Merlin, de r. de boron

Merlin, de r. de boron

Histoire Litteraire S4 : Merlin** de R. de Boron I. Synthese et rappel chronologique milieu VI : 1ere mention d’Ambrosius Aurelianus (chef breton), prototype possible de Merlin IX : Historia Brittonum de Nennius : histoire d’Ambrosius, « l’enfant sans pere », 1ere mention d’Arthur, chef de guerre breton, victorieux des Saxons 1135-36 : Historia regum Britanniae de G. de Monmouth en latin : naissance et role de Merlin dans la naissance d’Arthur, regne d’Arthur et apogee de l’histoire bretonne, defaite de ses successeurs face aux Saxons 148-50 : Vita Merlini de G. de Monmouth 1155 : adaptation et traduction en francais de l’_Historia regum_ de Monmouth par Wace : 1ere mention de la Table Ronde (vision ideale de la classe chevaleresque et de sa relation au roi), debut de l’ere de la courtoisie (nouvelle morale liant amour et prouesse), instauration de la trajectoire heroique d’Arthur 1165 : debut de la production de C. de Troyes 1180-90 : Conte du Graal de Troyes : Graal et sa quete, invention d’un heros neuf avec Perceval le Gallois 190 et suivantes : redaction des Continuations du Conte du Graal, ou Merlin intervient peu 1200 : Estoire dou Graal de R. de Boron (qui christianise

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definitivement le Graal, devenu le « vaissel » dans lequel Joseph d’Arimathie a recueilli le sang du Christ lors de la Passion) : le Graal doit etre transporte en Grande-Bretagne ou Bron (beau-frere de J. d’Arimathie), Ier des Rois Pecheurs, doit attendre la venue de l’elu, Perceval, qui sera l’ultime gardien de la sainte relique ; ce texte en vers fera l’objet d’une trilogie en prose : Le Roman du Graal (_Joseph_, Merlin et Perceval) 215-35 : constitution en prose du Lancelot-Graal ou cycle-Vulgate, scinde en 5 branches : L’Estoire del Saint Graal : prehistoire du Graal, transfert en Grande-Bretagne, ou il est garde par les Rois Pecheurs L’Estoire de Merlin : de la naissance de Merlin a celle de Lancelot qui passe son enfance dans le monde feerique de la Dame du Lac ; Arthur roi Lancelot du Lac : amours de Lancelot et Guenievre puis conception de Galaad qui reussira la ou son pere a echoue (nouveau type de recit arthurien avec ecriture sainte et allegorie religieuse)

La Queste del Saint Graal : dimension mystique, eloge de la chevalerie celestielle contre la terrienne (a echoue car a sacrifie a l’amour et a la vaine gloire) : Galaad mene la quete a son terme et accede a l’extase de la vision nue et indicible du Graal qui provoque sa mort extatique et beatifique Mort le roi Artu : fin des aventures et du royaume d’Arthur, chute causee par le peche de chair (Lancelot avec Guenievre et Arthur avec Morgane) 1230-40 : Cycle Post Vulgate : Roman du Graal : amours de Merlin et de Viviane 276 : Prophesies Merlin : apres l’entombement de Merlin, recit des aventures chevaleresques arthuriennes uni au theme des propheties de Merlin recueillies sur son tombeau Resume de la *Vita Merlini de G. de Monmouth* : texte poetique ecrit en hexametres latins, compilation de legendes celtes autour de Myrrdyn Wyllt : (Merlin le Sauvage) roi guerrier, saisi de folie apres une bataille, s’enfonce dans une foret et se met a prophetiser… II. L’invention du roman 1 : Le roman ou la « quete du statut de langue litteraire » u Moyen Age, « roman » designe le francais parle ; « mettre en roman » = transposer un texte du latin vers le francais, la langue romane en ancien francais, « roman » designe des textes tres divers, de contenus et de structures tres varies (vies de saints, traites, chroniques, recits arthuriens… ), consistant a diffuser, laiciser le savoir jusque la reserve aux clercs ? entreprise tres selective, reservee aux aristocrates ; demarque du parler quotidien par l’emploi du vers, du couplet octosyllabique a rimes plates (apparition du roman en prose au XIII) eme moitie du XII : « roman » restreint a une ? uvre directement ecrite en francais, avec C. de Troyes Specificites du roman medieval : « roman », mot d’invention medievale genre tard venu et « vulgaire » car ecrit en langue vulgaire/vernaculaire beneficie d’une liberte car son champ d’exploration est a conquerir, a inventer ; plasticite ? se reclame de la fiction, gagnant ainsi ses lettres de noblesse genre parle et non pas chante structure successive avec notion de chronologie, de deroulement

