Macro-economie

Macro-economie

ELEMENTS DE MACROECONOMIE tegueu leopold Introduction L’objectif de ces elements de macroeconomie est de fournir une description des grandes variables macroeconomiques du systeme productif et de leurs interactions en economie liberale. C’est une base necessaire pour comprendre les phenomenes economiques, et plus specifiquement la faible croissance et le sous-emploi important que connaissent nombre de pays. C’est un objectif difficile, parce que la connaissance economique dont on dispose aujourd’hui parait insuffisante pour expliquer ces mauvais fonctionnements et leur trouver une solution.

Des ecoles existent qui professent des theories differentes, qui divergent presque des leurs premisses. Il y a la une difference avec le savoir de nombre d’autres disciplines scientifiques qui tres generalement sont dotees d’une large base reconnue et acceptee par l’ensemble des ecoles, les divergences se manifestant au-dela. L’exposition commence par definir les variables macroeconomiques et leurs relations immediates, en partant de l’activite productrice des entreprises. Ces relations sont conformes a celles de la comptabilite nationale, et a ce titre elles constituent un fondement solide pour l’examen des theories economiques.

Suit l’expose des principes de deux grandes traditions de la science economique, ceux de l’economie classique, et ceux de la theorie keynesienne. En depit des erreurs qu’elles peuvent contenir, elles sont considerees comme

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valables par des fractions importantes de specialistes. Connaitre leurs argumentations permet de comprendre les debats economiques actuels. Leur expose est suivi d’une critique raisonnee. Leurs insuffisances conduisent a exposer en dernier lieu une troisieme ligne de pensee qui renoue avec certain point de vue exprime par de grands economistes du passe, mais

Elements de macroeconomie 2 neglige dans la periode contemporaine. Pour situer tres brievement ces trois lignes de pensee relatives aux questions de la croissance et de l’emploi, l’economie classique considere que c’est l’epargne du public qui est le moteur de la croissance, la theorie keynesienne avance que c’est l’investissement des entreprises, et la troisieme position que c’est la consommation. C’est un facteur de complication qu’en exposant les bases d’une discipline il faille des l’abord faire part de divergences theoriques profondes.

Et il est bien sur difficile lorsqu’on s’initie a un nouveau domaine de connaissances d’y trouver des theories qui s’affrontent des leurs premisses, mais y echapper n’est pas possible dans l’etat present des connaissances macroeconomiques. 1 Les principales variables macroeconomiques et leurs relations L’initiation a la macroeconomie, objet de ce chapitre, se limite a l’etude du cas d’une economie simplifiee de type liberal. Cette economie n’a pas de relations avec d’autres economies, on dit qu’elle est fermee.

Les agents de l’economie sont constitues d’une part des entreprises et d’autre part du public qui comprend les menages et les administrations. Les entreprises n’ont pour fonction que la production et la commercialisation de biens et services non financiers. Elles sont la propriete d’agents du public. L’expose est centre sur les grandes variables de la production, exprimees en l’unite monetaire en vigueur dans cette economie. Quelques elements sur la monnaie et le systeme bancaire sont aussi decrits, ceux qui sont necessaires a la comprehension des relations entre les variables de la production.

Cette initiation debute par l’enonce d’une chaine de relations entre variables macroeconomiques, relations qui constituent une base sure de la macroeconomie, conforme a ce que serait la comptabilite nationale de cette economie simplifiee. Dans une economie fermee, pour tout intervalle de temps, les variables macroeconomiques relatives a cet intervalle verifient les relations suivantes : Elements de macroeconomie 3 Investissement + Consommation (1) = Production nette (2) = Salaires + Profits (3) = Revenu (4) = Epargne + Consommation Pour definir ces variables macroeconomiques et expliquer leurs relations, partons du niveau de l’entreprise.

La valeur ajoutee de l’entreprise est par definition l’accroissement de richesses en produits (les biens et services) du a son activite. Il s’agit ici d’une valeur ajoutee nette calculee en tenant compte de la consommation de produits qu’entrainent les processus de production. Cet accroissement, une fois remunere le travail sous forme de salaires, laisse le profit. Salaires et profit forment le revenu procure par l’entreprise au public. Ce revenu est ainsi egal a la valeur ajoutee de l’entreprise. Les egalites (2) et (3) proviennent de la sommation de ces relations sur toutes les entreprises de l’economie.

La production est par definition la somme des valeurs ajoutees de toutes les entreprises, et le revenu est celui procure au public par l’ensemble des entreprises. C’est une production nette, puisque est decomptee la valeur des biens consommes dans les processus de production. La relation (1) indique la destination de la production nette de l’ensemble des entreprises, production qui se divise en consommation acquise par le public et investissement. L’investissement est la part de cette production conservee par l’ensemble des entreprises. Il mesure l’accroissement de valeur de leur capital productif.

Le revenu de chaque agent du public est ce qu’il percoit en provenance des entreprises, generalement modifie par des transferts avec d’autres agents, principalement des impots et des transferts sociaux. Ce revenu se repartit entre ses depenses de consommation et son epargne. Cette repartition s’agrege au niveau macroeconomique pour donner la relation (4) entre le revenu, la consommation et l’epargne macroeconomiques. Elements de macroeconomie 4 La suite des relations (1) a (4) entre grands agregats de la production conduit a l’identite entre production et revenu ainsi qu’a la suivante : (5) Epargne = Investissement.

Ces relations (1) a (5) sont reconnues depuis longtemps, mais leur interpretation differe dans les trois conceptions decrites plus loin. 2 La formation des grands agregats de production Precisons maintenant comment se forment les grands agregats qui decrivent la production d’une economie sur un laps de temps defini, afin d’analyser ensuite comment leurs interactions engendrent la croissance economique. Pour cela, il est necessaire d’etudier la production au niveau de l’entreprise, puis d’agreger les variables de l’entreprise au niveau macroeconomique. 2. 1 La production de l’entreprise Les processus de production La fonction productrice de l’entreprise consiste a transformer des produits elabores par d’autres entreprises en ses propres produits en utilisant du travail. La Figure 1 schematise ce processus de transformation. Pour assurer cette fonction, l’entreprise acquiert aupres d’autres entreprises d’une part du capital fixe (machines, outillage, constructions, etc. ) constitue de biens durables et d’autre part ce qu’on appelle de la consommation intermediaire, des produits ou services en principe consommes en une seule fois dans les processus de production.

