L’historien et les mémoires – Le rapport des sociétés à leurs passé

L’historien et les mémoires – Le rapport des sociétés à leurs passé

Introduction: Définition du sujet: Avec la fin officielle de la Seconde Guerre mondiale en 1 945 commence une période de commémoration des vainqueurs et des victimes du conflit. La France en est sortie exsangue, mais aussi divisée, et l’épuration sauvage des traitres et des collaborateurs a commencé dès la libération du territoire en 1944. La position ambiguë du pays pendant ces années noires implique la coexistence de différents groupes qui ont des souvenirs une mémoire du conflit – bien différents selon leur implication, leur statut d’acteurs ou de victimes.

Ces mémoires sont apparues succe Leur diversité tout au nt econnaissance de l’e embl et de l’Etat français p « remontée du passé », on ien tardivement. e ont bloqué la ilités de la société re mondiale. La sociée la notion de mémoire, se fait dans des temporalités différentes : c’est d’abord celle de la Résistance portée par le pouvoir politique jusqu’à la fin des années 1960, puis celle du génocide et, par là- même, celle de la collaboration et de Vichy portées par la société civile à partir des années 1970.

La pression de l’opinion publique sensibiblisée par le militantisme mémoriel de différents groupes a donc conduit à une reconnaissance de mémoires plurielles de la

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Seconde Guerre mondiale. Problématique: Comment la mémoire de la Seconde Guerre mondiale s’est•elle rapprochée de la vérité historique? Annonce du plan: Dans un premier temps, selon selon le dogme gaulliste, la mémoire de la guerre se limite ? la célébration d’une France majoritairement résistante.

Cette vision mytique laisse ensuite place à une vision plus globale et plus historique avec la médiatisation de mémoires jusqu’alors occultées. l- De 1 945 à 1970, la France est unie derrière le général de Gaulle dans le mythe résistancialiste. Les besoins de reconstruire l’unité nationale après qu’elle fut risée par l’opposition fratricide entre collaborateurs et résistants justifient, selon de Gaulle et ses successeurs, la construction d’une mémoire officielle au détriment des autres.

A- Une confiscation des mémoires au profit des deux partis de la Résistance Différents groupes ont payés un lourd tribut à la guerre, base de leur légitimité dans la victoire et le statut de victime. Pouratnt, la mémoire de leurs sacrifices est diversement reconnue. Ce sont exclusivement les gaullistes et les communistes qui s’affirment comme les héros de cette victoire car ils ont porté et organisé la Résistance. Dès la libération de Paris, le 26 août 1944, de Gaulle exalte l’image d’une France qui s’est libérée seule et qui a lutté toute entière contre l’occupant.

Appuyée également par le parti communiste français (PCF), qui se proclame le « parti des 75 000 fusillés », cette version, bien que fausse, permet de souder les Français, d’éffacer leurs différents et de faire en sorte qu’ils se reconnaissent tous dans le gouvernement issu de la Résistance le gouvernement provisoire de la République française érigé en 1944. La cérémonie du 11 novembre 1945 célèbre alors la victoire et la concorde na 2 érigé en 1944.

La cérémonie du 11 novembre 1945 célèbre alors la victoire et la concorde nationale; sont honorés quinze Français, victimes du conflit : des résistants, des déportés, des millitaires. 3- L’apparition d’une mémoire officielle Une mémoire officielle se construit peu à peu. Au mépris de la réalité historique, les divisions du passé et les années noires sont occultées et s’élabore le mythe « résistancialiste » – Resistancialisme : mythe développé surtout par les gaullistes et les communistes selon lequel les Français auraient unanimement et naturellement résisté depuis le début de la Seconde Guerre mondiale. selon l’expression de l’historien français Henri Rousso) qui fait de la France un pays majoritairement résistant. De Gaulle s’emploie tout d’abord à confisquer la mémoire résistante au seul profit de son bord politique et au détriment des résistants isolés – particulièrement des communistes dans ce contexte de guerre froide. La mémoire de la Seconde Guerre mondiale se conjugue alors au singulier.

