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PHILOSOPHIE EPREUVE COMMUNE : ECRIT Christophe Alsaleh ; Bruno Ambroise ; Jean-Pascal Anfray ; rio Ansaldi ; Aude Bandini ; Christophe Beal ; Aliénor Bertrand ; Magali Bessone ; François Calori ; Nathalie Cleret ; Claire Crignon-De Oliveira ; Christine Daluz ; Gaëtan Demulier ; Dimitri El Murr ; Michael Foessel ; Nicole Gengoux ; Ninon Grangé ; Sophie Guerard de Latour ; Antoine Hatzenberger ; Bérangère Hurand-Lemenager ; David Larre ; Catherine Larr Stéphane Madelrieux Nicco-Kerinvel ; Laurent Perreau ; Nic Radica ; Olivier Rema 9 S. . p page Mazauric ; Cécile on ; Gabrielle Anne-Lise Rey ; Camille Riquier ; Jean-Marc Rohrbasser ; Maxime Rovere ; Philippe Sabot ; Pascal Severac ; Guillaume Sibertin-Blanc ; Mathieu Triclot , Lorenzo Vinciguerra Coefficient : 3 Durée : 6 heures SUJET : « Pourquoi punir ? » Cette année a été particulière pour l’épreuve commune de philosophie à l’écrit, qui est entrée dans la BEL (banque d’épreuves littéraires qui regroupe des écrits des candidats préparant l’ENS LSH et l’ENS-lJIm).

Une première conséquence concerne la taille du jury, qui comprend désormais 40 correcteurs, lesquels ont vu leur nombre de copies à corriger elevant de l’ENS LSH et de l’ENS-lJlm étaient toujours représentés,

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qu’il s’agisse de la responsabilité de l’épreuve et du choix du sujet, du jury dans son ensemble ou enfin des sousgroupes de correction qui ont préparé et facilité le travail d’harmonlsation. Au demeurant, c’est sans surprise que les correcteurs issus de l’ancien jury de l’ENS-Ulm et de celui de l’ENS LSH, ainsi que les membres nouvellement arrivés, convergent dans leurs remarques.

Tous insistent sur les mêmes qualités principales attendues dans une copie : capacité de conceptualisation et d’analyse critique du sujet en vue de la ormulation d’une problématique ; capacité d’organiser sa pensée et d’argumenter aux différents moments de la progression ; capacité à savoir illustrer son discours dans tout le cours du devoir avec pertinence et à non seulement citer, mais exploiter ses références et diverses connaissances en vue d’un traitement du sujet précis.

Toutes ces qualités ne contribuent à un travail réussi, enfin, que si leur mise en œuvre épouse la spécificité du sujet, au lieu d’être effectuée de façon mécanique et aveugle. Les conditions de l’épreuve changeaient également : les préparationnaires des deux oncours ont composé leur dissertation sur un sujet dont ils savaient dès le début de Vannée qu’il relèverait de l’un des deux domaines suivants : « la science » d’une part, « la politique, le droit de l’autre, domaines de réflexion, et non pas programmes qui renverraient à un corpus ou à des connaissances déterminées.

L’apprentissage de différentes notions et questions propres à chacun de ces domaines est donc censé avoir été fait pendant l’an 2g est donc censé avoir été fait pendant l’année. Face aux craintes concernant la possibilité d’un sujet que l’on ne saurait classer lairement dans un domaine ni dans l’autre, « Pourquoi punir ? » ne laissait aucun doute sur l’identité du domaine concerné, et très rarement ce rattachement a-t-il posé problème aux candidats.

Certaines des tres mauvaises notes s’expliquent en revanche par l’absence manifeste de toute réflexion ou de tout apprentissage préalable sur le domaine, tandis que les candidats familiarisés avec les questionnements essentiels du droit et de la politique, avec les auteurs de ce domaine, ou encore ceux qui disposaient de quelques connaissances fondamentales et précises de certaines institutions et de leur sens, menaient leur ?preuve avec des ressources fort utiles.

