L’illusion comique de pierre corneille ; acte i – scene 2

L’illusion comique de pierre corneille ; acte i – scene 2

Commentaire de texte : L’illusion comique de Pierre Corneille ; Acte I – Scene 2 Corneille est ne en 1606, a Rouen. C’est au cours de ses etudes chez les Jesuites qu’il decouvre la grande passion de son existence, le theatre. Il menera une vie de bourgeois tranquille mais une vie litteraire riche, prolifique et variee. Reduire, comme c’est souvent le cas, sa reputation a celle d’un auteur de tragedies classiques est tres restrictif. C’est en effet oublier que sur les trente-trois pieces qu’il a ecrites, la moitie sont des comedies ou des tragi-comedies.

Apres l’ecriture de quatre comedies, c’est seulement a partir du Cid, qui lui vaut un immense succes mais aussi des attaques violentes, qu’il se lancera dans la tragedie classique avant de revenir dix annees plus tard a des pieces comiques tel que Le Menteur. Detrone plus tard par Racine, il mourra dans l’oubli en 1684. L’Illusion comique, jouee pour la premiere fois en 1636 est une comedie baroque, en vers, qui raconte l’histoire d’un pere a la recherche de son fils. Sur les conseils d’un ami il vient consulter Alcandre, magicien de grande reputation, pour lui demander son aide afin de retrouver son fils Clindor disparu.

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scene 2 presente la reponse du mage. Quelle est la symbolique des personnages dans cette scene ? Nous etudierons successivement le personnage magique d’Alcandre puis le role dramatique de Pridamant. * * * Personnage du merveilleux, le magicien possede trois caracteristiques essentielles. Alcandre conscient de son pouvoir apparait aux yeux de tous comme un grand magicien. Dorante en fait largement l’eloge. Il connait tout et possede une science infuse, « grand demon du savoir » v. 90. Alcandre sait d’instinct ce qui amene Pridamant a venir lui demander son aide « Tu cherches en tous lieux ce fils si mal traite ? . Cette question oratoire du magicien n’attend aucune reponse, elle montre uniquement au pere tous les pouvoirs en la possession du sorcier. Il se permet egalement de couper la parole a Dorante alors qu’il voulait lui expliquer la raison de leur venue « Dorante, c’est assez, je sais ce qui l’amene » v. 102. Cette impolitesse du magicien souligne son agacement car l’ami de Pridamant remettait en cause ses capacites en lui exposant la situation pour lui evidente. Alcandre promet au pere desespere qu’il retrouvera son fils. Pour cela, il emploie l’imperatif « Commencez d’esperer » v. 22 ainsi que le futur « vous saurez par mes charmes » v. 122 et « vous reverrez » v. 124. Le mage fait meme une premiere revelation a Pridamant « ce fils plein de vie et d’honneur » v. 124. Des le debut de l’entretien il rassure le pere a propos de la condition de son enfant. Alcandre est egalement presente comme un sage. Il possede en effet en plus du savoir la sagesse liee a son art. Il se permet de porter un jugement sur l’attitude que Pridamant a eu envers son fils, « Vieillard, n’est-il pas vrai que son eloignement / Par un juste remords te gene incessamment, » v. 104-105.

Le magicien va jusqu’a qualifier les sentiments du pere, « juste » veut dire que Pridamant a raison de regretter son comportement passe et qu’il a eu tort d’agir de la sorte. Le sorcier utilise aussi un vocabulaire depreciatif pour designer la conduite du pere envers Clindor, « obstination » v. 106, « severe » v. 106, « banni » v. 107, « severite » v. 108 et « si mal traite » v. 109. Alcandre n’approuve pas et condamne l’attitude de Pridamant contre son fils. Connaissant les consequences de ce comportement, « peine » v. 103 et « misere » v. 107, la sagesse du magicien est evidente.

Par cette sentence, le mage reaffirme sa puissance et s’impose comme juge a son interlocuteur ainsi place en position de faiblesse. Dans cette scene, Alcandre s’illustre comme dramaturge. Il tire les ficelles de l’intrigue et il cree l’illusion. Il va, en effet, reveler grace a ses pouvoirs le destin de Clindor, comme un auteur nous informe sur les personnages de sa piece, « vous saurez par mes charmes » v. 122. Il presentera un « spectacle » tel un metteur en scene. A l’epoque de Corneille, dramaturge et metteur en scene ne faisait qu’un.

