Premiere guerre mondiale

Premiere guerre mondiale

CAUSES DE LA PREMIERE GUERE MONDIALE Le triomphe de l’imperialisme Au debut du XXe siecle, l’Europe exerce une influence preponderante sur le reste du monde grace a:

-son avance technique et scientifique

-sa puissance industrielle et commerciale

-l’abondance de ses capitaux L’hegemonie des grandes puissances europeennes qui s’etend a la plus grande partie de la planete, revet des formes differentes:

-l’imperialisme economique repose sur l’implantation de zones d’influence qui ont pour but d’assurer des matieres premieres, des debouches commerciaux et des aires d’investissement pour les capitaux.

l’imperialisme politique et militaire qui debouche sur la creation de vastes empires coloniaux directement controles par la metropole . L’aube du XXe siecle voit naitre deux nouvelles puissances imperialistes: les Etats-Unis et le Japon qui tres vite vont heurter les interets europeens. Une autre opposition apparait, les critiques des theoriciens marxistes tels que Lenine et Rosa Luxembourg .

Les tensions internationales En ce debut de siecle, les grandes puissances se sont groupees en deux camps opposes: la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) -la Triple Entente (France, Russie, Royaume-Uni) Cette bipolarisation de l’Europe date de 1907; auparavant, diverses alliances avaient ete faites et defaites entre ces puissances tour a tour amies et rivales. Ce partage debouche sur de grave tensions internationales augmentees

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par les rivalites imperialistes apparues avec l’expansion economique de la fin du XIXe siecle. L’Autriche-Hongrie L’Autriche-Hongrie voit ses visees expansionnistes en direction de la mer Egee contrariees par la politique russe.

D’autre part, son empire connait des difficultes internes a cause des poussees nationalistes des Slaves du Sud (Croates, Slovenes, Bosniaques … ). Oppositions avec les interets economiques allemands L’Allemagne L’Allemagne est devenue la deuxieme puissance industrielle du monde derriere les U. S. A. ; l’Empereur veut lui assurer une position strategique, des matieres premieres, des debouches commerciaux et des aires d’investissements. L’empereur Guillaume Il lance son pays dans une politique mondialiste. L’essor de sa marine de guerre est un sujet d’inquietude pour la Grande-Bretagne, souveraine sur les mers.

Les interets allemands se heurtent a ceux de la France tant en Europe qu’en Asie et en Afrique. L’Italie Le jeune imperialisme italien tend a prendre pied, lui aussi, dans les Balkans (littoral dalmate, Albanie). Reveil des revendications concernant le Trentin et Trieste demeures sous domination autrichienne. La Russie Vaincue en Extreme-Orient et secouee par la revolution de 1905 , la Russie cherche a remporter un succes. Pour cette raison, elle renoue avec sa politique des Slaves des Balkans; elle espere qu’un jour lui donneront acces aux « mers chaudes ».

Les Balkans, une situation explosive 1908-1909: l’Autriche-Hongrie a decide d’annexer la province ottomane de Bosnie-Herzegovine et, de ce fait, se heurte a la Serbie qui est soutenue par la Russie. La France refuse de faire jouer son alliance avec la Russie et conseille la moderation a la Serbie. oct. 1912: la guerre eclate entre l’Empire ottoman et les petits Etats du Sud des Balkans (Bulgarie, Grece, Montenegro, Serbie) groupes en ligue balkanique. La ligue, victorieuse des Turcs, doit accepter l’arbitrage des grandes puissances.

La Macedoine et la Thrace sont partagee; la Serbie doit renoncer a l’Albanie qui devient une principaute independante. 1913: nouvelle guerre balkanique. La Bulgarie soutenue par l’Autriche s’oppose aux autres vainqueurs, associes a la Roumanie, pour le partage des depouilles. La Bulgarie est defaite. Le traite de Bucarest partage la Macedoine entre la Grece et la Serbie, la Roumanie s’agrandit vers le Sud et la Bulgarie garde une etroite facade sur la mer Egee.

