Prospective

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APPROCHE DE LA COMPLEXITE PAR LA PROSPECTIVE ALI SMIDA Maitre de Conferences, Universite de PARIS XIII 19. 16 Bd du Bois; 14200 Herouville FRANCE 1. LA COMPLEXITE, UNE CARACTERISTIQUE MAJEURE DE L’ENVIRONNEMENT DES ENTREPRISES La problematique de la complexite se pose de maniere aigue a tous ceux qui cherchent a prendre des decisions dans l’environnement d’aujourd’hui. Face a cette complexite, le decideur dispose des methodes classiques, qualifiees de simplifiantes, qui lui permettent de disjoindre et de reduire, mais qui ne tiennent pas compte des interactions, de la globalite, de l’interdependance essentielle entre l’unite et le tout.

Ces methodes classiques sont regies par la pensee simple qui cherche a maitriser completement, a controler, a prevoir, a connaitre dans le detail. Cette approche etait pertinente, tant que le monde evoluait lentement et que les organisations avaient le temps de s’adapter et rectifier le tir. Mais ce monde trop parfait, trop coherent pour lequel les penseurs classiques ont construit leurs modeles coincide de moins en moins avec le monde reel d’aujourd’hui. La complexite de ce monde-ci tranche avec la simplicite de ce monde-la.

Ces modeles classiques ont tenu le temps que la stabilite et la continuite etaient la regle et que la turbulence et la discontinuite

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etaient l’exception. Mais l’exception d’hier devient le vecu quotidien aujourd’hui. Il va de soi alors qu’une telle vision passeiste et rigide des phenomenes se trouve incapable de fournir aux decideurs les images de la realite dont ils ont besoin, pour determiner leur politique et pour se preparer a depasser, a attenuer ou a contourner les obstacles et pour saisir les opportunites qui s’offrent a eux.

Il serait inutile, et meme dangereux, si, pour aborder des phenomenes complexes, on fait appel a des concepts et a des outils forges par la pensee simple ( Avenier, 1993 ). L’objet de ce travail est de montrer comment les concepts et les outils de la prospective peuvent aider le manager a mieux apprehender la realite complexe a laquelle il est desormais confronte de facon permanente. 1. 1. Les fondements d’une pensee complexe Ainsi, la realite a laquelle doit faire face le manager d’aujourd’hui est loin de se laisser apprehender par les methodes classiques.

C’est une realite qui charrie des phenomenes complexes, c’est-a-dire des phenomene qui presentent un certain nombre de caracteristiques 1 empechant d’en comprendre et d’expliquer totalement la structure et la dynamique. Leur evolution n’est ni unique, ni connue a l’avance avec certitude. La suite des evenements porte alors, toujours, en elle, le germe de la rupture, du dementi, de la deviation. Afin d’apprehender la complexite, certains auteurs developpent la pensee globale, en privilegiant la reflexion systemique ( Probst et Ulrich, 1989 ), d’autres proposent la pensee complexe ( Morin, 1990 ).

Celle-ci repose sur trois principes fondateurs: celui de la dialogique, celui de la recursivite et celui hologrammatique. Le principe de la dialogique soutient que les phenomenes complexes ne sont pas regis par un systeme unique de principes et de regles dont le role est de veiller sur leur coherence et sur leur conformite avec les postulats de base. Il ne s’agit donc pas, comme dans le cas d’une seule logique, de construire un raisonnement qui cherche a faire tendre l’action vers un objectif unique, qui aboutit a une solution unique, a un futur unique.

La dialogique suppose, au contraire, la coexistence de logiques differentes et meme contradictoires qui debouchent sur une demarche heuristique, contingente, procedurale. Les solutions sont alors multiples, et le choix de l’une d’entre elles, meme s’il peut obeir a une logique provisoirement predominante, c’est-a-dire ayant en sa faveur les rapports de forces entre les courants de pensees ou entre les acteurs, repond aux conditions du moment et depend de la finalite recherchee ( Simon, 1991; Morin, 1990; Genelot, 1992 ).

Le principe de la recursivite exprime le renouvellement du phenomene et l’ajustement de son evolution par rapport a sa finalite. Le phenomene se regenere, sans cesse, avec une partie de ses anciens ingredients, tout en en integrant d’autres qui lui permettent, a la fois, d’evoluer vers sa finalite et de s’adapter a son environnement. Il y a alors une combinaison d’opportunisme et de regulation lui permettant a la fois d’exploiter au mieux le contexte et de ne pas s’ecarter de sa mission.

Il se « construit » au fur et a mesure, et participe a la « construction » de la realite en s’y ajustant, en y puisant les meilleures ressources possibles pour son propre developpement, et en se pilotant, grace aux boucles de retroaction, par sa propre finalite, et non pas par sa cause. Le principe hologrammatique insiste sur le lien tres fort entre le tout et la partie, entre le global et le local.