psychologie _ stress

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LES OBSTACLES À LA GESTION DES RISQUES PSYCHO-SOCIAUX : QUATRE PISTES D’ANALYSE Wim Van Wassenhove ESKA I Annales des Mines – Gérer et comprendre 2014/1 -NO 115 pages 30 à 40 ISSN 0295-4397 Article disponible en ligne à l’adresse: ‘Vipe View next page -2014-1 -page-30. htm Document télécharg – 193. 54. 174. 3 – 23/1 Pour citer cet article : 1 erer-et-comprendre Université paris 8 —Van Wassenhove Wim, « Les obstacles à la gestion des risques psycho-sociaux : quatre pistes danalyse », Annales des Mines Gérer et comprendre, 2014/1 NO 115, p. 0-40. DOI : 10. 3917/geco. 115. 0030 Distribution électronique Cairn. nfo pour ESKA. C ESKA Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par depuis www. cairn. info – Université Paris 8 – 23/1 2/2014 09h12. @ ESKA ES OBSTACLES À LA GESTION DES RISQUES PSYCHO-SOCIAUX : QUATRE PISTES D’ANALYSE – 193. 54. 174. 3 Document téléchargé depuis www. cairn. info – Université paris 8 – 193. 4. 174. 3 – 23/12/2014 09h12. @ ESKA Nous proposons dans cet article une analyse de la gestion des nsques psychosociaux (RPS) au sein des entreprises. Cette gestion se heurte ? plusieurs obstacles. Premièrement, le caractère

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polymorphe et lurifactoriel des RPS n’aide pas à leur compréhension dans le monde professionnel. En deuxième lieu, les coûts associés sont pe visibles pour l’entreprise, ce qui n’incite pas à l’action.

De plus, les méthodes et outils d’évaluation généralement disponibles sont peu adaptés aux pratiques traditionnelles en matière de santé et de sécurité au travail (par exemple, la réalisation d’un document unique d’évaluation des risques professionnels [DUER]). Enfin, il existe un levier d’action important, qui se situe au niveau de l’organisation du travail, mais qui n’est que rarement prlS en onsidération.

Dans cet article nous ferons un point sur cette question, puis 31 COMPRENDRE • MARS 2014 • NO 115 l’Inspection du Travail, le Parquet de Paris a ouvert, le 8 avril 2010, une procédure judiciaire pour « harcèlement moral et insuffisance du document d’évaluation de risques (1) L’Inspection du Travail avait formulé des critiques très sévères contre l’ensemble de la poli(l) ‘évaluation des risques professionnels est rédigée dans le « Document Unique d’Évaluation des Risques » (DU ou DIJER) créé par le décret nD2001-1016 du 5 novembre 2001 (transposition de irective européenne sur la prévention des risques professionnels).

Document téléchargé depuis vMw. cairn. info Université Paris 8 – – 193. 54. 174. 3 – 23/1 2/2014 09h12. C ESKA RÉALITÉS MÉCONNUES 3040 wassenhove_30-40 wassenhove 11/03/14 09:53 page30 (2) Le plan cible trois catégories de grands risques : les risques chimiques (notamment les risques des produits cancérogènes, des substances mutagènes et des substances toxiques pour la reproduction), les troubles musculo-squelettiques et les risques psychosociaux. ian avec les nouvelles formes d’organisation du travail, du management et des choix de gestion. Cependant, ces liens ne sont pas clairement établis, et parfo•s, c’est délibérément qu’on ne les aborde pas. Nous nous proposons dans cet article de développer ces points.

Nous ouvrirons é alement la perspective d’un axe de prévention pa erture de harcèlement moral et le harcèlement sexuel) [GAVA & GBÉZO, 2009], les violences externes (celles provenant de personnes extérieures à l’entreprise) et la souffrance ou le mal-être au travail sont propices à la constitution d’un maquis terminologique dans lequel les concepts (qui se recouvrent parfois) désignent à la fois des risques professionnels, des auses de pathologies et des effets négatifs avérés sur la santé.

Dans cette galaxie de menaces de nature psychosociale, il semble que le stress professionnel joue un rôle prépondérant. D’après l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail (EU-OSHA), le stress survient lorsqu’il y a « déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face » (5).