En revanche, on peut regretter que, Passignation du sujet « Pourquoi punir ? » au domaine du droit et de la politique une fois bien effectuée, les candidats soient souvent restés trop timides à l’égard des aspects moral et pédagogique du sujet, ou bien qu’ils n’aient que rarement évoqué les possibles approches littéraire, sociologique, religieuse, ou psychanalytique de la punition.

De telles ouvertures, précisément menées, auraient permis de ne pas se limiter aux exemples caricaturaux du bonnet d’âne et de la privation de dessert, mblèmes naïfs et lassants de la punition, qui empêchent de la penser plus qu’ils n’y aident, puisque rien en général n’est dit de ces méthodes punitives, par exemple, de leurs effets la jalousie et à la peur.

Sans que l’on approuve l’excès inverse qui consisterait par exemple à se contenter d’un traitement littéraire du sujet, il a été apprécié que les candidats fassent montre de finesse dans révocation de ce qui ne relevait pas strictement du droit et de la politique, en rappelant par exemple le plaisir déconcertant que Rousseau découvre dans les fessées de Mademoiselle

Lambercier et son envie conséquente de se faire à nouveau « punir ; en citant les analyses freudiennes sur le sentiment de culpabilité, qui permettent de réfléchir sur les phénomènes d’auto-punition, et de mettre en question sous un angle original les prétentions à faire de la punition un moyen d’édification morale ; ou encore, en utilisant l’analyse bergsonienne du rire comme châtiment symbolique sanctionnant les « distractions » ou « inattentions » qui signifient une déviance par rapport à la conformité sociale, pour introduire ridée de pratiques punitives qui seraient incorporées dans rimmanence des onduites psycho-sociales, et donc largement inconscientes, assurant la régulation des « sociétés closes Le sujet ne laissait aucun candidat ayant bien préparé l’épreuve ? court de concepts ni de références qui puissent l’aider : soit qu’il connaisse des textes directement utiles et pertinents comme Des délits et des peines de Beccaria, Surveiller et punir de Foucault (deux œuvres citées assez fréquemment), ou plus rarement le texte de Hegel qui se rapporte à la question dans les Principes de la philosophie du droit, ou celui de Platon dans le Gorgias etc. soit qu’il utilise intelligem lématiques canoniques 2g intelligemment des problématiques canoniques ou des textes de philosophie politique moins spécifiques (la République, le Contrat social, le Prince), il pouvait produire une réflexion philosophique satisfaisante sur le sujet. Pour ce qui concerne la seconde hypothèse — à savoir, que le candidat maîtrise divers concepts et problèmes de la philosophie politique et juridique celui qui avait eu l’occasion de réfléchir et travailler sur le pouvoir, sur les fondements du lien politique, sur la loi, sur l’obéissance et la résistance, ou sur les garanties et les contraintes juridiques, celui qui comprenait ‘intention fondatrice de l’utilitarisme, du contractualisme ou encore du libéralisme, ne se voyait ni plus ni moins démuni que celui qui avait eu la « chance » d’aborder la punition explicitement durant sa préparation.

C’est bien sûr avec cette précaution de lecture que les correcteurs ont évalué les copies, préférant une copie utilisant intelligemment la définition de la justice faite par Glaucon dans la République, comme comportement obtenu par crainte de la punition, à une référence vague à Beccaria, préférant aussi une compréhension indirecte de la punition et de es modalités à partir d’une définition du contrat social, à un plan connu par cœur et récité. Comme dans toute épreuve à domaine déterminé, la maîtrise d’un matériau conceptuel pertinent, quel qu’il soit, pouvait être légitimement attendue, mais non la maîtrise de tel ou tel matériau précis. La préparation sérieuse de l’épreuve a enrichi certaines copies de s g système pénal (par exemple les anciens systèmes barbares de compensation des crimes), ou d’arguments intéressants, comme l’évocation du droit de punir attribué à tout homme à l’état de nature par Locke.