XII-XIII : roman lu a voix haute 2 : De l’Histoire a la fiction developpement de « romans » antiques dans l’Ouest francais et dans l’Angleterre normande : recuperer le mythe des origines troyennes de la nation bretonne, ecrire l’histoire et vulgariser la connaissance de l’Antiquite pour un public laic (vogue pour le materiau antique) apports dans l’invention de l’ecriture romanesque : portraits, descriptions, monologues, dialogues, importance du personnage feminin, amour…

Arthur, un nom, une legende : nom issu d’un nom romain (Artorius, chef militaire des Bretons contre les envahisseurs saxons vers 500), a la frontiere entre reel et imaginaire : figure legendaire, souverain ideal incarnant toutes les valeurs chevaleresques du Moyen Age apparait dans l’_Historia Brittonum_ (IX) de Nennius (chef de guerre vainqueur des saxons) puis dans les Annales Cambriae (X) et dans les vies de saints gallois

Monmouth (_Historia Regum_) cree la figure du roi des Bretons, raconte l’engendrement d’Arthur par le roi Uther : heros conquerant et civilisateur, heros national de Grande-Bretagne capable de rivaliser avec Charlemagne, heros national des rois capetiens Wace (_Roman de Brut_, traduction en francais de l’_Historia Regum_) : la cour d’Arthur devient le haut lieu du raffinement et d’une societe policee, la Table Ronde est l’institution chevaleresque par excellence ? Arthur l’instaure au debut des 12ans de paix (= apogee de son regne) puis trahi par Mordred, disparait en Avalon pour soigner ses blessures et revenir sur le seuil breton

C. de Troyes loge ses recits durant ces 12ans de paix (temporalite close) avec aventures, merveilleux, errance/quete ? fait penetrer le cycle arthurien dans l’ere de la fiction a l’epoque de Troyes : poesie lyrique des troubadours, romans antiques pour les cours normandes et anglo-normandes, mode de recits inspires d’Ovide, recits pseudo-historiques a la frontiere du mythe et de l’histoire, legende tristarienne Une matiere : la matiere de Bretagne et la matiere arthurienne : l’imaginaire merveilleux breton se prete mieux que le materiau antique a traiter de sujets comme l’amour ; materiau riche et malleable, celtique, folklorique nvention d’une forme : le roman arthurien ? avec Troyes, Arthur se fixe a sa cour en tant que garant de l’unite chevaleresque, perdant son statut de guerrier ? la cour arthurienne devient le temoin et la memoire des multiples aventures des chevaliers de la Table Ronde dans le Merlin de la Vulgate, Arthur est un roi triomphant Du vers a la prose : prose se veut garante de la verite historique, en opposition au vers (lie au mensonge et a la fiction, denature le vrai) : apparition de recits pseudo-historiques en prose des le debut du XIII uvre un nouveau contrat sur le temps, la duree, la mise en perspective des evenements et de l’espace apparition de nouvelles techniques d’ecriture comme l’entrelacement, l’historien devant rendre compte de la complexite du reel, de l’enchevetrement des causes et des consequences techniques narratives : structure impersonnelle (voix de la narration deleguee au conte) phenomenes d’entrelacs du materiau phenomenes d’anachronies narratives (analepsies et prolepses) qui scandent le recit et esquissent une architecture a double perspective : epetition, insertion de recits, insertions lyriques dans la prose, developpements didactiques Situation du Merlin** dans la tradition manuscrite et l’inscription dans un cycle : toujours associe et imbrique dans le cycle ? role cle joue par le Merlin en prose dans l’elaboration des cycles arthuriens, statut d’intermediaire entre les origines du Graal et la disparition du royaume arthurien III. Les emprunts et ecarts par rapport aux sources concernant l’histoire arthurienne Boron emprunte a Monmouth, Wace, Troyes et modifie leurs recits pour les accorder a son propre dessein

