Pourquoi croit-on en dieu ?

Pourquoi croit-on en dieu ?

Fiche de Lecture 3 – Pourquoi croit-on en Dieu ? Point 1 – La religion soigne toute sorte de troubles La maladie sont l’un des vicissitudes de la vie terrestre. Elle est inherente dans le monde ou nous habitons. Il parait que beaucoup de personnes pensent que la priere est une bonne facon de remplacer la medecine ordinaire, elaboree par la science. La croissance en Dieu comme une methode de guerison est une raison pourquoi les Francais pratiquent la religion aujourd’hui.

La religion peut aider les gens a resoudre les problemes dans leurs vies. La religion est une source de confort aussi quand on passe une periode difficile, parce que la confiance en une puissance protectrice et bienveillante peut dissiper toutes les craintes. Point 2 – La religion offre aussi des experiences emotionnelles L’idee du Dieu qui repare dans l’autre vie les injustices de ce monde et donne une vie eternelle apres la mort est une notion confortable pour quelques personnes.

Selon une enquete realisee par CSA (Conseils-Sondages-Analyses), qui est un institut de sondage d’opinion en France, plus de la moitie des personnes qui participent a l’enquete pensent qu’il y a quelque forme de la “vie eternelle apres la morte”. Cette croyance ferme

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est peut-etre pourquoi il y a des gens qui continuent a pratiquer la religion. Point 3 – La religion definit les moralites. Une morale est un ensemble de regles auxquelles on doit conformer sa conduite.

La religion donne tout le monde un code de conduite et un systeme de pense. Ces regles distinguent un mal et un bien, un permis et un interdit. Dieu joue en quelque sorte le role du pere qui fixe les regles et qui punit. Le croyant est comme un enfant. C’est au croyant de choisir l’eternite au paradis, ou l’eternite au enfer. Le clerge joue le role de l’entremetteur. Si le poids du peche est trop dur, une confession, quelques prieres et l’absolution permettent au croyant de dormir la conscience tranquille. Jean-Francois Dortier

Depuis les etudes pionnieres de William James sur la variete des experiences religieuses, un siecle d’etudes sur la psychologie des mystiques, les effets psychologiques de la priere ou encore les liens entre religion et bien-etre tentent d’expliquer les motifs et effets psychologiques des croyances religieuses. « Par un beau dimanche matin, ma femme et mes garcons partaient pour l’eglise a Macclesfield. Je me sentais incapable de les accompagner ? comme si quitter notre colline ensoleillee pour descendre en ville eut ete un acte de suicide spirituel.

Je ressentais en moi un besoin d’inspiration et d’ouverture. Je laissai donc ma femme et mes enfants et partis me promener sur la colline avec mon chien. (… ) Je marchais depuis plus d’une heure, quand je ressentis tout a coup la merveilleuse sensation d’etre au paradis. J’eprouvais un profond sentiment de paix, de joie et une intense serenite, accompagne d’une sensation d’etre enveloppe dans un halo de lumiere, qui me traversait le corps. » Pour John Trevor, l’auteur de ces lignes, ce moment de grace s’apparente a une veritable extase religieuse.

Il en fait un des passages cles de son autobiographie, My Quest for God, publiee en 1897. Ce passage a ete reproduit par William James dans The Variety of Religious Experience. Dans ce livre pionnier, le psychologue americain cherche a apprehender la psychologie du croyant. Trois idees phare guident son analyse. Premiere idee : la religion est avant tout une experience et non un dogme. Les Eglises tendent a « routiniser » les croyances religieuses a travers des formes d’expression tres codifiees : catechisme, dogme, rites.

Or, selon W. James, l’essence de la religion reside d’abord dans l’expression d’une ferveur personnelle. C’est pourquoi il va s’interesser particulierement aux convertis, aux mystiques, aux ascetes, extatiques, et autres « born again » qui expriment une foi ardente et spontanee. Ces croyants n’adherent pas a la religion par simple conformisme, ils ont connu une veritable illumination interieure. Une partie du livre relate des temoignages de convertis. Deuxieme idee-force : ces experiences religieuses sont multiples.

Pour certains, la ferveur religieuse apporte un reconfort moral, pour d’autres, elle correspond a une experience mystique, d’autres encore y trouvent des modeles de conduite a travers la vie des saints, pour certains enfin, la religion constitue une veritable therapie. Les defis personnels etant differents d’un individu a l’autre, les solutions le sont aussi. D’ou la variete des experiences religieuses et la diversite des cultes (n’oublions que nous sommes aux Etats-Unis, qui sont marques par la diversite des religions et des sectes).