Le monde marche vers la guerre 912: renouvellement de la Triplice; accord militaire franco-russe; la France signe aussi un accord de cooperation militaire et navale avec la Grande-Bretagne. Parallelement les grandes puissances europeennes renforcent les effectifs de leurs armees et augmentent leur armement.

La course aux armements « La rivalite economique avec l’Allemagne n’inquiete pas beaucoup nos gens, et ils admirent son industrie puissante et son genie de l’organisation. Mais ils n’aiment pas les trouble-fete.

Ils soupconnent l’empereur de « Weltpolitik » et ils voient que l’Allemagne accelere le rythme de ses armements pour dominer l’Europe, et impose ainsi une charge horrible de depenses inutiles a toutes les autres puissances. En deux mots comme en cent, pour garantir la paix, nous devons maintenir notre entente avec la France. » Lettre de Sir E. Grey a Th. Roosevelt  «a restreindre la force destructive de la guerre, tout en reconnaissant ses inexorables necessites» Manuel des lois de la guerre sur terre, Oxford, 9 septembre 1880 « Avant Propos

La guerre tient une grande place dans l’histoire, et il n’est pas presumable que les hommes parviennent de sitot a s’y soustraire

– malgre les protestations qu’elle souleve et l’horreur qu’elle inspire -, car elle apparait comme la seule issue possible des conflits qui mettent en peril l’existence des Etats, leur liberte, leurs interets vitaux. Mais l’adoucissement graduel des moeurs doit se refleter dans la maniere de la conduire. Il est digne des nations civilisees de chercher, comme on l’a fort bien dit, «a restreindre la force destructive de la guerre, tout en reconnaissant ses inexorables necessites».

Ce probleme n’est pas facile a resoudre; cependant on y est deja parvenu sur quelques points, et, en dernier lieu, le projet de Declaration de Bruxelles a ete comme une attestation solennelle du bon vouloir de tous les gouvernements a cet egard. On peut dire qu’independamment des lois internationales existantes en cette matiere, il y a aujourd’hui un certain nombre de principes de justice qui dirigent la conscience publique, qui se manifestent meme par des coutumes generales, mais qu’il serait bon de fixer et de rendre obligatoires.

C’est ce que la Conference de Bruxelles a tente, a l’instigation de S. M. l’Empereur de Russie, et c’est a quoi l’Institut de Droit international, a son tour, essaie aujourd’hui de contribuer. Il le fait, quoique les gouvernements n’aient pas ratifie le projet issu de la Conference de Bruxelles, attendu que depuis 1874 les idees ont eu le temps de murir, par la reflexion et par l’experience, et qu’il semble moins difficile qu’alors de tracer des regles acceptables par tous les peuples. (… )

Article 3.

Toute force armee belligerante est tenue de se conformer aux lois de la guerre.

Article 4. Le seul but legitime que les Etats doivent se proposer pendant la guerre etant l’affaiblissement des forces militaires de l’ennemi (Declaration de Saint-Petersbourg du 4/16 novembre 1868)… (… )

Article 16. ‘ Moyens barbares ‘. – Outre les prohibitions etablies par des conventions speciales, il est interdit : 1° d’employer du poison ou des armes empoisonnees, ainsi que des projectiles qui ont pour but unique de repandre des gaz asphyxiants ou deleteres; ° d’employer des armes, des projectiles ou des matieres propres a causer des maux superflus. Rentrent specialement dans cette categorie les projectiles explosibles ou charges de matieres fulminantes ou inflammables, d’un poids inferieur a 400 grammes, et les balles qui s’epanouissent ou s’aplatissent facilement dans le corps humain, telles que les balles a enveloppe dure dont l’enveloppe ne couvrirait pas completement le noyau ou serait pourvue d’incisions. (… )

Article 21.

