L’image du femme chez flaubert

L’image du femme chez flaubert

Table des matieres Introduction…………………………………………………………………p. 3 Chapitre I – Le Realisme…………………………………………………………….. p. 4 A. Commentaire sur Madame Bovary………………………………… p. 5 B. Contenu……………………………………………………………………… p. 7 Chapitre II – Madame Bovary…………………………………………………….. p. 8 A. Madame Bovary vue par Baudelaire……………………………… p. 9 B.

Madame Bovary et le bovarysme………………………………….. p. 11 Conclusion………………………………………………………………………………. p. 13 Bibliographie…………………………………………………………………………… p. 14 Introduction. On l’a dit, peu de genies furent aussi precoces que Flaubert qui, des les bancs du college, noircissait cahier apres cahier. Pourtant, a l’age de trente ans, lorsqu’il entreprend d’ecrire Madame Bovary, il n’a encore rien publie.

En 1849, il fait a Du Camp et a Bouilhet la lecture de son recit la Tentation de saint Antoine; ses amis, reticents devant ces debordements lyriques, lui conseillent d’aborder un sujet plus proche de la realite ordinaire. Il s’inspire alors d’un fait divers pour batir l’intrigue d’un roman realiste, Madame Bovary. L’elaboration du roman, particulierement penible pour l’auteur, comme en temoignent les lettres qu’il ecrit a cette periode a Louise Colet, dure pres de cinq ans – de 1851 a 1856 – et constitue l’occasion pour Flaubert de preciser sa demarche creatrice.

Si la publication du roman en 1857 fait date dans l’histoire du roman francais, c’est parce qu’il n’obeit pas aux regles

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traditionnelles de la narration. Flaubert y affine notamment la technique de la variation des pointes de vues, ou «focalisation», usant de ce procede pour donner du reel une vision, non pas unique et organisee comme dans le recit balzacien (ou le narrateur omniscient est le detenteur de la verite), mais multiple, mouvante, complexe et subjective.

C’est cette technique qui permet au narrateur de generaliser la derision, en particulier de montrer avec une telle acuite les illusions d’Emma et la banalite de ses reves et de denoncer avec une ironie aussi mordante la mediocrite et la suffisance des petits bourgeois provinciaux. Le roman, considere comme une offense a l’egard de l’Eglise, est aussi accuse d’immoralite parce qu’il met en scene l’adultere.

Le suicide d’Emma, le malheur de Charles et de son enfant ne semblent pas une punition suffisante aux yeux des tenants de la morale: il manque la sanction de la societe. C’est pourquoi, le 29 janvier 1857, a la suite de la parution de Madame Bovary en feuilleton dans la Revue de Paris, Flaubert est convoque a la sixieme chambre correctionnelle pour repondre a une accusation d’irreligion et d’immoralite. L’accusateur est le procureur Pinard, celebre pour avoir, la meme annee, fait condamner les Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Finalement acquitte par ses juges, Flaubert tire plus d’avantages que de desagrements de l’« affaire Madame Bovary », puisqu’il obtient un vrai succes de scandale. I. Le Realisme L’art, la litterature transcrivant le reel sont-ils une illusion, ou une impossibilite, comme le pretendait Baudelaire? Bien plus tard, Albert Camus reconnait pourtant que si « en fait l’art n’est jamais realiste, il a parfois la tentation de l’etre ». Apres le Romantisme, la litterature de la seconde moitie du XlXe siecle explore ce qui a ete nomme le « realisme d’observation ».

Il est possible d’evoquer dans les causes de cette emergence un certain determinisme : avec la revolution de 1848, la masse anonyme du peuple apparait brutalement sur la scene sociale et politique, au detriment de l’individu, du moi personnel, longtemps cultive par les romantiques. En meme temps, la pensee positiviste s’impose de plus en plus dans les milieux philosophiques et scientifiques. Les positivistes francais (Hippolyte Taine, Auguste Comte), tentent de rendre compte de l’histoire de l’humanite par une argumentation rationnelle, largement inspiree par la theorie darwinienne sur l’evolution des especes.

