Pourquoi la croissance ? la croissance pour quoi ?

Pourquoi la croissance ? la croissance pour quoi ?

Depuis plusieurs decennies, les Etats nous apparaissent de plus en plus comme impuissants face aux phenomenes de croissance et de recession. La globalisation economique et l’interconnexion grandissante des marches entre eux semble avoir ote aux Etats leur role d’antan, de « grand regisseur de l’economie ». Mais la croissance economique n’en reste pas moins un enjeux majeur des societes modernes. Il convient alors de s’interroger sur les causes et les buts de la croissance : La croissance pourquoi ?

La croissance pour quoi ? C’est-a-dire, comment nait le phenomene de croissance et qu’en attend-on ? Il faut pour cela etudier ce qui rend possible la croissance (I), mais aussi les valeurs et changements qu’elle implique (II), et enfin a quelle prix la croissance s’opere-t-elle (III). I/ Se poser la question « pourquoi la croissance ? » revient a vouloir mettre en lumiere les facteurs et causes de la croissance pour aboutir a l’inevitable constat de sa complexite.

Pour cela il faut etudier les facteurs principaux de la croissances, la difficulte des modeles theoriques de croissance et deux autres facteurs de croissances souvent ignores a tort. Les premiers economistes a s’etre interesses a la croissance ont tout de suite observe des facteurs principaux. Pour les economistes pionniers et leurs successeurs, le capital

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et le travail sont a la source du phenomene de croissance. L’economiste ecossais Adam Smith, dans son ? vre Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations publie en 1776, a souligne l’importance du facteur travail notamment a travers le concept de division du travail qui serait selon lui source de richesse. Le facteur travail engendrait selon cet auteur classique des effets d’apprentissage et d’accumulation du capital a l’origine de profit, puis d’investissement et donc de hausse de la productivite et de croissance. Pour l’Anglais, David Ricardo ce qui permet de contrecarrer le phenomene d’Etat stationnaire mis en evidence dans son ? vre, c’est l’echange international et le progres technique qui ne sont pas pour autant des facteurs consideres comme facteurs de de croissance. Un siecle plus tard, l’economiste inclassable Joseph Schumpeter a souligne l’importance considerable de l’innovation dans la dynamique economique et donc dans le phenomene de croissance. Cependant ces facteurs n’expliquent pas a eux seuls la croissance. Ils sont evidemment necessaires mais pas suffisants, d’autres facteurs s’y ajoutent.

Certains modeles theoriques de croissance mis au point par de celebres economistes permettent de se rendre compte de la complexite de la croissance, en tentant d’evaluer l’importance respective des facteurs de croissance. Dans le modele keynesien d’Harrod-Domar, la croissance est vue comme le resultat d’une alchimie unique, on ne peut y aboutir autrement. L’economiste Domar montre que l’investissement a deux effets : un effet de capacite et un effet de demande par le biais du multiplicateur. Il faut les ajuster subtilement pour acceder a la croissance.

Harrod, lui, s’efforcera de montrer que la croissance resulte bien d’une alchimie unique. Dans le modele de Solow de l’economiste americain du meme nom, le progres technique est automatiquement mis de cote car considere comme une manne tombant du ciel. Solow montre alors plutot l’importance de l’accumulation de capital pour expliquer la croissance. Or, le progres technique ou encore « residu » representerait pas moins de la moitie de la croissance des 30 Glorieuses en France selon Carre, Dubois, Malinvaud . Expliquer la croissance n’est donc pas chose facile.

Deux possibilites apparaissent donc pour expliquer la croissance : en mettant en avant l’augmentation du revenu comme facteur de croissance et en endogeneisant les taux d’interet ce qui est une optique keynesienne, ou bien comme le font les theoriciens de la croissance endogene comme Barro en expliquant la croissance comme une accumulation de capital source de rendements croissants a l’origine d’effets externes. Barro et Lucas reinsisteront aussi sur le role de l’Etat qui est le seul a meme de gerer ces effets externes. Mais la encore on rencontre une difficulte.

Si on endogeneise le progres technique et qu’on se limite a le caracteriser comme etant l’? uvre du libre arbitre des individus, alors on en vient a se demander quelle part de leurs profits les entreprises doivent elles investir en recherche et developpement. Mais ce n’est pas tout, d’autres facteurs souvent oublies sont facteurs de croissance et doivent etre retablis, comme le facteur socio-culturel. Selon Max Weber, l’ethique protestante serait source de richesse puisque valorisant des valeurs telles que le travail et le merite.