Mais le stress est un phénomène dont les facteurs relèvent à la fois des environnements physique, organisationnel, relationnel et ocial d’un travailleur, et il peut avoir des conséquences aussi diversifiées que l’erreur humaine, la fatigue passagère, la surcharge mentale, la surcharge émotionnelle, la dépression, l’altération grave de la santé mentale, voire le suicide. Le Tableau 1 et la Figure 1 (en page 33) illustrent cette complexité du phénomène de stress. Le Tableau 1 présente des exemples de causes et d’effets pour la santé des travailleurs à plusieurs niveaux organisationnels.

La Figure 1 présente un réseau de causalités circulaires au sein d’une organisation [AUDÉTAT & VOIROL 1998]. Il apparaît, à l’analyse, que le stress n’est pas implement fait de causes et d’effets psychologiques reliés linéairement entre eux sous la forme d’une arborescence, mais qu’il s’agit d’un réseau circulaire comportant des feedbacks. Histo 4 31 d’une arborescence, mais qu’il s’agit d’un réseau circulaire comportant des feedbacks. Historiquement, trois approches du stress associées ? trois disciplines scientifiques de la santé humaine peu- (3) Discours du ministre de la Santé (M.

Xavier Bertrand), au Colloque « Bien-être au travail 8 février 2011. (4) Direction générale du Travail, 2011. (5) http://osha. europa. eu/fr GERER ET COMPRENDRE • MARS 2014 • NO 115 1 Document téléchargé depuis www. cairn. info – Université Paris 8 – – 193. 54. 174. 3 – 23/1 2/2014 09h12. @ ESKA tique de réorganisation et de management de cette entreprise (en effet, depuis 2006, France- élécom réduit ses effectifs et ses coûts afin d’améliorer sa productivité).

La puissance publique s’est saisie de cette question. Une des trois cibles (2) du plan Santé au travail pour 2010-2014 (3) concerne justement les risques psychosociaux (RPS). Entre le 1er décembre 2009 et le 30 octobre 2010, le ministère du Travail a analysé 234 accords sur les risques psychosociaux qui avaient ?té déposés auprès de ses sen’ices et a collecté 250 plans déclarés par des entreprises de plus de 1 000 salariés (sur un total de 1 300 sociétés concernées) (4).

Quatre accords sur cinq sont des accords de méthode visant à définir un process tic, d’évaluation et salariés doivent afficher sur les lieux de travail les articles du Code pénal relatifs au harcèlement moral et sexuel et rendre accessible à leur personnel le document unique d’évaluation des risques professionnels (DIJER) prévu par l’article R. 4121-1 du Code du travail. Cependant, les risques psychosociaux s’intègrent ifficilement dans le processus de prévention.

Quatre pistes d’analyse permettent d’approfondir l’identification des obstacles : une définition claire et une compréhension complète des RPS ne sont pas encore acquises et la complexité du sujet n’en facilite pas l’appropriation , – les effets négatifs des RPS sur la productivité et son incidence sur la survenue des accidents du travail (toutes causes confondues) n’ont pas été clairement démontrés ; leur coût économique est indirect, peu visible et difficilement chiffrable, ce qui ne motive pas l’entreprise à inscrire ce problème parmi ses priorités ; les méthodes et les outils de diagnostic et d’évaluation ne sont pas adaptés aux entreprises. De même, les rôles et responsabilités de chacun ne sont pas clairement établis au sein du monde professionnel. La prise en compte de ces risques dans le Document Unique (DU) est difficile, l’intégration des RPS se heurte (surtout dans les PME) à l’absence de moyens méthodologiques.

De ce fait, un chef d’entreprise peut difficilement satisfaire aux obligations réglementaires ; – l’émergence des RPS en tant que risque nouveau est communément admise et généralement mise en rela- WIM VAN WASSENHOVE 040 wassenhove_30-40 wassenhove 11/03/14 09:53 page31 « D’après l’Agence Européenne our la Sécurité et la Santé au Travail (EU-OSHA), le stres qu’il V a « déséquilibre lorsqu’il y a « déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ». », photographie publicitaire de Pierre Jahan pour un produit pharmaceutique contre l’angoisse, 1948. vent être distinguées : l’approche biologique, l’approche épidémiologique et l’approche psychologique. – L’endocrinologue Hans Selye décrit en 1 936 le ? syndrome Général d’Adaptation » [SEYLE, 1936]. 32 GÉRER ET COMPRENDRE • MARS 2014 • NO 115 Celui-ci comporte trois phases distinctes : la phase d’alarme, la phase de résistance et la phase d’épuisement.

