Quel Est L Objet Des Sciences Sociales

Quel Est L Objet Des Sciences Sociales

Quel est l’objet des sciences sociales ? Baudry Rocquin – baudry {at. } altern. org- 16 juin 2005. introduction. Les sciences sociales sont toutes apparues au cours du XIXe siècle, avec l’émergence de la société et de la Révolution Industrielle. La science sociale s’est alors définie comme la science des hommes en société (à Fopposé de la communauté, ou de la tribu, par exemple). Elle traite des faits sociaux, qu’ils soient sociologiques, exemple. On peut do or 15 objet la réalité humai • appelle Société. istoriqu es par ciale prend pour t multiple, qu’on Mais toute science vise pr voir des ph nomènes par des ois. Si la science sociale a pour objet la société, son objectif est de pré-voir le social et de déterminer, par des lois, la conduite des hommes dans leurs relations sociales. Pour cela, il lui faut donc trouver dans le social un « objet » universel sur lequel s’appuyer pour fonder ses lois. Or la société est composé d’hommes ; fhomme qui est par définition et par évidence un Sujet libre. Il peut être l’acteur de son action, et non pas simplement déterminé par des lois.

Même s’il est en societé, « l’homme social » est toujours

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doté d’une responsabilité et d’une ndividualité qui font que tous ses comportements ne sont pas seulement mécaniques, ou prévisibles par la science. Ainsi, la science sociale prend pour objet Ihomme en société, bien que cette prétention soit a priori paradoxale puisque l’homme est un objet universel pour la science, et libre, qui n’est pas prévisible par la science. Pourtant la science sociale, ou du moins un discours qui revendique cette prétention, existe de fait.

Dès lors, comment expliquer qu’une science du soclal soit possible, si par définition elle prend pour objet ce qui ne l’est pas, l’Homme ? Considérons d’abord l’objet que se donnent les sciences sociales, l’homme en société. Toute science vise à fournir des lois de son objet d’après l’axiome fondamental que « les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets C’est ainsi que tout science prétend « voir pour pré-voir comme l’affirme Auguste Comte dans son Discours sur l’esprit positif.

Mais comment parvenir à déterminer la conduite des hommes en société ? L’homme agit la plupart du temps agit d’après des désirs, ou des mobiles subjectifs : agir pour satisfaire tel ou tel désir, jouir de telle chose, etc. Les exemples en sont bien évidemment infinis. Mais ces actions qui visent à satisfaire des désirs, sont toujours conditionnées subjectivement. Cela signifie que chacun a des désirs différents, et que ces actions individuelles ne peuvent être prises comme objet universel d’une science sociale.

Les motifs restant individuels, ils ne peuvent être pris comme base d’une science et restent imprévisibles. Cest le dilemme de l’économie classique de la courbe des plaisirs : comment comparer des utilités radicalement différentes entre individus ? Les hommes ne sont toutefois pas entièrement déterminés (par es désirs), sinon ils ne seraient que des animaux conditionnés. Ils se définissent au contraire comme des individus dotés 15 ne seraient que des animaux conditionnés.

Ils se définissent au contraire comme des individus dotés de raison, et ainsi de liberté, puisque comme l’affirme Kant « la liberté est cette capacité qu’a la raison de commencer absolument une série de phénomènes Ce qui signifie que ‘homme est libre, et pas seulement prévisible, précisément parce qu’il est capable d’agir inconditionnellement, d’agir sans motif « phénoménal Il est capable d’agir absolument, ans en chercher un quelconque motif dans Pexpérience (une réponse qui conviendrait à « pourquoi avoir fait ça ? »). Ces actions sont alors dites libres.

L’ensemble des actions des hommes n’est donc pas uniquement déterminé par des motifs issus de l’expérience, car ces actions libres ne peuvent trouver leur origine qu’a priori, dans la raison. pour autant, il va aussi de soi que l’homme n’est pas entièrement libre. Comme le dit H. Arendt dans les premières lignes de Qu’est-ce que la liberté ? , « nul doute que la vie humaine [soit] entourée de processus automatiques ». Nul doute qu’il ait à la fois l’impression d’être libre et pourtant d’agir mécaniquement dans la vie quotidienne.

Mais ce sont ces « processus automatiques ces régularités sociales, qu’on peut trouver dans la vie en société qui donnent une pertinence à la science sociale. Sans pour autant entrer en contradiction avec l’idée que l’homme puisse par ailleurs être libre. Ainsi, la science sociale a pour objet l’ensemble des actions nécessaires de la vie sociale, ces « processus automatiques », et l’ensemble des actions où l’homme se rapporte nécessairement, conditionnellement, à l’autrel. L’objet des science actions où l’homme se rapporte nécessairement, conditionnellement, à Pautrel .

