Poème Victor H

Poème Victor H

Dieu dictait, j’écrivais ; Car je suis paille au vent. Va ! Dit l’esprit. Je vais. Et, quand j’eus terminé ces pages, quand ce livre Se mit à palpiter, à respirer, à vivre, Une église des champs, que le lierre verdit, Dont la tour sonne heure ma dit . 2 4 Dont la tour sonne heure à mon néant, ma dit : Ton cantique est fini ; donne-le-moi, poète. – Je le réclame, a dit la forêt inquiète ; Et le doux pré fleuri ma dit : – Donne-le-moi. La mer, en le voyant frémir, ma dit : – Pourquoi Ne pas me le jeter, puisque c’est une voile ! – C’est à moi qu’appartient cet hymne, a dit l’étoile. Donne-le-nous, songeur, ont crié les grands vents. Et les oiseaux m’ont dit : – Vas-tu pas aux vivants Offrir ce livre, éclos si loin de leurs querelles ? Laisse-nous l’emporter dans nos nids sur nos ailes ! – Mais le vent n’aura point mon livre, ô cieux profonds ! Ni la sauvage mer, livrée aux noirs typhons, Ouvrant et refermant ses flots, âpres embûches ; Ni la verte forêt qu’emplit un bruit de ruches ; Ni l’église où le temps

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
fait tourner son compas ; Le pré ne l’aura pas, l’astre ne l’aura pas, L’oiseau ne l’aura pas, qu’il soit aigle ou colombe, Les nids ne l’auront pas ; je le donne à la tombe.

Autrefois, quand septembre en larmes revenait, Je partais, je quittais tout ce qui me connaît, Je m’évadais ; Paris s’effaçait ; rien, personne ! J’allais, je n’étais plus qu’une ombre qui frissonne, Je fuyais, seul, sans voir, sans penser, sans parler, Sachant bien que j’irais où je devais aller ; Hélas ! Je n’aurais pu même dire : Je souffre ! Et, comme subissant l’attraction d’un gouffre, Que le chemin fût beau, pluvieux, froid, mauvais, J’ignorais, je marchais devant moi, j’arrivais. souvenirs ! Ou forme or IF 14 froid, mauvais, Ô souvenirs ! Ou forme horrible des collines ! Et, pendant que la mère et la sueur, orphelines, Pleuraient dans la maison, je cherchais le lieu noir Avec l’avidité morne du désespoir Puis j’allais au champ triste à côté de l’église ; Tête nue, à pas lents, les cheveux dans la bise, l’Oiil aux cieux, j’approchais ; l’accablement soutient ; Les arbres murmuraient : C’est le père qui vient !

Les ronces écartaient leurs branches desséchées ; Je marchais à travers les humbles croix penchées, Disant je ne sais quels doux et funèbres mots , Et je m’agenouillais au milieu des rameaux Sur la pierre qu’on voit blanche dans la verdure. Pourquoi donc dormais-tu d’une façon si dure Que tu n’entendais pas lorsque je t’appelais ? Et les pêcheurs passaient en traînant leurs filets, Et disaient : Qu’est-ce donc que cet homme qui songe ? Et le Jour, et le soir, et l’ombre qui s’allonge, Et Vénus, qui pour moi jadis étincela, Tout avait disparu que j’étais encore là.

J’étais là, suppliant celui qui nous exauce ; J’adorais, je laissais tomber sur cette fosse, Hélas ! Où j’avais vu s’évanouir mes cieux, Tout mon cour goutte à goutte en pleurs silencieux ; j’effilais de la sauge et de la clématite ; Je me la rappelais quand elle était petite, Quand elle m’apportait des lys et des jasmins, Ou quand elle prenait ma plume dans ses mains, Gaie, et riant d’avoir de l’encre à ses doigts roses ; Je respirais les fil 4 4 plume dans ses mains, Je respirais les fleurs sur cette cendre écloses, Je fixais mon regard sur ces froids gazons verts,

Et par moments, ô Dieu, je voyais, à travers La pierre du tombeau, comme une lueur d’âme ! Oui, jadis, quand cette heure en deuil qui me réclame Tintait dans le ciel triste et dans mon cour saignant, Rien ne me retenait, et j’allais ; maintenant, Hélas -Ô fleuve ! Ou bois ! Vallons dont je fous l’hôte, Elle sait, n’est-ce pas ? Que ce n’est pas ma faute Si, depuis ces quatre ans, pauvre cour sans flambeau, Je ne suis pas allé prier sur son tombeau ! Ainsi, ce noir chemin que je faisais, ce marbre Que je contemplais, pâle, adossé contre un arbre, Ce tombeau sur lequel mes pieds pouvaient marcher,

