macoline2

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nuit, d’une séparation, du départ d’une personne aimée, — cette désolation sans bornes, qui fait paraître si douce la réalité au réveil, et qui rend si bien à un amour refroidi toute son ardeur ? — En tous cas, ces angoisses du rêve sont aussi réelles que celles de la veille ; nous les prenons aussi pleinement au sérieux. L’existence de tout ce que nous voyons et sentons est aussi évidente dans le rêve que dans la veille.

Descartes, dans la première méditation, exprime cette idée de la façon la plus préc macoIine2 Premium By rurygracia 27. 2015 92 pages et la réalité Rien n’est plus frappant que la ressemblance du rêve avec les perceptions de la veille. Nous voyons, dans nos rêves, des objets, des personnes, des évènemens identiques à ceux de la veille. La croyance à la réalité de ces objets, de ces personnes, de ces évènemens, est aussi absolue que pendant la veille.

On ne saurait trop insister sur ce point : la sensation du réel est aussi complète, aussi intense. Les émotions sont aussi profondes et aussi vives ; les joies ont souvent une saveur délicieuse, les douleurs sont aussi cruelles ; dirons-nous même plus ? Elles sont resque

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plus cruelles que les douleurs réelles elles-mêmes ; elles iew next page to page ont je ne sais quoi de manque presque tou 2 rappelle le supplice f astv, – Qui n’a éprouvé, dan l’âme s’abîme tout en perdu, un infini qui la VIe. Qui ne se des cauchemars ? Immenses où n rêvant, quelque précise et la plus vivante : « Combien de fois m’est-il arrivé de songer la nuit que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ! Il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que je branle n’est oint assoupie ; que c’est avec dessein et de propos délibéré que j’étends cette main et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci.

Mais en y pensant soigneusement, je me ressouviens d’avoir souvent été trompé en dormant par de semblables illusions ; et, en m’arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu’il n’y a point d’indices certains par où l’on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil, que j’en suis tout étonné, et mon étonnement est tel qu’il est presque capable de me persuader que je dors. » Cependant, nous opposons rêve et réalité. Le monde de la veille est pour nous le monde vrai, le seul monde ; le monde du rêve nous semble purement « intérieur » et chimérique.

L’incohérence et l’absurdité de nos rêves nous étonne et nous amuse. Nous sommes ébahis d’avoir pu croire, pendant le sommeil, à de pareilles folies. Bref, rêve est pour nous synonyme d’illusion, de fantasmagorie et de fausseté. — Voici du reste le plus clair des théories régnantes sur le rêve ; elles reposent toutes sur ce postulat, que les perceptions de la veille sont vraies, et que les visions du rêve sont fausses. Elles répondent aux trois questions rincipales qu’on peut se poser su 2 2 du rêve sont fausses. Elles répondent aux trois questions principales qu’on peut se poser sur les rêves : D’où viennent les rêves ?

Pourquoi sont-ils incohérens ? Pourquoi prenons-nous les visions du rêve pour des réalités ? — D’abord, on explique la production des rêves d’une façon bien simple : les rêves sont des sensations anciennes qui renaissent en nous, en se combinant diversement ; ce ne sont donc que des reflets confus de la réalité. Parfois pourtant, ils sont produits par une impression actuelle, que subit un de nos sens, à demi éveillé : un contact, la façon ont on est couché, l’état des fonctions organiques sont ainsi des causes ou des occasions de rêves. ?? L’incohérence des rêves ne semble pas plus mystérieuse. On l’explique par deux causes . d’abord par le sommeil des « facultés réfléchies jugement, raison, volonté, facultés de choix et de contrôle ; puis par le règne sans frein de l’imagination et de « l’association des idées. » Quant à notre croyance à la réalité des objets rêvés, on l’explique par le jeu mécanique des images. On pose en principe cette loi que « toute image qui n’est pas contredite par des images plus ortes nous apparaît comme un objet réel. ? Dès lors le problème se résout de lui-même ; les sens étant assoupis, les images qui naissent en nous, ne sont plus contredites par les sensations normales : voilà pourquoi nous les prenons pour des réalités. De plus, nos facultés réfléchies, étant, elles aussi, assoupies, ne peuvent pas opposer aux images, à défaut de sensations, des raisonnemens ou des souvenirs. De là, croyance 3 2 opposer aux images, à défaut de sensations, des raisonnemens ou des souvenirs. De là, croyance absolue — aussi absolue que déraisonnable.