Les individus qui font partie des forces armees belligerantes, s’ils tombent au pouvoir de l’ennemi, doivent etre traites comme prisonniers de guerre, conformement aux articles 61 et suivants. Il en est de meme des messagers porteurs de depeches officielles, accomplissant ouvertement leur mission, et des aeronautes civils charges d’observer l’ennemi, ou d’entretenir les communications entre les diverses parties de l’armee ou du territoire.  » Bismarck et la France (1879) On a beaucoup dit que j’etais favorable a la Republique en France parce que j’y voyais une cause de faiblesse pour votre pays… La verite, c’est que la Republique, sage et moderee comme vous l’avez en ce moment, est a mes yeux une garantie de paix parce qu’elle n’a pas besoin de « redorer dans le creuset de la victoire » le prestige indispensable aux dynasties sans racines comme la derniere que vous avez eue; voila pourquoi je souhaite le maintien de la Republique en France, voila pourquoi je suis pret a vous seconder dans vos entreprises non contraires a nos propres interets.

Mais, je le repete, je crois qu’il faut au peuple francais (bien qu’il fasse preuve maintenant d’une grande sagesse) des satisfactions d’amour-propre et je desire sincerement lui voir obtenir celles qu’il peut rechercher dans les bassins de la Mediterranee, sa sphere d’expansion naturelle; plus il aura de succes de ce cote, moins il sera porte a faire valoir contre nous des griefs et les douleurs dont je ne discute pas la legitimite, mais qu’il n’est pas en notre pouvoir d’apaiser.  »

Declaration de Bismarck a l’ambassadeur de France, Saint-Vallier, le 5 janvier 1879, citee par E. Bourgeois et G. Pages, »Les Origines et les responsabilites de la Grande Guerre », Paris Hachette, 1921. Tensions coloniales + systeme d’alliances En 1882, l’Italie, inquiete de la penetration francaise en Tunisie s’allie a l’Allemagne et a l’Autriche-Hongrie. C’est la Triplice, faisant suite a la Duplice de 1879 entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Les hautes parties contractantes se promettent mutuellement paix et amitie, et n’entreront dans aucune alliance ou engagement dirige contre un de leurs Etats. Elles s’engagent a proceder a un echange de vue sur les questions economiques et politiques de nature generale qui pourraient se poser et elles promettent, en autre, de s’aider mutuellement a l’interieur des limites de leurs propre interet. Au cas ou l’Italie, sans provocation directe de sa part, serait attaquee par la France pour une raison quelconque, les deux parties contractantes s’engagent a porter assistance de toutes leurs forces a la partie attaquee…

Si l’une ou l’autre des parties contractantes etait attaquee sans provocation directe de sa part , ou engagee dans une guerre avec deux ou plusieurs grandes puissances non signataires du present traite, le cas d’assistance surviendrait simultanement pour toutes les hautes parties contractantes. Les hautes parties contractantes promettent mutuellement de conserver secret le contenu et l’existence de ce traite…  » extraits de la Triplice, 1882

Allemagne : discours de Guillaume II au Reichstag (25 juin 1888) Messieurs, Je vous ai convoques, Messieurs, pour faire connaitre devant vous au peuple allemand que je suis resolu a suivre, comme empereur et comme roi, les memes voies que celles dans lesquelles feu mon auguste grand-pere a gagne la confiance de ses confederes, l’amour du peuple allemand et les hommages bienveillants de l’etranger. Les taches les plus importantes de l’empereur allemand consistent a assurer, sur le terrain militaire et politique, la securite de l’empire au dehors, et a veiller au dedans, a l’execution des lois de l’empire.

La premiere de ces lois est la constitution imperiale. La sauvegarder et la defendre dans tous les droits qu’elle garantit aux deux corps legiferants de la nation et a chaque Allemand, de meme que dans les droits qu’elle garantit a l’Empereur, et a chacun des Etats confederes et a leurs souverains : tel est un des droits et des devoirs principaux de l’Empereur. Aux termes de la Constitution, j’ai plus a concourir a la legislation de l’empire en ma qualite de roi de Prusse qu’en celle d’empereur allemand.