Elle acquiert aussi le travail necessaire a la mise en ? uvre de ces processus de production. Exemple : l’industrie textile de fabrication de vetements ou Elements de macroeconomie 5 tissus, fil, etc. (consommation intermediaire) sont transformes en vetements par le travail d’employes a l’aide de machines et d’outillage (capital fixe) servant a decouper et assembler le tissu. Figure 1 : L’entreprise : son capital productif et ses echanges Achats de travail Capital productif Ventes de produits Achats de produits A tout moment, l’entreprise possede des stocks en plus de son capital fixe.

Ces stocks sont constitues d’elements de consommation intermediaire acquis mais non encore employes, de produits en cours de fabrication, et de produits finis qui attendent d’etre vendus. Le capital productif d’une entreprise rassemble son capital fixe et ses stocks. La comptabilite de l’entreprise definit la valeur de chacun de ses constituants. La valeur d’un element du capital fixe est son cout d’acquisition diminue de son amortissement, c’est-a-dire de la perte de valeur due a son usure ou son anciennete. La valeur des stocks de consommation intermediaire est leur cout d’acquisition.

La valeur des produits en cours ou des produits finis est leur cout de production. Ce cout de production est forme de la valeur de ce qui a ete consomme dans leur fabrication, non seulement en consommation intermediaire, mais aussi en travail et en usure de capital fixe. Elements de macroeconomie • L’investissement de l’entreprise 6 L’investissement de l’entreprise relatif a un intervalle de temps donne est par definition la variation de valeur de son capital productif sur cette periode. 1 La Figure 1 illustre sa formation. (a)

Investissement = Capital productif final – Capital productif initial Le principe de comptabilisation des produits semi-finis ou finis selon leur cout de production a pour consequence que la fabrication de ces produits ne modifie pas la valeur du capital productif, car la valeur de chacun des produits qui apparait egale la valeur de ce qui est consomme pour le produire. Aussi, seuls les flux entrants de produits et de travail et les flux sortant de produits modifient le capital productif, et l’investissement est en consequence la difference entre ces flux.

Le flux entrant est forme des achats de capital fixe, de consommation intermediaire et de travail. Le flux sortant est constitue des produits cedes, mais a la difference des achats, ces produits sont comptes selon leur cout de production et non selon leur prix de cession. 2 L’investissement peut parfois prendre une valeur negative, ce qui traduit alors une diminution de la valeur du capital productif. (a’) Investissement = Achat de travail + Achats de produits – Cout de production des produits vendus Cette definition de l’investissement, utilisee dans ce texte, est donnee par Keynes dans sa Theorie generale.

Elle differe de ce que la Comptabilite nationale appelle l’investissement net en ce que ce dernier se limite a la variation du capital fixe. L’investissement, au sens ou il est entendu ici, est donc egal a l’investissement net, au sens ou l’entend la Comptabilite nationale, plus la variation des stocks. Quant a l’investissement brut, tel que l’entend la Comptabilite nationale, et qu’elle appelle aussi Formation Brute de Capital Fixe (FBCF), ce sont les acquisitions de capital fixe, auxquelles s’ajoute eventuellement le capital fixe que l’entreprise fabrique pour son propre usage.

L’investissement net de la Comptabilite nationale est ainsi egal a la FBCF diminuee de la depreciation du capital fixe. 2 Il y a assez souvent des ecarts avec la stricte application de ce principe comptable. Des depreciations de stocks, ou des amortissements de capital fixe qui ne se retrouvent pas integralement dans le cout de production des produits ou des encours de production. Nous negligeons ce phenomene dans la presente analyse. 1 Elements de macroeconomie Figure 2 : La nature de l’investissement 7 Capital productif initial

Achats en produits et travail durant la periode Cout de production des produits vendus durant la periode ??? Par restante en fin de periode du capital productif initial, transforme ou non Capital productif final }+ +{ ??? ??? Part des achats de travail et de produits de la periode integree dans le capital productif final Part du capital productif initial consommee dans la fabrication des produits vendus Investissement }? +{ Part des achats de travail et de produits de la periode integree dans le capital productif final

Il faut souligner que l’investissement de l’entreprise relatif a la periode n’est pas un achat de produits de la periode. Pour que c’en soit un, il faudrait, selon son expression dans la relation (a’), que le cout de production des produits vendus soit la Elements de macroeconomie 8 somme du prix du travail achete dans la periode et du prix d’une partie des produits achetes dans la periode. L’investissement serait alors le reste des achats de produits de la periode. Mais le chevauchement des temps de fabrication de produits sur des periodes successives rend ceci impossible pour deux raisons.

D’abord, parce que le travail achete dans la periode est utilise partiellement dans la fabrication des produits vendus dans la periode et partiellement dans la fabrication de produits vendus plus tard. Il ne peut donc etre impute dans sa totalite au cout de production des ventes de la periode. Ensuite, parce que, de facon tres generale, une partie des produits consommes dans la fabrication des produits vendus dans la periode ont ete achetes avant la periode. C’est le cas notamment de la partie du capital fixe qui est consommee. Ainsi le cout de production des ventes de la periode contient le prix de certains achats anterieurs.

C’est donc une erreur naive que de confondre l’investissement avec un achat de produits de la periode. L’investissement est le solde entre deux montants, comme l’illustre la Figure 2. D’une part les achats de produits et de travail de la periode qui entrent ou entreront dans la fabrication de produits pas encore acheves ou pas encore vendus a l’issue de la periode, ou meme dont la fabrication n’a pas encore debute. D’autre part le prix du travail et des produits acquis anterieurement a la periode qui ont ete consommes dans la fabrication des produits vendus dans la periode. Le profit de l’entreprise Le profit de l’entreprise relatif a une periode donnee est par definition l’accroissement de richesse que lui procure son activite de la periode. La seule activite consideree ici etant l’activite productrice et commerciale, ce profit est forme d’une part de la difference entre ventes de produits et achats de produits et travail, comptes selon les prix de cession, et d’autre part de la variation de valeur du capital productif, c’est-a-dire l’investissement. (b) Profit = Ventes de produits – Achats de produits – Achat de travail + Investissement

Elements de macroeconomie 9 Les echanges de produits et de travail se traduisent dans le bilan de l’entreprise par une variation de creances nettes de dettes et une variation d’avoirs monetaires. Notons la presence de l’investissement dans l’expression du profit. Cette presence peut surprendre si, ce qui est une seconde naivete, on concoit la production d’une periode comme la fabrication d’un ensemble donne de produits, allant des premiers achats en produits et travail necessaires a cette fabrication, jusqu’a son achevement et la vente des produits fabriques, et se limitant a cela.

