Peut-on reproduire une oeuvre dart ?

Peut-on reproduire une oeuvre dart ?

Peralta Vendredi, 6 fevrier 2009 Maxime HK2 Dissertation de Philosophie Sujet : Peut-on reproduire une ‘ uvre d’art ? Le terme art designe aussi bien la technique, le savoir-faire, que la creation artistique, la recherche du beau. S’ajoutant ou se substituant a la nature, il peut aussi prendre le sens quelquefois pejoratif d’artifice. En tant que pratique, il est le fait de l’artisan, celui qui maitrise un art dans le sens premier, ou a l’artiste, qu’un talent ou un genie particuliers rendent aptes a creer la beaute.

Cependant, on ne peut dire que l’un des deux suffise a creer les Beaux-arts, un rapport existe entre l’artisan et l’artiste. Mais la creation n’est pas simplement expression d’une maitrise : en effet l’art est une technique, un savoir-faire, ainsi que l’acquisition d’une habilete. Il s’oppose aussi bien a la science, qui est un savoir theoretique, qu’a la pratique aveugle ou la routine. L’usage confond le plus souvent l’’ uvre et le produit – industriel ou artisanal ‘ c’est-a-dire tout resultat sensible du travail et de la technique humains.

Toutefois, l’’ uvre, au sens strict est une construction symbolique qui porte la marque de l’esprit et qui temoigne de son inscription historique dans la matiere : car la conscience, selon

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Hegel, se revele a elle-meme dans ses ‘ uvres sensibles. Mais certaines ‘ uvres sont au plus haut point les « manifestations sensibles de l’Idee », car en elles, forme et matiere ne sont plus dissociables : ce sont les ‘ uvres d’art. A cet egard, nous pouvons nous poser la question suivante : peut-on reproduire une ‘ uvre d’art ?

La reproduction suppose l’action de representer fidelement quelque chose pour aboutir a une copie qui est le resultat de cette action. Peut-on envisager une telle action au niveau d’une ‘ uvre d’art ? De plus, nous pouvons nous demander si cette eventuelle reproduction change la perception des ‘ uvres d’art, ou refute l’essence meme de l’art. Apres avoir montre qu’une ‘ uvre d’art, de par son essence, peut etre reproduite, nous nous interesserons aux limites d’une telle reproduction, avant d’aborder le role decisif de la perception par les hommes d’une eventuelle reproduction.

Le principe de l’’ uvre d’art est qu’il aura toujours ete reproductible : l’apprentissage artistique s’accompagne souvent de reproductions d’une ‘ uvre qui prend ainsi le role d’un modele pour d’autres ‘ uvres. Les logiques de diffusion ont de la meme facon contribue a ce phenomene de reproductibilite. Les jeunes peintres prennent pour modele (c’est-a-dire une unite de mesure conventionnelle adoptee pour regler les multiples proportions d’un ensemble) un peintre, une ‘ uvre deja existante et le premier de leur travail consiste generalement a redessiner, recopier, reproduire une telle ‘ uvre.

Dans la Poetique, Aristote decrit ce phenomene : il affirme que des le plus jeune age, les hommes trouvent du plaisir a imiter ; il soutient aussi que l’homme se differencie des animaux par le fait qu’il est enclin a imiter. En effet, l’art presente deux grandes dimensions dont la premiere est sans doute la technique. Ce savoir-faire necessite l’apprentissage de regles et de procedes : l’art en effet est mimesis, l’’ uvre peut etre reproduite par le procede de l’imagination.

Dans l’Antiquite grecque par exemple, la reproduction fidele d’un modele preexistant est monnaie courante et meme privilegiee : il est aise de reproduire car l’homme veut imiter la nature. L’art est donc technique ; et l’evolution de cette technique au fil des siecles facilite grandement la reproduction des ‘ uvres d’art : il existe en effet des moyens de reproductions de plus en plus grands. L’invention de l’imprimerie a permis la reproduction technique de l’ecriture ; la Bible notamment s’est vue reproduite tres rapidement en masse suite a l’invention des caracteres imprimes.

L’essor de la photographie permet egalement une fidelite totale par rapport a l’’ uvre originale. Walter Benjamin, dans son texte L »’uvre d’art a l’epoque de sa reproductibilite technique developpe ces themes : pour lui, l’Art est par nature reproductible. Et cette constatation l’amene a reflechir sur le role et la place que les moyens de reproduction occupent dans le champ artistique : pour lui, les techniques de reproduction modifient meme la reception des ‘ uvres passees : selon lui, ces nouvelles techniques s’imposent forcement comme des nouvelles formes d’art.

Il affirme notamment qu’ « en 1900, la reproduction technique avait atteint un niveau ou elle etait desormais en mesure de s’appliquer a toutes les ‘ uvres d’art du passe, mais aussi de s’affirmer parmi les procedes artistiques ». L’art a donc une dimension technique non negligeable qui se caracterise par l’utilisation de regles, de procedes, qui sont techniquement reproductibles et dont la perception permet a ces ‘ uvres reproduites d’acquerir une place propre dans le champ artistique. Cependant, l’art ne se resume pas a sa simple dimension technique.