Mais, en cette double qualite, mes efforts tendront a poursuivre l’oeuvre de legislation de l’empire dans le meme sens que feu mon auguste grand-pere l’a commencee. Je m’approprie tout particulierement et dans toute son etendue le message qu’il a emis le 17 novembre 1881, et, dans le sens indique par ce message, je continuerai de faire en sorte que la legislation imperiale concernant la population travailleuse s’efforce d’accorder aux faibles et a ceux qui souffrent la protection qu’elle peut leur donner dans la lutte pour l’existence, conformement aux principes de la morale chretienne.

J’espere qu’on reussira de la sorte a avancer la conciliation des contrastes sociaux malsains, et je suis persuade que, dans mes efforts pour developper notre prosperite interieure, je rencontrerai l’appui unanime de tous les partisans fideles de l’empire et des gouvernements confederes, sans distinction des differents partis. Mais je crois de meme qu’il est necessaire de maintenir dans les voies de la legalite notre developpement politique et social, et de nous opposer avec fermete a tous les agissements ayant pour but et pour effet de miner l’ordre gouvernemental.

Dans le domaine de la politique exterieure, je suis resolu a maintenir la paix avec tout le monde… L’Allemagne n’a besoin ni d’une nouvelle gloire militaire, ni d’aucune conquete, maintenant qu’elle a reconquis definitivement ses droits comme nation unie et independante. Notre alliance avec l’Autriche-Hongrie est connue de tout le monde… Je vois dans cette alliance defensive une base de l’equilibre europeen, ainsi qu’un legs de l’histoire d’Allemagne non conteste jusqu’en 1866.

Des relations historiques semblables et des besoins nationaux pareils nous unissent a l’Italie… J’ai la satisfaction de constater que les arrangements que nous avons conclus avec l’Autriche-Hongrie et l’Italie me permettent d’entretenir avec soin mes relations d’amitie personnelle pour l’empereur de Russie et des relations qui repondent a mes propres sentiments, aussi bien qu’aux interets de l’Allemagne.  »

La crise marocaine en 1911 L’accord conclu le 4 novembre 1911 sur le Maroc et le Congo ne contenta ni l’Allemagne, ni la France. Si chez nous, il a provoque de la desillusion sur nos gains territoriaux en Afrique, au double point de vue de leur exiguite et de leur valeur, en France, il y eut de la mauvaise humeur provenant de la dignite froissee. On ne pouvait se faire a l’idee de ceder des terrains coloniaux acquis grace a l’initiative et a l’esprit d’entreprise francais, et cela sous une pression qui n’avait rien de glorieux (… Le nouvel accord (… ) laissait subsister un etat d’enervement qui suscita de nombreuses difficultes (… ). » in Baron de Schoen, Memoires, Plon. L’opinion de Stefan Zweig, 30 ans apres « La tempete de fierte et de confiance qui soufflait alors sur l’Europe charriait aussi des nuages. L’essor avait peut-etre ete trop rapide. (… ) La France regorgeait de richesses.

Mais elle en voulait davantage encore, elle voulait encore une colonie, bien qu’elle n’eut pas assez d’hommes, et de loin, pour peupler les anciennes ; pour le Maroc, on faillit en venir a la guerre. L’Italie voulait la Cyrenaique, l’Autriche annexait la Bosnie. La Serbie et la Bulgarie se lancaient contre la Turquie, et l’Allemagne, encore tenue a l’ecart, serrait deja les poings pour porter un coup furieux. Partout le sang montait a la tete des Etats, y portant la congestion. La volonte fertile de consolidation interieure commencait partout… se transformer en desir d’expansion. Les industriels francais, qui gagnaient gros, menaient une campagne de haine contre les Allemands, qui s’engraissaient de leur cote, parce que les uns et les autres voulaient livrer plus de canons – les Krupp et les Schneider du Creusot. Les compagnies de navigation hambourgeoises, avec leurs dividendes formidables, travaillaient contre celles de Southampton, les paysans hongrois contre les serbes, les grands trusts les uns contre les autres ; la conjoncture les avait tous rendus enrages de gagner toujours plus dans leur concurrence sauvage.