Le scientisme, dont Ernest Renan (1823-1892) est le porte-parole (L’avenir de la science, publie en 1889 mais redige en 1848), devient une nouvelle religion, basee sur la croyance que le progres scientifique peut assurer le bonheur de l’humanite, qui supplante peu a peu le dogme chretien. Dans sa Vie de Jesus, premier volume des Origines du Christianisme (1868), Renan denie au Christ une nature divine. Le contexte historique, aussi bien que des idees, est donc favorable a la production d’une litterature plus descriptive qu’intuitive, une textualite fondee sur l’analyse des milieux sociaux observables, plutot qu’imagines.

Champfleury, en 1857, dans un ouvrage intitule Le Realisme, definit en ces termes la theorie du mouvement: « La reproduction exacte, complete, sincere du milieu ou l’on vit, parce qu’une telle direction d’etudes est justifiee par la raison, les besoins de l’intelligence et l’interet du public, et qu’elle est exempte de mensonges, de toute tricherie.  » L’ecrivain realiste prefere donc le reel au romanesque, et en consequence, l’objectivite a la subjectivite. La methode adoptee aura donc un caractere scientifique, les faits seront etablis et decrits a partir de l’observation et d’une documentation precise.

La litterature realiste a reuni des noms prestigieux : Gustave Flaubert (malgre lui), son disciple Guy de Maupassant, les freres Edmond et Jules de Goncourt (1822-1896 et 1830-1870) et, dans une sorte d’apotheose qui a ete nommee le Naturalisme, Emile Zola. II. Gustave Flaubert, Madame Bovary A. Commentaire Gustave Flaubert est generalement classe parmi les ecrivains realistes, meme s’il refuse ce qualificatif. Flaubert est certes un observateur, et son travail litteraire repose en effet sur une large documentation, mais ses oeuvres sont avant tout le produit d’un style unique, lentement travaille.

Pour cette raison, Flaubert preferait dire que ses oeuvres ne renvoyaient a rien d’autre qu’a elles-memes. Gustave Flaubert est ne dans une famille de chirurgiens des environs de Rouen. Dans Memoires d’un fou (1838), il raconte sa jeunesse et son degout pour la societe des hommes. Apres La Tentation de Saint Antoine (1849), qui ne rencontre pratiquement aucun succes, Flaubert publie en 1856 Madame Bovary, qui provoque un scandale et entraine un proces. Flaubert est cependant acquitte. En 1862, il publie Salammbo, qui est un succes.

En 1869, c’est un nouvel echec avec L’Education sentimentale. Il propose une nouvelle version de La Tentation en 1874, publie Trois contes en 1877, avant que la mort ne survienne en 1880. Il laisse un roman inacheve, Bouvard et Pecuchet, qui est publie en 1881. Flaubert se presente lui-meme comme un etre double : « Il y a en moi, litterairement parlant, deux bonhommes distincts : l’un qui est epris de gueulades, de lyrisme […]; l’autre qui creuse le vrai tant qu’il peut, […] qui voudrait vous faire sentir presque materiellement les choses qu’il reproduit. Cette scission semble donner raison a la theorie d’un Flaubert partage entre romantisme et realisme. Mais cette interpretation est insuffisante, car il y a chez cet ecrivain une dimension de recherche dans l’ecriture qui depasse les deux autres, une recherche de la perfection dont il parle longuement dans sa nombreuse correspondance avec Louise Colet, George Sand, ou Maxime du Camp. Madame Bovary a necessite au moins cinq ans d’un travail acharne. C’est un fait divers paru dans les journaux qui en a fourni l’inspiration a Flaubert.

Emma Bovary est une jeune femme mariee a Charles Bovary, un medecin mediocre installe dans un petit village de la region de Rouen. Emma, qui se nourrit de lectures romantiques, est vite prise par l’ennui et par un irresistible desir de sortir de la monotonie de sa vie. Elle s’attache des amants. Le premier est Leon, le jeune employe du notaire du village, qui ne lui fournit qu’une experience platonique mais grace a laquelle elle decouvre l’enchantement de se savoir desiree et la secrete satisfaction de resister. L’aventure se termine avec le depart du jeune homme, laissant a Emma le gout amer de l’inaccompli.