Dans ce cas, le profit serait bien la difference entre le montant des ventes et le montant des achats de produits et de travail, et l’investissement ne figurerait pas dans l’expression du profit. Mais cette conception est inadaptee a la mesure de l’activite productrice de l’entreprise pendant une periode donnee, une periode definie independamment des temps de fabrication et des delais eventuels de vente, et independamment de la multiplicite des produits fabriques et du rythme de leur fabrication. Sauf exception rarissime, la fabrication ‘une partie des produits, et donc aussi les achats qui lui sont necessaires, ont commence avant le debut de la periode, et l’achevement de certains autres ou leur vente prend place apres la fin de la periode. Il en resulte que le cout de production des ventes de la periode n’est tres generalement pas egal au montant des achats de la periode en produits et en travail, car d’une part dans ce cout peuvent figurer des achats anterieurs a la periode, et d’autre part une partie des achats de la periode entre dans la fabrication de produits inacheves, ou bien acheves mais non vendus dans la periode, et doit en consequence etre exclu de ce cout.

Il en resulte egalement que les produits qui sont vendus ne sont pas forcement ceux fabriques dans la periode, car certains de ces derniers peuvent n’etre pas encore vendus a l’issue de cette periode, et certains des produits vendus peuvent avoir ete acheves anterieurement a la periode. C’est pour ces raisons que l’investissement doit etre pris en compte dans la formulation du profit. Cette definition du profit est d’ailleurs parfaitement coherente avec celle de l’investissement qui souleve les memes questions, comme le montre la relation (b’) ci-dessous obtenue en remplacant dans (b) l’investissement par l’expression qu’en donne (a’).

Elements de macroeconomie (b’) Profit = Ventes de produits – Cout de production des produits vendus 10 Le profit ne se forme ainsi qu’a l’occasion de la vente des produits. • La valeur ajoutee de l’entreprise La valeur ajoutee de l’entreprise relative a une periode donnee est par definition l’accroissement de richesse en produits qui provient de son activite durant la periode consideree. La valeur ajoutee consideree ici est la valeur ajoutee nette, a distinguer de la valeur ajoutee brute qui ne prend pas en compte la consommation de capital fixe.

Cette activite productrice transforme son capital productif initial et ses achats de produits aux autres entreprises en deux quantites : d’une part les produits qu’elle vend pendant cette periode, et d’autre part son capital productif de fin de periode. (c) Valeur ajoutee = (Capital productif final + Ventes de produits) – (Capital productif initial + Achats de produits) La variation de capital productif entre le debut et la fin de la periode etant l’investissement, selon la relation de definition (a), la valeur ajoutee s’exprime par : (c’) Valeur ajoutee = Ventes de produits – Achats de produits + Investissement

Sous cette forme, la valeur ajoutee de l’entreprise est repartie entre d’une part sa contribution nette en produits au reste de l’economie, ventes de produits moins achats de produits, et d’autre part l’accroissement de son capital productif, son investissement. Notons que, mesurant l’accroissement de richesses en produits, la valeur ajoutee ne prend pas en compte la consommation de travail. En remplacant dans (c’) l’investissement par son expression dans (a’), la valeur ajoutee prend l’expression suivante qui eclairera la nature de la production nette etudiee plus loin.

Elements de macroeconomie 11 (c ») Valeur ajoutee = Achats de travail + Ventes de produits – Cout de production des produits vendus • Relations entre variables de l’entreprise En operant (c’) – (b)’, on obtient : (d) Valeur ajoutee = Achat de travail + Profit (e) = Revenu La valeur ajoutee de l’entreprise, cet accroissement de richesse qu’elle produit, voit sa valeur se repartir en revenu du travail (salaires et assimiles) et revenu du capital (profit), soit au total le revenu que l’entreprise procure au public.

Precisons que ce qui est appele ici revenu du travail est constitue des depenses salariales de la periode prises dans un sens large. Elles comprennent non seulement les salaires effectivement verses, mais aussi les cotisations sociales et les impots sur les salaires payes par les entreprises. Le profit, quant a lui, est le profit brut qui va servir a remunerer le capital et payer les impots sur le revenu de l’entreprise. (Le profit net, revenu des proprietaires de l’entreprise, est ce qui reste du profit brut apres remuneration des emprunts et paiement de ces impots. Cette repartition, faite au niveau de l’entreprise, de la valeur ajoutee en revenus des divers agents du public est ensuite modifiee par des transferts entre ces agents, dont les plus importants sont les transferts sociaux, les impots sur les revenus et les taxes indirectes. Ces transferts ne modifient evidemment pas le montant total de ces revenus, mais le repartissent differemment. Les relations (a), (b) et (c) sont les relations de definition es trois variables que sont l’investissement, le profit et la valeur ajoutee, mais ces trois variables ne se constituent qu’a l’occasion des echanges des trois types, achat de travail, achat de produits, vente de produits, comme le montrent les relations (a’), (b’) et (c »). Le Tableau 2 presente l’ensemble de ces relations de causalite entre echanges et Elements de macroeconomie 12 variables. Il s’agit, rappelons-le, d’une entreprise qui n’a que des activites productrices et commerciales. Tableau 1 : Echanges et variables de production dans l’entreprise Variables Echanges Achat de travail Achat de produits Vente de produits

Capital productif (flux entrant) Prix Capital productif (flux sortant) Investissement Profits Valeur ajoutee = Revenu Prix Prix Prix Prix Cout de production – Cout de production Prix – Cout de production Prix – Cout de production 2. 2 La production macroeconomique Ayant defini les principales variables de production de l’entreprise et indique leurs relations, nous allons les agreger au niveau de l’economie. Les relations entre variables macroeconomiques ainsi obtenues sont numerotees (1), (2), (3), …, ce qui les distingue des relations entre variables de l’entreprise qui sont reperees par des lettres minuscules (a), (b), (c), … .

