Nedjma

Nedjma

? Le roman « Nedjma » de « Kateb Yacine ». Sommaire -Biographie. -Description physique -Nedjma: l’? uvre et sa reception. -Le resume. -Les personnages. -Les n? uds du recit. -Caracteres du style realiste. -Les themes principaux. -Etude analytique. -Les poles. -conclusion Biographie : Kateb Yacine est ne vraisemblablement le 2 aout 1929 a Constantine mais se trouve inscrit a Conde Smendou, aujourd’hui Zirout Youcef, mort a Grenoble le 28 octobre 1989. Il est issu d’une famille berbere chaouis lettree de l’est algerien (Nadhor), appelee Kheltiya (ou Keblout), qui a ete arabisee puis eparpillee sous la periode coloniale.

Son grand-pere maternel est bach adel, juge suppleant du cadi, a Conde Smendou (Zirout Youcef), son pere avocat, et la famille le suit dans ses successives mutations. Le jeune Kateb (nom qui signifie « ecrivain ») entre en 1934 a l’ecole coranique de Sedrata, en 1935 a l’ecole francaise a Lafayette (Bougaa en basse Kabylie, actuelle wilaya de Setif) ou sa famille s’est installee, puis en 1941, comme interne, au college colonial de Setif, Albertini puis Kerouani apres l’independance.

Kateb Yacine se trouve en classe de troisieme quand eclatent les manifestations du 8 mai 1945 auxquelles il participe et qui s’achevent sur le massacre de milliers d’algeriens par la police et l’armee francaises. Trois jours

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plus tard il est arrete et detenu durant deux mois. Il est definitivement acquis a la cause nationale tandis qu’il voit sa mere « devenir folle ». Exclu du lycee, traversant une periode d’abattement, plonge dans Baudelaire et Lautreamont, son pere l’envoie au lycee de Bone (Annaba).

Il y rencontre « Nedjma » (l’etoile), « cousine deja mariee », avec qui il vit « peut-etre huit mois », confiera-t-il et y publie en 1946 son premier recueil de poemes. Deja il se politise et commence a faire des conferences sous l’egide du PPA, le grand parti nationaliste, de masse, de l’epoque. En 1947 Kateb arrive a Paris, « dans la gueule du loup » et prononce en mai, a la Salle des Societes savantes, une conference sur l’Emir Abdelkader, adhere au Parti communiste algerien.

Au cours d’un deuxieme voyage en France il publie l’annee suivante Nedjma ou le Poeme ou le Couteau (« embryon de ce qui allait suivre ») dans la revue Le Mercure de France. Journaliste au quotidien Alger republicain entre 1949 et 1951, son premier grand reportage a lieu en Arabie saoudite et au Soudan (Khartoum). A son retour il publie notamment, sous le pseudonyme de Said Lamri, un article denoncant l’« escroquerie » au lieu saint de La Mecque.

Apres la mort de son pere, survenue en 1950, Kateb Yacine devient docker a Alger, en 1952. Puis il s’installe a Paris jusqu’en 1959, ou il travaille avec Malek Haddad, se lie avec M’hamed Issiakhem et, en 1954, s’entretient longuement avec Bertold Brecht. En 1954 la revue Esprit publie « Le cadavre encercle » qui est mis en scene par Jean-Marie Serreau mais interdit en France.

Nedjma parait en 1956 (et Kateb se souviendra « de la reflexion d’un lecteur : C’est trop complique, ca. En Algerie vous avez de si jolis moutons, pourquoi vous ne parlez pas de moutons ? ). Durant la guerre de liberation, Kateb Yacine, harcele par la Direction de la surveillance du territoire, connait une longue errance, invite comme ecrivain ou subsistant a l’aide d’eventuels petits metiers, en France, Belgique, Allemagne, Italie, Yougoslavie et Union sovietique.

En 1962, apres un sejour au Caire, Kateb Yacine est de retour en Algerie peu apres les fetes de l’Independance, reprend sa collaboration a Alger republicain, mais effectue entre 1963 et 1967 de nombreux sejours a Moscou, en Allemagne et en France tandis que La femme sauvage, qu’il ecrit entre 1954 et 1959, est representee a Paris en 1963, « Les Ancetres redoublent de ferocite » en 1967, « La Poudre d’intelligence » en 1968 (en arabe dialectal a Alger en 1969).