Enfin, troisieme these defendue par W. James, les croyances religieuses ne doivent pas etre opposees a la science. Les reduire a des illusions ou a des superstitions ne permet pas de comprendre quel role leur est devolu par les croyants. Les croyances religieuses ne se situent pas dans le registre du vrai ou du faux : elles sont d’abord utiles, accompagnant les croyants et les aidant a surmonter les epreuves de la vie Les religions rendent-elles heureux ? Une des questions que se posait W. James concerne le lien entre religion et bien-etre.

Pour lui, il ne faisait pas de doute qu’une de ses fonctions majeures est d’apporter paix et serenite face aux epreuves de la vie. Dans son sillage se sont developpees nombre de recherches sur la question de ce lien. Dans l’ensemble, les enquetes statistiques semblent confirmer que la religion favorise le bien-etre. Par exemple, une grande etude portant sur plus de 160 000 Europeens montre que parmi les pratiquants qui vont a la messe toutes les semaines, 85 % se declarent « tres satisfaits » de la vie, alors que ce pourcentage tombe a 77 % parmi ceux qui ne vont jamais a l’eglise.

Comment expliquer ce lien entre bien-etre et religion ? Les psychologues avancent trois types de facteurs. ? Le support social : l’adhesion religieuse n’est pas qu’un phenomene de croyance individuelle, mais implique aussi l’integration a des groupes de croyants et pratiquants qui apportent un soutien psychologique et social. ? Un sens a sa vie : le bonheur et le bien-etre augmentent quand notre vie possede un sens, une finalite, une raison d’etre. Beaucoup de gens trouvent cela dans la religion. Les experiences religieuses : la religion offre aussi des experiences emotionnelles ? par exemple, le sentiment d’etre en communication avec Dieu ? qui apportent a l’individu un vif sentiment de plaisir et de valeur personnelle. Psychologie du mystique Est-ce a dire que les mystiques qui, comme J. Trevor, ont vecu une « illumination » sont plus heureux que les autres ? C’est loin d’etre le cas. Michael Argyle, un des grands noms de la psychologie de la religion, a mene une enquete aupres de personnes definies comme mystiques.

Celle-ci montre que, sur le nombre, la correlation entre mysticisme et bonheur est plutot negative (M. Argyle et P. Hills, « Religious experiences and their relations with happiness and personality », The International Journal for the Psychology of Religion, vol. X, 2000). Une des raisons avancee : les grands mystiques seraient, en regle generale, des solitaires coupes des relations sociales, donc prives du support social dont beneficient les autres croyants integres dans des groupes religieux. Car la vie de mystique n’est pas de tout repos.

Ils sont de presque toutes les religions, societes et periodes de l’histoire. Moine chretien, yogi ou soufi, le mystique est souvent un « renoncant » qui s’est mis a l’ecart du monde pour vivre sa foi de facon exclusive, s’imposant des privations et entretenant une relation particuliere avec Dieu ou les esprits. Il vise un etat particulier de conscience ? extase mystique ? au terme d’un chemin initiatique seme d’exercices spirituels (voir les exercices spirituels de saint Francois d’Assise). Deux grands profils typiques sont a distinguer.

D’abord une mystique que l’on peut qualifier de « spirituelle et metaphysique », celle des soufis en islam, des moines bouddhistes, des pratiquants des mystiques chretiennes*, ou encore des yogis. Ces mystiques sont en quete d’une forme d’extase marquee par le sentiment d’abolition du moi, de participation au cosmos. Ce moment d’intense bonheur est souvent identifie a un type de connaissance nouveau, une « intelligence superieure », non exprimable en mots. Cet etat correspond a ce que Romain Rolland nommait le « sentiment oceanique » (voir l’encadre ci-dessus).

L’ecrivain pensait que le sentiment oceanique caracteristique de l’extase spiritualiste correspond a un eveil de la conscience. Pour Sigmund Freud, sceptique et athee, il s’agit d’une regression archaique narcissique (stade ou l’enfant est en fusion avec sa mere). Des psychologues ont tente de cerner precisement le phenomene psychique. Ralph W. Hood, en 1975, a ainsi etabli une echelle du mysticisme (en huit niveaux) a partir de temoignages recueillis, et des recherches neurologiques se sont efforcees de saisir les modifications cerebrales induites par l’etat d’extase.

On retrouve cette experience assez courante dans les pratiques de meditation et relaxation. Selon Herbert Benson, psychologue a Harvard, 25 % des sujets participant aux seances de relaxation (fondees sur des exercices de respiration profonde et de vide de la pensee obtenu par la concentration sur un mot ? « paix » ? ou une image ? un cercle) qu’il organise declarent eprouver des experiences « spirituelles » (Timeless Healing. The power and biology of belief, Scribner, 1996). Les mystiques visionnaires L’autre grand profil du mystique est le « visionnaire ».

