Monde contemporain

Monde contemporain

UE 5, 2ème semestre Sciences humaines hors psychologie Cours de François Ternat Premier volet : une histoire des idées, des institutions et des régimes politiques dans la France moderne et contemporaine. Deuxième volet : une approche géohistorique dans une perspective d’« histoire globale » pour cerner les grandes questions géopolitiques du monde contemporain. I : Préambule : les courants historiographiques au sein des sciences humaines. Définir l’Europe : Anti genèse et éclosion d l’Europe.

Des fils con Lumières, la laïcisatio Sni* to View en Âge » : héritages, umanisme » aux ociétés européennes ; une notion, la naissance de 1’« État moderne Il : Les Temps modernes : la lente affirmation de l’État moderne. Structures et cadres de la société d’Ancien Régime. France/AngIeterre : naissance de deux « nations » ? Histoire comparative de deux modèles : monarchie absolue et monarchie parlementaire. Ill : Les Lumieres, la Révolution, le premier Empire. Les fondements des institutions et des débats politiques contemporains.

IV : Fondations et refondations républicaines : la question du régime politique en France au XIXe siècle. Monarchies constitutionnelles et suffrage censitaire. La Seconde VI : La France depuis 1945. Les transformations de la société française dans le second XXe siècle. La Ve

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République, un régime de stabilité politique. VII : La nouvelle donne de la mondialisation : les civilisations contemporaines Quid du « choc des civilisations » ? Une histoire globale du XVe siècle : le début de la mondialisation. Après la décolonisation : les conséquences culturelles de la mondialisation.

VIII : Les grandes aires géopolitiques, 1 : les États-Unis, super- puissance mondiale IX : Les grandes aires géopolitiques, 2 : l’Asie des moussons, la croissance accélérée. X : Les grandes aires géopolitiques, 3 : le monde arabo- musulman, quel réveil ? Introduction : épistémologie, méthodologie, historiographie Préambule Qu’est-ce que phistoire ? La méthode et les mots. L’histoire, à quoi Çà sert ? Historein, en grec « enquêter c’est rechercher, connaitre, établir la vérité des faits qui se sont passés, dans le passé.

C’est une science humaine, son objet est PHomme, tout ce qui concerne les hommes, les societés humaines. Sa dimension est le temps, le temps historique, mais aussi l’espace, ? travers lesquels et dans lesquels les hommes ont vécu. Pour comprendre le monde dans lequel ous vivons, préparer celui de demain, il nous faut connaître les héritages du passé. Pour parvenir à la connaissance de ce qui s’est passé, il faut trouver des traces du passé, qu’on appelle des sources, puis interroeer les PAGF 2 fiabilité des témoignages (il y a eu beaucoup de « faux » en histoire), de « l’objectivité » de Vhistorien.

Mais la réponse est simple : il n’y a pas d’objectivité de l’historien, elle est impossible, ni même souhaitable. D’abord du fait de la notion de point de vue, rétrécis au champ intellectuel et social de celui qui écrit l’histoire, qui vit avec les outils et les ttitudes mentales de son temps et de la société dans laquelle il vit. La diversité des faits humains traverse la durée et se perçoit différemment dans le nœud même des consciences de l’individu.

Ensuite parce que l’écrit n’est pas objectif : les Hommes n’ont pas le même langage, sa transmission peut être contrariée par la traduction le traducteur est un traître », disent les Italiens). L’histoire par ailleurs n’est pas écrite dans le marbre, une fois pour toujours, ce n’est pas mektoub, car elle se réécrit sans cesse, au gré des avancées de la recherche. Voil? pourquoi on dit qu’elle est évisionniste par essence. Enfin, rhistorien n’est pas un juge, l’histoire n’est ri1 un tribunal ni un prétoire, mais le pupitre d’un savant qui expose et explique la réalité des faits.

Il appartient à l’homme libre et aux sociétés, éclairés par la connaissance, de se faire un jugement. S’il n’y a pas d’objectivité en histoire, en revanche l’historien doit respecter deux impératifs, la rationalité et l’impartial’té dans le traitement des sources. Voilà pourquoi on interroge ces sources selon des techniques, une méthode, que l’on appelle la critique historique. La méthode de Ihistorien PAGF 3 OF ne source La nature : qu’est-ce que c’est ? L’authenticité : vrai ou faux ? Fiable, ou douteux ? Le style : qui reconnait-on ?

