memoirecorinnabille

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Pia Brunner 44 Rue Epoigny 941 20 Fontenay-sous-Bois France no de téléphone ( (00 33) (0)1 43 70 14 71) Email :pia. [email protected] fr MEMOIRE DE LICENCE DE LETTRES FRANCAISES MODERNES SUJET: L’œuvre de Corinna Bille La rêverie des éléments: Du corps saisi, projet TABLE DES MATIERE INTRODUCTION 2 p g LE SAISISSEMENT DU CORPS L’urgence d’écrire et de rêver sa vie Il L’espace intime du dehors Ill Emerentia 1713: l’enfance, rêveuse de nature IV L’indéracinable Amour Au-delà de l’eau VI La rêverie inorganique VII L’arbre-méthapore VIII La forêt comme métaphore et lieu de l’amour

Corinna Bille, est l’origine intact et tangible d’un monde immémorial qui résonne dans ces nombreux écrits, dans cette parole aujourdhui encore intarissable, inépuisable malgré la disparition de l’auteurl . Aborder le thème de la nature, m’amène, il va de soi, à parler du procédé descriptif que pratique Corinna Bille.

La description telle qu’elle s’illustre dans son œuvre, n’est pas le prétexte à un discours explicatif et extrinsèque au récit, comme elle peut l’être dans les traditionnelles descriptions, elle n’est pas pur effet rhétorique, Mimésis, représentation d’une réalité qui, depuis Barthes, ne serait jamais u’un code de représentation et ne renverrait qu’à la vérité de l’écrit, le réel de

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l’écriture.

Là n’est pas mon propos, c’est pourquoi je résumerais cette idée en affirmant que la description chez Corinna Bille n’est pas pastiche du réel, qu’elle n’est pas non plus autonome, c’est-à-dire pourvue de marques spécifiques2, pas plus qu’elle ne répond ? un souci esthétique ou ornemental. Chez Corinna Bille la description est au contraire très souvent narrativisée, au sens ou elle est partie intégrante de la dimension L’œuvre de Corinna Bille recense une quarantaine de textes, et de nombreux textes posthumes sont encore ? araître. 2 2 monde, son regard d’actif et d’événementiel. Le paysage y est pensé en profondeur, for intériorisé, il est intimement vécu. L’intimité est d’autant plus forte que le corps y tient la part essentielle. Il est le lieu où se déploie la rêverie. Lisons la citation suivante: Description: Les bocages de la plaine… ceux que j’appelais les îles… Le désir des paysages, aussi fort l’un que l’autre, le désir de s’incorporer à eux, d’être eux. Dans cette phrase s’affirme la spécificité de l’imaginaire cosmique de Corinna Bille: le corps est le support même de sa rêverie, là se déploie le texte, l? ‘écrit l’œuvre, y naissent les images celles d’un saisissement, celles d’une dévoration. C’est dans le corps, via l’écriture que « l’élément fondamental », c’est-à-dire l’élément qui fonde la relation du moi au monde, est directement restitué. Et c’est l’œuvre qui fonde ce rapport, établit un lien étroit entre le corps et le monde.

Le corps y est texte, matière vivante, le texte organique organise alors dans l’œuvre sa Cette fusion, il va sans dire, ne peut se faire sans mettre le corps en atteinte: se fondant ou se confondant à la substance première, le corps mêlé ou dissout, échange on enveloppe charnelle contre le brut, l’élémentaire fondamental. 3 12 souvent décrite en termes de conquête amoureuse, de fusion passionnelle. C’est toujours l’être aimant, la source d’amour que le corps bouleversé par ses incessantes 3 Le vrai Conte de ma vie, p. XLIX.

C’est moi qui souligne. 5 mutations, dissolutions, liquéfactions) veut atteindre. La nature qui concentre l’ensemble des éléments dans sa mater-ialité fondatrice figure ainsi l’intimité affective de l’écrivain. nversement, sans subir la moindre transformation, le corps clôturé, intact, homogène, s’abandonne et se livre au pouvoir érotique du végétal nthropomorphisé. Mais cette rêverie d’un corps passif, littéralement saisi par l’élémentaire, cède parfois la place au thème que j’appellerai celui du corps-dévorateur.