Troyes emprunte a Wace son chronotope, le decor de la cour d’Arthur Graal inexistant chez Wace et Monmouth, introduit par Troyes dans la litterature, qui raconte son histoire comme evenement isole alors que Boron l’inscrit dans une diachronie en couvrant la Chute et la Redemption de l’homme et l’histoire du royaume d’Arthur, elargissant retrospectivement le recit en revenant a la Crucifixion Monmouth voit en la periode arthurienne le sommet de l’Histoire de Bretagne ; chez Boron, permet de souligner la « nature cyclique de l’histoire » a travers l’ascension et la chute d’un grand roi lors que Monmouth et Wace n’accordent pas de signification religieuse a la naissance ou au role de Merlin, Boron en illustre le renouvellement de la Redemption sources de Boron : Roman de Brut de Wace (inspire de Monmouth) Conclusion sur les emprunts au Roman de Brut **: atmosphere sombre deplacement de l’episode des pierres d’Irlande, de la naissance de Merlin (developpes) developpement de la mort du Duc de Cornouailles et du subterfuge de Merlin pour la conception d’Arthur insertion de micro-recits de son cru : proces de la mere, avertissements de Merlin, creation de la Table Ronde, enfance et avenement d’Arthur nsertion des contes de « devinailles » issus de la Vita Merlini de Monmouth IV. La configuration romanesque du Merlin en prose au XIII, la prose devient une forme litteraire, consideree comme plus dense que le vers ? souci de serieux et d’authenticite le translateur du vers a la prose doit raccourcir le poeme (suppression et abregement des details descriptifs) 1 : La composition du recit roman composite, sommaire, recit eparpille temporalite floue (seules precisions temporelles : predictions de Merlin) peu d’elements descriptifs (geographie rapidement evoquee) Les differentes parties du Merlin **: enfances Merlin » : 1-16 mission de Merlin aupres de Vertigier : 17-30 campagne contre Engis et assistance aux 2 princes : 31-39 Merlin conseiller de Pandragon, compagne contre les saxons et bataille de Salesbieres : 40-46 Merlin conseiller d’Uther, fondation de la Table Ronde : 47-51 avenement d’Arthur : 80-91 ? recit lineaire epousant un deroulement chronologique sans entrelacement La technique narrative : effets de symetrie et constructions en miroir : themes des propheties, des senefiances, de la naissance illegitime, de l’aide apportee a la mere jeux de miroirs inverses : antithese effets de specularite (mise en abyme) ou metatextualite place centrale du recit occupee par la Table Ronde Les structures narratives : importance du dialogue : discours indirect alterne avec le discours direct (forte theatralite et aspect dramatique du debut) discours oratoires (morceaux oratoires) importance de la parole gnomique : sentences et proverbes Varier sa matiere : melange de recits edifiants et de recits amusants ; recits a tonalite epique et passages nettement juridiques et didactiques meler le serieux et le comique (lie au personnage de Merlin) merveilleux assez peu developpe : Le contenu spirituel et moral du Merlin religieux : demonologie (diable represente soit comme entite unique soit comme multitude de demons, dont la femme devient l’instrument privilegie des ruses), tableau des peches (desespoir, colere, luxure, orgueil, envie), remedes