Cette approche biologique du stress se focalise principalement sur les réactions physiologiques d’un Document téléchargé depuis www. cairn. info – Université Paris 8- Photo C Pierre Jahan/ROGER-VlOLLET 3040 wassenhove_30-40 wassenhove 11/03/14 09:53 page32 Société Budgets RH Stress Effectifs Accidents Epuisement Absentéisme Maladie Figure 1 : Un réseau circulaire de causalités [d’après Audétat & oirol, 1998]. organisme soumis à l’action de stresseurs physiques, chimiques et biologiques. Toutefois, les composantes biologiques du stress, bien qu’indéniables et présentant un intérêt certain, n’en sont pas pour autant suffisantes pour décrire à elles seules un système aussi complexe que celui du stress. L’approche épidémiologique a pour objectif d’identifier les agents stresseurs parmi les variables environnementales d’exposition, qui augmentent les risques pour la santé [NIEDHAMMER, 2007]. – L’approche psychologique dépasse les modèles déterministes de Pépidémiologie en intégrant une onception dynamique. Elle conçoit le stress comme un processus évoluant dans le temps : c’est l’interprétation particulière que l’individu a de la situation qui peut être déclencheur de stress, et pas seulement l’agent stresseur lui-même [MACKAY & COOPER, 1987]. cette approche tie e à la fois des 193. 54. 174. 3 – 23/12/2014 09h1 2. C ESKA Agressivité Document téléchargé depuis www. cairn. nfo – université Paris 8 – 34 Nous retiendrons ici trois notions du stress au travail : – les contraintes au travail (les facteurs de stress ou les situations de travail contraignantes qui exposent la ersonne au stress), un état de tension ou un état de stress généré chez la personne, résultant de sa perception des contraintes et des ressources pour y faire face, – les effets ou les conséquences observables sur les comportements de la personne ou sur sa santé, et sur l’entreprise (si la situation de stress concerne un nombre important de ses salariés). S’intéresser aux contraintes au travail exposant au stress consiste à établir une longue liste de facteurs de stress et plusieurs classifications à proposer.

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) [INRS, 01 0] classe les facteurs de stress dans cinq catégories : les facteurs liés à la nature de la tâche, les facteurs liés à l’organisation du travail et/ou à la gestion des ressources humaines, les facteurs liés aux relations de travail, les facteurs liés à l’environnement physique et technique ou à renvironnement matériel et les facteurs liés à l’environnement socio-économique de l’entreprise. Ces facteurs appartiennent au domaine du factuel. Les contraintes, par contre, sont le résultat de la perception que la personne concernée a de ces facteurs et sont donc par nature sub•ectives : une même ontrainte pourra être per ent selon le de stress. Cette phase se veut dynamique avec la mise en place par la personne concernée de stratégies de coping (attitude consistant à faire face) [PAULHAN, 1992] qui déterminent ses actions et ses comportements. Chez l’employé, l’état de stress chronique se traduit par l’apparition de différents symptômes physiques, émotionnels et intellectuels.

Ces symptômes ont des répercussions sur son comportement : recours à des produits calmants (somnifères, anxiolytiques, alcool, etc. ), prise d’excitants (café, tabac, etc. ), fuite par rapport à un nvironnement agressif : inhibition, repli sur soi, diminution des activités sociales, etc. Le stress est à l’origine de plusieurs pathologies, telles que les troubles musculo-squelettiques (TMS), les maladies cardio-vasculaires (MCV), les dépressions. Ces répercussions sont néfastes pour la santé des travailleurs et coûteuses pour la société. Ces phénomènes ont tous des répercussions négatives sur le fonctionnement de l’entreprise, et ils engendrent des coûts indirects qui ne sont pas négligeables. ociaux, et le stress au travail en particulier, sont considérés, avec les agents chimiques cancérogènes et la écurité, comme les risques les plus importants pour l’avenir. Il s’agit d’un risque professionnel à double titre : des études scientifiques ont mis en évidence des liens entre des situations de travail stressantes et l’apparition de problèmes de santé mineurs ou de maladies plus sérieuses (6), et il est probable que le stress contribue à la survenue de certains accidents du travail [SUTHERLAND, 1991]. Les modèles d’accident et les méthodes d’analyse d’accident et de retour d’expérience [VAN WASSENHOVE, 2008] ne prennent pas encore assez en compte le stress. Néanmoins, les développements actuels 0 1