Les relations (c’), (d) et (e) relatives a chaque entreprise peuvent etre mises sous la forme suivante. Investissement – Achats de produits + Vente de produits (c’) = Valeur ajoutee (d) = Salaires+ Profits (e) = Revenu Elements de macroeconomie 13 Distinguons alors dans les produits vendus par les entreprises d’une part les produits intermediaires achetes par d’autres entreprises, et d’autre part les produits de consommation achetes par le public, Investissement – Achats de produits + Vente de produits au public + Vente de produits aux entreprises (c’) = Valeur ajoutee (d) = Salaires+ Profits (e) = Revenu uis operons la sommation de ces relations sur toutes les entreprises. Dans cette sommation, les achats de produits, qui se font necessairement aux entreprises, compensent exactement les ventes de produits aux entreprises. Les ventes de produits au public constituent ce qu’on appelle la consommation. La somme des investissements des entreprises constitue ce qu’on appelle l’investissement macroeconomique, qu’on appelle simplement investissement. De facon analogue, on appelle salaires, profits et revenu, en les prenant au sens macroeconomique du terme, les sommes des salaires, profits et revenus relatifs a toutes les entreprises.

Enfin, la somme des valeurs ajoutees constitue ce qu’on appelle la production nette au sens macroeconomique. Cette sommation fournit les relations macroeconomiques (1), (2) et (3) presentees tout au debut (la relation (4) reste evidemment valable). Investissement + Consommation (1) = Production nette (2) = Salaires + Profits (3) = Revenu (4) = Epargne + Consommation Cette chaine d’egalites parait simple, et elle le serait si la conception naive de la production que nous avons decrite plus haut etait vraie. C’est dans la relation (1) que se dissimule en fait une certaine complexite.

Selon la conception naive, l’investissement serait le prix d’une partie des produits achetes par les entreprises dans la periode. L’autre partie serait constituee des produits consommes et vendus Elements de macroeconomie 14 dans les processus de fabrication. Ou, dit d’une autre facon, la production brute de l’ensemble des entreprises, constituee d’un ensemble de produits fabriques et vendus durant la periode, se diviserait en trois categories. Premierement les produits achetes par les entreprises et consommes dans la fabrication d’autres produits.

Leur prix, ajoute aux depenses de travail, constituerait le cout de fabrication de la production brute. Deuxiemement, le reste des produits achetes par les entreprises, qui ne seraient pas consommes dans le processus de production et constitueraient l’investissement. Et troisiemement, les produits achetes par le public qui constituent la consommation. La production nette, egale a la production brute moins ses couts de fabrication en produits, ici le prix des produits de la premiere categorie, serait donc egale a la somme des deux autres, l’investissement plus la consommation.

En fait, cette conception naive est erronee, car, ainsi que nous l’avons deja montre, l’investissement d’une entreprise n’est pas constitue de produits achetes par elle dans la periode, et en consequence, l’investissement macroeconomique n’est pas non plus le montant d’achats de produits effectues par les entreprises sur la periode. Mais il faut de plus se garder de supposer que l’investissement et la consommation, dont la somme constitue la production nette, soient deux termes independants l’un de l’autre,. Pour le mettre en evidence, il faut preciser comment ils se forment a l’occasion des echanges de produits et de travail.

Il suffit pour cela de sommer les relations (a’), (b’) et (c ») sur l’ensemble des entreprises. Les deux dernieres sommations donnent des relations macroeconomiques de meme forme, tandis que la premiere presente une modification. Investissement = Echange de produits intermediaires + Achat de travail – Cout de production des ventes de produits intermediaires et de consommation Soit encore : (6) Investissement = Profit sur cession de produits intermediaires + Achat de travail – Cout de production des cessions de produits de consommation Elements de macroeconomie 7) Profits = Ventes de produits – Cout de production des ventes de produits. 15 (8) Production nette = Achat de travail + Ventes de produits – Cout de production des ventes de produits La relation (6) montre que l’investissement macroeconomique varie, mais de facons differentes, avec la cession de produits intermediaires et avec la cession de produits de consommation. La cession d’un produit intermediaire se traduit par un investissement macroeconomique egal au profit de cession, du a ce que l’acheteur fait un investissement egal au prix de la cession tandis que le endeur fait un desinvestissement egal au cout de production du produit cede. La cession d’un produit de consommation se traduit par un desinvestissement macroeconomique egal a son cout de production, le desinvestissement du vendeur. Ce dernier point met en evidence que l’investissement depend de la consommation. Alors que l’echange de travail et de produits intermediaires modifient l’investissement sans faire varier la consommation, l’echange de produits de consommation fait varier l’investissement.

De plus, si la consommation est decidee dans sa totalite par le public, l’investissement macroeconomique est decide partiellement par les entreprises et partiellement par le public. La relation (1) est donc plus complexe qu’il ne parait, ou que ne se l’imagine la conception naive, puisque consommation et investissement ne sont pas des variables independantes, et que leurs montants ne sont pas decides par des categories distinctes d’agents economiques. On peut aussi, par le meme argument que celui qui a ete applique a l’investissement, constater directement sur (8) que la production nette n’est pas la valeur d’une quantite de produits.

Pour qu’elle le soit, il faudrait que le cout de production des ventes totales soit constitue des achats totaux de travail et d’une partie des ventes totales de produits. La production nette serait alors la partie complementaire de ces ventes. Cette condition n’est jamais verifiee, car les temps de fabrication d’une partie au moins des produits elabores dans la periode empietent sur des periodes anterieures ou posterieures. Ainsi dans la relation (1), la production nette ne doit pas etre interpretee comme la valeur d’une quantite de produits Elements de macroeconomie 16 abriques et vendus dans la periode qui se repartiraient entre ceux achetes par les entreprises et ceux achetes par le public. Les effets, decrits par les relations (6), (7) et (8), des trois types d’echange sur les agregats de production sont rassembles dans le Tableau 2. On y verifie facilement les relations (1), (2) et (3). Tableau 2 : Echanges et agregats de la production Agregats Investissement Consommation Echanges Travail Produits intermediaires Produits de consommation Prix Profit de cession – Cout de production Prix Salaires Profits Production (nette) = Revenu Prix Profit de cession Profit de cession

Prix Profit de cession Profit de cession La production d’une periode, et son investissement, comprennent dans leurs expressions (6) et (8) le cout de production des produits echanges. D’une part ce cout de production comprend des echanges de produits et de travail effectues anterieurement a la periode. D’autre part, parmi les echanges de travail et des achats de produits consommes dans la production de la periode, il exclut ceux entrant dans la fabrication de produits pas encore acheves ou pas encore vendus a son issue, et donc qui seront echanges ulterieurement a la periode.