au peche (redemption, penitence avec confession, repentir, pratique du signe de la croix), soteriologie du Salut et de la Redemption, dogme de la Trinite Table Ronde : instauree par Uther, devient l’expression d’un ideal a mi-chemin entre chevalerie terrienne et celestielle images de la Justice : cf. proces laic de la mere de Merlin mage du droit feodal et de la royaute : relation vassalique du Duc de Cornouailles vis-a-vis d’Uther, 2 types de monarchie representes (hereditaire et elective) V. Les dragons dans Merlin Merlin le prophete associe a la figure du dragon meme s’il ne le combat pas 2 episodes principaux : – la tour de Vertigier s’ecroule en raison de la presence de 2 dragons dans la Suite de Merlin, le devin participe aux guerres d’Arthur contre ses ennemis et brandit une enseigne consistant en un dragon vivant capable de provoquer d’incroyables phenomenes 1 : Senefiances des dragons Un symbolisme ambivalent : ardien severe de tresors caches ou enfouis et figure tutelaire d’un lieu etre chtonien, symbole du mal par l’identification au serpent dans la religion chretienne symbolise une puissance celeste, creatrice, ordonnatrice, devient le symbole de l’empereur ou du roi associe a la foudre (feu crache) et a la fertilite (amene la pluie) ? fonctions royales garantissant ordre et prosperite lie au symbolisme aquatique car vit dans l’eau Le dragon roux et le dragon blanc : se trouvent dans les fondations de la tour de Vertigier, Merlin les decouvre et ils combattent, le blanc l’emporte ragon blanc : motif ancien se trouvent deja chez Nennius et dans la tradition galloise (dragon figure tutelaire de Grande-Bretagne), porte les couleurs livides de la mort ; dragon rouge : embleme du Pays de Galles, symbole de violence et de colere ? les 2 dragons sont enterres ensemble : fusion de leur destin et possibilite du resurgissement de la colere au Moyen Age : roux associe a la felonie, la trahison et la ruse ? blanc associe au bien, a la purete, indice du merveilleux, signe d’election et du divin Fonction d’annonce proleptique et necessite de decryptage : eul Merlin peut decoder les signes envoyes par Dieu et il lui revient d’enseigner ce que cache la semblance et la senefiance (sens cache aux hommes) mise en scene theatrale du dessein de Dieu, de la Providence divine 2 : L’apparition du dragon lors de la bataille de Salesbieres : le dragon vermeil comme enseigne de la nouvelle royaute Le dragon vermeil comme signe de la victoire : passage du dragon roux incarnant la felonie au dragon vermeil (46), indice de royaute et de puissance, symbole du Pandragon, signalant la victoire contre les saxons et l’immolation victorieuse de Pandragon assage du dragon blanc au dragon vermeil marquant une etape vers l’ascension au pouvoir royal ; blanc, signe d’indecision Le nom et le dragon : Uterpandragon : du celte « pen » (= tete) et du gallois « aruthr »/uter (= terrible) ? « dragon a la tete effrayante » Uter associe a Pandragon (nom de son defunt frere) : unification de la royaute 3 : Construction d’un lignage royal a travers la metaphore du dragon : Pandragon et Uter jusqu’a Uterpandragon Pandragon et Uter, la gemellite : fratrie royale evolue de la ternalite a la dualite en raison de la mort de l’aine

