pharmacod pendance en population g n rale

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La dépendance aux médicaments psychotropes en population générale Essai de typologie Philippe e Moigne Sociologue Chargé de Recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) Chercheur au Centre de Recherche Médecine, Santé, Santé Mentale et société (CERMES3) Ily a quelques année d’interviewer des con (d’anxiolytiques, dhy particulièrement des dont le recours est s é m p g avec mon équipe ments psychotropes presseurs), et plus cours, c’est-à-dire pouvait s’étendre sur plus de 20 ans.

Ces consommateurs ont été sélectionnés n population générale, à partir des indications fournis par leurs médecins traitants, en l’occurrence, tous des médecins généralistes (1). Le propos de cet article est de considérer, qu’au- delà de la chronicité de ces usages, se trouvent mêlés des univers assez différents s’agissant 1) des manières de concevoir son identité, 2) de considérer les problèmes vécus et d’en définir les causes, 3) et du rapport entretenu à l’égard des médicaments.

Au terme de quoi, il devient possible d’observer que la chronicité engage des formes de pharmacodépendance différentes par leur ature et leur degré (2). Les recours conjoncturels et le spectre de la dépendance plus de des recours prescrits aux 10 millions de Français qui consomment chaque année ces médicaments.

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Ils sont conjoncturels, précisément, parce que les problèmes qui leur sont liés sont eux-mêmes conjoncturels : difficultés passagères au travail, crise conjugale, le cas échéant, un deuil, etc.

La plupart des recours demeurent conjoncturels également parce que l’image des médicaments psychotropes demeure associée à l’induction possible d’une dépendance. De sorte qu’une partie importante es recours reste inférieure aux recommandations qui encadrent la prescription : ainsi, des recours aux antidépresseurs sont inférieurs à 6 mois. Ici, l’identité personnelle et le problème à surmonter sont clairement distingués du médicament, au point même de paraître s’opposer comme dans le cas où la thérapeutique prescrite n’est pas consommée. Alors comment le recours peut-il devenir chronique ?

Trois cas de figure peuvent être distingués ici (voir figure 1). Les recours circonstanciels : la clause externe Ces consommateurs se recrutent le plus souvent parmi les ersonnes âgées de 40 à 50 ans, et parmi les populations d’employés, bien qu’il n’y ait pas lieu de généraliser. Le recours est structuré par une clause dite « relationnelle » ou « sociale », c’est-à-dire par la situation familiale ou la condition de vie de l’usager : comme tout à l’heure, il peut s’agir d’un divorce, d’une séparation, d’un conflit au travail, d’une situation de chômage, etc.

Sauf qu’ici le problème ou le conflit vécu est devenu structurel ou durable, même si une solution reste envisageable en probabilité. Dans la mesure où la médecin 2 durable, même SI une solution reste envisageable en robabilité. Dans la mesure où la médecine n’a pas prise sur ces circonstances, mais qu’elle en reconnaît la légitimité, la durée de la consommation s’élève souvent à plusieurs années. Figure 1 : L’organisation de l’ex érience thérapeutique (au reeard du sentiment d’ et de la proximité au 3 nécessité thérapeutique.

Ils doivent faire face et le médicament contribue, au quotidien, au maintien d’un bien-être minimal face ? la maladie ou à l’isolement. Autrement dit, la chronicité, qui peut impliquer ici plus de vingt ans d’usage, est tolérée, y compris par les prescripteurs, ans la mesure où aucune perspective d’amélioration ne peut être escomptée. C’est particulièrement vrai du traitement de l’insomnie chronique. Dans ce cas, la légitimité du recours est souvent bâtie sur deux arguments : la nécessité impérieuse de dormir, et la « nature » du patient.

Ces usagers au long cours se disent en effet porteur d’une disposition personnelle à l’insomnie, le cas échéant, d’une « personnalité anxieuse ». Dans la mesure où ce trait est dit structurel, la prescription s’engage à devenir chronique. Il ne s’agit donc pas de maintenir une identité face ? n environnement problématique, il s’agit plutôt de « faire avec son identité » ou « avec sa maladie », faute de mieux. La proximité aux médicaments est plus grande ici. D’ailleurs, les tentatives d’abstinence, notamment à l’égard des hypnotiques sont révélatrices : elles empêchent ces patients de dormir.

Pour eux, c’est une preuve qu’ils sont bien de nature insomniaque. Autrement dit, la thérapeutique devient d’autant plus nécessaire qu’elle conforte le symptôme que les usagers s’attribuent et les explications qu’ils cherchent à en donner. Néanmoins, on ne peut ?voquer ici l’idée d’un surinvestissement thérapeutique dans la mesure où, le plus souvent, aucune amélioration n’est Visée ? terme : il s’agit de soulager une difficulté chronique qu’aucune moléc 4 amélioration n’est visée à terme : il s’agit de soulager une difficulté chronique qu’aucune molécule ne saurait guérir.

L? encore, trouble et thérapeutique sont distingués, même si le sens qui leur est accordé fait en sorte qu’ils se renforcent mutuellement. Le recours identitaire : le médicament comme problème personnel Dans le dernier cas, l’usage des médicaments se confond ittéralement avec un problème personnel, si bien qu’il est possible de parler ici d’un « recours identitaire ». Ces patients sont plus jeunes, soit âgés de 40 ans en moyenne, et se recrutent généralement parmi les classes moyennes, notamment parmi les enseignants et les travailleurs sociaux, bien qu’il n’y ait pas lieu de généraliser là encore.