Réduit à une immense béance, une vaste bouche, le rêve de ce corps actif est d’engloutir le monde, de le saisir à son tour. Le corps dévoré devient dévorateur, engouffrant dans sa chair les plus infimes éléments terrestres. Cette assimilation de la matière engendre alors, comme nous le verrons dans ce Mémoire, une rêverie de la fertilité créatrice, l’œuvre y délivrant son secret, livrant un monde lisible comme un autre monde doublé.

La voix de Corinna Bille, loin d’être désincarnée, est inextricablement liée au c 4 2 L’imaginaire de l’oeuvre de Corinna Bille, Maryke de Courten a montré, par une approche phénoménologique de type bachelardien combien la rêverie de la nature chez Corinna Bille répondait au dynamisme de l’imagination matérielle décrite par Gaston Bachelard. Maryke de Courten met en évidence le fait que ce sont les rêveries de la terre et du végétal qui dominent chez l’écrivain et que celles du feu et de l’eau y sont moins prépondérantes.

Nous trouvons qu’il est nécessaire de commencer par résumer rièvement la thèse de Maryke de Courten afin de mieux comprendre celle que nous exposerons ensuite. Selon la théorie de Bachelard, qui s’occupe de cosmologie symbolique, Maryke de 6 Courten attache à l’eau courante et à l’eau immobile deux types de rêveries différentes. La première engendre un imaginaire de la vivacité, de la légèreté et de la vie, et l’eau immobile fait naitre, au contraire, une rêverie du silence, de la mort douce et de l’obscurité.

En ce qui concerne la rêverie végétale, celle-ci travaille l’imaginaire de Corinna Bille selon une double thématique: celle des noces végétales et celle e la métamorphose arborescente. Le premier thème décrit moins le phénomène d’exaltation amoureuse de la forêt que les perversions criminelles qui s’y libèrent et qui en sont les déformations. s 2 Mère, une terre qui nvite au repos et engendre, chez ceux qui en subissent le pouvoir des rêveries de descentes et d’assimilations.

La théorie phénoménologiste de Maryke de Courten montre ainsi combien la nature est vécue en profondeur chez l’écrivain: la rêverie des éléments devient expérience existentielle. Mon approche des textes de Corinna Bille sera également une approche de type achelardienne. Penser l’œuvre de l’écrivain pourrait-elle s’envisager sans faire appel à la pensée symbolique que Bachelard avait du monde? Comment ne pas référer à son œuvre quand elle tend à démontrer que les images ne sont pas de simples moyens d’expression visuelles mais qu’elles sont directement vécues?

En dautres termes il y aurait pour Bachelard une véritable phénoménologie de l’imaginaire, dans la mesure où l’image serait un phénomène d’être parce qu’elle aurait un rôle ontologique fondateur, une valeur d’expérience sensible: celle interne du regard qui aurait le même mpact qu’une expérience externe subite, directement vécue. 7 La pensée Bachelardienne accorde par conséquent un statut existentiel à l’image, une fonction de renouvellement du monde, de permanence d’une Mémoire collective.

Dépassant par-là même, e suelle évidence. 6 2 vital dont son imagination est porteur4. Je pourrais ainsi qualifier mon discours critique d’approche thématique5, au sens où le terme ‘thématique » désigne tout ce qui dans l’œuvre est indice d’investissement existentiel, c’est-à-dire ce qui est la trace, le témoignage que l’écrivain se crée par le biais de l’engagement littéraire. Et Corinna Bille, comme nous le verrons dans le premier chapitre de mon Mémoire voue totalement son être ? son œuvre.

La thèse défendue dans ce Mémoire prend comme point de départ l’approche critique de Maryke de Courten: aux trois éléments (terre, eau, arbre) correspondraient trois types d’imaginations, à la fois spécifiques et semblables selon les valeurs qui sont mises en avant. De là je démontrerai combien la rêverie matérielle est vécue chez Corinna Bille comme une expérience ultime dAmour et d’érotisme. Ces deux aspects de l’œuvre, l’amour et l’érotisme, brièvement urvolés par Maryke de Courten, m’ont paru insuffisamment exploités.