Son contact avec l’esprit est nettement moins abstrait et desincarne que dans le modele precedent. Le visionnaire entretient avec Dieu ou les esprits un rapport tres personnel : Dieu, Jesus, Marie, les anges ou n’importe quelle autre divinite lui parlent ? il entend leur voix ? ou lui apparaissent sous forme humaine. C’est le cas de sainte Therese d’Avila (1515-1582) et de ses visions, particulierement celle de 1560 ou elle rencontre un ange qui lui transperce le c? ur avec un dard en or (immortalisee par la statue de Bernin).

Hildegarde de Bingen (1098-1179), autre grande mystique visionnaire, est depuis l’enfance sujette a des visions cosmologiques : elle voyage dans les spheres celestes et assiste au concert des anges. Alors que dans le sentiment oceanique, le moi se dissout dans un grand tout cosmique, le moi du mystique visionnaire est au contraire surdimensionne. Il se sent un elu, un messie, Dieu l’a choisi et vient lui parler. Le mysticisme visionnaire a lui aussi donne lieu a de nombreuses interpretations, surtout de nature psychiatrique.

Lorsque l’on pretend avoir des visions, entendre des voix, que Dieu vous ordonne d’executer prieres, sacrifices et rites de mortification, comment ne pas songer aux delires des psychotiques ? Les psychiatres savent bien que la schizophrenie se manifeste parfois par des « delires mystiques ». Ainsi le cas de ce jeune homme de 20 ans retrouve nu sur l’autoroute au mois de janvier, qui declare aux pompiers venus le recuperer : « Dieu m’a confie la vie de tous les automobilistes qui circulent sur cette autoroute ; si vous ne me laissez pas finir ma ission, il y aura des morts (2). » Dans la litterature psychiatrique, le cas le plus celebre de delire religieux, qui depuis S. Freud a fait l’objet d’une avalanche d’etudes, est celui de Daniel Paul Schreber. Ce magistrat, president de la cour d’appel de Dresde, souffrait d’une forme de paranoia delirante, Dans Memoires d’un nevropathe, il raconte l’evolution de son trouble. Dans une premiere phase, il pense qu’on veut l’emasculer pour le transformer en femme. Puis son delire deviendra religieux : Dieu Lui-meme intervient dans sa vie par l’intermediaire de ses « nerfs ».

Il l’a elu, desire le posseder et veut s’accoupler avec lui. Certaines experiences mystiques pourraient aussi s’expliquer chez des sujets bien portants par des « etats de conscience alteree ». Les exercices spirituels que s’imposent les mystiques sont fondes sur des privations, mortifications, jeunes, isolements susceptibles de provoquer des hallucinations et des visions comparables a celles obtenues sous hallucinogenes. Depuis les annees 1960, une abondante litterature existe sur les liens entre transe, hallucinogenes et etat de conscience modifiee. Les religions de guerison

Dans la plupart des religions, les cultes comportent des composantes therapeutiques. Dans les societes traditionnelles, on va voir le chaman, ou « medecine man », pour soigner toute sorte de troubles (3). Dans les religions antiques, on faisait des sacrifices aux dieux dans l’espoir d’une guerison. Dans la plupart des grandes religions actuelles, on attend des prieres, pelerinages ou sacrifices qu’ils aident a la guerison. Certains cultes, comme l’antoinisme, implante en Belgique et en France depuis le debut du XXe siecle, sont specialises dans la guerison (6).

Aujourd’hui, on assiste a un renouveau de ces cultes, notamment avec le pentecotisme qui se repand aux Etats-Unis, en Amerique latine ou en Afrique (5). Aux Etats-Unis, les therapies alternatives et les medecines douces comporte une forte composante religieuse et mystique (6). La religion soigne-t-elle vraiment ? Les etudes sur son efficacite donnent des resultats controverses (voir l’encadre p. 56). Lorsque cela marche, les croyants pensent que le miracle a opere, les sceptiques invoquent des coincidences, l’effet placebo ou l’efficacite symbolique.

Les etudes sur les cultes de guerison montrent que les medecines spirituelles ne visent pas forcement a obtenir un benefice reel sur la sante. Leur succes tient surtout au soutien moral et social non negligeable qu’elles apportent au malade. Dans les pays ou les structures de soin sont defaillantes, on comprend que les pauvres se tournent vers les pretres-medecins qu’offrent les religions traditionnelles. Enfin, les liens entre la psychologie et les religions montrent, eux aussi, que la religion sert a vivre et non a mourir.