La nuit, que je voyais lentement approcher, Ces ifs, ce crépuscule avec ce cimetière, Ces sanglots, qui du moins tombaient sur cette pierre, ô mon Dieu, tout cela, c’était donc du bonheur ! Dis, qu’as-tu fait pendant tout ce temps-là? Seigneur, qua-t-elle fait ? – Vois-tu la vie en vos demeures ? A quelle horloge d’ombre as-tu compté les heures ? As-tu sans bruit parfois poussé l’autre endormi ? Et t’es-tu, m’attendant, réveillée à demi ? Tes-tu, pâle, accoudée à l’obscure fenêtre De l’infini, cherchant dans l’ombre à reconnaître Un passant, à travers le noir cercueil mal joint,

Attentive, écoutant si tu n’entendais point Quelqu’un marcher vers toi dans l’éternité sombre ? 4 Et t’es-tu recouchée ainsi qu’un mât qui sombre, En disant : Qu’est-ce donc ? Mon père ne vient pas ! Avez-vous tous les deux parlé de moi tout bas ? Que de fois j’ai choisi, tout mouillés de rosée, Des lys dans mon jardin, des lys dans ma pensée ! Que de fois j’ai cueilli de l’aubépine en fleur ! Que de fois j’ai, là-bas, cherché la tour déhaler, Murmurant : ces demain que je pars ! Et, stupide, Je calculais le vent et la voile rapide, Puis ma main s’ouvrait triste, et je disais : Tout fuit !

Et le bouquet tombait, sinistre, dans la nuit ! Oh ! Que de fois, sentant qu’elle devait m’attendre, J’ai pris ce que j’avais dans le cour de plus tendre Pour en charger quelqu’un qui passerait par là ! Lézarde ouvrit les yeux quand Jésus l’appela ; Quand je lui parle, hélas ! Pourquoi les ferme-t-elle ? Où serait donc le mal quand de l’ombre mortelle L’amour violerait deux fois le noir secret, Et quand, ce qu’un dieu fit, un père le ferait ? Que ce livre, du moins, obscur message, arrive, Murmure, à ce silence, et, flot, à cette rive ! Qu’il y tombe, sanglot, soupir, larme démoda !

Qu’il entre en ce sépulcre où sont entrés un jour Le baiser, la jeunesse, et l’aube, et la rosée, Et le rire adoré de la fraîche épousée, Et la joie, et mon cour, qui n’est pas ressorti ! Qu’il soit le cri d’espoir qui n’ jamais menti, Le chant du deuil, la voix du île adieu q 6 4 Le chant du deuil, la voix du pâle adieu qui pleure, Le rêve dont on sent l’aile qui nous effleure ! Qu’elle dise : Quelqu’un est là ; j’entends du bruit ! Qu’il soit comme le pas de mon âme en sa nuit ! Ce livre, légion tournoyant et sans nombre D’oiseaux blancs dans l’aurore et d’oiseaux noirs dans l’ombre,

Ce vol de souvenirs fuyant à l’horizon, Cet essaim que je lâche au seuil de ma prison, Je vous le confie, air, souffles, nuée, espace ! Que ce fauve océan qui me parle à voix basse, Lui soit clément, l’épargne et le laisse passer ! Et que le vent ait soin de n’en rien disperser, Et jusqu’ froid caveau fidèlement apporte Ce don mystérieux de l’absent à la morte ! Ô Dieu ! Puisque effet, dans ces sombres feuillets, Dans ces strophes qu’au fond de vos cieux je cueillais, Dans ces chants murmurés comme un optimales Pendant que vous tourniez les pages de mon âme, Puisque j’ai, dans ce livre, enregistré mes jours,

Mes maux, mes deuils, mes cris dans les problèmes sourds, Mes amours, mes travaux, ma vie heure par heure ; Puisque vous ne voulez pas encore que je meure, Et qu’il faut bien pourtant que j’aille lui parler ; Puisque je sens le vent de l’infini souffler Sur ce ivre qu’emplit l’orage et le mystère Puisque j’ai versé là toutes vos ombres, terre, Humanité, douleur, dont je suis le passant ; Puisque de mon esprit, de mon cour, de mon sang, J’ai fait l’âcre parfum de ces versets funèbres, Va-t’ mon esprit, de mon cour, de mon sang, Va-t’en, livre, à l’azur, à travers les ténèbres !

