QU EST CE QUE LA PHILOSOPHIE

QU EST CE QUE LA PHILOSOPHIE

Coordination Nationale de la Formation Continue du Moyen et du Secondaire Document Pédagogique de Philosophie (DOPEDOC) / Version août 2003 QU’EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE ? LIMINAIRE Le document pédagogique que nous proposons ici à la communauté des professeurs de philosophie de notre pays et, par-delà, à tout praticien de la discipline, reprend et élargit un travail antérieur fait Dakar-Ville et destiné professeurs de la cell Ici s’y ajoutent, d’une ponctuent la leçon, e org7 édagogique de te zone, en 1995. es textes qui l’autre, un accroissement consid rable de la banque de données ue constitue la seconde partie intitulée matériau d’élargissement et d’approfondissement. Cette proposition aux collègues voudrait avant tout faire l’apologie d’une conception du cours usant systématiquement de textes philosophiques pour en constituer la charpente. Le texte présente plusieurs avantages au nombre desquels on relèvera aisément • le raccourci pour ancrer, dans la tradition philosophique, une réflexion à dérouler ; Philosophie Dakar (Sénégal) Louis-Roi-Boniface Attolodé / Qu’est-ce que la philosophie ? Version août 2003 Quelles que soient les réponses données, une question est osee, si fondamentale pour le philosophe : si, en accueillant rexistence historique, la philosophie ne peut plus se constituer selon les formules qui furent les siennes

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jusqu’à ce jour, si elle n’est plus la reine des sciences sculptée au portail des cathédrales ni la racine de l’arbre cartésien, si elle n’est plus la science de l’esprit et des énergies spirituelles, qu’est-ce que la philosophie ?

Henri Gouhier 1 LA LECON La question de savoir ce qu’est la philosophie est en elle-même, pendant qu’on cherche à la délimiter, indicative de ce que serait la philosophie en ce qu’il s’agit d’une interrogation qui e prend place que dans l’espace de la philosophie. Elle seule, en effet, adresse des questions de cette sorte et requiert un traitement philosophique de celles- ci.

A titre illustratif, il n’est PAGF OF g) déjà dire que la philosophie serait une discipline adressant aux autres et à elle-même la question fondamentale du «qu’est-ce que Par-l? entrevoyons-nous une marque distinctive qui se précise pour peu qu’on veuille bien entendre l’interrogation. Se demander ce qu’est X présente la particularité d’être une question exigeant une réponse par laquelle ce qui fait X serait nettement délimité et X lui-même endu reconnaissable : c’est proprement ce que veut dire définir.

Or, la quête de définition suppose pour s’exercer au moins trois éléments : celui qul cherche à définir, l’objet auquel il s’arrête et la finalité visée par son investigation. Si, par rapport à la philosophie, nous arrivons à donner contenu à ces trois aspects de toute recherche de la définition, nous aurons alors rencontré l’essentiel permettant de contourner le malaise dans lequel installe toujours la question de savoir ce qu’est la philosophie. 2 Henri Gouhier, La philosophie et son histoire, Paris, Vrin, problème, 1947, p. 5. Martin Heidegger, Essais et Conférences, trad. André Préau, p. 73. Louis-Roi-Boniface Attolodé / Qu’est-ce que la Philosophie ? / Document Pédaeogique d (DOPEDOC) / version août PAGF g) s’alimentent ? la source de l’existence aisée à constater de plusieurs philosophies alors que la question qui occupe voudrait déterminer la philosophie dans sa singularité. L’embarras correspond alors au souci de penser et dobtenir la réduction du multiple à l’un, de passer des philosophies à la philosophie.

Faut-il, pour en sortir, parcourir l’histoire de la philosophie pour les interroger l’une après ‘autre afin de dégager, par un mouvement récurrent, des constantes pouvant donner contenu ? l’idée de phllosophie, ou suffit-il de fixer quelques repères paradigmatiques3 pour y arriver ? Il apparait très vite que dans l’impossibilité du premier procédé et l’arbitraire de l’autre prend forme la vanité de cette alternative. Mais, au comble de la gêne, alors qu’il ne semble plus y avoir d’issue, le concept de philosophie nous porte secours en invitant à réfléchir sur son étymologie.

Le mot philosophie, prlS dans son sens le plus vulgaire, enferme l’essentiel de la notion. C’est, aux yeux de chacun, une évaluation exacte des iens et des maux ayant pour effet de régler les désirs, les ambitions, les craintes et les regrets. Cette évaluation enferme une connaissance des choses, par exemple s’il s’agit de vaincre une superstition ridicule ou un vain présage ; elle enferme aussi une connaissance des passions elles-mêmes et un art de les modérer. Il ne manque rien à cette esquisse de la connaissance philosophique L’on voit qu’elle vise touio e éthique, ou morale, et des sages.

Cela n’enferme pas que le philosophe sache beaucoup, car un juste sentiment des difficultés et le recensement exact de ce que nous ignorons peut ?tre un moyen de sagesse ; mais cela enferme que le philosophe sache bien ce qu’il sait, et par son propre effort. Toute sa force est dans un ferme jugement, contre la mort, contre la maladie, contre un rêve, contre une déception. Cette notion de la philosophie est familière à tous et elle suffit. ALAIN, Éléments de philosophie. De paradigme : modèle, exemplaire. mot sens enveloppe PAGF s OF g) contenu. Aussi la suggestion ne souffre-t-elle d’aucune ambiguité. Car, sans entrer dans les détails, les indications qu’il donne sont nettes : le «sens le plus vulgaire» du «mot philosophie», celui que lui donne chacun («aux eux de chacun») et partant qui est «familier(e) à tous», ne peut être ce qui «enferme l’essentiel de la notion» que s’il s’agit du sens littéral que présente l’étymologie. Philosophia Philia = amour ( Sophia = sagesse ( ? ) Littéralement : amour de la sagesse ( ? ) Celle-ci indique deux choses : « philia » (amour) et « Sophia » (sagesse). La philosophie est ainsi, littéralement, amour de la sagesse.