Si aujourd’hui on se demande a tete reposee pourquoi l’Europe est entree en guerre en 1914, on ne trouve pas un seul motif raisonnable (… ) ; je ne puis l’expliquer autrement que par cet exces de puissance, que comme une consequence tragique de ce dynamisme interne qui s’etait accumule depuis ces quarante annees de paix et voulait se decharger violemment. Chaque Etat avait soudain le sentiment d’etre fort et oubliait qu’il en etait exactement de meme du voisin (… ).

Car chacun se flattait qu’a la derniere minute l’autre prendrait peur et reculerait; ainsi les diplomates commencerent leur jeu de bluff reciproque. Quatre fois, cinq fois, a Agadir, dans la guerre des Balkans, en Albanie, on s’en tint au jeu; mais les grandes coalitions resserraient sans cesse leurs liens, se militarisaient toujours plus. (… ) ; finalement les forces en exces durent se decharger, et les signes meteorologiques dans les Balkans indiquaient la direction d’ou les nuages approchaient deja de l’Europe.  » Stefan Zweig, « Le monde d’hier », 1944, Livre de Poche, 1993, p. 35-236. idem un peu plus complet « Elle etait merveilleuse, cette vague tonique qui, de tous les rivages de l’Europe, battait contre nos coeurs. Mais ce qui nous rendait si heureux recelait en meme temps un danger que nous ne soupconnions pas. La tempete de fierte et de confiance qui soufflait alors sur l’Europe charriait aussi des nuages. L’essor avait peut-etre ete trop rapide. Les Etats, les villes avaient acquis trop vite leur puissance, et le sentiment de leur force incite toujours les hommes, comme les Etats, a en user ou a en buser. La France regorgeait de richesses. Mais elle voulait davantage encore, elle voulait encore une colonie, bien qu’elle n’eut pas assez d’hommes, et de loin, pour peupler les anciennes. Pour le Maroc, on faillit en venir a la guerre. L’Italie voulait la Cyrenaique, l’Autriche annexait la Bosnie. La Serbie et la Bulgarie se lancaient contre la Turquie ; et l’Allemagne, encore tenue a l’ecart, serrait deja les poings pour y porter un coup furieux.

Partout, le sang montait a la tete des Etats, un portant la congestion. La volonte fertile de consolidation interieure commencait partout, en meme temps, comme s’il s’agissait d’une infection bacillaire, a se transformer en desir d’expansion. Les industriels francais, qui gagnaient gros, menaient une campagne de haine contre les Allemands, qui s’engraissaient de leur cote, parce que les uns et les autres voulaient livrer plus de canons – les Krupp et les Schneider du Creusot.

Les compagnies de navigation hambourgeoises, avec leurs dividendes formidables, travaillaient contre celles de Southampton, les paysans hongrois contre les serbes, les grands trusts les uns contre les autres ; la conjoncture les avait tous rendus enrages de gagner toujours plus dans leur concurrence sauvage. Si aujourd’hui on se demande a tete reposee pourquoi l’Europe est entree en guerre en 1914, on ne trouve pas un seul motif raisonnable, pas meme un pretexte. Il ne s’agissait aucunement d’idees, il s’agissait a peine de petits districts frontaliers ; je ne puis l’expliquer autrement que par cet exces de uissance, que comme une consequence tragique de ce dynamisme interne qui s’etait accumule durant ces quarante annees de paix et voulait se decharger violemment. Chaque Etat avait soudain le sentiment d’etre fort et oubliait qu’il en etait exactement de meme du voisin ; chacun voulait davantage et nous etions justement abuses par le sentiment que nous aimions le plus : notre commun optimisme. Car chacun se flattait qu’a la derniere minute, l’autre prendrait peur et reculerait ; ainsi, les diplomates commencerent leur jeu de bluff reciproque.