En consequence, production et investissement de la periode, s’ils se forment bien a l’occasion des echanges de la periode, ne peuvent s’exprimer seulement en fonctions des agregats d’echanges de la periode, car la mesure de ces agregats est leur prix, et que les couts de production sont absents de cette mesure. Elements de macroeconomie 2. 3 Production, echanges et dates 17 Production, revenu, consommation, investissement et epargne d’une periode, tels que definis precedemment, sont determines par les echanges de produits et de travail effectues dans la periode.

Ce n’est pas la date du paiement d’un echange qui compte pour determiner s’il appartient ou non a la periode, mais celle de l’echange meme. Ainsi le travail d’un salarie est compte au moment ou il est fourni a l’entreprise, simultanement comme investissement pour l’entreprise, ce qui accroit d’autant la valeur ajoutee, et comme revenu du travail. L’investissement macroeconomique, la production, le revenu, et l’epargne sont ainsi accrus simultanement par cet echange de travail, meme si le paiement du salaire, des impots sur salaires et des cotisations sociales se fait a d’autres dates.

De meme le profit sur la vente de produits est-il compte lors de l’echange, et non pas lors du paiement qui peut etre differe ou anticipe, et pas davantage lors de la distribution partielle ou totale de ce profit sous la forme d’impots, de remuneration d’emprunts et de dividendes. Les revenus ainsi definis ne doivent donc pas etre pris pour des revenus distribues en monnaie au cours de la periode consideree. Les contreparties des fournitures de produits ou de travail de la periode apparaissent en fin de eriode partiellement sous forme monetaire, lorsque le paiement a deja ete effectue, et partiellement sous forme de creances dans le cas contraire. Ces creances peuvent etre explicites (par exemple la signature d’un bon de livraison) ou implicites (par exemple le travail fourni par un salarie qui ne sera paye qu’a la fin du mois, ou encore une fourniture d’eau, d’electricite, de services telephoniques qui ne sera paye qu’a une echeance ulterieure). Les agregats de la periode resultent pour cette raison des echanges effectues dans la periode, et ceci independamment des dates de reglement de ces echanges.

C’est ce qui rend identiques la production avec le revenu et l’investissement avec l’epargne. Elements de macroeconomie 18 3. L’epargne et le financement de l’investissement 3. 1. La question du financement des echanges Les relations precedentes montrent comment le revenu se constitue sous forme de remuneration du travail lors de la mise en ? uvre des processus de production et sous forme de remuneration du capital lors des cessions de produits et comment ce revenu est partiellement depense lors de l’acquisition de consommation.

Elles montrent que l’epargne, le reliquat du revenu apres acquisition de cette consommation, a un montant identique a celui de l’investissement. Si l’on choisit comme periode la duree de l’economie depuis son origine jusqu’a une date quelconque, cette identite est celle entre la valeur du capital productif de l’ensemble des entreprises a cette date et l’epargne cumulee du public depuis cette origine. Mais cette identite n’indique par elle-meme rien sur un eventuel lien de financement de l’un par l’autre.

Un tel lien s’observe cependant en considerant le bilan agrege de l’ensemble des entreprises. On y constate que leur capital productif est constamment finance par le public. Comment s’opere ce financement ? L’idee courante est que le public met son epargne a la disposition des entreprises, soit directement, soit indirectement par des intermediaires financiers, principalement des banques. Cette idee est en conformite avec la conception classique qui declare que l’epargne est mise a la disposition des entreprises afin qu’elles acquierent l’investissement.

Mais cette conception n’est pas satisfaisante en ce qu’elle demande que l’epargne se constitue prealablement a l’investissement, et non de facon concomitante comme l’indique l’identite constante de leurs montants cumules. De plus, le public et les entreprises conservent en permanence sous forme d’especes et d’avoirs sur comptes courants ouverts dans les banques des disponibilites monetaires qui semblent bien etre de l’epargne non investie, et leur existence semble nier l’identite entre epargne et investissement. C’est a l’eclaircissement de ces paradoxes que se consacre cette section.

La solution de ce Elements de macroeconomie 19 qui apparait comme une enigme reside dans la nature de la monnaie telle qu’elle se degage du fonctionnement du systeme bancaire. 3. 2 Les deux modes de financement Examinons la facon dont les entreprises financent leur capital productif ainsi que les formes dans lesquelles le public conserve son epargne. Pour cela distinguons dans ce que nous avons appele jusqu’a present le public, d’un cote le public proprement dit et de l’autre le systeme bancaire, ensemble des banques et de la banque centrale.

En agregeant les bilans des entreprises, et tenant compte que les creances et dettes entre entreprises se compensent, on montre aisement que l’ensemble du capital productif des entreprises est finance de deux facons, directement par le public qui met une partie de son epargne a la disposition des entreprises sous forme de fonds propres, de prets directs tels que les obligations, de creances diverses, et indirectement par credit bancaire. (Ce dernier est un financement net, difference entre les credits bancaires aux entreprises et leurs placements bancaires et avoirs monetaires. Du cote du public, l’epargne cumulee agregee a deux composantes, la premiere finance directement les entreprises, ce que nous avons deja note du cote de ces dernieres, la seconde est sous forme d’avoirs monetaires qui sont soit deposes sur des comptes bancaires, comptes courants ou comptes a terme, soit conserves en especes. (Il s’agit des avoirs monetaires nets du public, c’est-a-dire d’avoirs d’ou ont ete deduits ses propres emprunts bancaires. ) L’identite entre epargne cumulee et capital 3 roductif implique l’identite entre ces avoirs monetaires du public et le financement bancaire des entreprises. Les deux modes de financement du capital productif par l’epargne cumulee sont illustres par la Figure 3. 3Il existe aussi d’autres formes de placement aupres des banques telles que les SICAVs qui rendent plus complexe le lien entre epargne et investissement sans cependant le changer. Par soucis de simplicite, il n’en sera pas fait mention ici. Elements de macroeconomie 20 Figure 3 : Financement du capital productif par l’epargne

ENTREPRISES Bilan agrege net Financement direct par public non bancaire Financement bancaire (net) Systeme bancaire PUBLIC Epargne cumulee Financement direct des entreprises Avoirs monetaires (nets) Capital productif 3. 3. Le financement bancaire de l’investissement En apparence, le systeme bancaire ne recoit du public que les montants monetaires places sur les comptes bancaires. En apparence donc le systeme bancaire ne peut pas utiliser la monnaie que detient le public sous forme d’especes pour financer les entreprises.

