ancrA©e dans le rA©el .

La piA? ce de Shakespeare est donc bien une tragA©die . Son titre parle de la A« trA? s pitoyable tragA©die de RomA©o et Juliette A» ; elle est tragique par sa structure : le premier prologue annonce le dA©nouement tragique et la triste destinA©e d’un amour vouA© A  la mort. Le dramaturge enserre l’histoire de RomA©o et Juliette dans un rA©seau de signes qui rappelle le destin tragique : sombres pressentiments , paroles unissant amour et mort . Il use aussi tout au long des cinq actes , de l’ironie tragique : le temps tragique semble comme le dit le second prologue A? re A« propice A» aux amants alors qu’il joue avec eux ; c’est ainsi que le frA? re Laurent , adjuvant des amants , est l’instrument de l’ironie tragique . Enfin , le couple des amants tragiques devient un couple mythique . Les deux statues A©rigA©es A  VA©rone font de leur histoire tragique un mA©morial ; RomA©o et Juliette A  la suite de Pyrame et ThysbA©e , dont la lA©gende est contA©e par Ovide dans Les MA©tamorphoses Livre IV , incarneront A©ternellement et universellement les amants victimes de la haine de leurs familles.