Il publie en 1964 dans « Alger republicain » six textes sur « Nos freres les Indiens » et raconte dans « Jeune Afrique » sa rencontre avec Jean-Paul Sartre, tandis que sa mere est internee a l’hopital psychiatrique de Blida (« La Rose de Blida », dans Revolution Africaine, juillet 1965). En 1967 il part au Viet Nam, abandonne completement la forme romanesque et ecrit L’homme aux sandales de caoutchouc, piece publiee, representee et traduite en arabe en 1970.

La meme annee, s’etablissant plus durablement en Algerie et se refusant a ecrire en francais, Kateb commence, « grand tournant », a travailler a l’elaboration d’un theatre populaire, epique et satirique, joue en arabe dialectal. Debutant avec la troupe du Theatre de la Mer de Bab El-Oued en 1971, prise en charge par le ministere du Travail et des Affaires sociales, Kateb parcourt avec elle pendant cinq ans toute l’Algerie devant un public d’ouvriers, de paysans et d’etudiants.

Ses principaux spectacles ont pour titres Mohamed prends ta valise (1971), La Voix des femmes (1972), La Guerre de deux mille ans (1974) (ou reapparait l’heroine ancestrale Kahena) (1974), Le Roi de l’Ouest (1975) [contre Hassan II], « Palestine trahie » (1977). Entre 1972 et 1975 Kateb accompagne les tournees de Mohamed prends ta valise et de La Guerre de deux mille ans en France et en RDA. Il se trouve « exile » en 1978 par le pouvoir algerien a Sidi-Bel-Abbes pour diriger le theatre regional de la ville.

Interdit d’antenne a la television, il donne ses pieces dans les etablissements scolaires ou les entreprises. Ses evocations de la souche berbere et de la langue tamazirt, ses positions libertaires, notamment en faveur de l’egalite de la femme et de l’homme, contre le retour au port du voile, lui valent de nombreuses critiques. En 1986 Kateb Yacine livre un extrait d’une piece sur Nelson Mandela, et recoit en 1987 en France le Grand prix national des Lettres.

En 1988 le festival d’Avignon cree Le Bourgeois sans culotte ou le spectre du parc Monceau ecrit a la demande du Centre culturel d’Arras pour le bicentenaire de la Revolution francaise (sur Robespierre). Il s’installe a Vercheny (Drome) et fait un voyage aux Etats-Unis mais continue a faire de frequents sejours en Algerie. Sa mort laisse inachevee une ? uvre sur les emeutes algeriennes d’octobre 1988. En 2003 son ? uvre est inscrite au programme de la Comedie-Francaise.

Instruit dans la langue du colonisateur, Kateb Yacine considerait la langue francaise comme le « butin de guerre » des Algeriens. « La francophonie est une machine politique neocoloniale, qui ne fait que perpetuer notre alienation, mais l’usage de la langue francaise ne signifie pas qu’on soit l’agent d’une puissance etrangere, et j’ecris en francais pour dire aux francais que je ne suis pas francais », declarait-il en 1966. Devenu trilingue, Kateb Yacine a egalement ecrit et supervise la traduction de ses textes en berbere. Son ? vre traduit la quete d’identite d’un pays aux multiples cultures et les aspirations d’un peuple. Kateb Yacine est le pere de Nadia, Hans et Amazigh Kateb, chanteur du groupe Gnawa Diffusion. Description physique : Formellement, celui-ci est divise en six parties, qui se subdivisent en douze (ou deux fois douze) chapitres ou sequences, plus ou moins breves, parfois limitees a une demi-page. Ces fragments sont numerotes de I a XII et la numerotation, comme celle des horloges, recommence au debut lorsqu’un cycle duodecimal est acheve.

Cette construction circulaire est soulignee par le retour litteral de la sequence initiale dans les dernieres pages du livre. NEDJMA, de Kateb Yacine, fut « salue comme un evenement litteraire « lors de sa parution en 1956 aux editions du seuil a paris ; C’est la, une ? uvre complexe qui passionne et deroute a la fois son lecteur, c’est l’univers de cet auteur ne se laisse pas facilement circonscrire. L’? uvre entiere est un perpetuel et inlassable retour sur elle-meme.