Le contexte historique : dans quelles circonstances, conditions ? Que se passe-t-il pendant ? Pourquoi à ce moment-là ? L’intention : pourquoi ? Pour qui ? La portée, la diffusion : çà a touché qui ? Comment ? Par quel moyen ? Dans quelle mesure ? L’analyse : Qu’est-ce qu’il dit ? Qu’est-ce qu’il ne dit pas, ou dit malgré lui ? Le commentaire : Développer les thèmes, en relatlon avec le contexte. Poser des questions. Quel est le problème ? Interpréter. La conclusion : Qu’est-ce que cette source nous apprend ? Qu’est- ce qu’on peut en déduire ? Écrire l’histoire : les mots, la nomenclature Stricto sensu, c’est l’invention de l’écriture qui définit le début de l’Histoire. L’histoire est un récit, une écriture fondée sur l’interrogation des sources, la matière de l’historien, qui pour construire ce récit le met en perspective dans une durée historique. Ces temps longs de l’histoire en sont la dimension, dans laquelle l’historien voit des ruptures qui définissent autant de périodes. D’où l’usage, pour lire, suivre un récit historique et se repérer dans le emps, d’une chronologie.

Le cadre spatial intéresse aussi l’historien, voilà pourquoi la référence aux cartes et aux atlas historiques est essentielle et ermet tout aussi bien de lire l’évolution d’un phénomè des processus historiques. Ainsi le terme de géopolitique, très présent dans ce cours, qui désigne des luttes de pouvoir que se livrent des États pour contrôler des territoires, puis les discours et les arguments qu’ils forgent pour revendiquer ou s’approprier ces territoires. Autre exemple, avec deux concepts-clefs, démocratie et totalitarisme.

L’histoire, au cœur des sciences humaines ? La trace dun rêve n’est pas moins réelle que celle d’un pas disait Georges Duby. Celle d’une croix apposée en guise de signature sur un registre électoral lors d’une première élection au suffrage universel n’est elle pas aussi émouvante que les monumentales statues, laissées pour seule trace de vie humaine sur une île tempétueuse du Pacifique ? Certains historiens veulent comprendre les grands mouvements de l’histoire du monde, d’autres s’attachent aux univers plus intimes, au rôle des émotions et de la mémoire, d’autres aux couleurs ou aux animaux préférés de nos ancêtres…

Tous sont urieux, parfois impertinents et même menacés, lorsque les enjeux de leurs travaux suscitent des tensions extrémistes ou égratignent des mémoires ou des identités écorchées. Tous questionnent nos représentations du passé, combattent nos idées reçues à son propos, mettent notre présent en perspective. l_Jn rapide panorama peut dresser les caractéristiques actuelles de la discipline historique, et évoquer les débats contemporains en éclairant leurs enjeux. En quoi la civilisation grécoromaine et le Moyen Âge chrétien et féodal ont-ils préfiguré le monde occidental ?

Comment e corps humain a-t-il été s époques et des s 2 sociétés ? Comment voyait-on le diable dans la chrétienté médiévale et moderne ? Les passions sont-elles un moteur dans l’histoire ? Comment prendre en compte le « point de vue des vaincus s, des femmes, des colonisés, des immigrés ? Du monde au corps physique, du rôle des croyances à celui des émotions, de la personnalité d’un dictateur ou d’un souverain aux oubliés de Vhistoire… , les thèmes abordés par les historiens sont devenus innombrables.

Ce sont aussi les approches qui se sont multipliées, après la domination de récole des Annales. Né au début du XXe siècle, le courant des Annales a profondément transformé les manières d’analyser le passé en promouvant une histoire sociale et culturelle (pour l’un de ses fondateurs, Lucien Febvre, Phistoire sociale se devait d’être culturelle), en convoquant l’ensemble des sciences sociales (démographie, économie, géographie, anthropologie, psychologie… ) et, en particulier, en développant une histoire des mentalités appuyée sur les représentations de groupes sociaux.

Le paradigme des Annales portait-il par ses vastes ambitions les germes de son éclatement, manifeste à partir des années 1980 ? Sa prétention ? faire une « histoire totale »,? réaliser de grandes synthèses historiques qui embrasseraient les aspects politiques, culturels, sociaux et économiques (histoire de la France rurale, histoire de la France urbaine, histoire économique et sociale, histoire des « ens ordinaires ») eut son heure de gloire, mais para PAGF OF histoire culturelle globale ?

L’anthropologie historique, déjà expérimentée dans des chefs d’œuvre pionniers comme Les Rois thaumaturges de Marc Bloch (1924) ou Montaillou, village occitan d’Emmanuel Le Roy Ladurie (1975), se déploie aujourd’hui pour comprendre la iolence de la guerre aussi bien que la symbolique médiévale (Michel Pastoureau) ou les croyances populaires (Robert Muchembled). La microhistoire est une démarche monographique centrée sur les petites gens et les indlvidus d’importance mineure.

Initiée par, entre autres, les historiens italiens Carlo Ginzburg et Giovanni Levi, elle s’illustre par exemple avec Alain Corbin lorsque celui-ci part sur les traces d’un parfait inconnu pour faire une histoire « au ras du sol Le genre biographique, sur lequel les Annales avaient mis leur veto en s’érigeant contre une histoire politique qui ne prenait en compte que la vie des rands hommes (ou des grandes dames), est en pleine renaissance.