Cette mémoire officielle, partielle et partiale, apparaît clairement dans le célèbre discours dAndré Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon en décembre 1964 : il y assimile toute la Résistance ? e Gaulle. Jean Moulin occulte alors les autres figures résistantes non-gaullistes : Pierre Brossolette, Rol-Tanguy (le communiste ayant organisé le soulèvement de Paris en août 1944).

C- Les nombreux oubliés de la mémoire gaulliste Par ailleurs, la mémoire gaulliste occulte volontairement les pages sombres des « années noires » – également selon l’expression d’Henri Rouss 3 volontairement les pages sombres des « années noires » également selon l’expression d’Henri Rousso. Tout d’abord, la collaboration et les responsabilités du régime de Vichy sont tues. Le processus d’épuration légale, mené par la justice, a n goût d’inachevé : l’administration a été peu touchée. n haut fonctionnaire comme Maurice Papon a pu poursuivre sans encombré sa brillante carrière alors que, en poste à la préfecture de la Gironde, il a déporté à Auschwitz plusieurs centaines de juifs. Des lois amnistient dès les années 1 950 les faits de collaboration. Encore au debut des années 1960, sous Pompidou, cette mémoire de collaboration est occultée : Paul Trouvier, le milicien, est gracié par le Président qui entend ainsi « tourner la page » et definitivement pacifier la société française.

Dans le film d’Alain Resnais, Nuit et brouillard (1955), a scène montrant un gendarme français surveiller un convoi de déportés est censurée. Dans un souci de concorde nationale, on juge donc que l’épuration menée de manière sauvage au sortir de la guerre, les exécutions de Pierre Laval ou de Robert Brasillach par exemple, ont clos l’exigence de justice. Sont rejetés également les souvenirs et la parole des principales victimes du conflit : les combattants et prisonniers de guerre, les déportés juifs.

Leur statut de vaincus en fait des antihéros. Si la déportation est évoquée c’est surtout pour mettre en valeur l’experience inhumaine vécue par les résistants. La spécificité de la déportation des juifs et du génocide est niée. Les témoins sont peu nombreux, leur présence et leurs propos dérangent. Ce déni entre en r 4 Les témoins sont peu nombreux, leur présence et leurs propos dérangent. Ce déni entre en résonance avec leur propre incapacité à faire le récit de l’expérience des camps.

Ces difficultés à entendre toutes les mémoires de la guerre s’illustrent dans le choix délicat d’une journée nationale de commémoration de la victoire. Le 8 mai est férié ou non, au gré des pouvoirs en place de la Ve République, car il n’a jamais fait l’unanimité, à la ifférence du jour du débarquement ou de la Libération qui sont plus spécifiques à la France. Transition: L’immédiat après-guerre, marqué par la figure gaulienne, est donc celui d’une amnésie collective pour permettre le retour de la concorde nationale.

Ce n’est qu’après plus de deux décennies que la France accepte de confronter mémoire et histoire et d’avoir un regard plus exact sur la Seconde Guerre mondiale. Il- A partir des années 1970, la France s’ouvre à toutes les mémoires de la guerre L’éloignement du conflit offre une approche plus apaisée qui donne une visibilité aux différentes mémoires et au travail des istoriens. A Un contexte plus favorable à une mémoire de la collaboration Le contexte de la fin des années 1 960 permet l’émergence des multiples mémoires de la guerre.

De Gaulle, incarnation d’une Résistance glorieuse, a quitté le pouvoir en 1969 et décède en 1970. La génération de mai 1968, parallèlement à une remise en cause de l’autoritarisme du pouvoir et des blocages de la société française, n’a pas connu la guerre. La mémoire du conflit devient moins conflictuelle et passionelle. Les mémoires diverses occultées par le résistancialisme officiel S conflictuelle et passionelle. Les mémoires diverses occultées par le résistancialisme officiel vont pouvoir s’exprimer. Elles Insistent sur l’attentisme des Français, leurs résponsabilités voire leur culpabilité.

Signe du retard scientifique français causé par les dénis de la conscience nationale sur la mémoire de la guerre, c’est un historien américain, Robert O. Paxton, qui initie les recherches sur Vichy. Dans son livre, La France de Vichy, 1940-1944, traduit en 1973, il dénonce la thèse d’un double jeu du régime : la collaboration aurait servi à protéger les Français. Il prouve au contraire la participation active et zélée de Vichy ux desseins allemands. Les années 1970 sont alors fécondes pour la recherche historique grâce aux travaux d’Henri Rousso et Jean-Pierre Azéma, par exemple, sur la collaboration.