Fuis vers la brume où tout à pas lents est conduit ! Oui, qu’il vole à la fosse, à la tombe, à la nuit, Comme une feuille d’arbre ou comme une âme d’homme ! Qu’il roule au gouffre où va tout ce que la voix nomme ! Qu’il tombe au plus profond du sépulcre hagard, A côté d’elle, ô mort ! Et que là, le regard, près de l’ange qui dort, lumineux et sublime, Le voie épanoui, sombre fleur de l’abîme ! O doux commencement d’azur qui me trompiez, ô bonheurs ! Je vous ai durement expiés ! J’ai le droit aujourd’hui d’être, quand la nuit tombe, un de ceux qui se font écouter de la tombe,

Et qui font, en parlant aux morts blêmes et seuls, Remuer lentement les plis noirs des linceuls, Et dont la parole, âpre ou tendre, émeut les pierres, Les grains dans les sillons, les ombres dans les bières, La vague et la nuée, et devient une voix De la nature, ainsi que la rumeur des bois. Car voilà, n’est-ce pas, tombeaux ? Bien des années, Que je marche au milieu des croix infortunées, Échevelé parmi les ifs et les cyprès, ‘âme au bord de la nuit, et m’approchant tout près, Et que je vais, courbé sur le cercueil austère, Questionnant le plomb, les clous, le ver de terre

Qui pour moi sort des yeux de la tête de mort, Le squelette qui rit, le squelette qui mord, Les mains aux doigts noueux, les crânes, les poussières, Et les os des g BU squelette qui mord, Et les os des genoux qui savent des prières ! Hélas ! J’ai fouillé tout. J’ai voulu voir le fond. Pourquoi le mal en nous avec le bien se fond, J’ai voulu le savoir. J’ai dit : Que faut-il croire ? J’ai creusé la lumière, et l’aurore, et la gloire, L’enfant joyeux, la vierge et sa chaste frayer, Et l’amour, et la vie, et l’âme, – fossoyeur. Qu’ai-je appris ? J’ai, pensif , tout saisi sans rien prendre ;

J’ai vu beaucoup de nuit et fait beaucoup de cendre. Qui sommes-nous ? Que veut dire ce mot : Toujours ? J’ai tout enseveli, songes, espoirs, amours, Dans la fosse que j’ai creusée en ma poitrine. Qui donc a la science ? Où donc est la doctrine ? Oh ! Que ne suis-je encore le rêveur d’autrefois, Qui s’égarait dans l’herbe, et les prés, et les bois, Qui marchait souriant, le soir, quand le ciel brille, Tenant la main petite et blanche de sa fille, Et qui, joyeux, laissant luire le firmament, Laissant l’enfant parler, se sentait lentement Emplir de cet azur et de cette innocence ! Entre Dieu qui flamboie et l’ange qui l’encense,

J’ai vécu, j’ai lutté, sans crainte, sans remords. Puis ma porte soudain s’ouvrit devant la mort, Cette visite brusque et terrible de l’ombre. Tu passes en laissant le vide et le décembre, Ô spectre ! Tu saisis mon ange et tu frappais. Un tombeau fut dès lors le but de tous mes pas. Je ne puis plus reprendre ans la plaine le but de tous mes pas. Je ne puis plus reprendre aujourd’hui dans la plaine Mon sentier d’autrefois qui descend vers la sein ; Je ne puis plus aller où j’allais ; je ne puis, Pareil à la laveuse assise au bord du puits, Que m’accouder au mur de l’éternel abîme ; paris m’est éclipsé par l’énorme solide ;

La haute Notre-Dame à présent, qui me luit, C’est l’ombre ayant deux tours, le silence et la nuit, Et laissant des éclater trouer ses fatals voiles ; Et je vois sur mon front un panthéon d’étoiles ; Si j’appelle Rouen, vieillerie, échaudée, Toute l’ombre me crie : robe, céderons, balance ! Et, si je pars, m’arrête à la première lieue, Et me dit: Tourne-toi vers l’immensité bleue ! Et me dit : Les chemins où tu marchais sont clos. Penche-toi sur les nuits, sur les vents, sur les flots ! A quoi penses-tu donc ? Que fais-tu, solitaire ? Crois-tu donc sous tes pieds avoir encore la terre ?