Que nous lisons le cadavre encercle, par exemple, nous avons le sentiment de baigner dans une meme realite, et d’y entendre le meme « chant profond». nous rencontrerons la meme quete eperdu: Recherche d’une authencite perdue par les personnages, et de la, recherche acharnee des origines, des ancetres, enfin, la quete de l’Algerie qui, a l’image de Nedjma, eminemment presente tout son passe glorieux, et a la fois lointaine absence dans le present colonial. Nous retrounons de meme les personnages, voyageurs errants d’une ? uvre a l’autre. C’est dire que « l’on n’en a jamais fini ! . NEDJMA, connut une longue gestation, et ici, Kateb adopte la technique des differents points de vue. Le lecteur ne dechiffre un enigme que pour en redecouvrir un autre, et ne penetre vraiment ce monde qu’a condition d’accepter le jeu tacite que lui propose ici l’auteur.. Il se trouve alors, face a une realite en perpetuel mouvement qui lui echappe au moment meme ou il croyait le tenir, revivant a son tour le desarroides protagonistes perdus sans cesse dans une quete difficile: jeu brouille pour les personnages, jeu brouille pour le lecteur. t c’est alors que se realise une parfaite osmose de l’? uvre et de son lecteur : il appartient a celui –ci de vivre l’? uvre, chaque fois de maniere dynamique. c’est pour ca, qu’on est pas pret de bien comprendre l’histoire ni le tournant des evenements ,ni avoir l’idee generale de son vrai sens-tacite ou explicite-que par plusieurs lectures afin de savourer le plaisir d’avoir lu cet ? uvre et aussi de decouvrir a chaque fois une idee ,un passage, une information qui lui a echappee lors de ses premieres lectures .

Le resume: le recit s’organise autour de quatre jeunes gens, Rachid et Mourad, les citadins, Lakhdar et Mustapha, les campagnards, quatre cousins (qui se revelent freres pour Lakhdar et Mourad), descendants du meme ancetre tribal, Keblout, et amoureux de la meme femme, la mysterieuse Nedjma, mariee a Kamel (qui est peut-etre son frere). Nedjma est la fille d’une Francaise marseillaise, d’origine juive, qui a multiplie les liaisons avec des amants arabes.

Donc, Nedjma est peut-etre la fille de Si Mokhtar, aventurier fantasque et mythomane, qui aide Rachid a enlever Nedjma pour la conduire au Nadhor, berceau mythique de la tribu des Keblouti, ou la fille d’un autre que Si Mokhtar a tue.. La charge mythique de cette histoire de famille bousculee et morcelee est eclatante. Demeler la genealogie des Keblouti, c’est retrouver une identite perdue, tenter de ressouder la continuite brisee par la colonisation. Le roman montre a la fois la necessite et l’impossibilite de cette remontee aux origines tribales.

Les personnages : * Les principaux : -Nedjma, dont l’histoire tourne autour d’elle, -Si Mokhtar, le pere de Nedjma. -Mustapha-Lakhdhar-Mourad-Rachid, les quatre amoureux… * Les personnages secondaires : -La mere biologique de Nedjma, -Kamel, son epoux-frere..! , -Lella fatma… sa maman adoptive, -Mr Ernest,…. Les n? uds du recit : Les personnages habites par l’obsession de Nedjma, vivent un reve. Le reve de Nedjma.. C’est un reve d’amour. L’interference se place dans l’episode du Nadhor et apres les revelations de Si Mokhtar: c’est la que reside notre n? d de signification, car ici apparait clairement le lien entre le mythe de Nedjma et celui des ancetres savoir une unite perdue. La convergence des themes est eclairante a cet egard. -La rencontre avec Nedjma est rendue possible par un contexte possible par un contexte politique. La lutte amorcee et deviee ainsi et le reve de l’unite se place alors dans Nedjma ,dans l’amour individuel. -Nedjma est perdue au moment meme ou il la croyait retrouvee, et c’est ici qu’intervient un facteur : l’histoire. Le passe historique : Un fondement historique ;

Le passe de l’Algerie est sans cesse rappele. 1*un passe glorieux : la voix de l’auteur par le truchement de Rachid affirme avec instance l’existence de l’Algerie . il rappelle a ce sujet son passe glorieux. Ainsi, par/dans le personnage de Nedjma, on voit l’Algerie dans tout son passe glorieux.. Nedjma; la fille rebelle, belle, aimait par tout le monde, ensuite, tout change pour elle, quand le negre apparait. Donc, on peut dire que le roman est symbolique. 2*liens etroits entre cette algerienne et ses luttes d’independance. 3* continuite dans la lutte nationaliste.