Il s’agit alors d’une appréhension liminaire qui, même si elle échoue à signifier toutes les déterminations de la philosophie, nous met tout de même sur la voie puisqu’elle fonctionne, en contournant l’aporie4, omme un substrat5 ? penser. S’y atteler, c’est alors interro er sa composition. Etant fils de Poros et de P na reçu certains suivant le naturel de son père, il est toujours a la piste de ce qui est beau et bon ; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artlsan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste.

Il n’est par nature ni immortel ni mortel ; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu’il est dans l’abondance, tantôt il meurt, puis rena•t, grâce au naturel qu’il tient de son père. Ce qu’il acquiert lui échappe sans cesse, de Du grec «aporia» : sans passage, situation sans issue ; difficulté. Substrat : ce qui forme la partie essentielle dun être. L’essentiel de la philosophie peut donc se comprendre ici à partir de son étymologie, pourvu qu’on y réfléchisse. orte qu’il n’est jamais ni dans l’indigence, ni dans ropulence et qu’il tient de même le milieu entre la science et l’ignorance, et voici pourquoi. Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l’est ; et, en général, si PAGF 7 OF g) Je demandai : quels sont donc, Diotime, ceux qui philosophent, si e ne sont ni les savants ni les ignorants ? – Un enfant même, répondit-elle, comprendrait tout de suite que ce sont ceux qui sont entre les deux, et l’Amour est de ceux-là.

En effet, la science compte parmi les plus belles choses ; or l’Amour est amour des belles choses ; il est donc nécessaire que l’Amour soit philosophe, et, s’il est philosophe, qu’il tienne le milieu entre le savant et l’ignorant ; et la cause en est dans son origine, car il est fils d’un père savant et plein de ressources, mais d’une mère sans sclence ri1 ressources. Voilà, mon cher Socrate, quelle est la nature du démon. PLATON, Le Banquet. Idée générale Le philosophe est à mi-chemin entre l’ignorance et le savoir. Question Quel est l’état du philosophe ? Qui fait de la philosophie ?

Quelle condition doit-on remplir pour être en situation de philosopher ? Structure 1. Détour par l’Amour : a – principe originel et justificatlf de la double détermination, de Poros et Pénia, sur Eros ; b – détermination expliquée de sa mère, Pénia ; c – explication de la détermination de son père, Poros ; d- expression de la doubl PAGF E OF g) question de savoir qui fait de la philosophie, cet extrait du Banquet de Platon répond ue seuls ceux qui sont à mi-chemin entre l’ignorance et le savoir s’y adonnent. pour établir cette thèse, il emprunte le détour du mythe d’Eros.

Fils de poros (la richesse ; un dieu ) et de Pénia (la pauvreté ; une mortelle), Eros (l’Amour ; un «daimon») reçoit de ses parents toutes ses déterminations. II est tout à la fois riche et pauvre ; ni dans l’avoir, ni dans la privation ; il est dans un stade intermédiaire, entre l’un et l’autre. Cette situation d’Eros justifie l’analogie avec le philosophe. Celui-cl est, en effet, « de même dans une phase mitoyenne de l’ignorance au savolr. On le comprend aisément à prendre en compte les enseignements du Premier Alcibiade, l’un des dialogues initiaux de Platon.

Il y indique que « les erreurs de conduite proviennent de cette ignorance qui consiste à croire qu’on sait quand on ne sait pas ». 6 Celle-ci est le fait des pires esprits « puisque ce ne sont ni ceux qui savent ni les ignorants qui ont conscience qu’ils ne savent pas ». 7 Nous saisissons alors la distinction à faire entre trois états de l’esprit : être conscient de son savoir (savant), avoir conscience de son ignorance (amoureux) et Ignorer son Ignorance (ignorant). Ce dernier marque l’ignorance véritable, car celui qui se sait ignorant sait au moins quelque chose et n’est donc plus tout à falt ignorant.

Le philosophe est à l’image de celui-ci ; et, c’est par la conquête du savoir qu’il entend dépasser l’ignorance dont il a conscience. En réalité, il a de ce savoir un besoin un désir, un amour. On soupçonne ici que l’an IIe le mythe d’Er PAGF g OF g) besoin, un désir, un amour. On soupçonne ici que l’analogie qu’installe le mythe d’Eros, entre l’Amour et le philosophe, doive être dépassée au profit d’une égalité stricte : l’Amour est philosophe, le hilosophe est amoureux. Du reste, de cela atteste Platon, dans le Lysis.

Ce dialogue traite de l’amitié, non pas au sens restreint que nous lui réservons de nos jours, mais à celui ou l’entendaient les Grecs, correspondant à une telle extension que l’amitié englobe l’amour. Si, dans le Lysis, plusieurs conceptions de l’amitié (ou de l’amour) sont 6 7 SXIII, 117 d. Id. 118a. développées, toutes la fondent sur un besoin. Le court extrait ci- après montre précisément la filiation. Socrate : Est-il possible qu’un homme ui désire et qui est amoureux n’aime pas l’objet de son amour ?