Recit de theramene [phedre]

Recit de theramene [phedre]

Plan : I. Situation d’enonciation, temoignage de Theramene plein de colere et chagrin II. Un recit epique aux accents pathetiques III. Un destin tragique, un combat inegale entre le hero et les dieux Manifestement le discours de Theramene a pour premiere fonction de raconter les circonstances de la mort d’Hippolyte. C’est pourquoi on y distingue 3 grandes parties : 1. Hippolyte sortant de Trezene (v. 1498-1506) 2. Le monstre et le combat (1507-1554) 3. L’agonie d’Hippolyte dans les bras de Theramene : le message final. (1555-1570) Bien entendu, la partie centrale, particulierement developpee s’articule en plusieurs episodes : . L’arrivee du monstre (v. 1507-1521) b. Les reactions d’Hippolyte qui, contrairement aux autres, attaque le monstre c. La panique des chevaux d. Hippolyte traine par ses chevaux c. Le rendez-vous mortuaire d’Hippolyte et de ses aieux Tous ces elements temoignent de l’importance accordee par Racine a ce recit de Theramene. * Marques du discours Il s’agit des propos de Theramene, gouverneur d’Hippolyte, s’adressant a Thesee, roi et pere d’Hippolyte. Il est donc normal que l’on trouve des marques de discours : v. 1498 : A peine nous sortions v. 1545 : Excusez ma douleur v. 1547: J’ai vu, Seigneur, j’ai vu votre

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malheureux fils

Traine par les chevaux que sa main a nourris. v. 1567-68 : ce heros expire n’a laisse dans mes bras qu’un corps defigure Dans ces marques du discours, on voit apparaitre le « je » de l’enonciateur, Theramene, et le « vous » du destinataire, Thesee. Il est frappant de constater que ces marques du discours sont plus nombreuses a la fin qu’au debut, comme pour accompagner le lyrisme de la mort du heros. On peut aussi penser que ces marques preparent le retour a la situation de dialogue theatrale qui s’ensuivra. * Marques du recit Theramene ne fait pas qu’un seul discours : il raconte aussi une histoire.

Le texte porte donc les marques d’un recit : – Utilisation de la 3ere personne (« Il », « le monstre bondissant », »Ils »… ) – Utilisation de marques spatio-temporelles : – Trezene, le chemin de Mycene, ces tombeaux antiques – A peine nous sortions, soudain, cette fois, bientot, soudain (encore que ces marques temporelles soient relatives) – Utilisation du passe : – Imparfait de description (1ere partie du texte) – Present de narration (surgissement du monstre, bataille, agonie d’Hippolyte,fin) – Present de verite generale : « ou des Dieux triomphe la colere » Il est frappant de noter l’utilisation du present dans ce recit.

Mais de meme on note des effets importants pour rendre le recit vivant : – modalisateurs qui permettent au narrateur d’indiquer son point de vue : – v. 1507 : Semblaient se conformer a sa triste pensee – v. 1525 : un courage inutile – v. 1527 : digne fils d’un heros – v. 1539 : ce desordre affreux – v. 1542 : l’intrepide Hippolyte – v. 1545 : cette image cruelle – v. 1547 : votre malheureux fils – v. 1554 : froides reliques – v. 1556 : genereux sang – v. 1569 : triste objet – demonstratifs pour attirer l’attention des auditeurs – effets rythmiques, ternaire: Il lui fait dans le flanc une large blessure njambements pour rallonger le rythme : chiasme : « indomptable taureau, dragon impetueux » v. 1519) – alliterations, assonances : * en « r » : Sa croupe se recourbe en replis tortueux * nasales (on et en): Ses longs mugissements font trembler le rivage. – oppositions et contrastes – ruptures * merveilleux La dimension merveilleuse est aussi renforcee par les allusions a des dimensions cosmiques :l’arrivee du monstre semble eveiller l’emoi de la mer, de le ciel et de la terre ; et concernant cette derniere, il semble que « le sein de la terre » soit a comprendre comme le royaume des morts.

Mieux, c’est un monde inverse, symptome de signes brouilles que nous voyons apparaitre sous la forme d’une metaphore terrestre pour designer la mer : « plaine liquide », « montagne humide ». C’est d’ailleurs encore un monde inverse lorsque les chevaux loin d’etre apprivoises par le voix de leur maitre, sont effrayes par elle ( v. 1549 : Il veut les rappeler, et sa voix les effraie). Enfin, la presence d’un Dieu, attestee par la rumeur (« On dit qu’on a vu meme »), renforce le merveilleux de la scene tout comme le tragique qui temoigne de la volonte d’un destin contraire aux voeux des hommes. La construction du mythe d’un heros Theramene contribue a travers son recit a renforcer la contruction du mythe heroique d’Hippolyte. En effet, face a un monstre d’origine cosmique ou dont la puissance est telle qu’elle reveille l’univers entier, Hippolyte ne s’emeut pas. Contrairement aux autres, non seulement il ne fuit pas, mais ses gestes sont precis, il s’approche du monstre et le blesse. Il apparait ainsi comme le « digne fils d’un heros » puisque son pere Thesee a purge le monde de monstres (par exemple le Minotaure).

Rappelons d’ailleurs qu’au debut de la piece, Hippolyte souhaitait ressembler a son pere dans sa valeur guerriere. Mais d’autres symboles sont aussi apparents dans le recit de Theramene . Ce dernier, a la fin parle en effet de heros. Plus haut, on se rend bien compte que si les chevaux s’arretent devant les tombeaux des rois ses aieux, c’est parce qu’Hippolyte d’une part etait condamne et d’autre part parce qu’il appartient bien a leur lignee.

Mais surtout, c’est la dimension mystique du combat, desequilibre entre un homme et un dieu qui laisse comprendre qu’Hippolyte est un heros : peu importait pour lui la fin en elle-meme, ce qui importe, c’est de ne pas fuir et de ne pas etre coupable de ce dont on l’accuse. Hippolyte, courageux, amoureux, bon fils, aime de ses compagnons : voila bien la les ingredients du mythe d’un heros. Il avait de surcroit tout pour etre heureux, mais ce bonheur lui semblait interdit : voila qui en fait un heros symbole de la tragedie humaine.