Caracteres du style realiste: Dans le recit, on remarque que le dialogue et recit a la troisieme personne coexistent avec bonheur! L’interet du dialogue reside dans le fait qu’il permet au lecteur un contacte franc et directe avec le spersonnages. il retransmet beaucoup plus facilement la vie, les voix des personnages semblent plus proches de nous. C’est un recit dont la langue ne tranche pas beaucoup sur celle du dialogue, meme si celui si frise parfois la vulgarite. il s’agit d’un langage sans detours, qui s’adapte a la vie dure qui est : -le ocabulaire souvent brutal, familier, et ca permet de cotoyer leur quotidien. a)un langage populaire: 1-les vulgarismes: des mots appartiennent a l’argot qui est un langage plein d’expressivite. 2-les expressions familieres : ce sont des expressions figees. 3- des expressions appartenant a l’arabe dialectal. (Ex: aouah! ) b) evocation de la vie quotidienne: -la langue sans vulgarite, n’est pas recherchee. -Kateb va directement a l’essentiel. son langage est synthetique, la langue semble se serrer a l’image meme de l’univers qu’elle decrit. c)le style de la caricature :

Dans « Nedjma », les personnages francais sont bien types, nombreux, alors meme que leur presence reste impersonnelle et sporadique. Kateb peut donc jouer librement dans l’art de ridiculiser quelqu’un. Le procede de la caricature lui permet d’opere un renversement, ou les francais qui sont denues d’une aureole poetique, deviennent les esclaves d’eux-memes. -le langage est une premiere liberation. Les themes principaux : -le theme du 8 Mai 1945…. theme de l’identite. -theme de l’amour: la fascination autour d’une femme « Nedjma ». -theme de l’enfance. theme de la nation pastorale. Etude analytique :(la nation pastorale) Nedjma se proclame implicitement comme un roman sur l’idee de nation. Dans l’Algerie des annees cinquante, il etait important que quelqu’un se chargeat d’exprimer et de nommer la nation qui avait commence a se figurer independante, libre de la gestion coloniale. Dans Nedjma, la nation n’apparait pas comme un resultat, mais comme une production, une realite en train de se constituer. Rachid, l’aine des quatre protagonistes, a perdu son pere et recherche le meurtrier de ce dernier.

Le pere de Rachid, professeur d’universite demis de ses fonctions, est mort juste avant la naissance de Rachid, au cours d’un drame de jalousie dont la mere de Nedjma a ete l’enjeu. La mere de Rachid est la quatrieme epouse de son pere. Jeune etudiant, Rachid est a la tete du « Congres musulman », ce qui provoque son renvoi de l’universite. Rachid quitte ensuite Constantine, sa ville natale, et s’engage dans l’armee, mais deserte peu apres. Il associe son existence itinerante du moment avec la quete des origines de l’identite collective, des origines de Nedjma, la recherche du meurtrier de son pere et de sa propre identite.

Une quete mene a l’autre. Rachid se tourne vers le passe, vers l’ensemble des ancetres de la nation, l’histoire et l’heritage culturel. Il se livre a une etude de la lignee qu’il suppose etre la premiere d’Algerie, celle de la tribu Keblout. En remontant jusqu’a l’aieul Keblout, il cherche une reponse a sa question sur l’identite de son peuple. La quete de sa propre identite est donc subordonnee a cette quete plus large. L’identite commune, mise a jour, doit lui livrer sa propre identite ; les reponses a la question de l’identite nationale se feront verite sur lui-meme.

Pour Rachid, la quete de sa propre identite et d’une comprehension de soi-meme, s’accomplit sous la forme d’un voyage geographique et mental, qui sera aussi un voyage dans le temps. Rachid reconstruit l’histoire, c’est-a-dire plusieurs siecles de l’histoire de la lignee, et veut dialoguer avec elle. La question de son origine est la raison constante et latente de la reconstruction de l’histoire de la lignee et de ses legendes. Le passe et les ancetres representent l’origine. Afin d’etablir a la fois la nation et une identite nationale, Rachid recherche la source de la nation.