En apparence egalement, les banques ne devraient pas pouvoir utiliser non plus a cette fin les montants que le public a places dans des comptes courants, puisque ces montants peuvent etre transferes sans delai sur d’autres comptes, ou convertis sans delai en especes. Mais ce ne sont que des apparences. Le systeme bancaire fonctionne de facon telle que les montants des comptes courants sont pretes et que les especes elles-memes sont les contreparties de prets. Ces paradoxes s’expliquent par les mecanismes de la creation monetaire. Dans une economie fermee, les banques peuvent creer de la monnaie de lusieurs facons, en particulier en accordant des credits, monnaie detruite ulterieurement par le remboursement de ces credits. L’examen de ce seul mode de creation sera suffisant pour notre propos. Elements de macroeconomie 21 Considerons le cas d’un entrepreneur qui emprunte aupres d’une banque pour, par exemple, payer du travail de son personnel, ce qui constitue un investissement. La banque cree cette monnaie qu’elle n’a pas initialement en creditant d’autant le compte de l’entrepreneur ouvert chez elle, ceci en contrepartie d’une creance de montant egal sur cet entrepreneur.

A partir du moment ou l’entrepreneur paye ses salaries, ceux-ci disposent de monnaie pour un montant egal, ce qui accroit d’autant leur epargne et donc l’epargne globale. S’ils laissent cette monnaie sur des comptes ouverts dans la meme banque, on a la le financement par intermediation bancaire le plus simple de l’investissement de l’entreprise par l’epargne du public (ici les salaires non depenses). S’ils conservent cette monnaie dans une autre banque, cette derniere pourra la preter a la premiere, et on aura encore un financement de l’investissement par l’epargne avec intermediation bancaire.

Lorsque des salaries depensent leur argent, tant que ces depenses ont pour seule consequence de faire porter ses montants sur d’autres comptes bancaires, les banques dans leur ensemble en conservent la disponibilite. Le montant de monnaie cree par la premiere banque reste captif de l’ensemble des banques. La premiere banque peut ainsi continuer a preter a l’entrepreneur, en empruntant eventuellement aux autres banques les montants qui y ont ete transferes par les depenses des salaries.

Ces montants voient leur pouvoir d’achat exerce sans cesser pour autant d’etre pretes par le systeme bancaire. Mais il se peut aussi que des salaries retirent en liquide aupres de leur banque tout ou partie de leur salaire. Pour que cela se fasse, leur banque doit se procurer les especes aupres de la banque centrale (qui a le monopole de leur emission), ce qu’elle peut faire en echange d’une creance qu’elle detient sur une entreprise, et remet ces especes aux clients salaries, en debitant ce montant des comptes de ces derniers.

L’entreprise dont la creance a ete remise a la banque centrale doit maintenant son montant non plus a la banque, mais a cette banque centrale, un montant egal a celui des especes remises aux salaries. Ce n’est plus la banque qui est l’intermediaire de financement de l’entreprise dont elle detenait la creance, mais la banque centrale qui a emis pour un montant egal de pieces et billets detenus par les salaries. Et c’est l’epargne en especes de ces derniers qui est la source de ce financement. Les especes, pieces et billets, peuvent ainsi financer indirectement les entreprises par

Elements de macroeconomie 22 l’intermediaire de la banque centrale, alors meme que cette derniere, differente en cela des autres banques qui detiennent les depots de leurs clients, ne detient plus ces especes. Ce processus de l’emission de monnaie bancaire par le credit et celui de sa conversion en especes expliquent comment le public, volontairement ou involontairement, sciemment ou non, finance les entreprises au travers du systeme bancaire avec la partie de son epargne qui reste sous forme monetaire, qu’elle soit en especes ou en depots sur comptes bancaires.

Ils expliquent aussi qu’il n’y a pas necessite d’une epargne monetaire prealable a l’investissement. Le processus d’emission de monnaie bancaire a ceci de caracteristique que c’est l’operation d’emprunt qui cree simultanement l’operation de pret. La banque prete a un emprunteur une monnaie qu’elle cree au moment meme de l’emprunt. Tant que l’emprunteur garde cette monnaie sur son compte dans cette banque, il est pour la banque simultanement emprunteur et preteur.

Il est emprunteur puisque la banque detient une creance sur lui pour le montant emprunte. Il est preteur puisqu’il a en depot sur son compte dans la banque le montant emprunte. Il finance donc par l’intermediaire de la banque son propre emprunt. Cette situation change des que l’emprunteur utilise son montant pour un paiement. C’est alors le beneficiaire du paiement qui devient par l’intermediaire du systeme bancaire le preteur. Et ce preteur changera au gre des paiements successifs effectues avec cette monnaie.

C’est un trait caracteristique du systeme bancaire qui vaut d’etre souligne qu’il prete a terme de la monnaie dont pourtant une partie reste constamment disponible sur des comptes courants, et dont une autre partie est detenue sous forme d’especes qui par nature ne sont pas laissees en depot aupres de ce systeme bancaire. 3. 4 Le financement direct de l’investissement Le financement direct le plus simple de l’investissement des entreprises par l’epargne du public est la mise en reserve de profit dans les entreprises. Cette part du Elements de macroeconomie 23 evenu procure par l’entreprise a ses proprietaires ne leur est pas distribuee, mais laissee a la disposition de l’entreprise. Elle fait partie de l’epargne du public. Mais les titulaires d’une epargne detenue sous forme monetaire peuvent aussi financer les entreprises en la leur fournissant, par l’achat d’actions ou d’obligations, ou toute autre participation a leur capital. Ce financement, il faut le souligner, ne modifie par lui-meme ni l’investissement, ni l’epargne. Car ce financement, en convertissant des avoirs monetaires en titres de placement, ne change pas le total de l’epargne du public mais seulement sa composition.