Merlin toujours soucieux de s’expliquer en presence des 2 freres (44-45) a propos de la bataille de Salesbieres L’unification : Uterpandragon : elu sous le regne duquel est instaure la Table Ronde, pere du Roi dont Merlin prepare l’avenement incarne les 3 fonctions royales : guerre, souverainete religieuse, sexualite ere de l’inachevement (devant etre parachevee avec la venue d’Arthur) : roi encore trop soumis aux choses terrestres Le dragon comme embleme du lignage royal : armes d’Arthur (heritees d’Uter) representent un dragon, figure mythique de la dynastie etendard d’Arthur = nouvelles chevalerie et royaute, signe divin erpetue la memoire des fondateurs symbole du dragon se transforme en embleme de l’oriflamme VI. La femme dans Merlin **: entre luxure et maternite figures feminines jouent un role secondaire mais leur presence s’avere essentielle et leurs fonctions narratives temoignent de 2 types majeurs : femme au service du diable en tant qu’instrument contre Dieu femme comme figure de la maternite au service du dessein divin au Moyen Age : femme tantot vouee a l’anatheme, tantot idealisee sur un piedestal a l’image de la Vierge 1 : La femme, instrument privilegie du diable : femme et luxure

Images de la luxure : 3 filles du prodome : theme de la luxure apparait des le debut du roman avec l’histoire de la fille ainee condamnee a etre enterree vive pour avoir eu des relations charnelles hors mariage (3-23-26) ; touche ensuite la cadette qui, pour echapper au sort de son ainee, se livre a la debauche et a la prostitution (4) qui beneficie d’un statut d’impunite au regard de la justice civile prostituee a l’origine de la colere de la mere de Merlin qui devient, a cause de cette colere et de l’oubli du signe de la croix, victime du diable et recoit sa semence malefique dulteres : conception du juge (fruit des relations adulterines de la mere et d’un pretre, 14), cortege funebre dans lequel Merlin denonce par son rire l’adultere d’un pretre et d’une femme mariee (25) Dire le peche de chair : position ambigue de Boron selon qu’il fasse le proces de la luxure (« avoutire », « luxure ») ou qu’il tente de gommer le seme du peche (« gesir », « couchier ») « avoutire » (adulterium) = adultere, crime de celui qui viole la foi conjugale : employe lorsqu’il s’agit de la justice des hommes ; « luxure » = peche contre la chastete : utilise dans le cas du peche condamne par la justice divine