Alors que les ancetres representent, dans la conscience de Rachid, une tradition d’honneur et d’integrite, l’histoire plus recente de la lignee temoigne d’une defaite. Les peres sont morts, ou bien ils ont trahi enfants, famille et lignee – et donc leur heritage culturel. Le pere de Rachid, ainsi que Sidi Ahmed, celui de Lakhdar et de Mourad, ont ete les amants de la mere de Nedjma, ce qui n’a pas eu pour seule consequence la trahison de leurs meres, mais aussi celle de la tradition et des ancetres. En effet, la mere de Nedjma, « la Francaise », representait l’Occident, l’inconnu.

La trahison des peres met leurs enfants a l’epreuve. Rachid dit : Des hommes dont le sang deborde et menace de nous emporter dans leur existence revolue, ainsi que des esquifs desempares, tout juste capables de flotter sur les lieux de la noyade, sans pouvoir couler avec leurs occupants : ce sont des ames d’ancetres qui nous occupent, substituant leur drame eternise a notre juvenile attente, a notre patience d’orphelins ligotes a leur ombre de plus en plus pale, cette ombre impossible a boire ou a deraciner, – l’ombre des peres, des juges, des guides que nous suivons a la trace, [… ].

Ce sont nos peres, certes ; des oueds mis a sec au profit de moindres ruisseaux, jusqu’a la confluence, la mer ou nulle source ne reconnait son murmure : l’horreur, la melee, le vide – l’ocean – et qui d’entre nous n’a vu se brouiller son origine comme un cours d’eau ensable, n’a ferme l’oreille au galop souterrain des ancetres, n’a couru et folatre sur le tombeau de son pere… (p. 97). Rachid transmet son message a l’aide de deux images. Dans la premiere, les peres ont abandonne derriere eux des vaisseaux echoues que leurs fils infortunes parviennent a peine a faire flotter. Dans la seconde, la metaphore de l’eau se poursuit.

Rachid s’en tient ici a une representation traditionnelle de la nation comme fleuve. Le probleme de sa generation, selon lui, est que le fleuve de la nation a perdu sa forme originelle, puisque le cours en a ete modifie. Les peres n’ont pas reussi a diriger l’eau, provoquant ainsi la mise a sec des oueds. L’eau a pris une autre direction. De petites ramifications l’ont conduite a la mer, ou elles se sont melees a l’immensite de la mer. Le fleuve, ainsi que sa source, s’est dissous dans l’ocean, « ou nulle source ne reconnait son murmure ». Les cours d’eau asseches representent la rupture entre le passe et le present.

Le cours du fleuve n’est plus lineaire, vertical, diachronique, mais prend maintenant part au mouvement synchronique de l’ocean, dont le fleuve a rencontre l’axe horizontal. La contemporaneite succede a la temporalite diachronique du fleuve. Rachid a tout de meme decide de rechercher la source, l’origine de la nation. Cela conduit ses pas au Nadhor, que l’on suppose etre le berceau de la lignee Keblout. Le sejour de Rachid au Nadhor est retrace en detail dans le texte. Rachid est avec Nedjma et Si Mokhtar. Le Nadhor represente non seulement l’origine de la nation, mais aussi le temps de sa grandeur.

L’un comme l’autre expliquent l’attirance de Rachid pour cet endroit. En penetrant au Nadhor, nous n’entrons pas seulement dans l’Algerie passee et originelle : nous sommes aussi transportes dans le monde de la pastorale, et donc dans l’idylle pastorale. Si Mokhtar, Rachid et Nedjma voyagent a la facon des nomades, mais ils ont un but, a savoir le sommet du mont Nadhor. Ils dorment sous la tente ou fabriquent des petites huttes couvertes de paille, et passent les soirees devant le feu ou a la lueur de la lampe a petrole – Si Mokhtar frappant sur ses tambours et Rachid pincant son luth – instrument de la pastorale par excellence :

Nous formions, il est vrai, une assemblee indigne d’un eclairage soutenu : amants timides a l’ombre d’un aieul – et la lampe sans verre de Si Mokhtar, en renouvelant les tenebres, devenait avec mon luth un irresistible centre d’attraction, [… ]. Il faut dire que nous etions tous les trois, enfin ! Dans la periode de repos que nous avions toujours souhaitee, depuis des annees de perpetuel exil, de separation, de dur labeur, ou d’inaction et de debauche, enfin nous retrouvions les derniers hectares de la tribu, la derniere chaumiere [… ]. (p. 135).