On le voit : l’opposition du rêve et de la veille est classique et consacrée : d’un côté, illusion, reflet confus, incohérence , de l’autre, réalité solide et permanente. — Nous voudrions montrer ce qu’il y a d’artifice et de préjugé dans cette opposition. Nous voudrions montrer que rêve et réalité ne sont pas si nettement différens ; non pas du tout pour en conclure que la « réalité » est chimérique ; mais pour en conclure au moins qu’elle est passagère et provisoire — et qu’il y a tout lieu de s’attendre à un réveil.

Quelles sont donc les différences que l’on trouve si évidentes entre le rêve et la veille ? En voici une première, dont il serait même inutile de parler, si, pour beaucoup de gens qui n’ont pas réfléchi à ces questions, elle n’était la principale. Il y a, disent-ils, un abîme entre le rêve et les perceptions de la veille. Pendant la veille, je m’assure de la réalité des objets : car mes sens se contrôlent les uns les autres. Je vois un arbre : si j’ai le moindre doute, je m’avance et je le e : dès lors, plus d’hésitation, l’arbre est réel, je ne rêve pas. ouch De même, je sens une odeur de rose ; si je me défie de l’odorat, je cherche la rose des yeux, je la touche du doigt, et ma certitude evient totale. J’ai devant moi un décor habilement brossé ; je me demande si cette maison qui m’apparaît est une vraie (maison ou une maison peinte ; je m’approche, je touche, l’illusion s’évanouit. Ainsi, dans la veill 4 92 (maison ou une maison peinte ; je m’approche, je touche, l’illusion s’évanouit. Ainsi, dans la veille, la réalité des objets nous est garantie par l’accord de nos divers sens.

Au contraire, ajoute- t-on, dans le rêve, nos sens étant endormis, nous ne pouvons pas vérifier la réalité de notre vision. Et voilà pourquoi nous en sommes dupes, jusqu’au moment où, nos sens se réveillant, nous econnaissons notre erreur. Il est visible que cette opposition est purement imaginaire. En effet, dans le rêve, tout comme dans la veille, nos divers sens se contrôlent les uns les autres, s’accordent les uns avec les autres. Je ne rêve pas seulement que je vois un objet, je rêve aussi que je le touche, ou que je l’entends.

Je rêve que je rencontre un ami : je crois le voir, mais je crois aussi lui serrer la main, et je crois aussi entendre le son de sa voix. L’identité des deux états est donc, sur ce point, absolue. Dans le rêve, aussi bien que dans la veille, nous croyons percevoir à la fois par tous les sens. L’objet qui m’apparaît en rêve est un « faisceau de sensations » visuelles, tactiles, auditives, musculaires, parfois même olfactives, exactement comme Pobjet qui m’apparaît pendant la veille.

Voici, d’après le sens commun, une autre différence. Pendant la veille, la réalité des objets nous est garantie par l’accord des esprits entre eux. Je vois un arbre, mais je ne suis pas seul à le voir ; toutes les personnes présentes le voient comme moi ; je n’ai qu’à vous le montrer pour que vous le voyiez ; je le touche, mais vous pouvez aussi le toucher, j’en entends bruire s 2 que vous le voyiez ; je le touche, mais vous pouvez aussi le oucher, j’en entends bruire le feuillage, mais vous aussi vous l’entendez.