Dans des pays comme les Etats-Unis, cette ethique protestante serait donc un des piliers de la richesse et par extension, de la croissance. Par ailleurs, la croissance depend de plus en plus des autres et du reste du monde. Il est un fait qu’en economie ouverte le poids joue par les actifs situes en dehors du territoire national est devenu considerable. Une politique de relance isolee de l’activite economique ne pourrait que s’y confronter. Tenter de relancer l’economie seul, c’est risquer de profiter seulement aux autres pays, l’augmentation du pouvoir d’achat ne se dirigeant pas forcement vers l’offre nationale.

Ces deux facteurs s’ajoutent donc aux facteurs fondamentaux evoques plus haut et complexifient encore plus la croissance. II/ Maintenant, se demander « pour quoi la croissance ? » amene a s’interroger sur les buts de la croissance. La croissance est-elle un moyen menant a un but definit ? Il apparait que la croissance mene a l’augmentation generalisee des richesses, a un possible plein emploi, et donc a un ideal de societe pleinement developpee. La croissance se materialise par l’augmentation du PIB par tete.

Elle permet ainsi un enrichissement generalisee et une reduction des inegalites et une hypothetique paix sociale. Selon Walt Whitman Rostow et les etapes de la croissance qu’il a mis en evidence, la croissance menerait a la consommation de masse. C’est la 5eme etape de son analyse. Un cercle vertueux de la croissance est donc engage. La consommation de masse etant liee a la production de masse et donc a la distribution d’un revenu generalise et ainsi de suite. La croissance peut et doit mener a un plein emploi.

Quand la conjoncture economique est favorable a la croissance et que les anticipations des agents economiques sont possibles, alors l’augmentation attendue de la consommation peut mener a une augmentation de la production preventionniste et ainsi de l’emploi. L’emploi est d’autant plus important aujourd’hui qu’il relie les individus entre eux. Le travail est source de solidarite organique pour le sociologue Emile Durkheim. L’emploi est d’ailleurs presque aujourd’hui devenu un droit. Cela aboutit a l’idee que la croissance doit mener a un ideal de societe pleinement developpe.

Plus simplement, la croissance doit mener au bien-etre general. Mais alors on recroise une autre difficulte : comment mesurer ce bien-etre ? Peut-on penser qu’il est simplement la somme des bien-etre individuels comme le pensent les economistes classiques et neo-classiques ? Ou alors peut-on penser que le bien-etre a atteint un etat extreme tel que la situation de l’un est deterioree lorsqu’on ameliore la situation d’un autre, ce qui est l’idee developpee dans la theorie de l’optimum de Pareto. La croissance et donc sa complexite impliquent de nombreuses questions et une reflexion approfondie.

III/ Mais jusqu’ou est-on pret a aller pour connaitre la croissance ? La recherche de la croissance mene a une reflexion sur le choix de societe, mais aussi a un constat pessimiste qu’il n’est plus possible de nier : celui de la contrainte ecologique. Il faut s’interroger sur le choix de societe induit par la croissance. Que cherche-t-on a travers une societe centree autour de la valeur travail ? La croissance doit permettre d’acceder au plein-emploi pour un revenu generalise mais a quel prix ?

Comme nous l’avons vu, l’emploi est facteur de lien social, mais ne doit-on pas se mefier du lien social tisse par le travail ? En effet aujourd’hui nous sommes bien loin du plein emploi et les taux de croissance actuels ne semblent plus pouvoir y acceder. Une politique de relance, nous l’avons vu, en economie d’ouverte risquerait fortement de plus fonctionner. Ainsi, on en reviendrait a delaisser une partie de la population puisque exclue de la sphere productive. D’autre part, depuis quelques annees une prise de conscience d’un nouveau genre a emerge, c’est la reflexion qui met en parallele economie et ecologie.

Il apparait dorenavant que notre mode de production menerait a un epuisement des ressources naturelles et une pollution irreversible sur notre monde. L’empreinte ecologique de certaines nations est telle que si le monde entier adoptait leur style de vie, il faudrait plusieurs planetes. Cela mene donc a l’idee de developpement durable, c’est-a-dire d’un developpement qui repond aux besoins des generations du present sans compromettre la capacite des generations futures a repondre aux leurs. L’idee de developpement durable a ete abordee la premiere fois dans le rapport Brundtland paru en 1987.

Le phenomene de croissance s’est donc accompagne d’une reflexion generalisee et etendue sur ses tenants et aboutissants. On a donc vu que les facteurs de la croissance etaient dans l’ensemble difficiles a identifier, puis que la croissance est un phenomene complexe. Quant aux buts de la croissances, ils sont discutables et dependent plus de choix politiques ou de societe. Cela peut-etre un choix collectif si la societe s’en donne les moyens et peut mener a une croissance plus juste et qui ne laisse personne de cote.