La luxure en proces : proces de la mere constitue l’embleme de l’affrontement entre la justice des hommes et celle de Dieu justice de Dieu et position de l’Eglise : au XII, bipartition entre faute volontaire et faute involontaire (cas de la mere) dont la punition se situe a 2 niveaux : penitence vis-a-vis des hommes et damnation eternelle vis-a-vis de Dieu ? pose les problemes du mystere de l’Immaculee Conception et celui de la procreation des demons ? Boron prefere deplacer le probleme dans le cadre de la justice civile ustice civile : Merlin doit intervenir (car Blaise ne le peut) et utilise son pouvoir omniscient ; sa mere est acquittee grace a la culpabilite de la femme du juge 2 : La femme et le rachat : la maternite La mere de Merlin : reecriture de l’Immaculee Conception : incarne le « vaissel » pur dans lequel s’est operee la transmutation du mal en bien, desarmant la semence du Malin sachant l’emprise du demon, en servante de Dieu, fait penitence et se modele sur la figure de Marie Igerne : incarnation de la fidelite et de la probite a l’egard de son epoux, est la victime d’un vaste dessein dont elle n’est qu’un rouage ? st le « vaissel » dans lequel doivent naitre les heros, tous entaches de batardise et promis a un destin superieur peche de chair orchestre par Merlin Maternite et perte : construction de l’univers arthurien marquee par une serie ininterrompue de spoliations et de sacrifices dans lesquels les figures de meres sont les premieres victimes (ex : nourrice d’Arthur acceptant a contrec? ur de spolier son fils du lait maternel) VII. Le personnage de Merlin 1 : La conception et la fabrication du personnage : heritages et metamorphoses litteraires de Merlin Les traditions en amont : oemes gallois textes latins ? Boron herite de ces 2 traditions : l’une savante faisant de Merlin le fils du diable, l’autre populaire faisant de Merlin un homme sauvage La nouvelle conception de Merlin selon R. de Boron : fabrication sous le sceau de la dualite : combat entre Ciel et Enfer ? entrevue unique de la vierge et de l’incube, seulement possible par un concours de circonstances orchestre par le diable pas de plaisir charnel : la mere de Merlin doit rester « vierge » (reecriture de l’Immaculee Conception) ? Merlin doit etre concu sans amour et sans joie pparente defaite de Dieu renversee grace a la mere qui se confesse et fait penitence ? l’enfant echappe donc au pouvoir du diable, meme s’il conserve des marques visibles de ses origines troubles (corps velu) : l’enfant est baptise et le fils du demon devient ainsi un diable « angelise » ? dualite constitutive du personnage a qui Dieu laisse son libre-arbitre Merlin apparait d’emblee comme un etre duel : creature du diable par son corps et sa memoire infernale qui ne pardonne et n’oublie rien, et creature de Dieu qui lui accorde la prescience comme un surcroit de grace : Merlin dans la diegese : le « prophete du Graal » et « l’ange protecteur de la chevalerie » le « prophete du Graal » joue le role d’instrument de la Providence : prepare l’avenement d’Arthur, instaure la Table Ronde, est l’instigateur des aventures qui s’acheveront sur l’aventure supreme, la quete du Graal Les muances de Merlin : un etre proteiforme qui se prete a toutes les metamorphoses : Merlin, homme sauvage : dans la Vita Merlini, devenu fou, est en liaison etroite avec l’espace de la foret dans l’_Historia Regum_, disparait du recit et est sporadiquement rappele par les rois pour sa divination ans Merlin, la foret est le receptacle de sa memoire et le lieu du recueil des evenements qu’il veut remembrer : ces sejours sylvestres (31-36-44-90) creent une periodicite narrative grace a quoi ses sejours a la cour trouvent toute leur ampleur ? mais Boron evince certains reliquats celtiques dont la folie de Merlin, le Merlin-roi, les liens avec le cerf et le loup Merlin et ses metamorphoses : ? erige la metamorphose en veritable mode d’etre, parfois pour son seul plaisir ; affranchi des contraintes de la forme, de l’espace et du temps, s’installe dans le multiple et la muance 4 metamorphoses dans Merlin : bucheron (32), gardien de betes (33), preudomme (33-34), vieillard/valet messager (35-37-38-39), vieillard (61), le « contraint » (65), Bretel (65), vieillard (76) sa nature reside dans le changement et l’instable metamorphose d’essence diabolique, liee a l’illusion plusieurs sortes de metamorphoses selon Dubost : metamorphose-signature (signal de reconnaissance a l’usage des inities capables d’en identifier l’auteur), metamorphose facetieuse (exhibition destinee a montrer ses pouvoirs), metamorphose strategique (permet de confondre les incredules), metamorphose-revelation ode d’etre de Merlin comparable aux signes divins et aux merveilles Merlin et ses doubles : Merlin ne peut prendre en charge seul 2 dimensions : scripturale : deleguee a Blaise car ne peut assumer la tache de transcrire le Grand Livre du Graal terrestre concernant le mariage (deleguee a Ulfin, figures du diplomate et du conseiller lors du mariage d’Uterpandragon et d’Igerne), l’education d’Arthur (prise en charge par Antor) ou son election (expliquee et dechiffree par l’archeveque) Merlin, un etre de pouvoir : la fois devin, prophete et magicien, a le pouvoir de se jouer de la pesanteur (pierres d’Irlande), possede le don d’ubiquite, l’immortalite : peut transcender le temps humain construit la royaute : est l’instigateur des evenements et maitre de la diegese ? c’est lui qui ordonne les evenements car est l’instrument de la providence a l’initiative de dresser le cimetiere de Salesbieres, mausolee a la memoire de Pandragon ? perpetuer sa memoire et montrer sa capacite invente la Table Ronde, elit les 50 chevaliers qui y siegeront figure tutelaire qui orchestre la venue d’Arthur