Rodolphe, le second amant, est un banal mais persuasif Don Juan envers qui elle eprouve cette fois une passion violente et possessive. Avec lui, Emma traverse l’exaltation equivoque de l’adultere, eprouve les angoisses de l’attente du prochain rendez-vous, subit l’anxiete de la jalousie et jouit enfin des delices jusque la inconnus du plaisir sensuel. Desireuse d’aller au bout de cette passion, et de la vivre en liberte, Emma projette de fuir en Italie avec son amant et laisser derriere elle famille et vie de province.

Cependant, au moment du depart, Rodolphe se derobe. Par une lettre qui laisse Emma effondree, il lui annonce qu’il quitte la ville : « Du courage, Emma! du courage! Je ne veux pas faire le malheur de votre existence… » Emma met un certain temps pour se remettre de cette tragedie, puis elle retrouve Leon a Rouen, avec qui elle a cette fois une liaison serieuse, et non moins passionnee. L’innocence du jeune homme a maintenant disparu, remplacee par le cynisme d’une vie dissolue au contact de la grande ville.

Amoureuse et aveugle, Emma depense une fortune en cadeaux pour son amant et finit par s’endetter gravement. Sans reponse possible devant ses debiteurs qui la pressent (elle demande meme a Rodolphe, son ancien amant, de lui preter de l’argent, ce qu’il refuse), et ne pouvant faire face a la honte et a l’humiliation de sa situation, Emma se suicide a l’arsenic. Elle meurt dans d’abominables souffrances, son mari a ses cotes, qui ne comprend pas cet ultime geste de sa femme, qu’il a toujours aimee et admiree.

Le roman est compose de trente-cinq chapitres qui apparaissent comme une succession de tableaux decrivant les moments d’une vie. Plutot qu’une narration lineaire exposant la montee d’une tension vers le denouement, les chapitres apparaissent comme des unites entieres, liees subtilement entre elles. Recit d’un adultere banal, Madame Bovary est le roman de l’insatisfaction, de la frustration nee du desir non realise et de l’ennui. Le « bovarysme » d’Emma est la nostalgie d’un temps, d’un ideal qu’elle n’a jamais connus mais qu’elle percoit dans un imaginaire construit par ses lectures.

Aucun espoir, mais seulement l’echec, ne peut venir de la mediocrite qui entoure Emma. Ses reveries restent des reves, heurtes par la realite. Dans un tel monde, deux attitudes sont possibles : vivre la mediocrite sans recul (Charles), ou l’assumer avec succes (Homais le pharmacien); Emma ne parvient a s’ajuster a aucune, seul le suicide lui parait etre une alternative. L’originalite de l’ecriture de Flaubert reside dans le fait que les personnages, les lieux et les actions semblent avoir une existence autonome, que le narrateur ne parait pas maitriser totalement.

Emma se suicide, mais ce moment semble arriver independamment de la volonte de l’auteur: l’action surgit, se deroule rapidement et ne donne pas lieu a une analyse sur les motifs d’Emma, ses angoisses ou ses hesitations. Par contre, son agonie est longuement decrite dans des pages desormais celebres. Le fameux « style indirect libre » de Flaubert permet au romancier d’occuper une position situee a l’exterieur de ses creations et de cultiver une impersonnalite froide : « Un romancier n’a pas le droit d’exprimer son opinion sur quoi que ce soit » dit Flaubert, « est-ce que le bon Dieu l’a ite son opinion?  » Seul le style affirme la presence de l’auteur, car c’est « sa maniere de voir » le vrai : « Il n’y a pas de vrai, ajoute Flaubert, il n’y a que des manieres de voir.  » Dans ce sens, Flaubert peut etre considere comme le fondateur du roman du 20e siecle, de ce qu’on a appele « l’anti-roman » balzacien. Dans ce nouveau type de roman, l’action et la narration sont deconstruites au profit d’un plus grand hasard, fruit de contingences, et l’auteur, aussi bien que le narrateur, entretiennent une relation plus complexe avec l’oeuvre