L’objet des sciences sociales est donc la nécessité empirique qu’elle suppose, qui écarte par obllgatlon toute liberté de ses agents, puisqu’elle doit pouvoir donner des lois de toute action dans le social. Une science sociale presuppose toujours une nécessité dans les rapports sociaux pour avoir du mécanique, et non du libre dont elle ne pourrait rien dire. Ainsi, on vient de montrer qu’une science sociale est possible, de droit, lorsqu’elle s’intéresse à l’ensemble des actions empiriques écessaires.

Mais rien ne nous assure encore de l’existence d’une telle nécessité dans le social. On a juste affirmé qu’en effet si une science sociale est possible, alors comme le justement dit Durkheim elle doit « traiter les faits sociaux comme des choses » parce que « le social doit s’expliquer [trouver sa cause] par le social ». Simplement, l’erreur de la science sociale est de convertir cette hypothèse de travail en « idée constitutive » qui permettrait de pré-dire le social.

La science soclale n’est alors qu’un outil, qu’une idée régulatrlce pour la raison comme l’explique Kant. Ce qui signifie ceci : la science sociale peut expliquer l’ensemble des actions non libres du social, pour peu qu’on soit assuré qu’une telle nécessité existe dans une action. Mais rien ne nous assure qu’une telle « nécessité » mécanique existe chez l’homme. Le jugement sur la conditionnalité ou non de telle ou telle action ne peut se trouver dans la science.

Les conditions d’application de cette mécanique n’est pas contenue dans la science, et l’action étudiée doit d’abord 5 d’application de cette mécanique n’est pas contenue dans la science, et l’action étudiée doit d’abord être jugée pour e constituer ensuite en objet de connaissance pour cette science. Autrement, on commet la Schwarmerei, l’illusion transcendantale, qui consiste d’après Kant à « constituer pour objet de connaissance ce qui ne peut retre » : supposer que tous les hommes sont des « homo economicus » qui cherchent dans la société à maximiser leur utilité, par exemple.

L’erreur fondamentale de la science sociale est de penser ces « processus automatiques » de la vie sociale (Arendt) comme des objets en soi, comme si l’homme n’était pas par nature destiné à « s’affirmer [contre ces mécanismes naturels] par son actlon ? (La Crise de la Culture, p218), comme s’il devait rester pris en tant que simple phénomène pré-déterminé de ces processus : ainsi les ouvriers devraient-ils simplement contempler des régularités sociologiques ou des lois scientifique sur leur état de « dominé » social, comme une donnée objective, sans devoir s’affirmer librement contre elles.

La science sociale réduit alors l’homme à un simple fait déterminable d’après des lois objectives, sans supposer que par nature il puisse, et doive, s’en affranchir. Le problème est qu’à considérer l’homme ainsi, on le réduit au imple état de phénomène incapable de liberté.

On lui retire ainsi toute possibilité de se déterminer a priori, et on lui retire toute responsabilité : si c’est le principe de causalité qui régit les actions humaines en société (si tous les ouvriers sont dominés d’après Bourdieu), alors il ny a plus de responsabilité (ils ne peuvent rien PAGF s 5 d’après Bourdieu), alors il n’y a plus de responsabilité (ils ne peuvent rien y faire, c’est « comme ça Si la science sociale, notamment la sociologie lorsqu’elle traite du crime ou de la délinquance, se laisse aveuglément (sans crltique) à devenir olitique, alors elle parviendra toujours à trouver des motifs « nécessaires » dans la société pour expliquer chacune des situations individuelles. Toute science sociale est ainsi l’ennemie de la liberté, donc aussi de la justice.

L’erreur des sciences sociales n’est finalement pas tant d’exister en tant que discours, car « tout ce qui est réel est ratlonne12 » (Hegel), que d’étendre leur prétention sur tout le social, en supposant que plus aucune action ne puisse être libre en société. Comme le souligne H. Arendt dans la Condition de l’Homme moderne (in Le Domaine public et le domaine privé) : ? L’économie, anciennement restreinte à un domaine d’activités, a finalement abouti à la prétention totale des sciences sociales qui, en tant que « sciences du comportement », visent à réduire l’homme [à l’état de simple phénomène déterminé par le social] prlS comme un tout [en tant objet et non plus sujet], dans toutes ses activités, au niveau d’un animal conditionné à comportement prévisible. » p. 4 Ce ne sont pas les science sociales qui sont dangereuses en soi, mais l’application qu’on en fait en société, et tout particulièrement en politique. Car l’homme des sciences sociales, lorsqu’il est pris comme objet -de connaissance, càd qu’on lui nie la capacité ? être un sujet, à se déterminer indépendamment d’autres causes, notamment sociales- n’est plus qu’un « animal à comportem 6 5 indépendamment d’autres causes, notamment sociales- n’est plus qu’un « animal à comportement prévisible Appliquées inconsidérément à l’ensemble du social, l’objet des sciences sociales devient alors la liberté des hommes, et par suite leur humanité elle-même, provenant précisément de leur capacité ? agir au-delà de la simple nécessité vitale.

