Religion

Religion

Le mot religion vient du latin religio, dont le nuage semantique est tres riche : au sens propre : scrupule, conscience, engagement, obligation, puis par sens derive : crainte des dieux, sentiments religieux, croyances, superstitions, pratiques religieuses ; enfin caractere sacre, objet ou chose sainte (ou de culte), signe sacre, saintete. Le sens latin du terme religio se comprend mieux quand on rappelle que la pratique religieuse romaine publique etait tres ritualiste, faite de rituels qui devaient etre scrupuleusement executes, et recommences depuis le depart en cas d’erreur[ref. ecessaire]. L’etymologie reste cependant incertaine et controversee depuis l’Antiquite. * On dit volontiers que le mot vient du latin re-ligare, « re-joindre » ou « re-lier », compris generalement comme indiquant la relation de l’humain au divin, mais aussi des humains les uns aux autres, lien a la fois sur le plan de la cohesion sociale et sur celui de l’attachement affectif. Cet etymon est propose par Lactance et Tertullien, mais il s’agit d’une signification tardive probablement fondee sur la confusion entre religo (de religio, avoir egard a quelque chose) et religo (de ligo, lier)[ref. ecessaire]. * Une autre voie est indiquee par Augustin d’Hippone, qui suggere l’etymologie archaique suivante : relegere, « relire, reprendre », par opposition a

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neglegentia, « negligence ». Pierre Legendre[3], s’appuyant sur les travaux de Emile Benveniste[4] et J. Scheid[5], argumente a son tour dans le sens d’une telle interpretation : « Le sens originaire du latin religio se situerait du cote du verbe legere (recueillir, qui a donne lire), non pas ligare (= lier). En d’autres termes, une telle sedimentation du terme indiquerait que religio constitue une figure hermeneutique magistrale de la societe, un mode d’intellegibilite de la societe sur le monde et sur elle-meme[6]. * Chez Ciceron (De natura deorum, II, 10) on trouve religio, (scrupule), qui evoque le respect et la crainte face aux forces surnaturelles et le souci d’etre scrupuleux dans l’observation des rites. En Chine et au Japon, le mot religion est la combinaison de deux sinogrammes : * ? shu (japonais) ou zong (chinois), designant a l’origine le temple (? le toit, la maison) d’ou vient l’esprit (? , monition, influence spirituelle), et par extension un groupe uni par le culte des memes ancetres, * ? kyo (japonais) ou jiao (chinois), signifiant « enseignement », « ecole » Le terme shukyo fut tout d’abord utilise par les Japonais ; les Chinois l’emprunterent au tout debut du XXe siecle (zongjiao). Il evoque la transmission (kyo/jiao) d’un savoir, d’une tradition, de rites, de legendes constituant une sorte de catechisme, au sein d’un groupe (shu/zong).

Le lien genealogique (lignees maitres-disciples) qu’implique le sens originel de zong reste important en Chine, ou il joue un role plus determinant que la nature exacte de l’ideologie pour le rattachement a une denomination religieuse. Dans le Zen japonais egalement, la genealogie religieuse des maitres est consideree comme une reference importante pour evaluer l’authenticite et la qualite d’une ecole[ref. necessaire]. On comprend ainsi qu’il s’agit a la fois des croyances et des cultures d’un groupe humain et des pratiques qui en decoulent.

L’etymologie montre que la religion relie l’homme a la divinite, et a ses racines originelles, et a la societe ou il evolue. Ces dimensions (ainsi que le rapport a la mort, implicitement present dans les cultes des Lares) se retrouvent effectivement a l’origine des religions. Historiquement, dans les societes primitives, il n’y a pas de separation entre le sacre et la societe elle-meme : la societe n’a pas « une religion », c’est la nature meme de la societe qui est religieuse, la religion est coextensive a la societe, et toutes les activites de l’homme qui prennent un aspect transcendant. 7] L’evolution des civilisations a progressivement conduit a laiciser la plupart des activites de l’homme (ecriture, art, legislation, sexualite…) qui etaient initialement des actes sacres. Parallelement, les questions religieuses se sont marginalisees, et tendent a se specialiser sur la spiritualite. Mais la religion ne se reduit pas necessairement pour autant a une spiritualite personnelle et privee et elle peut parfois structurer la societe ou influer sur les relations entre individus.