La prescription est organisée par les antidépresseurs, généralement associés à des anxiolytiques et des hypnotiques. Le symptôme est défini dans les termes de la dépression, ou de la dépressivité. Toutefois, dans ce as, la légitimité du mal-être ne peut se prévaloir d’une cause événementielle ou organique, pas plus elle ne peut être rapportée à un penchant naturel. Pourquoi ? Parce que les usagers de ce type font part d’un rapport à soi dominé par l’attente d’autonomie et par la responsabilité personnelle, voire par ce que Danilo Martucelli désigne comme une responsabilisation à outrance (3).

Leur vision de l’individu est dynamique et, plus qu’ailleurs, autocentrée. Dans la mesure ou l’identité doit ici être produite et non assignée par autrui, toute difficulté tend à être lue comme le symptôme d’une incapacité ersonnelle, ayant pour conséquence une dévalorisation de soi. Les facteu S incapacité personnelle, ayant pour conséquence une dévalorisation de soi. Les facteurs contextuels sont minorés et la situation est d’abord vécue comme personnelle La trajectoire de consommation de ces usagers ajoute de fait ? ce sentiment.

En effet, comme l’a montré Claudie Haxaire, après quelques mois de traitement, certains prescripteurs finissent par douter de la réalité de la plainte et par l’attribuer à l’insuffisance du patient (4). Mais cette dévalorisation est également entretenue par l’usage des médicaments. En effet, cet usage n’acquiert Jamais tout à fait ici la valeur d’une nécessité : le recours à la chimie apporte un effet stabilisateur, mais c’est l’abandon de toute thérapeutique qui incarne l’idéal de ces usagers.

Autrement dit, le renoncement à toute ordonnance marquerait la restauration de leur capacité d’autonomie et d’initiative. Comme ra souligné, Diana North, à propos de groupes d’auto support oeuvrant dans le domaine de la dépendance aux benzodiazépines, le rapport aux médicaments psychotropes tend à devenir proprement chronique et problématique lorsque le médicament lui-même ait partie intégrante des problèmes que le patient cherche à résoudre (5). Pour ces usagers, la chronicité, qui se mesure souvent à plus de 10 ans d’usage, résonne donc directement comme un désaveu personnel.

Qu’en est-il précisément ici de ce rapport aux médicaments ? Devant l’absence d’amélioration, ces patients ont tendance, dans un premier temps, à mettre en cause le produit. Mais, l’adoption d’un nouveau médicament ou dune nouvelle combinaison de produits ne donne pas toujours les résultats escomptés. médicament ou d’une nouvelle combinaison de produits ne donne pas toujours les résultats escomptés. Cette absence d’amélioration renvoie le patient à lui-même.

En effet, ces consommateurs considèrent souvent que l’efficacité de la thérapeutique est variable, et que cette variabilité dépend d’abord d’un facteur personnel. Autrement dit, si le nouveau traitement a échoué, c’est là encore parce qu’il n’était pas adapté à leur individualité. Cest pourquoi l’investissement dans le produit atteint chez ces patients un point culminant : ils sont à l’affût de toute nouveauté thérapeutique, et vont parfois jusqu’à construire des schémas d’usage complexes où les variations du dosage et es circonstances de la prise sont pensées dans leurs moindres détails. n enseignant avait par exemple inscrit le moment de ses prises et leur dosage sur un feuille d’emploi du temps qu’il avait collé sur son réfrigérateur, l’idée étant de faire coïncider au mieux ses prises et ses dosages avec ses horaires de cours, ridée étant également de tester des variations de posologie en notant leurs effets chaque matin et chaque soir durant une période donnée, comme dans une expérimentation. Rarement, la relation aux produits n’est donc marquée plus qu’ici par une tension.

Le recours paraît à la fois « stabiliser » es patients et induire un nouveau mal-être. Pour autant; ces patients ont peu à voir avec les injecteurs d’opiacés qui recourent aux benzodiazépines, comme adjuvants ou pour soulager leur douleur. Néanmoins, certaines similitudes sont flagrantes avec de nombreuses toxicomanies. Ici également, le produit devient définitoire flagrantes avec de nombreuses toxicomanies. Ici également, le produit devient définitoire du sujet.

Autrement dit, bon gré, mal gré, le médicament finit par être placé au centre du quotidien et de la définition identitaire de la personne. Il agit à la fois comme ne ressource mais également comme le problème à résoudre, d’abord et surtout aux yeux mêmes de l’usager. C’est bien en ce sens qu’on peut parler de pharmacodépendance. (1) Le Moigne P. La dépendance aux médicaments psychotropes . de la psychopharmacologie aux usages. Drogues, Santé et société, 2008 : 55-88. 2) Le Moigne P. Le phénomène de pharmacodépendance en population générale. In. Expertise Collective INSERM, Médicaments psychotropes. Mésusage et pharmacodépendance. Paris : Editions INSERM, 2012, pp. 133-147. (3) Martucelli D. Figures de la domination. Revue Française de sociologie, 2004 ; 45 : 46907. 4) Haxaire C. Mise en récit de la souffrance de patients par des médecins généralistes de Bretagne Occidentale. Paris : Cesames, 2005. (5) North Dr, Davis P. Powell A. Patients responses to benzodiazepines medication: a rypology of adaptive repertoires developed by Long-term users. Sociology of Health and Illness, 1995 ; 17 : 632-650. Coordonnées professionnelles Philippe Le Moigne, CERMES3, 45 rue des Saints Pères – F 75006 paris Philippe. [email protected] sorbonne. fr Coordonnées personnelles : Philippe Le Moigne, 23 bis quai de Seine (33)2. 35. 18. 07. 48 Philippe. [email protected] fr 8 – F. 27310 caurnont