B. Contenu Petit medecin de province sans titre, Charles Bovary, jeune mais deja veuf, rencontre Emma. Vite seduit, autant par sa beaute que par son education, il l’epouse. Naif et bon il est heureux mais la jeune femme s’ennuie dans cette vie mediocre si loin de ses reves nourris de ses lectures romanesques. Dans l’eblouissement d’un bal, les reves se font fantasmes et par opposition la monotonie quotidienne, en depit de la naissance d’une petite fille Berthe, etouffe Emma.

Soumise au regard de la bourgeoisie locale et a la morale inculquee par son education, une idylle possible avec un jeune clerc de notaire Leon Dupuis, est pourtant ecartee, se soldant par le depart de Leon, lasse, a Rouen et la melancolie accrue d’Emma. A l’occasion des fetes du Comice agricole, le nouveau chatelain Rodolphe Boulanger decouvre Emma qu’il s’empresse de seduire. Emma eblouie se lance eperdument dans une aventure qui n’aurait peut-etre pas eu de lendemain, si un echec professionnel de Charles n’avait ravive son mepris pour son mari.

A la suite de cette deception elle consent a une fuite avec sa fille et son amant qui la ferait echapper a cette vie mediocre et decevante. Mais Rodolphe, effraye par le tour que prennent les evenements se defile et lui adresse, au dernier moment, une lettre de rupture. Emma envisage le suicide et tombe malade. Un commercant peu scrupuleux et temoin de l’aventure ajoute aux tourments moraux et sentimentaux ,les tracas financiers de ses depenses excessives.

Remise peu a peu, elle sombre dans une crise de mysticisme et une resignation depressive, que vient interrompre une soiree theatrale, ou le sort la met a nouveau en presence de Leon. Les resolutions d’Emma s’effondrent et une veritable liaison s’etablit entre eux. Leon est subjugue et Emma, epanouie, se livre a de plus en plus de depenses impulsives incompatibles avec les revenus du menage et accumule les dettes. Peu a peu la passion des amants s’affaiblit et l’euphorie se dissout dans les tracas materiels.

Traquee, humiliee, decue, malade , elle s’empoisonne a l’ arsenic au milieu de l’indifference sordidement curieuse des figurants de ce drame : parents , voisins, petits notables , et amants , a l’exception de Charles qui finit par mourir de desespoir devant l’accumulation des preuves de son malheur. III. Madame Bovary Critique de la bourgeoisie, Flaubert s’est livre aussi a une denonciation du romantisme dont le realisme est l’antidote necessaire. Ce romantisme est surtout feminin, et il a pu affirmer : «Ma pauvre Bovary souffre et pleure dans vingt villages de France».

Il denonca d’ailleurs aussi l’incompatibilite entre hommes et femmes, le roman etant un tableau d’une certaine condition feminine, une denonciation de la dependance de la femme, de sa reduction a la «maison de poupee» qu’a evoque Ibsen. Emma fut ce que les hommes faisaient des femmes au XIXe siecle, mais elle reste tres actuelle car nous sommes encore dans un monde tres masculin. Elle est l’archetype de la femme qui a la tete tournee par les reves romantiques, les illusions romanesques, qui refuse de dissocier la fiction du reel, qui se complait dans un sentiment d’insatisfaction dans les domaines affectif et social.

Elle a incarne a ce point cette nevrose qui consiste a se concevoir autrement qu’on est, a se rever et a rever le monde a partir de modeles preconcus, qu’elle a ete nommee par Jules de Gaultier le bovarysme. Il a distingue un bovarysme sentimental, un bovarysme intellectuel, un bovarysme de la volonte. On peut voir dans le bovarysme un idealisme qui a ete aussi celui de Don Quichotte auquel on a pu comparer Emma Bovary. Don Quichotte etait inadapte a la vie par la faute de son imagination et de certaines de ses lectures, et sa tragedie consista a vouloir inserer ses reves dans la realite.

