Role du credit a la consommation

Role du credit a la consommation

Role et importance economique du credit a la consommation Intervention de Jean-Paul REDOUIN, Sous-gouverneur de la Banque de France Colloque « Credit, consommation, croissance et urgence sociale », a l’Assemblee Nationale, 10 fevrier 2009 Je remercie Monsieur Delevoye, Mediateur de la Republique, de reunir ce colloque consacre a un sujet d’une grande actualite, le credit a la consommation. Le but ultime de l’activite economique, il ne faut pas l’oublier, est de consommer.

Sans consommation, pas d’amelioration du bien-etre et du niveau de vie, pas d’investissements, pas d’innovation et de croissance. Dans la periode actuelle, le dynamisme de la consommation est particulierement important et je voudrais en dire quelques mots avant de parler plus specialement du role du credit. L’economie mondiale, vous le savez, est confrontee a un choc sans precedent dans l’histoire recente. Au deuxieme semestre 2008, on a assiste a une forte baisse synchronisee de la production industrielle de tous les pays du monde, developpes et emergents.

Face a ce choc, on peut s’attendre a ce que les entreprises deviennent de plus en plus prudentes en matiere d’investissements et d’emploi. S’y ajoutent des incertitudes sur le financement de l’economie que, dans tous les pays, notamment le notre, les pouvoirs publics s’attachent a

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reduire ou eliminer. C’est pourquoi, dans les mois qui viennent, le dynamisme de la consommation determinera le profil de l’activite economique. Je voudrais faire preuve ici d’un optimisme relatif.

Nous assistons en effet, en ce moment, a un mouvement puissant de desinflation liee a la baisse des prix du petrole et des matieres premieres. A elle seule, la reduction des prix petroliers de 140 a 40 dollars le baril va injecter, en annee pleine, pres de 5 % du PNB mondial en transfert vers les pays consommateurs. Moins d’inflation, c’est aussi plus de pouvoir d’achat et donc plus de consommation. Les menages l’ont bien compris et, parmi les composants de la demande finale, la consommation est celle qui, aujourd’hui, resiste le mieux.

Meme dans le climat actuel, les indices de confiance des consommateurs sont les mieux orientes. Plus significativement encore, les intentions d’achat a l’echeance de quelques mois apparaissent plus positives que les intentions immediates. J’y vois un signe que les menages comprennent les benefices qu’ils peuvent tirer du processus de desinflation. Qu’en est-il du credit ? Je dirai d’abord un mot de sa justification avant d’examiner ses principales evolutions.

Dans une economie moderne, il n’est pas souhaitable que les menages soient obliges de prefinancer a l’avance tous leurs achats de biens durables. Une telle situation, ou, selon les economistes, les menages sont « contraints en liquidite », n’est ni souhaitable ni optimale. Elle prevaut encore dans certains grands pays emergents, ou les systemes financiers sont peu developpes. On en connait les consequences : moindre bien-etre, necessite d’accumuler prealablement les encaisses necessaires a tout achat important et, en consequence, excedent structurel de l’epargne.

Au plan international, cela se traduit par l’accumulation de desequilibres exterieurs des paiements courants, avec cette situation paradoxale dans laquelle les epargnants des pays pauvres financent la consommation des pays riches. Selon certains analystes, cet excedent d’epargne dans des pays financierement peu developpes est une des origines de la crise actuelle : faute de trouver a s’investir dans des actifs financiers locaux surs et productifs, cette epargne s’est naturellement dirigee vers les titres plus speculatifs, alimentant ainsi la bulle immobiliere dans certains pays developpes.

Par ailleurs, l’exces de credit dans les pays developpes peut se reveler dangereux pour l’equilibre economique et social. Le credit est sain quand il anticipe une evolution durable et permanente des revenus et contribue a lisser dans le temps des chocs temporaires. Il devient nocif quand il se fonde sur une extrapolation excessive de valeurs d’actifs qui atteignent des niveaux speculatifs. C’est ce a quoi on a assiste dans de nombreux pays developpes depuis 10 ans.

A travers diverses techniques, les menages ont ete incites a extraire de la valeur de leur patrimoine immobilier et a utiliser celle-ci pour gager l’expansion de leurs credits a la consommation. L’essentiel du dynamisme de celle-ci s’explique, au cours des annees recentes, par de tels debordements. Avec le retournement du marche immobilier, les consequences sont aujourd’hui immediates et negatives. Notre pays s’est heureusement preserve de tels exces. Le credit a la consommation s’y est developpe de maniere equilibree.

Nous avons certes connu de fortes croissances des prix immobiliers, mais l’endettement global des menages est reste contenu. Si je peux un instant afficher une certaine fierte, c’est celle, pour la Banque de France, d’avoir toujours lutte contre les pressions et contre les modes intellectuelles visant a inciter immoderement les menages a s’endetter. Je crois que nous avons su trouver dans notre pays un bon equilibre, soutenable a long terme, entre epargne et consommation, dans lequel un developpement regulier du credit trouve naturellement sa place, au service des equilibres economiques et sociaux.