Quatre fois, cinq fois, a Agadir, dans la guerre des Balkans, en Albanie, on s’en tint au jeu ; mais les grandes coalitions resserraient sans cesse leurs liens, se militarisaient toujours plus. En Allemagne, on etablit en pleine paix un impot de guerre ; en France, on prolongea la duree du service ; finalement, les forces en exces durent se decharger, et les signes meteorologiques dans les Balkans indiquaient la direction d’ou les nuages approchaient deja de l’Europe.  » Stefan Zweig (1881-1942), Les rayons et les ombres sur l’Europe, 1944, ed. osthume. L’Allemagne encerclee… ainsi on justifie d’avoir pris l’initiative des armes et on s’oppose a l’article 231 du Traite de Versailles designant l’Allemagne comme responsable de la guerre. « Nous etions encercles. Notre voisin occidental, le peuple francais, est le plus agite, le plus ambitieux, le plus vaniteux de tous les peuples d’Europe et, dans la pleine acception du terme, le plus militariste et le plus nationaliste.

Depuis la derniere guerre franco-allemande, nous en sommes separes par un fosse, dont un eminent historien francais m’ecrivait qu’il etait absolument infranchissable. A l’est, nous sommes entoures de peuples slaves, pleins d’aversion pour les Allemands qui les ont inities a une civilisation superieure; ils les poursuivent de la haine mechante qu’un ecolier recalcitrant et d’instincts brutaux eprouve pour un precepteur serieux et digne. Ceci s’applique aux Russes, davantage aux Tcheques et surtout aux Polonais, qui revendiquent une partie de l’Allemagne orientale.

Les relations entre Allemands et Anglais ont varie au cours des siecles. John Bull daignait favoriser et proteger son pauvre cousin allemand, et meme l’employer, de temps en temps, a quelque grosse besogne, mais il ne voulait pas admettre qu’il eut les memes droits que lui. Au fond, personne ne nous aimait. Cette antipathie etait ancienne, mais la jalousie que suscita l’oeuvre de Bismarck, la puissance et la richesse de l’Allemagne l’avaient singulierement augmentee. Ce manque de sympathie avait encore une autre cause : notre mepris de la forme.

Deja le philosophe grec avait fait remarquer que la grande majorite des hommes ne jugent des choses que sur l’exterieur et non d’apres le fond ; mais cette facon de penser et de sentir etait difficile a comprendre pour l’Allemand serieux, grave, allant toujours au fond des choses et trop indifferent a leur apparence.  » extrait de Prince de Bulow, Memoires du Chancelier-Prince de BULOW, tome II, Plon, Paris, 1931. Prinz von Bulow fut chancelier du Reich de 1897 a 1909.

La recherche des debouches « Dans cette course a la clientele, l’Allemand fut aide par sa connaissance des langues… Comme, en dehors de [ses] frontieres, personne ne le comprenait, l’Allemand avait appris les langues voisines, specialement celles des pays riches : le francais et l’anglais. Quand il le fallut, les commis envoyes en Amerique du Sud parlerent l’espagnol. Aussi, des que l’etat de l’industrie permit l’exportation, une armee de polyglottes se tenait prete a voler a la conquete du monde.

Elle partit… Elle se croisa avec l’anglais, deja en route, mais qui ne parlait que sa langue. Elle ne rencontra pas de Francais, sinon en France, ou peu. Cette armee travailleuse, souple, patiente, indecourageable, accepta toutes les affaires qui se presenterent, prit toutes les commandes, celles que l’Anglais dedaignait, celles que le Francais refusait…  » extrait de J. HURET, L’Allemagne moderne, t. 1, Paris, Lafitte, 1913.

Les expatriations de capitaux et la puissance politique : le nationalisme financier « De quelque cote que nous tournions nos regards, nous assistons au meme phenomene : les capitaux, qui sont une partie de la force des nations modernes, leur servent a agir les unes sur les autres. Les grandes dominent les petites, non seulement par l’appareil d’une puissance militaire superieure, mais par les ressources qu’elles leur offrent ou leur refusent suivant les conjonctures politiques.

De simple phenomene economique qu’il etait il y a trente ou quarante ans, le mouvement international des capitaux est passe au rang de grand phenomene politique, il est devenu l’instrument prefere qu’emploient les peuples les plus riches et les plus forts dans l’incessante bataille qu’ils se livrent les uns aux autres ; on hesite de plus en plus a faire la guerre a coups de canon, on la fait a coup de millions pretes aux pays que l’on reve de conquerir ou dont on recherche simplement le concours.