Et si de rares opies obtiennent malgré tout une note honorable sans manifester cet apprentissage, elles ne sont pas représentatives et présentent du moins une maîtrise de l’exercice et une capacité de réflexion philosophique plus générales. Le sujet en outre donnait une chance aux différents spécialistes de réussir, l’histoire, la littérature, la mythologie grecque et latine, les pièces de théâtre étant particulièrement bienvenues pour traiter de la punition : Antigone a été fort utilisée ; assez fréquemment également est apparue la mention des Derniers jours d’un condamné ou des œuvres de Kafka ; certains candidats réfléchissent à la nature du « Diktat » pesant sur les Allemands au lendemain de la première guerre mondiale, etc„ et tout cela était bienvenu.

La moyenne des notes des 3840 copies corrigées se situe à 6,39, ce qui est faible ; seulement un sixième des copies obtient la moyenne, tandis qu’un autre sixième reçoit de très basses notes (de 0 à 3). On déplore donc la présence de trop de copies sans contenu philosophique, n’effectuant pas un travail d’analyse conceptuelle, témoignant d’une préparation insuffisante à l’épreuve, voire d’une ignorance de la différence entre philosophie t opinion. Pour ce qui concerne les copies plus moyennes, la langue et la présence de matériaux ne sont pas tant à mettre en cause que l’absence de réflexion sur le suiet, et ce 6 g parfois même pour des copies aux notes correctes. Les bonnes et très bonnes copies ont été rares.

Pour éviter les plus basses notes, deux conditions étaient necessaires : la mesure préalable de l’importance et de la spécificité du sujet, et l’élaboration d’une véritable problématique indispensable à son traitement, deux choses sur lesquelles il convient de s’arrêter, avant de rappeler quelques éléments complémentaires, éthodologiques, puis conceptuels, et enfin, de décrire le contenu d’une copie remarquee. Tout d’abord « Pourquoi punir ? » n’est pas un sujet léger. Il a pourtant souvent été traité à la légère. La philosophie politique et juridique traite la plupart du temps de la vie, de la liberté et des biens des personnes ; le bonheur et la société humaine, la dignité et la justice sont fréquemment concernés. On attend de ce fait de la part des candidats qu’ils produisent des propos dont ils peuvent assumer le contenu, et aux conséquences pratiques desquels ils réfléchissent.

Pour autant, personne n’attend que soit adopté un ton tragique ou larmoyant. Mais l’importance morale du sujet « Pourquoi punir ? la difficile nécessité par exemple qu’il y a de tenir compte à la fois du point de vue des victimes, des coupables et inculpés, et de la société, doivent être reconnues dans un traitement philosophique -fût-ce pour disqualifier les points de vue particuliers et passionnés comme trompeurs, si l’on choisit par exemple de suivre Spinoza et de se méfier de la partialité des affects de pitié ou de sympathie ; fût-ce pour re rspective morale sur le condition de justifier un tel parti. Aussi, aucune thèse déterminée n’était-elle attendue.

Il est au demeurant notable que de nombreux philosophes « classiques » ont proposé des positions paradoxales sur la peine, choquant aisément le sens commun ou ce que l’on pourrait prendre pour un sens moral ordinaire : Nietzsche décrivant le plaisir et la fête de la cruauté, Rousseau affirmant qu’on « forcera » celui qui désobéit « d’être libre Spinoza traitant de façon utilitariste des peines, Beccaria lui-même choisissant pour des motifs conséquentialistes la réclusion à perpétuité plutôt que la peine de mort, tous ces auteurs nous laissent des uestionnements plus que des réponses toutes prêtes ou aisées à manipuler. Et si leurs positions sont philosophiques, c’est seulement parce qu’elles sont argumentées et propices à la discussion, et non parce qu’elles seraient bonnes ou mauvaises avant d’être fondées. Elles ne sauraient de ce fait jouer le rôle d’autorités derrière lesquelles s’abriter paresseusement et leurs démonstrations elles-mêmes méritent d’être non seulement restituées, mais éprouvées.