Je pense, en effet, que sa thèse a ? négligé ces dimensions dominantes chez Corinna Bille au profit dautres aspects de la rêverie intime de la nature, comme par exemple la tentation d’éternité, ou la nostalgie 4 C’est de ce rapport que naît la singularité de la rêverie cosmique de Corinna Bille. Et c’est précisément cette singularité qui m’a amené Mémoire, c’est pourquoi 2 pouvoir illimité de mobilité créatrice. L’analyse thématique met en évidence des métaphores, des idées organisées en réseaux et qui Indiquent u’une sorte de mythe personnel s’élabore au fur et à mesure du récit.

La démarche thématique est tout intuitive, à l’affût du moindre signe témoignant qu’une expérience existentielle s’élabore au fil de l’œuvre. Le moi de Proust se créant dans le prodigieux accomplissement de La Recherche en illustre parfaitement l’idée. 8 du temps perdu de l’enfance. Cela s’explique selon moi par le fait que la thèse consacrée à Corinna Bille analyse moins l’imaginaire de celle-ci ? la lumière des théories bachelardiennes qu’elle n’illustre plutôt, dans l’œuvre de l’écrivain, les randes composantes de l’imaginaire humain dont s’est préoccupé le phénoménologue.

De plus, en toute fin de son analyse, reprenant la théorie des régimes nocturnes et diurnes de Durand, Maryke de Courten conclut sa recherche en affirmant que l’imaginaire matériel de Corinna Bille répondrait ? un régime nocturne de l’image. Cest-à-dire que la rêverie des substances aurait comme dessein celui de trouver l’antidote du temps dans « La rassurante et chaude intimité de la substance »6 .

Mon point de vue développera au contraire la violence fusionnelle qui s’établit entre le corps humain et l’éléme trerai en quoi cette 2 l’impressionnante richesse de son expression et enfin je montrerais que toujours cette violence se répercute sur le corps par deux actes d’intime possession: le saisissement et la Mon Mémoire couvre la totalité de l’œuvre de Corinna Bille (poèmes, petites histoires, nouvelles, romans, ainsi qu’une pièce de théâtre) mais il accorde toutefois une attention plus soutenue à deux nouvelles: Emerentia 1 713, et Le journal de Cécilia ainsi qu’à la pièce de théâtre: La chemise soufrée ou la solitude. Le Mémoire comprendra deux parties (le saisissement du corps / la dévoration du corps) d’étendues inégales. Tout d’abord, dans le premier chapitre, je parlerai du rôle salvateur qu’? joué l’écriture dans la vie de Corinna Bille: écrire était pour elle sa respiration essentielle7, et c’est pourquoi, comme je l’expliquerai dans le second chapitre, la nature, l’espace externe rêvé, devient espace intime. Les chapitres qui suivront directement seront consacrés au désir L’imaginaire dans l’oeuvre de Corinna Bille , p. 228. Propos receuillis par Gilberte Favre dans Le Vrai Conte de sa vie, p. 4 9 amoureuse. Les chapitres qui cloront la première partie seront consacrés à la rêverie arborescente de Corinna Bille. Dans ces chapitres j’analyserai, dans un premier temps, le pouvoir aphrodsiaque de la forêt, dû non seulement à l’atmosphère cloisonnée qui la définit mais également à ses valeurs essentiellement féminines: son mystère, sa douceur, son humidité. Ensuite je traiterai du thème récurrent de l’amant-arbre. Enfin, dans la deuxième et dernière partie du Mémoire, celle consacrée au corps-dévorateur, j’analyserai le thème de l’incorporation des éléments, spécifique de l’imaginaire virginal de Corinna Bille.

En effet, court dans son œuvre cette image emblématique de la vierge mputée dans son corps cherchant à le combler par l’incorporation d’éléments naturels. L’objectif de ce Mémoire qui analysera les différentes figures de l’expérience corporelle avec l’élémentaire, sera de montrer que l’écriture, acte essentiellement solitaire, fonde chez Corinna Bille, une intimité affective et salvatrice avec le monde, et que cette rencontre se joue dans l’espace vibrant d’un corps incessamment bouleversé. 10 L’urgence d’écrire: rêver sa véritable vie Corinna Bille conte, chante, versifie, narre, écrit pour « se sauver, pour essayer de se guérir, de se calmer »8 . Ell 0 2 cette terrible