Merlin, un etre de parole : Merlin prophete : plusieurs sortes de paroles : parole delivrant une senefiance, derriere les semblances : decrypter les accidents du reel pour en donner le sens la bonne parole proche de celle du Christ la parole secrete (murmures a l’oreille de Pandragon agonisant) parole argumentative et persuasive (proces de la mere notamment) parole prophetique lui venant de son savoir entier, en amont et en aval parole de conseil aux rois : parole magistrale qui releve du sermon (45) 3 : Merlin et l’Ecriture Merlin en figure de l’ecrivain : Merlin et le Grand Livre du Graal : ivre ambigu, a l’image de Merlin : – vrai mais ne fait pas autorite des l’instauration de la Table Ronde, ce n’est plus le reel qui cautionne le livre mais le livre lui-meme qui accredite le reel et lui donne sens mise en place d’une delegation de la parole d’autorite : Merlin (temoin et conteur), Blaise (scripteur/copiste) et Boron Merlin**, embleme de l’esthetique du divers et du composite : emprunts a des sources variees : reminiscences de la Vita Merlini, de la chronique, des fabliaux, de l’exemplum, du roman courtois, du theatre e conseil des demons evoque les mysteres ; la consecration d’Arthur se compose de dialogues, d’une longue tirade de Merlin, des homelies de l’archeveque ? tonalites variees provenant de genres differents, a l’image de Merlin bien que sa nature soit plurielle et insaisissable, toutes les actions de Merlin sont tournees dans une intention politique et spirituelle ordonnee par Dieu Merlin, clef de voute du discours theologique dans la forme prose : a Merlin, Antechrist rate, revient de donner sens, de realiser et de decoder le dessein divin criture en prose, forme ideale capable d’accueillir et de fondre les traditions heterogenes ? permet au Livre du Graal de rivaliser avec le livre sacre Conclusion les metamorphoses de Merlin se poursuivent jusqu’a celle, lyrique et dechirante, du Merlin entombe par Viviane ? marginalise du recit apres avoir acheve sa mission divine : instaurer la Table Ronde, conduire Arthur sur le trone, faire ecrire a Blaise le Livre du Graal Boron a inscrit la biographie de Merlin au c? ur de l’evolution spirituelle de la chretiente et a cree le roman de chevalerie des temps nouveaux