De même 1’« histoire bataille s, honnie et vomie par les Annales, est-elle puissamment renouvelée dans la perspective d’une étude des relations entre guerre et société, tout comme l’histoire des relations internationales pareillement dénoncee par ses contempteurs qui ny voyaient qu’« un plat de riches L’une et l’autre, d’ailleurs étroitement mêlées, retrouvent leurs lettres de noblesse et un formidable essor. L’histoire globale, à l’heure de la mondialisation, déplace les perspectives en prenant en compte les interactions entre les civilisations du monde.

Et l’on pourrait encore décliner la PAGF 7 OF (Eric Hobsbawm), les connected histories, subaltern studies ou autres post colonial studies… Faut-il englober l’ensemble de ces travaux dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui l’histoire culturelle ? Roger Chartier propose ce renouveau historiographique, faisant état de la diversité des travaux produits dans le monde, aussi bien par des historiens brésiliens, indiens, portugais, espagnols. Une histoire culturelle, la new cultural history, se déploierait donc aujourd’hui sous de multiples formes.

Elle intégrerait les perspectives roposées par les cultural studies anglo-saxonnes, qui ont mis au centre de leur questionnement la construction des genres, le croisement entre races ou classes, les formes de domination coloniale, les modalités de métissage culturel. Enfin, la question de la vérité historique a toujours taraudé les historiens, et les régimes totalitaires par exemple ont tous cherché à remodeler le passé en fonction de leur credo. L’ouvrage de Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, publié en 1971, fut très mal reçu, en pleine domination des Annales qui voulaient asseoir le statut scientifique de la discipline.

Mais depuis, après Michel Foucault, Michel de Certeau ou Paul Ricœur, on admet aujourd’hui que l’histoire est le produit de rexpérience subjective de celui qui l’étudie et le reflet des préoccupations du temps, qu’elle est un récit construit qui a son historicité propre. L’histoire, au prisme des mémoires ? Aujourd’hui, nous vivons dans un « régime d’historicité selon l’expression de François Hartoe, régi par l’emprise E 2 , devenue le pilier des identitaires, déluges mémoriels qui engendrent des histoires héroïsées ou victimisées dans lesquels se reconnaît tel groupe social ou même tel indlvidu.

Or, de même qu’il n’y a pas d’hérédité héroïque, tortionnaire ou victimaire chez les peuples, il n’y a pas de « devoir de mémoire expression galvaudée et répétée ad nauseam sans examen critique, mais un « devoir d’histoire ». D’abord parce que la mémoire ni ne s’impose ni ne se décrète. Ensuite parce que la mémoire s’estompe, s’érode et se déforme au gré des générations qui se succèdent. Les mémoires sont par ailleurs plurielles, antagonistes, et comme telles divisent lorsqu’elles s’érigent en porte-voix d’une communauté spécifique, par le biais d’une ethnicisation de la mémoire.

L’histoire, ? l’opposé, rassemble — c’est le sens étymologique du mot symbole – car elle dépasse et intègre toutes les mémoires. Certes, la rigueur historique n’a pas à ignorer l’émotion de la mémoire, qui constitue de surcroît une source, un témoignage pour l’historien. Mais plus parfaitement que la mémoire, l’histoire peut réparer et fédérer car elle restitue un récit rationnel et non plus passionnel. Comment par exemple concilier les mémoires de groupes opposés pour la guerre d’Algérie : celle des harkis, des pieds-noirs, des combattants du FLN, des soldats français appelés du contingent ?

Celle des colonisateurs face à celle des colonisés ? Ces conflits mémoriels sont présents auiourd’hui partout dans I roche-orient, en effet pervers de la loi Taubira, les poursuites judiciaires pour négationnisme engagées par un « Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais » à l’encontre d’Olivier Pétré-Grenouilleau, historien dont l’autorité fait pourtant l’unanimité, auteur d’un ouvrage sur Les Traites négrières reconnu comme une somme monumentale par toute la communauté scientifique. Les historiens se sont insurgés contre ces dérives et ces perversions. En France,

Pierre Vidal-Naquet, bien qu’il ait combattu contre les négationnistes de la Shoah, fut le premier à réclamer la liberté des historiens à faire leur travall, en dehors de toute pression politique ou mémorielle. Il avait même manifesté son opposition à la loi Gayssot qui condamnait ceux qui contestaient le génocide des Juifs par les nazis. De même, faire le procès de tel personnage historique à l’aune des mentalités de notre société actuelle, comme l’accusation portée contre Jules Ferry d’avoir commis une « faute » en entreprenant sa politique coloniale dans les années 1880, n’a pas de sens et est urtout antihistorique. n collectif d’historiens, Liberté pour l’histoire, présidé par Pierre Nora, proteste contre toutes les lois mémorielles édictées par l’État français, qui se sont multipliées depuis : « L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabou. Il peut être dérangeant. L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. » Expliquer le passé, proche ou lointain, telle est la mission passionnée et passionnante ue se donnent les historiens, t-être, mais aussi en