La dimension artistique a proprement parler est caracterisee par l’originalite, la singularite, l’unicite, et cette dimension ne peut etre apprise comme on apprend une technique. C’est cette dimension de l’art qui est a l’origine de la creation artistique et qui fait intervenir le genie. En ce sens, la reproduction d’une ‘ uvre bouscule, voire remet en cause, la notion d’art. Platon evoque en effet la notion de « genie artistique », c’est-a-dire un don qui fait que certains sont inegalables. Pour lui, le genie a un talent inne, celui de la creation.

Tous ceux qui reproduisent une ‘ uvre n’ont pas de talent inne et n’ont donc pas le pouvoir de la creation artistique. Pour Platon, le genie est un pouvoir donne a certains privilegies par les dieux. En cela, il distingue les artistes des artisans. L’art n’a pas de fin pratique, comme pourrait l’avoir la production industrielle : son but n’est pas de produire massivement un grand nombre d’’ uvres identiques ; mais l’’ uvre d’art se caracterise par la singularite de l’objet, la singularite des techniques employees, et la subjectivite de l’artiste.

Bergson defend notamment cette these dans son texte L’evolution creatrice, ou il affirme que l’art vrai vise a rendre l’individualite du modele. Benjamin Walter affirme en effet qu’il manquera meme a la plus parfaite des reproductions ce qu’il appelle le hinc et hunc d’une ‘ uvre d’art, c’est-a-dire l’unicite de son existence au lieu ou elle se trouve, en quelque sorte le travail de l’histoire. Chaque ‘ uvre a en effet ete creee a un moment precis, a un lieu precis, et dans un etat d’esprit precis, et c’est cela qui forme son authenticite.

Reproduire une ‘ uvre d’art, c’est donc bien faire perdre a l’art son autonomie originelle : son aura propre se perd. Dans la Critique de la faculte de juger, Kant affirme que la creation artistique est la seule production du genie, et c’est la raison pour laquelle l’art se distingue de la nature, de la science, et du travail. L’art qui vise la creation du beau s’affranchit de l’utile. La modernite a libere les beaux-arts de telles contraintes, l’esthetique kantienne insistant a la fois sur la liberte de l’artiste et sur l’impossibilite d’expliquer la beaute par la correspondance avec une finalite.

La beaute offre une impression de completude, de totalite, sans qu’une idee puisse justifier ce sentiment. L’artiste susceptible de produire cette beaute possede le genie: selon Kant, le genie est plus que le simple talent, il est ce qui donne des regles a l’art, ce qui cree des formes susceptibles d’etre imitees, sans se referer par principe a quelque chose de deja existant. Une ‘ uvre d’art correspondant de maniere perceptible a un modele, faite visiblement selon des regles laborieusement appliquees, est pour Kant uniquement academique et pourra susciter de l’agrement, sans plus.

Il affirme notamment que « la beaute n’est en aucun cas la realisation d’un modele preexistant. » Le genie ne peut en effet pas etre separe de ce qui fait son essence, c’est-a-dire son originalite. La perte de l’aura artistique par la reproduction entraine donc une modification du statut du createur. Mais l’attitude du public vis-a-vis de l’art est aussi modifiee par la possibilite de reproduction. La question de l’impact de la reproduction d’une ‘ uvre d’art sur le public est une question qui souleve de nombreux problemes : en effet, l’imagination n’est-elle pas le pas la premiere forme de reproduction ?

Celle-ci peut assurement etre source d’illusion, de tromperie. Regarder une ‘ uvre d’art est donc deja en quelque sorte la reproduire. Kant affirme en effet que notre imagination est reproductrice ; elle a la faculte de presentation derivee, c’est-a-dire que l’imagination est reproductrice rememorative, elle ramene une intuition empirique qu’on avait eue auparavant a l’esprit. Cependant, elle n’est pas forcement creatrice puisque par definition elle n’a pas la faculte de produire une representation qui n’a jamais ete donne auparavant a notre faculte de sentir.

On peut dire avec certitude que la reproduction des ‘ uvres d’art a rendu l’art beaucoup plus accessible a l’homme, puisque celui-ci peut avoie acces a des images en permanence. L’art repose en effet sur l’individuel, ce qui compte le plus est l’effet produit sur le spectateur. Bergson affirme que l’artiste s’efforce toujours de nous montrer ce qu’il a vu au moment ou il realisait son ‘ uvre d’art, et que cet effort s’imposait a l’imitation humaine.

Il semblerait donc que l’etre humain soit sensible aux variations de conception qui existent entre une ‘ uvre originale et une ‘ uvre representee. Ainsi, si l’on ne peut nier le caractere reproductible de l’’ uvre d’art, du fait de sa dimension technique, il est evident qu’une ‘ uvre reproduite aura perdu l’aura et l’unicite, due au genie, de l’’ uvre originelle. La perception d’une ‘ uvre d’art va nettement evoluer par la possibilite de reproduire l’’ uvre d’art : l’art qui repose sur l’individuel, va tenter de rendre visible ce que l’artiste a vu et ne consiste pas a representer du visible.