Ce que nous avons dit de l’intervention financiere suffit a demontrer que les capitalistes jouent souvent le role d’avant-garde, ils sont les pionniers de la mainmise politique ; l’Allemagne a beau repeter qu’en engageant ses capitaux dans la construction du chemin de fer de Bagdad elle poursuit des fins purement economiques, ses affirmations ne peuvent tromper personne. (… )

Les questions financieres joueront un role de plus en plus eminent dans les rapports des nations entre elles : car chacun des marches de capitaux s’occupant ou etant susceptible de s’occuper des autres, d’avoir une influence sur eux, de leur rendre des services ou de leur creer des difficultes, exerce une action sur les affaires politiques dont l’etroite dependance vis-a-vis des affaires financieres n’est jamais apparue plus clairement que de nos jours. Les evenements de 1911 auront ete a cet egard un precieux avertissement.

Personne n’a certainement oublie quels graves embarras surgirent au-dela du Rhin, quelle crise meme se produisit et quelles faillites retentissantes se succederent lorsque, sous la menace d’une guerre avec l’Allemagne, les capitaux francais se virent brusquement rapatries. Ce fut dans le public, mal informe de ces choses, une emotion profonde que d’apprendre alors a quel point, dans quelles proportions enormes l’argent francais se trouvait mis a la disposition de l’Allemagne a l’insu des deposants de ces capitaux trop serviables.

Nous en sommes arrives a considerer, avec une certitude affermie, que les capitaux francais, suivant la belle expression de M. d’Avenel, sont veritablement et dans toute l’acception du mot, une seconde armee nationale.  » extrait de E. BEQUE, Internationalisation des capitaux. Montpellier, 1912. Pressions francaises, allemandes, russes en 1914 « De Panafieu (ministre de France a Sofia) a de Margerie (directeur des Affaires politiques au Quai d’Orsay), Sofia, 11 mars 1914

Vous n’ignorez pas la detresse financiere dans laquelle se trouve actuellement le Tresor bulgare, l’urgente necessite ou il se trouve de mettre fin aux expedients de tresorerie et d’apurer celle-ci par un emprunt a exterieur. Vous n’ignorez pas non plus que le ministere actuel est, quoi qu’il en dise, entierement acquis a une politique d’amicale entente avec l’Autriche, politique qui est par consequent en opposition avec celle de la Russie et de la France.

Notre principal moyen d’action pour faire revenir la Bulgarie dans notre sphere d’influence, c’est evidemment l’emprunt, etant donne qu’aucun marche financier, si ce n’est celui de Paris, n’est en situation de faire l’operation importante, necessaire a la regeneration des finances bulgares. Cette situation est si connue ici que la question de l’emprunt est vitale pour le gouvernement M actuel et qu’il devra modifier completement sa politique, si ce n’est abandonner le pouvoir, dans le cas ou notre concours financier lui serait refuse…  » Documents diplomatiques francais, 3eme serie, T.

IX. L’opinion d’un journal pangermaniste « La France n’est pas encore prete pour le combat. L’Angleterre est aux prises avec des difficultes interieures et coloniales. La Russie redoute la guerre, parce qu’elle craint la revolution interieure. Allons-nous attendre que nos adversaires soient prets ou devons-nous profiter du moment favorable pour provoquer la decision ? Voila la question lourde de sens qu’il s’agit de trancher. L’armee autrichienne est encore fidele et utile.

L’Italie est encore fermement attachee a la Triple Alliance (1) et meme si elle prefere encore (… ) le maintien de la paix, pour panser les plaies de la derniere guerre (2), elle sait (… ) que, si l’Allemagne est battue, elle sera livree sans remede a la violence de la France et de l’Angleterre et elle perdra sa position independante en Mediterranee (… ). Nous pouvons egalement compter le cas echeant sur la Turquie et la Roumanie. Nous avons ainsi encore des atouts en main, nous pourrions tenir les commandes de la politique europeenne, par une offensive resolue, et nous pourrions assurer notre avenir.