On a donc montré que les sciences sociales ne pouvaient avoir de validité que pour des actions « mécaniques », et qu’elles devaient sinon sombrer dans perreur en supprimant toute liberté chez l’homme. Pour autant, le discours des sciences sociales, et notamment de l’économie, semblent trouver une validité croissante. Comment expliquer qu’une science fallacieuse, voire dangereuse, puisse se réclamer d’une légitimité et d’une validité empirique ? On a vu premièrement que les sciences sociales ont pour objet la nécessité qu’il peut y avoir dans le social, et qu’elles n’ont de alidité que pour ces relations sociales qui sont causalement déterminées, à l’inverse de la liberté. Autrement dit, la validité des prédictions des sciences sociales repose essentiellement sur le « degré » de nécessité sociale des actions.

Plus les individus et les actions sont déterminables (motivees au conditionnees objectivement, dans l’ordre des phénomènes), moins les actions sont libres (càd imprévisible, puisque causalement libre), et plus les sciences soclales auront de pertinence sur le réel. plus les individus recherchent leur intérêt économique, plus la science ?conomique a d’emprise sur la société par exemple. pour être valides, les sciences sociales doivent trouver peu d’initiative Imprevl 7 5 société par exemple. Pour être valides, les sciences sociales doivent trouver peu d’initiative imprévisible, donc libre. Ce sont les hommes, et la manière dont ils agissent dans la réalité sociale, qui rendent les sciences sociales plus ou mons valides. Comme l’écrit H.

Arendt dans la Condition de l’homme moderne . « ‘économie classique supposait que l’homme en tant qu’être actif agit exclusivement par intérêt et n’est poussé que par le désir d’acquérir. En introduisant cependant « une main invisible pour promouvoir une fin qui n’était l’intention de personne, » Smith prouve que ce minimum d’action à motivation uniforme contient encore trop d’initiative imprévisible pour qu’on puisse fonder une science. p81 Si la science économique a de la pertinence aujourd’hui, c’est que le degré de « prévisibilité » de la vie sociale varie dans le temps et les actions. Il n’a pas toujours été le même, comme le sous-entend l’auteur.

En cela, l’objet des sciences sociales est lui- même historique, situé dans le temps, et n’a rien d’atemporel ou ‘universel ; bien que cette tendance soit peut-être inexorable par ailleurs. Ce mouvement inexorable, cette tendance qui augmente avec le temps, c’est la place que prennent les actions conditionnées, qui visent un but, par rapport à l’action libre, qui actualise un principe (qui ne s’éteint pas avec l’action). Selon Arendt, l’action relève de la politique et de l’espace public, tandis que l’intérêt privé relève de la société. Si les sciences sociales deviennent plus prévisibles, c’est que la société usurpe les relations entre individus, au étriment de la politique. Comme le dit encore Are 5 usurpe les relations entre individus, au détriment de la politique.

Comme le dit encore Arendt, « le comportement [prévisible, basé sur des normes] a remplacé l’action [libre, qui transcende les motifs, selon un principe] comme mode primordial de relation humaine h, au sein de la société (CHM, p80), d’où une prévisibilité plus grande des relations par les sciences sociales. C’est parce qu’il y a des « normes b, autrement dit des comportements « réifiés chosifiés, en société que la science sociale trouve des bjets sur lesquels s’appliquer, au-delà des simples sujets qui les composent. La pertinence grandissante des sciences sociales est donc un reflet significatif du type de relation en société, qui devient « normé » plutôt que libre. Si les sciences sociales prennent plus d’importance c’est que la société, l’ensemble des comportements prévisibles interdépendants, prend le pas sur l’action libre et désintéressée.

Le règne du social est donc aussi le règne de l’intérêt privé qui s’affiche sur une scene publique nommée « société ». Aussi on peut affirmer que l’objet des sciences ociales est l’intérêt privé, qu’il soit matériel (utilitarisme économque) ou non (intérêt communautariste). Contre une prétendue liberté qui se nommerait politique, la science sociale ne considère donc l’ensemble des hommes que comme formant un ensemble de fonctions « vitales » interdépendantes (le fonctionnalisme, l’organicisme ou encore le dan,uinisme social) liées necessairement par un intérêt privé, celui de la vie, et non comme un corps politique « Là où des hommes vivent ensemble mais ne forment pas un corps politique, les facteurs rég PAGF 15