Les credits nouveaux a la consommation representent 5 % de la consommation des menages. En fait, seuls un peu plus de 30 % des menages ont recours a l’endettement pour financer leur consommation, cela signifie que pour ceux-ci c’est environ 15 % de leur consommation qui est financee par le credit. Les credits sont le plus souvent utilises pour le financement de biens durables (automobiles et equipement de logement, ces derniers incluant la micro-informatique et le materiel hi-fi), pour lesquels ils representent 60% des depenses.

L’essor du credit a la consommation a ete soutenu au cours de ces 10 dernieres annees, mais cette tendance s’est inflechie au cours de l’annee 2008 sous l’effet du developpement de la crise financiere et de sa diffusion a l’economie reelle. Ainsi, selon les dernieres statistiques disponibles sur la distribution de credit en France, le cumul sur 12 mois des flux de credits nouveaux a la consommation baisse legerement depuis le mois de fevrier 2008 et il atteint 53 milliards d’euros pour l’ensemble de l’annee contre 56 milliards.

En consequence, l’encours de credit a la consommation etait quasiment stable a la fin de l’annee 2008 en France (+ 0,1 % en rythme mensuel moyen sur les trois derniers mois). 2 « Role et importance economique du credit a la consommation » Intervention de Jean-Paul REDOUIN, sous-gouverneur de la Banque de France Colloque a l’Assemblee nationale du 10 fevrier 2009 L’endettement total des menages, en particulier celui lie au credit a la consommation, se situe en-dessous de la moyenne de l’UE.

Certes, pour l’encours total de credit a la consommation, la France arrive en troisieme position derriere le Royaume-Uni et l’Allemagne, mais en termes d’encours par habitant a la fin 2007, la France atteignait 2 160 euros, soit un niveau inferieur a la moyenne de l’UE (2 320 euros par habitant), le Royaume-Uni et l’Irlande depassant les 5 000 euros par habitant.

Sur les annees recentes, l’encours des credits a la consommation a cru en moyenne de 5,4 % par an en France de 2002 a 2007, contre plus de 6,5 % en moyenne par an dans l’UE. On peut d’ailleurs faire la meme constatation en termes d’endettement total, puisque les Francais apparaissent nettement moins endettes que les autres europeens : leur taux d’endettement, qui s’eleve a 78,8 % de leur revenu disponible brut est inferieur a celui de l’Allemagne et de la Zone euro (90 %).

La France est aussi un pays ou le taux d’epargne des menages est relativement eleve par rapport a ses principaux partenaires europeens ; il se situe a environ 16 %, comme en Allemagne, mais beaucoup plus qu’en Italie (14 %), en Espagne (10 %) et bien sur qu’au Royaume-Uni (2,5 %) ; cette caracteristique explique aussi sans doute, pour une part, l’evolution relativement plus lissee de la consommation.

On peut donc caracteriser la situation francaise par trois elements : un taux d’epargne eleve, un taux d’endettement a court terme assez bas et des fluctuations relativement limitees des depenses de consommation. Il reste que la crise a d’ores et deja impacte les menages les plus fragiles. Ainsi, le nombre de dossiers de surendettement deposes en 2008 a augmente de 3 % par rapport a 2007 alors qu’il avait baisse en moyenne de 1 % par an entre 2005 et 2007.

Plus preoccupant, les depots de dossiers du quatrieme trimestre 2008 sont superieurs de 10,5 % a ceux du quatrieme trimestre 2007. Rappelons aussi que dans les situations de surendettement, les credits a la consommation constituent une part importante des credits souscrits. Dans ce contexte, il demeure donc tres important de veiller a ce que le developpement des credits a la consommation ne conduise pas a des situations non soutenables pour les emprunteurs comme pour les preteurs.

Conclusion Le credit a la consommation au cours des dernieres annees a permis de soutenir la demande en France, mais il n’a pas contribue a accentuer le cycle economique comme dans certains pays ou le credit hypothecaire est tres largement utilise pour financer la consommation des menages. On peut donc estimer que le ralentissement actuel de ce type de credit ne contribuera pas a amplifier la recession a laquelle nous sommes confrontes.

Toutefois, compte tenu du role joue par le credit a la consommation dans certains secteurs d’activite et pour certains segments de la population, les conditions d’un developpement responsable du credit a la consommation doivent etre maintenues. Un cadre reglementaire protecteur est indispensable mais il doit s’accompagner d’un comportement responsable de la part des preteurs comme des emprunteurs. 3 « Role et importance economique du credit a la consommation » Intervention de Jean-Paul REDOUIN, sous-gouverneur de la Banque de France Colloque a l’Assemblee nationale du 10 fevrier 2009