Et c’est là précisément ce qui m’atteste que l’arbre n’est pas imaginaire ; si en regardant de ce côté, vous ne voyiez rien, si personne ne voyait rien, il faudrait on conclure que je suis halluciné. Dans la vie pratique, nos perceptions sont ainsi perpétuellement contrôlées par les perceptions d’autrui. — Au contraire, ajoute-t-on, l’homme endormi poursuit intérieurement sa vision solitaire et fantastique ; les autres ne voient pas ce qu’il voit, ne touchent pas ce qu’il touche, n’entendent pas ce qu’il entend.

Il est enfermé dans une sphère lumineuse, mais hermétique. Il n’est pas en harmonie avec les autres esprits. Tandis que les perceptions de la veille sont collectives, celles du rêve sont individuelles et « incommunicables Ce prétendu contraste n’est pas plus réel que le précédent. Ce qui est vrai, c’est que, une fois réveillés, nous changeons de point de vue ; dès lors notre vision nocturne nous apparait comme purement intérieure, solitaire et subjective. Mais en dépit de l’illusion commune, pendant qu’on rêve, les choses se passent exactement comme dans la veille.

Oui, sans doute, ? ‘état de veille, nous nous voyons mêlés à d’autres hommes, qui perçoivent les mêmes objets que nous ; mais dans le rêve, nous nous voyons également mêlés à d’autres hommes, qui perçoivent les mêmes objets que nous ; ne rêvons-nous pas souvent que nous sommes plusieurs à regarder quelque spectacle ? ne rêvons- nous pas que nous causons a 6 92 souvent que nous sommes plusieurs à regarder quelque spectacle ? ne rêvons-nous pas que nous causons avec un ami, que nous échangeons des réflexions avec lui, que nous nous entendons parfaitement ?

Ily a donc ici non pas une différence, ais une absolue identité entre le rêve et la veille ; l’état intérieur, la sensation, la croyance, est identique de part et d’autre ; l’homme qui rêve se croit, se voit, se sent en commerce avec ses semblables, exactement comme se croit, se voit et se sent l’homme éveillé. Au réveil nous reconnaissons notre erreur : qu’importe ? Cela n’empêche pas que nous ayons la croyance totale pendant le sommeil. C’est là le point. Car après tout, suis- je sûr que je ne me réveillerai pas quelque jour de ce que j’appelle maintenant la veille ?

Et, ce jour-là, qui sait si je ne jugerai pas que je rêvais solitairement ? ?? On pourrait d’ailleurs ajouter que l’accord des témoignages n’est pas un signe décisif qui permette de distinguer la réalité de l’illusion : il y a des hallucinations collectives. Arrivons maintenant à une différence plus importante, qui résume au fond toutes les autres, à un caractère qui semble distinguer essentiellement le rêve : j’en veux dire le décousu, le désordre, l’inconstance, Flncohérence.

Dans le rêve, les VISIOns se succèdent sans se lier ; aucune loi n’en détermine la suite , une fantaisie sans frein y règne : l’ordre normal y est partout brisé. Nous nous transportons instantanément d’un pays dans un utre ; nous passons sans transition de l’enfance à la vieillesse ; les causes ont les effets les plus baro 2 passons sans transition de l’enfance à la vieillesse ; les causes ont les effets les plus baroques. ?? Les lois les plus essentielles de la pensée y sont sans cesse violées : il y a des faits sans aucune cause, des métamorphoses, des disparitions et des apparitions féeriques. L’absurde même y est réalisé, et le « principe de contradiction » n’y semble pas plus respecté que les autres : on est à la fois dans un endroit et dans un autre ; une personne est à la fois elle-même et une autre, on prononce des paroles, n tient des discours, dont on ne parvient pas, au réveil, ? ressaisir le fil, tant la logique en est étrange, le sens fuyant, et la combinaison fantasque. ?? Un psychologue exercé, M. Delbœuf, a pu noter, un matin, la dernière phrase d’un livre qu’il lisait en rêve, et qui lui semblait merveilleusement lucide : voici cette phrase : « L’homme élevé par la femme et séparé par les aberrations pousse les faits dégagés par l’analyse de la nature tertiaire dans la voie du progrès. » — Voilà donc, semble-t-il, une différence radicale : le rêve, c’est l’incohérence ; au contraire, le réel, c’est le rationnel. Cette distinction est-elle plus juste que les précédentes ? On peut en douter.