Plus encore, Alcandre laisse entendre a Pridamant qu’il va sous peu faire apparaitre son fils, « vous reverrez » v. 124. Ce verbe forme a partir de « voir » se refere directement au theatre dont il a la meme etymologie. L’art d’Alcandre est une magie visuelle, tout comme le theatre. Le magicien est donc bien l’equivalent d’un dramaturge. Le « theatre dans le theatre » qui sera au c? ur de toute la piece commence a se mettre en place des la scene 2 de l’acte I. Alcandre sorcier tres puissant est aussi un sage. Il est egalement le dramaturge dans l’Illusion comique.

Pridamant, autre personnage de cette scene, qui apparait au debut et a la fin de la piece, est le pere eplore venu chercher des informations sur son fils Clindor disparu. Il possede lui aussi plusieurs traits de caracteres particuliers. Pridamant est un etre faible qui a echoue dans son devoir d’education a l’egard de son fils. Ce dernier, Clindor a fui la demeure familiale pour echapper a la durete de son pere, « Qu’une obstination a te montrer severe / L’a banni de ta vue et cause ta misere » v. 106-107. Pridamant reconnait de lui-meme ses echecs, « Il est vrai, j’ai failli » v. 14, ainsi que ses torts dans la fugue de Clindor, « mon injuste rigueur » v. 112, « mes injustices » v. 114 et « mes debiles ans » v. 117. Il n’a pas seulement echoue dans l’education de son enfant mais egalement dans sa recherche, « Tant de travaux en vain » v. 115. Il n’a rien reussi en ce qui concerne son fils. Pridamant est aussi un personnage abattu par le constat de son echec educatif dont il souffre amerement, « un juste remord qui te gene incessamment » v. 105, « repentir » v. 108 et « mes regrets cuisants » v. 116, ainsi que du fait de la perte de son enfant.

Les trois personnages de cette scene emploient un champ lexical de la douleur pour evoquer les maux ressentis par Pridamant, « ce pere afflige » v. 96, « les douleurs » v. 96, « ses malheurs » v. 97,  » ta misere » v. 107, « ma douleur » v. 111 et « grands supplices » v. 115. Le tourment du pere est manifeste et en dernier recours il n’a d’autre alternative que de faire appel au magicien pour soulager sa peine, « Donne enfin quelque borne a mes regrets cuisants, / Rends-moi l’unique appui de mes debiles ans » v. 116-117.

Ce pere meurtri fait enfin l’eloge d’Alcandre certes pour s’attirer sa sympathie et obtenir son aide dans sa quete mais aussi certainement pour ce convaincre lui-meme du bien-fonde de sa demarche. A cette fin, Pridamant y dedie la majorite des vers de sa replique. Il souhaite ainsi montrer au mage que malgre ses erreurs passees, sa volonte de retrouver son fils et sa foi en ses capacites sont grandes. Il use de nombreuses formules pour flatter Alcandre qui ne semble pas insensible aux compliments, « Oracle de nos jours qui connais toutes choses » v. 110, « Tu sais trop quelle fut mon injuste rigueur » v. 12 et « Et vois trop clairement les secrets de mon c? ur » v. 113. Il utilise egalement quelques imperatifs qui ont plus une valeur d’imploration que d’ordre donne au magicien, « Donne enfin quelque borne » v. 116 et  » Rends-moi » v. 117. Il emploie ce temps car il ne doute pas des pouvoirs de ce dernier et se persuade qu’il va reussir a repondre a ses attentes. Il pose deux questions a Alcandre qui pour lui est forcement detenteur des reponses, « Ou fait-il sa retraite ? En quels lieux dois-je aller ?  » v. 120. Le personnage de Pridamant tient un role dramatique eu egard a son echec paternel et de la souffrance qu’il eprouve. * * Les deux personnages principaux de cette scene, Alcandre et Pridamant, tiennent des roles differents et complementaires. Pridamant est un pere desespere qui a echoue dans toutes ses tentatives pour retrouver son fils, dont il est responsable de la fuite, alors qu’Alcandre est un grand magicien, il va l’aider dans sa quete. L’attitude plutot dramatique et desemparee du pere s’oppose a l’assurance et aux pouvoirs surnaturels du sorcier. Les roles ainsi definis seront-ils toujours les memes a la fin de la piece, dans l’acte V ?