L’action a quitte la realite sociale du moment. Rachid savoure la paix idyllique, la musique et la lueur du feu. Il jouit aussi de Nedjma, toujours a distance : elle est « l’amante inaccessible ». Si Mokhtar et Rachid ont enleve Nedjma. Ils sont alles la chercher dans la maison qu’elle partage avec son epoux. Pour Rachid, cet enlevement n’est pas uniquement mu par la jalousie, mais par un besoin de recontextualisation. Tout d’abord, Rachid desire arracher Nedjma au present et la situation socio-politique du moment ; il veut aussi l’enlever a sa vie quotidienne, a son contexte ordinaire.

C’est donc le desir de deplacer Nedjma physiquement qui est la raison du voyage. Il faut expatrier et deterritorialiser Nedjma. En d’autres termes, elle doit prendre une nouvelle signification. Cet aspect du deplacement de Nedjma par Rachid vaut la peine que l’on s’y arrete. En effet, ce deplacement a ete dirige, et la nouvelle signification a deja ete decidee par avance. Affranchir Nedjma d’un cadre donne n’implique pas l’acces a un monde libre, ouvert et sans frontieres. Cela implique, un glissement et une production de sens, mais en meme temps une conservation, une restauration et une stabilisation du sens.

Rachid veut faire passer Nedjma dans un ordre social pastoral, l’installer a l’interieur d’une terra pastorale et delimitee. Pour Rachid en proie a la nostalgie, la pastorale illustre la societe ideale a laquelle il aspire. Apres « des annees de perpetuel exil », il est enfin parvenu en un lieu ou il se sent en paix, chez lui, en securite. Le Nadhor lui offre l’exemple d’un ordre fonde sur la paix, la tolerance et les vraies valeurs de la tradition, dans laquelle on savoure recits et musique autour du feu, ou la simplicite se fait vertu.

Dans cette societe, les hommes vivent en accord avec la nature et ses forces. Il s’agit aussi d’un ordre patriarcal, ou les vieux sont les plus vieux et les femmes des femmes, d’un systeme hierarchique dans lequel chacun a un role clairement defini. Ce qui releve de la campagne, de la nature, est mis en valeur comme etant tout a fait positif, par opposition a ce qui releve du domaine urbain, associe au mal. Les trois personnages eux-memes forment deja une microsociete pastorale, avec a sa tete, Si Mokhtar, figure de l’autorite. Cette microsociete offre une image et une repetition de l’ideal de Rachid.

Rachid semble refleter le point de vue courant, selon lequel il faut choisir entre la tradition et le modernisme. Cette opposition binaire entre une vie simple et la vie moderne releve d’une dichotomie elle-meme typique de la pastorale en tant que forme et ideologie. L’aspect politique de la pastorale apparait clairement dans le recit de Rachid : dans sa peinture d’une vie rurale d’ou les ambitions politiques ont apparemment totalement disparu, il exprime pourtant des idees et un message politiques. Le Nadhor constitue l’expression du nationalisme pastoral de Rachid. Rachid, ironie du sort, ne peut pretendre faire partie de cette societe.

Il s’etait en principe rendu au Nadhor pour y rester, mais les membres de la tribu, qui l’accusent d’avoir trahi leur lignee, ne veulent pas de lui. Pourtant, du point de vue de Rachid, le Nadhor continue a illustrer un passe perdu mais charge de sens. L’idee qu’il se fait de ce passe le ramene a la societe et au temps historiques. Lorsqu’il « passe la frontiere » pour retourner sur ses pas, il perd non seulement Si Mokhtar, mais aussi Nedjma. Pour Rachid, les consequences de la recontextualisation sont lourdes : elle a entraine un glissement de sens permanent, aux suites plus graves que prevu.