Mais la difference essentielle entre Ies deux personnages, c’est que Don Quichotte ne doute pas de la realite de ses illusions, tandis qu’Emma est incapable de les soutenir jusqu’au bout, de s’en tenir a son romanesque. A. Madame Bovary vue par Baudelaire “Emma Bovary, c’est moi”, disait Flaubert. Et Baudelaire vient curieusement lui donner raison. L’article qu’il consacre a Madame Bovary dans la revue “L’Artiste” du 18 octobre 1857 ne fait pas de Flaubert une femme, mais change Emma en homme. Baudelaire y developpe un eloge inattendu des qualites viriles de l’heroine.

Il explique que la femme adultere est pourvue dans ce roman accuse d’immoralite de “toutes les graces du heros”. Elle possede l’imagination, qui est “la faculte supreme et tyrannique”, l’energie et la “rapidite de decision” qui caracterisent “les hommes crees pour agir”, ainsi que le gout de la seduction et de la domination propre au dandy. Il ajoute qu’Emma “se donne magnifiquement, genereusement, d’une maniere toute masculine”, et enfin qu’elle ne supporte ni la mediocrite, ni “l’inferiorite spirituelle. ” Cette femme, conclut-il, est en realite “tres sublime dans son espece”.

Elle echappe par la meme a l’abomination ordinaire de la feminite chez Baudelaire qui est d’etre tout simplement “animale” ou “naturelle”. Elle se rapproche plutot de l’artiste et de son desir d’elevation. De sorte que l’auteur des Fleurs du mal va jusqu’a la qualifier de “poete hysterique” -expression que par ailleurs il s’appliquerait volontiers a lui-meme. Il loue son lyrisme, c’est-a-dire sa maniere de s’elancer vers l’ideal et de se gorger, non pas de sentiments a bas prix, mais de mouvements « escaladants » vers le sublime.

A ceux donc qui se demandent ou parle la conscience de l’auteur dans ce roman apparemment depourvu de moralite, Baudelaire conseille paradoxalement de regarder du cote d’Emma, puisque c’est en elle que se trouve depose, fut-ce sous une forme “pitoyable”, “l’instinct du beau”. Cet article, en fin de compte, propose un eloge parallele de la virilite de l’heroine et des “hautes facultes d’ironie et de lyrisme ” de celui qui l’a creee. Emma serait Flaubert depourvu d’ironie, c’est-a-dire le versant le plus strictement lyrique du romancier.

Pourquoi pas la poesie meme dont Madame Bovary nous proposerait, a travers cette figure de “victime deshonoree”, une espece de critique narrative? Que Baudelaire fasse ainsi de la virilite lyrique d’Emma un doublet hysterique du lyrisme de Flaubert n’est pas sans consequences pour la comprehension meme de la notion de “lyrisme”. Il est en effet curieux d’observer que cet article de 1857 est l’un des tres rares endroits ou Baudelaire emploie le mot “lyrisme”, alors qu’il fait volontiers usage de l’adjectif “lyrique” dans ses textes critiques.

La seule autre occurrence de ce terme que j’aie pu relever sous sa plume se trouve dans une note de Mon coeur mis a nu . Le mot, a nouveau s’y trouve mis en relation etroite avec la notion de virilite, et cette fois-ci de maniere tout a fait explicite. Baudelaire ecrit : “Plus l’homme cultive les arts, moins il bande. Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l’esprit et la brute. La brute seule bande bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple. ” Cette citation est pittoresque, provocante, et un peu inquietante pour qui fait profession d’ecrire.

Mais elle apparait d’autant plus interessante qu’elle propose une equivalence entre le lyrisme et l’erection qui se retrouve chez Flaubert, dans une lettre a Louise Colet, datee du 15 juillet 1853: “La vie! la vie! bander! tout est la! C’est pour cela que j’aime tant le lyrisme. Il me semble la forme la plus naturelle de la poesie”. Voici donc deux propos convergents, concernant deux contemporains, l’un prosateur, l’autre poete, qui eurent tous deux a subir les foudres de la justice au nom de l’immoralite, et qui tous deux ont engage dans leurs oeuvres respectives le proces du pathos subjectif.