Cela ne veut pas dire que nous devons provoquer la guerre ; mais la ou se manifeste un conflit d’interets (… ) nous ne devrions pas reculer, mais le faire dependre de la guerre et la commencer par une offensive resolue; peu importe le pretexte, car il ne s’agit pas de cela, mais de tout notre avenir, qui est en jeu.  » Extrait traduit d’un article paru dans le journal allemand Die Post , le 24 fevrier 1914 Notes explicatives : (1) = Triplice (2) guerre de 1911-1912 entre l’Italie et l’Empire ottoman pour le controle de la Lybie et des iles du Dodecanese (dont Rhodes en mer Egee).

L’Italie gagne, mais se heurte a des contestations politiques de la part de la Grece et de la Russie pour la possession du Dodecanese. En Lybie, une resistance indigene a provoque des difficultes militaires imprevues. Le jugement de l’ambassadeur de France « Les dernieres lois militaires de l’Allemagne ont ete la consequence de deux faits que l’opinion en France n’a pas juges comme on les jugeait ici.

En premier lieu, l’Allemagne, qui aspirait a obtenir une part du Maroc et un port sur l’Atlantique, n’a rien obtenu sur l’Ocean et elle a considere comme un echec grave l’issue des negociations de 1911, qu’elle a appelees un Olmutz. En second lieu, la guerre des Balkans lui a ouvert les yeux sur la faiblesse de l’Autriche dont elle est arrivee a escompter la disparition comme le vrai moyen de se raccommoder avec la Russie. Elle ne s’est plus sentie assez forte ; elle a donc voulu reconquerir la situation militaire eminente qu’elle se considere comme obligee d’avoir pour se maintenir et pour s’imposer.

Voila pourquoi elle a augmente son armee… sans qu’elle ait le dessein premedite d’agression que notre opinion lui prete.  » (… ) Depeche de Jules Cambon, de Berlin le 3 mai 1914, in Documents diplomatiques francais, 3eme serie, t.

X Vision marxiste : le capitalisme, c’est la guerre « Le developpement des forces productives du capitalisme mondial a fait, au cours des dernieres decennies, un bond gigantesque.

Partout, dans le processus de lutte pour la concurrence, la grande production est sortie victorieuse, en groupant les  » magnats du capital  » en une organisation de fer qui a etendu son emprise sur la totalite de la vie economique. Une oligarchie financiere s’est installee au pouvoir et dirige la production liee par les banques en un seul faisceau. Ce processus d’organisation de la production est parti d’en bas pour se consolider dans les cadres des Etats modernes devenus les interpretes fideles des interets du capital financier. (… ) La surproduction de marchandises nherente au developpement des grandes entreprises, la politique d’exportation des cartels et le retrecissement des debouches par suite de la politique coloniale et douaniere des puissances capitalistes,… l’immense extension de l’exportation du capital et l’assujettissement economique de pays entiers a des consortiums bancaires nationaux portent au paroxysme l’antagonisme entre les interets des groupes nationaux du capital. Ces groupes puisent leur dernier argument dans la force et dans la puissance de l’organisation d’Etat et, en premier lieu, de leur flotte et de leurs armees.

Un puissant Etat militaire est le dernier atout dans la lutte des puissances. extrait de BOUKHARINE, L’economie mondiale et l’imperialisme, 1917. Ed. Anthropos, 1971. En 1917, LENINE ecrit :  » Contre le groupe franco-anglais s’est dresse un autre groupe capitaliste, le groupe allemand, encore plus rapace,… apportant avec lui de nouveaux procedes : un developpement de la production capitaliste, une meilleure technique et une organisation incomparable des affaires…

La presente guerre est, elle aussi, le produit de la politique de classes qui sont aux prises, de la politique de deux colosses qui, bien avant les hostilites, avaient etendu sur le monde entier les tentacules de leur exploitation financiere et s’etaient partage economiquement le monde. Ils devaient se heurter, car, du point de vue capitaliste un nouveau partage de cette domination etait devenu inevitable.  » Cite dans J. Droz, Les causes de la Premiere Guerre mondiale