En effet, Nedjma appartient desormais aux ancetres et a la tribu du Nadhor. Rachid raconte : – Ecoutez, dis-je, [… ]. Vous ne pouvez emporter Nedjma maintenant. Bref, nous vous demandons de partager quelques jours notre existence… – S’il meurt [Si Mokhtar], nous pouvons l’admettre au cimetiere. Mais il faudra partir aussitot apres, et nous laisser sa fille. En desespoir de cause, j’acceptai. Nedjma sanglotait pres de son pere brulant de fievre ; je m’etendis de l’autre cote, et m’endormis cette fois sans tarder. Je revai de Si Mokhtar [… ]. Quand mon reve prit fin, Si Mokhtar etait mort.

Je me trouvais seul avec le cadavre. Nulle trace de Nedjma. Enfin parut le vieux messager [… ]. – La fille est au campement, m’apprit le vieux. Eloigne-toi maintenant. Nous allons laver le mort. (p. 148). C’est parce que la tribu le veut que la recontextualisation a lieu. Aux dires de tous, Nedjma appartient a la famille Keblout, il faut en consequence la reconduire au campement. C’est au nom meme de son ideal, l’aieul Keblout, que Rachid perd Nedjma. Apres la mort de Si Mokhtar, Nedjma se cache derriere la toile de tente, mais des envoyes de la tribu lui intiment l’ordre de paraitre a visage decouvert.

La tribu Keblout a besoin de Nedjma. Une fois au campement, elle va changer de statut et de fonction, et apporter a la tribu un bien d’ordre concret : pour les derniers membres de la tribu, il est important de se perpetuer, et, par la, de veiller sur la memoire des Keblout. D’une certaine facon, Nedjma constitue un dedommagement du prejudice que sa mere, en son temps, avait fait subir a la tribu. Ainsi que Rachid le souligne, c’etait la mere de Nedjma « qui avait fait exploser la tribu, en seduisant les trois males dont aucun n’etait digne de survivre a la ruine du Nadhor » (p. 78). Il est difficile, le texte ne disant rien de plus, de savoir si la tribu mene une autre politique que celle qui consiste a essayer de se perpetuer. Nous ne savons pas non plus s’il existe, a cette tentative agressive, d’autres raisons que le besoin evident et violent de se procurer des meres. Cette raison peut faire partie d’un projet beaucoup plus large. Les descendants de Keblout s’imaginent manifestement que Nedjma va leur apporter quelque chose de positif, a savoir une descendance (et dans ce cas ils obtiendraient ce que nul avant eux n’a pu obtenir).

Il est probable que l’agrandissement de la famille contribue non seulement au maintien de la lignee, mais aussi a la restauration de sa grandeur et de sa puissance, lui assurant ainsi, pour l’avenir, une influence nationale. Nedjma represente peut-etre, pour la tribu de Keblout, le debut d’un projet imperialiste. Nedjma est devenue inaccessible a nos quatre protagonistes. Rachid a rendu definitivement impossible, pour lui comme pour les trois amis, tout contact physique avec cette femme qu’ils desirent si fortement. En d’autres termes, la pastoralisation de Nedjma par Rachid est frappee de sterilite.

C’est donc seul que Rachid s’en retourne du Nadhor. Il ne s’en retourne cependant pas les mains vides, mais riche du reve d’un passe auquel il parvient a faire franchir les limites du temps et de l’espace. Rachid projette le passe dans l’avenir, et suspend le present, qui ne compte manifestement pas pour lui. Les poles : 1-un pole historique, reel: l’? uvre est ecrite avant la lutte de liberation nationale, elle parait alors que le processus de la revolution algerienne est declenchee, elle s’inscrit dans un contexte precis : le contexte colonial et ses implications directes sur la vie des Algeriens.

Un pole mythique, imaginaire : Ou la vision symboliste de l’auteur prend le pas sur la realite. La langue de Kateb Yacine se libere, transportant le lecteur dans un tres bel espace ou la poesie est la fleur d’ame et parfois meme dans un univers tout a fait unique. Conclusion : « Nedjma » de Kateb Yacine represente tout simplement la femme algerienne, ou plus encore l’Algerie elle-meme. Et ca ma fait tant de plaisir de l’avoir lu, a vrai dire,c’est la premiere fois que je lis un livre-« chef-d’oeuvre »- avec fierte…! J’espere donc qu’il en sera de meme pour ceux qui vont le lire..!!