Ainsi, quand de telles positions sont reprises par des candidats, on attend qu’ils les fondent en tenant compte d’éléments concrets t si possible actualisés de la punition, comme la douleur et l’entrave physiques, mais aussi l’entrave virtuelle des bracelets électroniques par exemple, les sentiments de honte, d’injustice, d’absurdité, de perte d’intimité que connaissent les prisonniers, etc. Si l’on veut défendre la peine de mort nombreux des auteurs toujours le faire, mais citer les arguments contractualistes de Rousseau ou les arguments utilitaristes de Spinoza peut-il suffire ? Ne doit-on pas également considérer ? nouveaux frais la difficulté de prouver la culpabilité, ou l’existence incongrue de ce supplice légal ans une civilisation que nous prenons comme point de référence, et son écart avec le système actuel des peines ?

Enfin, la préférence utilitariste donnée par Beccaria ? l’incarcération à perpétuité, supposée effrayer plus le public que la peine de mort qui ne lui évoque qu’un bref supplice, cette préférence ne peut être reprise que si l’on accepte la psychologie sous-jacente de l’auteur. Bref, le sujet contraignait à peser tout particulièrement ses affirmations, à être rationnel mais aussi raisonnable, et interdisait plus que jamais d’adopter une position simplement parce u’elle fournit une partie. Au lieu de cela, un nombre inquiétant de copies se termine ou commence par un éloge insouciant de la punition, un constat résigné sur la nécessité de la répression, l’impératif de maintenir la sécurité, assimilant trop souvent, au lieu de les distinguer, punition et répression, quand ce ne sont pas tout simplement la justice et la sécurité qui sont confondues.

La position de Hegel a été de cette sorte rendue très peu convaincante pour n’avoir trop souvent été reprise que comme un résultat abstrait, coupé de l’argumentation qui la fonde, et l’auteur s’est u devenir le garant de la « bonne » universalité de la punition contre la « mauvaise » particularité du crime et du criminel sans que l’opposition de l’universel et du particulier du particulier apparaisse comme autre chose que comme un jugement de valeur infondé, sans non plus que l’on puisse comprendre le moins du monde en quoi une punition fait, selon une formule inlassablement répétée, « accéder à l’universel Or comment pouvait-on éviter une telle légèreté ? a réponse est claire : en réfléchissant philosophiquement à son objet et aux conséquences de ses dires, en faisant ontre d’un sens critique à l’égard de la réalité de la peine que la préparation littéraire doit aiguiser et non anesthésier, et en convoquant par ses exemples et sa culture de plus nombreux pans de l’expérience de la peine (cf. infra sur les exemples). Une fois cette compréhension globale de l’enjeu du sujet « Pourquoi punir ? » acquise, il fallait encore identifier le sujet et ne pas le confondre avec un autre (notamment « Comment punir ? qui méritait, non pas dy être substitué, mais éventuellement d’y être articulé).

Les candidats n’ont quasiment jamais relevé ni exploité la formulation nfinitive punir du sujet, et une copie très bien notée remarque justement que cette formulation impersonnelle de la question indique que l’origine de l’acte de punir, l’identité de l’instance qui punit sont peutêtre indéchiffrables. ‘analyse du « Pourquoi ? » a été souvent décevante et menée de façon mécanique trop rares ont été ceux qui ont vu que ce « Pourquoi punir ? » recouvrait également un « À quoi bon punir ? et invitait à questionner entre autres les impasses d’une punition qui comporte des fins incompatibles (socialiser et exclure par exemple), ou dont les moyens sont 0 9