Deux ecrivains “retardataires” du romantisme, comme le dit Baudelaire de Flaubert. Deux ecrivains qui viennent “apres tout le monde”, a une epoque ou le “budget d’enthousiasme” du public et des auteurs memes se trouve gravement diminue. Deux ecrivains qui doivent somme toute reapprendre a jouir de la langue, ce qui n’est pas facile apres Victor Hugo ou Balzac dont on sait combien fameuse fut la libido. Comment frayer une voie nouvelle, et comment retrouver ce que Baudelaire lui-meme ppelle l’excitation , sinon en imposant a la langue, et donc a la lyre qui est l’embleme de l’expression poetique, une tension renouvelee. La ou la semence se repandait naguere en abondance, c’est la retention desormais qui sera de rigueur. B. Madame Bovary et le bovarysme Le bovarysme est un concept forge par le philosophe Jules de Gaultier, a la fin du siecle dernier, A partir du personage d’Emma Bovary. Fille de paysan aise, Emma a recu une education bourgeoise.

Elle dispose de quelques connaissances mal maitrisees, a devore de facon desordonnee ce que nous appellerions des romans  » a l’eau de rose  » (Cf. coll. Harlequin d’aujourd’hui), sait dessiner, joue du piano, etc. Cette education lui a donne des aspirations vagues, que son milieu ne saurait satisfaire. Elle se reve chatelaine apres une invitation chez un marquis des environs, espere etre enlevee par Rodolphe, son premier amant, qui l’emmenerait dans un pays ensoleille comme l’Italie ; mais elle ne fera jamais rien de plus pour realiser ces reves. Selon J. e Gaultier, le bovarysme est justement cette tendance que nous avons tous a nous rever autres que nous sommes, sans nous donner les moyens d’accomplir nos desirs, ou au mepris meme des contingences materielles, de nos aptitudes reelles, de la realite. Emma fait preuve de bovarysme de quatre facons : a) Elle joue a l’auteur, au romancier. Elle voudrait recreer son existence, elle est a la fois son propre auteur et son propre personnage :  » Elle se demandait s’il n’y aurait pas eu moyen, par d’autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme… La question, posee a Flaubert et non plus au personnage, devient evidemment ironique. Elle Elle reve de nouveaute: » Autre  » ;  » non survenus « ,  » vie differente « , » qu’elle ne connaissait pas  » L’imparfait suggere que ce mari existe bien, alors que nous sommes en pleine fiction, en plein irreel du passe! b) Le reve comme promesse de bonheur Le reve est une promesse de bonheur. C’est l’envers de la realite. Ce mari imaginaire serait : –  » beau « , alors que Charles ne l’est pas ; –  » Spirituel « , alors que la conversation de Charles est  » plate comme un trottoir de rue « , precise Flaubert, un peu avant notre passage ;  » distingue « , Charles ne sait pas fumer sans tousser, il porte un bonnet de nuit, ronfle, etc. –  » attirant  » Charles n’a aucun charme. C’est le b? uf qu’indique son nom, Bovary. Les quatre adjectifs sont disposes en gradation hyperbolique, pour souligner la distance abyssale qui separe le personnage de ses aspirations. c) Les lumieres de la ville La litterature romanesque de la fin du XIXe s. connait de fortes oppositions ville-campagne, province-Paris. On les retrouve chez Balzac, Stendhal, Hugo, Zola.

Ici, la ville, veritable  » miroir aux alouettes  » pour Emma, est symbole de liberte, en une nette antithese avec le motif de l’enfermement du 1er §. La grande cite – la plus proche est Rouen – est evoquee par trois groupes nominaux :  » le bruit des rues, le bourdonnement des theatres et les clartes du bal  » Le premier de ces groupes nominaux renvoie pour nous a une nuisance mais s’oppose, pour Emma, au calme mortel de la campagne ; les deux autres constituent des representations positives, mais sont autant de cliches de la grande ville vue par une provinciale.

