ORAUX FRANCAIS

ORAUX FRANCAIS

70 Du Bellay : L’olive « Déjà la nuit en son parc » 1550 Déjà la nuit en son parc amassait IJn grand troupeau d’étoiles vagabondes, Et pour entrer aux cavernes profondes, Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ; Déjà le ciel aux Indes rougissait, Et l’aube encor de ses tresses tant blondes Faisant grêler mille perlettes rondes, De ses trésors les prés enrichissait Quand d’occident, c me org Je vis sortir dessus t er•:. . O fleuve mien ! une Alors, voyant cette nouvelle Aurore, Le jour honteux d’un double teint colore Et l’Angevin et l’indique orient. Ronsard : Amour de Cassandre « Comme un chevreuil » 1552 Comme un Chevreuil, quand le printemps détruit Du froid hiver la poignante gelée, Pour mieux brouter la feuille emmiellée Hors de son bois avec l’Aube s’enfuit, Et seul, et sûr, loin de chiens et de bruit, 90 Victor Hugo : Contemplation « elle était déchaussée » 1830-1855 Elle était déchaussée, elle était décoiffée, Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ; Moi qui passais par là, je crus voir une fée, Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ? Elle me regarda de ce regard

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suprême

Qui reste à la beauté quand nous en triomphons, Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime, Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ? Elle essuya ses pieds à Iherbe de la rive ; Elle me regarda pour la seconde fois, Et la belle folâtre alors devint pensive. Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois ! Comme l’eau caressait doucement le rivage ! Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts, La belle fille heureuse, effarée et sauvage, Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers 100 Alfred de Musset : Extrait de souvenir 1850

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries, Et ces pas argentins sur le sable muet, Ces sentiers amoureux, remplis de causeries, Où son bras m’enlaçait Les voilà, ces sapins à la sombre verdure, Cette gorge profonde aux nonchalants détours, Ces sauvages amis, dont l’anti ue murmure A bercé mes beaux jours. bruit de mes pas. Lieux charmants, beau désert où passa ma maitresse, Ne m’attendiez-vous pas ? Ah ! Laissez-les couler, elles me sont bien chères, Ces larmes que soulève un cœur encor blessé I Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières Ce voile du passé ! 0 Maurice Sève : Le Front 1 536 Front large et haut, front patent et ouvert, plat et uni, des beaux cheveux couvert : Front qui est clair et serein firmament Du petit monde, et par son mouvement Est gouverné le demeurant du corps : Et à son désir sont les membres concors : Lequel je vois être troublé par nues, Multipliant ses rides très-menues, Et du côté qui se présente à l’oeil Semble que là se lève le soleil. Front élevé sur cette sphère ronde, Où tout engin et tout savoir abonde. Front révéré, Front qui le corps surmonte Comme celui qui ne craint rien, fors honte.

Front apparent, afin qu’on pût mieux lire Les lois qu’amour voulut en lui écrire, Ô front, tu es une table d’attente Où ma vie est, et ma mort très-patente! 1 60 Montaigne : Essais l, 31 « Rencontre à Rouen » Trois d’entre eux, ignorant combien coûtera un jour à leur repos et à leur bonheur la connai orruptions de deçà, et que avancée, bien misérables de s’être laissé piper au désir de la nouvelleté, et avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre, furent à Rouen, du temps que leur feu roi Charles neuvième y était.

Le Roi parla à eux longtemps ; on leur fit vor otre façon, notre pompe, la forme d’une belle ville. Après cela, quelqu’un en demanda à leur avis, et voulut savoir d’eux ce qu’ils y avaient trouvé de plus admirable ; ils répondirent trois choses, d’où j’ai perdu la troisième, et en suis bien marri ; mais j’en ai encore deux en mémoire.

Ils dirent qu’ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant de grands hommes, portant barbe, forts et armés, qui étaient autour du Roi (il est vraisemblable qu’ils parlaient des Suisses de sa garde), se soumissent à obéir à un enfant, et qu’on ne choisisse plutôt quelqu’un d’entre eux pour ommander ; secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu’ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu’ils avaient aperçu qu’il y avait parmi nous des hommes pleins gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté ; et trouvaient étrange comme ces moities ici necessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prissent les autres ? la gorge, ou missent le feu à leurs maisons. Je parlai à l’un deux fort Io PAGF prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons. Je parlai à l’un deux fort longtemps ; mais j’avais un truchement qui me suivait si mal et qui était si empêché à recevoir mes imaginations par sa bêtise, que je n’en pus tirer guère de plalsir.

Sur ce que je lui demandai quel fruit il recevait de la supériorité qu’il avait parmi les siens (car c’était un capitaine, et nos matelots le nommaient roi), il me dit que c’était marcher le premier à la guerre ; de combien d’hommes il était suivi, il me montra un espace de lieu, pour signifier que c’était autant qu’il en pourrait en un tel espace, ce pouvait être quatre ou cinq mille hommes ; i, hors la guerre, toute son autorité était expirée, il dit qu’il lui en restait cela que, quand il visitait les villages qui dépendaient de lui, on lui dressait des sentiers au travers des haies de leurs bois, par où il pût passer bien à l’aise.

Tout cela ne va pas trop mal : mais quol, 170 Montaigne : Essais Il , 8 « Contre une éducation tyrannique » 1764 Feu Monsieur le Marechal de Monluc, ayant perdu son fils qui mourût en l’Isle de Madères, brave gentil’homme à la venté et de grande espérance, me faisoit fort valolr, entre ses autres regrets, e desplaisir et creve-cœur qu’il sentoit de ne s’estre jamais communiqué à luy ; et, sur cette humeur d’une gravité et grimace paternelle, a s’estre jamais communiqué à luy ; et, sur cette humeur d’une gravité et grimace paternelle, avoir perdu la commodité de gouster et bien connoistre son fils, et aussi de luy declarer l’extreme amitié qu’il luy portolt et le digne jugement qu’Il faisait de la vertu. Et ce pauvre garcon, disoit-il, n’a rien veu de moy qu’une contenance refroignée et pleine de mespris, et a emporté cette creance que je n’ay sçeu ny l’aymer, ny l’estimer selon son merite. A qui gardoy-je à découvrir cette singulière affection que je luy portoy dans mon ame ? estoit ce pas luy qui en devoit avoir tout le plaisir et toute l’obligation ?

Je me suis contraint et geiné pour maintenir ce vain masque ; et y ay perdu le plaisir de sa conversation, et sa volonté quant à quant, qu’il ne me peut avoir portée autre que bien froide, n’ayant jamais receu de moy que rudesse, ny senti qu’une facon tyrannique. 200 Pascal ; Pensées « Le divertissement » 1 670 Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils ‘exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc. , j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que arce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, si on assemble tous les biens ui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde; et cependant, qu’on sien imagine [un] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s’il est sans divertissement, et qu’an le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissem mort et des maladies qui sont inévitables; de sorte que, s’il est ans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux. et [plus] malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit. De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court : on n’en vaudrait pas, s’il était offert.

Ce n’est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu’on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des mplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement; de là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c’est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois, de [ce] qu’on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toute sorte de plaisirs. Le roi est environné de gens qui ne pensent qu’à divertir le roi, et l’empêcher de penser à lui. Car il est malheureux, tout roi qu’il est, s’il y pense.