Quant a l’entreprise, elle accroit son financement direct du montant de l’emprunt, mais accroit ses avoirs monetaires de ce meme montant, ce qui diminue d’autant son financement bancaire net. Ce n’est que lorsqu’elle depense ces fonds, par exemple en salaires, que son investissement s’accroit du montant emprunte, et que le revenu du public, et donc son epargne, augmentent de la meme quantite. A cette occasion, l’epargne monetaire du public, qui avait diminue du montant des fonds pretes, reprend sa valeur initiale, et en fin de compte c’est la partie de l’epargne placee directement en ntreprise qui s’accroit du montant de l’investissement. Les operations de financement des entreprises ne modifient donc pas par elles-memes les montants de l’epargne et de l’investissement, mais elles permettent les echanges qui les modifient. 3. 5 Le role de la monnaie Ces deux modes de financement expliquent pourquoi et comment il n’est pas necessaire (mais nous savons deja que c’est impossible) que l’epargne d’une periode se forme prealablement a l’investissement pour financer ce dernier.

Dans le financement par credit bancaire, c’est evident, puisque le montant de monnaie necessaire est cree en dehors de toute epargne prealable. Dans le financement direct par le public, hormis la mise en reserve de benefices par les entreprises, de l’epargne passee restee sous forme monetaire se transforme en disponibilites monetaires des entreprises. Elements de macroeconomie 24 Il faut noter que l’accent a ete mis ici sur l’usage de la creation monetaire aux fins d’investissement en entreprise, mais que cet usage s’applique aussi dans l’attribution de credits aux particuliers (credit a la consommation, au logement, …).

En conclusion, le systeme bancaire, par la creation monetaire, permet d’une part le maintien constant de l’identite entre l’epargne cumulee et le capital productif, ce qui pour toute periode signifie l’identite entre l’epargne du public et l’investissement des entreprises. Il permet d’autre part de laisser sous forme de disponibilites monetaires une partie de cette epargne cumulee, qui peut ainsi assurer les paiements necessaires a l’activite economique, alors meme qu’elle finance deja le capital productif. 4

La conception de la macroeconomie classique Les conceptions de la macroeconomie classique constituent le c? ur du liberalisme economique qui est actuellement la theorie preponderante dans la politique economique de la plupart des pays. Les premieres conceptions remontent aux travaux d’Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776) suivis de ceux de David Ricardo (Principes de l’economie politique et de l’impot, 1817). L’economie y est decrite comme une alternance de periodes de production et de periodes d’echange.

Les entrepreneurs capitalistes possedent a la fin de la periode de production l’ensemble des produits fabriques constitues de biens de consommation et de biens de capital productif. Pendant la periode d’echange, ces entrepreneurs se vendent et s’achetent tous ces produits fabriques. (9) Ventes des produits = Achat de capital productif + Achat de biens de consommation Elements de macroeconomie 25 Durant la periode de production qui suit, ils echangent les biens de consommation acquis contre du travail, ce qui constitue un salaire en nature et non en especes.

L’economie classique explique que la production brute soit egale aux ventes en se fondant sur la soi-disant “loi des debouches” enoncee avec plus ou moins de clarte par Jean-Baptiste Say au debut du XIXe siecle, loi qui affirme qu’il ne peut y avoir de surproduction generale, que l’offre produit sa propre demande, et donc que les debouches sont toujours suffisants pour absorber la production. Cette loi, qui n’a en fait jamais recu de demonstration satisfaisante, est contredite par l’existence de crises de mevente generale, telle la Grande Crise qui debuta en 1929 aux Etats-Unis. Le schema classique a evolue.

Il admet maintenant que la production des biens et les echanges se fassent en meme temps et non plus successivement. Il admet la remuneration du travail non plus en nature mais sous forme monetaire, ce qui a pour consequence que les salaries sont admis aux marches de biens de consommation et qu’ils peuvent constituer une epargne. Il admet le financement des entreprises par l’epargne sur les salaires comme sur les profits. Mais le plus souvent, sans le faire ouvertement, le schema classique conserve la loi des debouches selon laquelle les biens produits sont toujours vendus en totalite.

La croissance de la production et de l’emploi depend ainsi de la repartition de la production nette, suppose donnee, entre la consommation et l’investissement des entreprises. Plus cet investissement est eleve lors d’une periode, plus grand est le capital productif de la suivante et plus grande aussi est l’offre d’emploi que vont faire les entreprises, car elles exploiteront pleinement ce capital productif dans la fabrication de produits, assurees de vendre sans difficulte leurs produits selon la loi des debouches.

Les entreprises sont censees en premier lieu compenser par des achats de produits intermediaires l’usure ou la consommation que leur capital productif subit lors des operations de production. Le reste de la production constitue la production nette. Le produit de sa vente constitue le revenu qui est distribue en salaires et profits. Ce revenu se repartit entre depenses de consommation et financement de l’investissement. Cette repartition est determinee par un equilibre sur le marche des Elements de macroeconomie capitaux ou l’offre d’epargne rencontre la demande de financement 6 de l’investissement. L’epargne sur le revenu est une fonction croissante du taux d’interet, encouragee qu’elle est par une remuneration plus elevee lorsqu’elle est placee a ce taux. L’investissement est, au contraire, une fonction decroissante du taux de l’interet, car ne sont retenus que les projets de production dont la rentabilite attendue est au moins egale au taux de l’interet, et leur nombre decroit evidemment lorsque ce dernier croit. Il existe un taux d’interet d’equilibre pour lequel l’epargne egale l’investissement.

C’est cet equilibre sur le marche des capitaux qui realise en meme temps l’equilibre sur le marche des biens entre l’offre de la production nette et la demande de consommation et de biens d’investissement. Figure 4 : L’ajustement entre epargne et investissement dans la theorie classique Montants monetaires Demande de fonds pour investissement Offre d’epargne Equilibre Taux d’interet Selon ce schema, la moderation salariale favorise production et emploi. Des couts salariaux plus faibles accroissent les rofits, et donc le taux de rentabilite des projets de production. Le nombre des projets dont le taux de rentabilite depasse un taux d’interet donne augmente, faisant ainsi monter la courbe de demande d’investissement de la Figure 4, avec pour consequence un accroissement de l’investissement d’equilibre, donc du capital productif et de l’emploi futur. Elements de macroeconomie 27 Selon ce schema encore, plus la propension du public a epargner est forte, plus la production et l’emploi croissent dans les futures periodes.