Le cinéma français a également joué un rôle important avec des films tels que Le Chagrin et la Pitié (1969) de Marcel Ophüls qui retrace la vie d’une ville française pendant les années noires. B- L’éveil d’une mémoire juive de la déportation La génération des enfants de déportés a beaucoup oeuvré ? la reconnaissance de la mémoire du génocide. Dans Nuit et Brouillart, à l’image du discours résistancialiste, la distinction ‘était pas faite entre déportation raciale et politique, alors que les objectifs nazis vis-à-vis de ces deux groupes différaient.

Le film Shoah de Claude Lanzmann, sorti en 1985, marque l’éveil d’une mémoire spécifiquement juive du conflit. C’est une réaction à la renaissance dune extrême-droite négationniste – négationnisme • thérorie niant la réalité du génocide perpétré p d’une extrême-droite négationniste – négationnisme : thérorie niant la réalité du génocide perpétré par les nazis contre les juifs durant la Seconde Guerre mondiale. – Témoigner, qui était i difficile auparavant, mieux connaitre et juger deviennent alors indispensables pour réfuter ces thèses.

Dans le même temps, cette mémoire apparaît au grand jour avec le travail de recherches établi par le tissu associatif juif pour la connaissance de la Shoah et la poursuite des anciens nazis (Association des fils et filles des déportés Juifs de France se Serge et Béate Klarsfeld). Les procès sont l’expression judiciaire de cette nouvelle exigence morale de la société civile. La loi de 1964 rend imprescriptibles les crimes contre l’humanité et permet les arrestations et ondamnations de Paul Trouvier, de Maurice Papon et de Klaus Barbie – chef de la Gestapo à Lyon et assassin de Jean Moulin.

La société française entretient alors un devoir de mémoire qui permet, en même temps qu’un regard juste sur une période déshonorante, une leçon pour les générations futures. C- La reconnaissance tardive de la responsabilité de l’Etat français Le début des années 1990 marque enfin un dernier tournant dans l’acceptation de toutes les mémoires de la guerre et donc une vison plus vaste, plus juste de la Seconde Guerre mondiale telle que l’a vécue la France.

L’Etat a été très en retard par rapport à la société et à l’opinion publique pour reconnaître sa résponsabilité. A la suite de de Gaulle et de Pompidou, Mittérand refuse de condamner le régime de Vichy. Philippe Pétain ayant aboli la République, celle-ci n’a pas à assumer le régime de Vichy. Philippe Pétain ayant aboli la République, celle-ci n’a pas à assumer la collaboration. L’Etat français de 1940 à 1944 serait donc une parenthèse dans l’histoire républicaine.

Mitterrand est déstabilisé par ce refus et mis en cause pour son passé de fonctionnaire du régime de Vichy. Pourtant, sous son mandat en 1990, est votée la loi Gayssot qui punit le négationnisme et il est le premier Président à assister à la cérémonie commémorant la rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942. Avec son successeur Jacques Chirac, toutes les ambiguités sont levées : en 1995, il reconnaît officiellement la résponsabilité de l’Etat français.

Ces reconnaissances offrent des perspectives au travail historique : la SNCF ouvre ses archives en même temps qu’elle admet son implication dans la déportation. Conclusion: Bilan: La collaboration de la France et sa participation à la Solution inale ont retardé une reconnaissance globale des victimes du conflit. La recherche de l’unité nationale à d’abord primé et a abouti à une amnésie confortable pour une majorité des Français.

Le temps a permis une atténuation des enjeux de mémoire, reconnaissance de tous et la mise en place d’un travail historique serein et impartial en ce qui concerne ce conflit. Ouverture: Cepandant, les interventions de l’Etat dans le rapport au passé avec les lois mémorielles handicapent le travail des historiens en imposant un discours fondé non pas sur la recherche mais sur le vécu traumatisant des victimes ou de leurs descendants. 8