Il serait d’abord utile de se rappeler qu’il y a des rêves, — assez rares certainement, où tout se suit d’une façon naturelle et régulière ; que, d’autre part, la réalité n’est pas toujours exempte de caprice et d’invraisemblance. Mais je préfère on venir tout droit à l’objection capitale. Il me semble qu’on est dupe ici d’une illusion évidente, et que ce contraste entre le 92 capitale. Il me semble qu’on est dupe ici d’une illusion évidente, et que ce contraste entre le désordre des rêves et la cohérence du réel n’est qu’apparente. ??? Oui, sans doute, le rêve nous paraît désordonné : mais c’est au réveil ; et voilà précisément la remarque essentielle qu’on néglige toujours. Pendant que nous rêvons, tout ce que nous voyons nous paraît simple, normal, régulier ; nous ne sommes nullement étonnés de ce qui arrive ; nous trouvons tout naturel d’être à la fois dans un pays et dans un autre, et nous comprenons très bien qu’une personne se métamorphose en une autre.

Les discours que nous tenons ceux qui seront le plus impensables au réveil — nous semblent souvent d’une merveilleuse lucidité ; nous admirons nous-même ‘aisance, la verve et la continuité lumineuse de nos paroles. Nous jouissons de nous mouvoir avec tant de souplesse et de précision parmi les idées ; nos démonstrations sont infiniment convaincantes ; c’est peut-être dans le rêve que nous avons le sentiment le plus parfait de l’évidence. Cette phrase que M. Delbœuf a pu recueillir, et que nous citions tout à l’heure, lui paraissait, pendant son rêve, éblouissante de clarté.

Tout se passe donc, en réalité, dans le rêve, comme dans la veille ; dans la veille les événemens, sauf exception, nous semblent naturels et réguliers ; dans le rêve aussi, ils nous emblent naturels et réguliers. Sans doute, au réveil, nous les jugeons absurdes : mais qu’importe ? Ils ne sont absurdes que par comparaison, jugés du point de vue de Phomme éveillé, qui évidemment n’est plus le même. Qu comparaison, jugés du point de vue de Phomme éveillé, qui évidemment n’est plus le même.

Qui nous dit que nous ne nous réveillerons pas un jour de ce que nous appelons aujourd’hui la veille, et qu’alors nous ne jugerons pas absurdes les événemens que nous jugeons aujourd’hui rationnels et réels ? Qui nous dit que nous ne serons pas stupéfaits de nous être si fortement ttachés à des fantômes invraisemblables et à des combinaisons désordonnées ? Reste à examiner une quatrième différence. La vie réelle, dit- on, forme un tout continu, tandis que les rêves ne se continuent pas les uns les autres. ?? La série de mes journées forme une vie unique, qui se suit, qui se tient ; je reprends aujourd’hui ma vie d’hier, et je reprendrai demain ma vie d’aujourd’hui ; pendant le sommeil, le cours n’en est que suspendu ; je repars le matin du point précis où je me suis arrêté le soir ; je me retrouve dans le même milieu, occupé des mêmes pensées, en proie aux mêmes oucis, pris dans le même engrenage d’événemens ou dans le même tourbillon de passions ; c’est bien le même fil qui se renoue. ?? Au contraire, ajoute-t-on, nos rêves ne forment pas une existence qui se suive ; le rêve d’une nuit ne vient pas se relier au rêve de l’autre nuit , ce soir, en m’endormant, je suis ? peu près sûr de ne retrouver ni les paysages, ni les personnes, ni les circonstances, ni les impressions de mon dernier rêve ; c’est peut-être le cauchemar le plus diabolique qui va succéder à un délicieux roman. Bref, il n’y a pas seulement incohérence dans l’intérieur dun même rêve ; il y a incohérenc 0 2