Car une propension a epargner plus forte accroit l’offre d’epargne pour un taux d’interet donne, la courbe d’offre d’epargne se deplace vers le haut, et l’epargne et l’investissement d’equilibre s’accroissent. La pensee classique voit ainsi dans l’epargne le moteur de la croissance en termes de production et d’emploi. La macroeconomie classique considere que la recherche du profit et le libre jeu entre les lois de l’offre et de la demande permettent d’atteindre l’equilibre sur les marches concurrentiels, y compris sur le marche du travail.

Pour elle, il n’y a de chomage involontaire que si la concurrence n’est pas respectee. Lorsqu’elle l’est, les chomeurs sont ceux qui n’acceptent pas de travailler aux salaires qui sont proposes, ce sont des chomeurs volontaires. Ceci est une consequence de la loi des debouches. Si toute production se vend, alors les entreprises n’ont pas de raison de refuser un emploi des lors que ce dernier donne une production rentable. Ses solutions pour sortir de la crise font appel le plus souvent a l’amelioration de la concurrence et au libre-echange.

Plusieurs critiques severes doivent etre portees contre ce schema de la theorie classique. En premier lieu, identifier l’epargne et l’investissement a une offre et une demande de monnaie sur le marche des capitaux n’est pas justifie. Nous avons vu que les paiements ne se font pas forcement aux dates d’echange des produits et de fourniture du travail, ce qui fait que l’epargne ne coincide pas avec des disponibilites monetaires, et l’investissement avec des besoins de financement.

Il existe effectivement un marche des capitaux avec offre et demande de monnaie, mais cette offre et cette demande ne sont pas l’epargne et l’investissement. Ces derniers sont egaux en toute circonstance, ainsi que nous l’avons vu, et ne peuvent ainsi etre representes par des fonctions differentes du taux d’interet. Par ailleurs, le financement de l’investissement, ainsi que nous l’avons vu aussi, peut se faire par la creation monetaire des banques, ces dernieres n’ayant nul besoin de disposer de depots prealables d’epargne pour accorder des credits. Elements de macroeconomie 28

En second lieu, le schema suppose que la production nette peut etre repartie a loisir entre consommation et investissement, la repartition etant determinee par l’equilibre sur le marche des capitaux. Mais les biens de consommation sont pour une tres grande partie differents des biens achetes par les entreprises, et rien ne dit que la repartition du revenu en epargne et consommation definie par l’equilibre sur le marche des capitaux corresponde a une repartition possible de la production brute en produits intermediaires pour les entreprises et produits de consommation pour le public.

Il est au contraire plus vraisemblable qu’un desequilibre se produise sur les marches de biens et qu’il y ait mevente sur certains et penurie sur d’autres. Accroitre le taux d’epargne avec l’intention de favoriser la croissance conduirait ainsi a une crise economique causee par des meventes. Troisiemement, le schema suppose que le revenu est d’abord forme par la fabrication et la vente des produits, puis qu’il est ensuite offert, au moins en partie sur le marche des capitaux, avant d’etre enfin depense par l’achat de ces produits, soit pour la consommation, soit pour l’investissement.

Mais ceci constitue une chronologie impossible. La vente par les uns des produits fabriques et leur achat par les autres constituent une seule et meme action, et supposer que la vente est prealable a l’achat est une fiction illogique du deroulement temporel des operations de commercialisation. Enfin la loi des debouches, sur laquelle se fonde le schema, n’est pas demontree et reste de plus contraire a l’observation de la vie economique.

En plus des grandes lignes decrites ci-dessus, la macroeconomie classique a connu de nombreux developpements et comporte evidemment beaucoup de details supplementaires et de sophistication. Certaines de ses positions, telle l’inexistence de chomage involontaire ou la loi des debouches, ne sont plus enoncees ouvertement aujourd’hui par ses tenants, mais on peut souvent les trouver presentes de facon implicite dans les modeles qui s’en reclament. Enfin, les economistes qui s’inspirent de la tradition classique expriment souvent des divergences sur certaines des grandes lignes qui viennent d’etre exposees.

Le courant classique est loin de constituer une discipline bien integree. Il n’en reste pas moins que la macroeconomie classique, qui est au c? ur du liberalisme economique, presente des aspects Elements de macroeconomie 29 theoriques essentiels qui sont deficients. Le liberalisme economique apparait davantage fonde sur le credo qu’il accorde a ses propres principes que sur une theorie qui les relierait solidement a la realite economique. 5. La conception keynesienne : la theorie de l’emploi et le multiplicateur d’investissement

Pour expliquer les desordres de la Grande Crise, John Maynard Keynes publie La theorie generale de l’emploi, de l’interet et de la monnaie (1936) qui marque une rupture avec les conceptions classiques. Son etude sur les variables des entreprises le conduit a etablir les relations (1) a (5). Il differe de la pensee classique principalement en affirmant que la loi des debouches et fausse, que la recherche du profit maximum par les entrepreneurs peut tres bien conduire au sous-emploi, en d’autres termes a l’existence de chomage involontaire.

Alors que la macroeconomie classique met l’accent sur l’offre de produits, Keynes affirme que c’est la demande qui regit l’economie. Sa theorie de l’emploi et du multiplicateur d’investissement avance une explication du sous-emploi et une solution pour accroitre l’emploi. La theorie classique admet l’enchainement suivant. La production est effectuee, puis vendue, ce qui procure des revenus de montant egal qui permettent de l’acheter, soit sous forme de consommation, soit sous forme d’investissement apres mise a disposition des entreprises de l’epargne.

Ceci definit des relations de causalite. Keynes affirme un schema de causalite different. Il s’appuie sur la relation Revenu = Production = Consommation + Investissement tiree de la chaine de relations (1), (2) et (3) : Y=C+I Elements de macroeconomie 30 Il interprete cette egalite comme une relation d’equilibre, faisant de la production (nette) une offre de produits sur les marches, qu’il appelle offre globale, et de l’investissement et de la consommation la demande de ces produits sur ces marches, qu’il appelle demande globale.

Les entrepreneurs decident du montant I0 des investissements qui est propre a maximiser leurs profits ulterieurs. Ce montant est par la independant des autres agregats de la periode. I = I0 D’un autre cote, les depenses de consommation C du public sont fonction de son revenu Y, fonction qui decrit sa propension a consommer : C = ? (Y) Ces depenses de consommation sont une fraction du revenu du public. Elles croissent avec son revenu, mais moins vite que lui. La propension marginale a consommer c est ainsi comprise entre 0 et 1 : dC/dY = c ; 0