VIII. Le rire de Merlin en ancien francais, la famille morphologique de « rire » est assez large, avec un spectre semantique allant du sourire a la moquerie, a la farce, en passant par le rire : ris (XII, Wace) : rire, sourire risee (XII) : eclat de rire, moquerie riset (XIV) : ris ? moquerie riace (adj. Feminin) : rieuse, qui aime se moquer 1 : L’ambiguite du rire de Merlin : le rire comme embleme de la dualite du personnage rire ambigu, a l’image de Merlin, fils du demon rachete par Dieu et conformement a l’essence-meme du rire Position de l’Eglise face au rire : urant le haut Moyen Age : modele de la societe chretienne medievale, l’homme ne rit pas et le moine doit meme incarner l’homme qui pleure ? rire considere comme la facon la plus obscene de rompre le silence vers le XII, l’Eglise controle et codifie la question du rire ? rire considere comme d’une orature double : a la fois rire joyeux et rire mechant, moqueur, lie au Bien et au Mal Le rire de Merlin et ses sources : rit dans l’_Historia Regum_ au moment de deplacer les pierres d’Irlande rit dans la Vita Merlini avant les devinailles chez Wace, pas de rire de Merlin ource biblique : dans l’evangile apocryphe (= douteux) de Saint-Thomas, l’enfant Jesus rit avant de faire subir l’interrogatoire qui va confondre son maitre Chez R. de Boron : rit a 10 reprises : 11 : Merlin enfant rit pour rassurer sa mere et lui annoncer qu’elle echappera au supplice 12 : Merlin rit avant la sentence 21 : Merlin se fait connaitre des messagers de Vertigier 22 : Merlin predit aux messagers qu’ils ne mettront pas leur sentence de mort a execution 24 : Merlin rit en voyant le vilain qui achete du cuir 25 : Merlin rit devant la procession de l’enterrement de l’enfant 8 : Merlin rit avec Pandragon car ils sont en train de mystifier Uter 41 : merlin rend visite au malade pretendu 62 : Merlin mystifie Ulfin avec la complicite du roi qui rit aussi 63 : le don contraignant 3 sortes de rires chez Merlin : lie a la prescience : annonce la prediction lie a la joie, au jeu ou au plaisir de la mystification lie a la mort (6 sur les 10) : dote d’une double valence (affirmer et renverser) et demasque une faille dans la logique humaine 2 : Le rire et le dire le rire annonce la parole prophetique, est signal de l’activite prophetique, provoquant une attente et une interrogation car annonce ne revelation ou un evenement extraordinaire rire du sage, de celui qui sait, qui a penetre les secrets des ames rire sans joie, signe de superiorite de Merlin que lui procure le savoir : rire de l’ironie souveraine 3 : Le rire et le jeu rire et comique : repose souvent sur la notion d’incongruite ? le fabliau du vilain, la triple mort du baron, la procession funebre rire et jeu : les mystifications de Merlin peuvent faire l’objet d’un partage, avec Pandragon puis avec Uterpandragon : image du conseiller et du rex facetus ; image de la complicite entre Merlin et le roi rire inquietant, fort eloigne de la compassion du Christ IX. La parole dans le Merlin 1 : La parole diverse ou l’ambivalence de la parole Parole du diable contre parole de Dieu : les diables veulent creer un porte-parole, double inverse des prophetes dualite retrouvee dans l’opposition entre les bonnes paroles de Blaise et les fausses paroles de l’entremetteuse parole fausse liee au semblant, temoigne d’un usage possible de la parole voilee et hypocrite peut aussi etre source de bien et d’amendement : confession (7), pratique evangelique de Blaise, preche (80-32 sq), priere (6-41 sq)

Parole secrete et sacree : cf. le secret de la parole du Christ a Joseph : l’indicible, le blanc originel du recit (16) La bonne parole ou parole d’exception : cf. l’agonie d’Uterpandragon qui n’a pas prononce un seul mot depuis 3 jours (79-45 sq) et la parole d’exception entre le roi et Merlin 2 : Efficience de la parole Une parole directive : joue un role important pour les personnages Blaise et Merlin frequente collocation d’un verbe de parole et de « faire » : action soumise a la parole force illocutoire de Merlin reposant sur sa capacite a dire le vrai ?

Merlin est le maitre de la parole didactique lie a un espace institutionnel (tribunal, cour du roi, eglise) : il lui suffit d’asserter pour que le monde realise ses paroles pour la parole prophetique, enchainement systematique prediction/realisation tendant a creer l’illusion d’une parole efficiente en elle-meme : devoilement et non cause de l’action (? du Verbe divin qui fait le monde) Les retraits de Merlin et le passage a une autre forme de parole : pourparlers entre Ulfin et les conseillers d’Igerne (67-71) : parole didactique ontroverse entre les barons et l’archeveque (80-89) : parole polemique ? retrait de Merlin de la scene romanesque : l’omniscience ayant disparu, le champ est laisse libre a la parole humaine 3 : Le Livre comme parole ideale texte engendre par le discours ; recit = reduplication de la parole jeu structurel (prolepse et analepsie) temoigne du double pouvoir de Merlin : dire le passe et l’avenir analepsie (15-16-22-30) : recits indirects servant a asseoir la credibilite de l’enfant divin prolepses dominantes : narration = amplification du discours prophetique ; l’ecrit reste gage d’authenticite.