On notera en outre que les activites de culture et de loisirs auxquelles ils renvoient sont videes de tout contenu par Emma, qui les ramene a des manifestations purement physiques :  » bourdonnement  » = bruit d’un insecte ; connotation d’intense activite, d’affairement mais qui, faute d’une caracterisation plus precise de son but et de son contenu, devient absurde ;  » clartes  » = lumieres ; la encore, notation purement physique, qui reifie l’activite sociale, la danse et la seduction en une attraction instinctive comparable a celle de l’insecte pour la lampe. Ces clartes n’eclairent pas Emma, elles l’aveuglent.

L’addition des trois – bruit + bourdonnement + clartes – provoque un effet de burlesque. Ce que vise Emma, c’est une dilatation du c? ur, ce qu’elle a compris et retenu de l’exaltation romantique, c’est-a-dire une aspiration vague a des passions intenses :  » le c? ur se dilate « ,  » les sens s’epanouissent « . V. theatres et bals. L’ideal d’Emma est une caricature de romantisme, dont Musset se moquait deja dans ses Poesies : Mais je hais les pleurards, les reveurs a nacelles, Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles. d) Bovarysme et lieux communs Le bovarysme d’Emma est en effet fonde sur des lieux communs, des cliches. Le decor de la campagne est assimile a l’usure et a la rouille, tandis que la ville devient le lieu de l’artifice et de l’eclat. – Persuadee de n’etre pas a sa place, Emma cherche a vivre par procuration. – Elle oppose le mariage, toujours decevant, a la passion qui seule apporterait l’amour veritable. Voir D. de Rougemont, L’Amour et l’Occident. Elle doit cette conception a ses lectures. – Elle oppose systematiquement le quotidien au romanesque. – Elle est impuissante a faire de sa vie un destin, par mollesse :  » Sa pensee, sans but d’abord, vagabondait au hasard « ,  » ses idees peu a peu se fixaient « .

Elle est le jouet de sa propre existence. Conclusion Une page extremement dense malgre sa brievete et son aspect anodin. Une tres grande reussite stylistique : – parce que Flaubert parvient, sans effet visible, sans tape-a-l’? il, a en faire suinter l’ennui de facon presque palpable ; poesie du spleen, comme chez Baudelaire. – parce que ce sentiment, que nous sommes amenes a eprouver avec le personnage, n’exclut ni un tres discret pittoresque, refuse partout au personnage mais pas au lecteur attentif (les deux ouches de couleur, jaune des papillons et rouge des coquelicots, sur fond de grisaille ; et peut-etre meme le gris des musaraignes, des lichens et de l’araignee, avec la rouille des barres de fer, en demi-teintes) ni le lyrisme (rythme des phrases) ni l’ironie (le destin d’Emma aurait bien pu etre different, puisque c’est Flaubert seul qui en a decide de bout en bout ; les  » idees recues « , dont le romancier se moque, sur la campagne et la ville ; les lieux communs du lyrisme romantique, auxquels Flaubert sacrifiait tout en les tournant en derision).

Flaubert caressait l’ambition d’ecrire un  » livre sur rien qui ne tiendrait que par la force interne de son style « . On peut dire qu’avec des pages comme celle-la, il s’en est approche au plus pres, rendant du meme coup parfaitement compte de l’ennui existentiel de l’homme moderne (V. Gide, Les Caves du Vatican, Sartre, La Nausee, Camus, L’Etranger) et dynamitant de l’interieur, par une ironie subtile, le procede romantique du paysage etat d’ame, ce qui devait preparer la voie au Nouveau roman des annees 1950-1960.

Bibliographie Ouvrage: 1. FLAUBERT, Gustave, Madame Bovary, Nouvelle Edition, Paris, 1862 Ouvrages critiques : 2. THIBAUDET, Albert, Gustave Flaubert, Gallimard, 1935 2. AMIOT,Ane- Marie, Baudelalaire et l’Illuminisme, Nizet, Copie de l’exemplaire l’Unversite du Michigan, 2008 3. SAND, George, Critique de Madame Bovary, Du Lerot, Paris, 2007