L’europe au lendemain de la guerre mondiale

L’europe au lendemain de la guerre mondiale

QUEL BILAN POUR LA SECONDE GUERRE MONDIALE ? De 1939 a 1945, le carnage et les destructions, tant d’un point de vue humain, materiel que moral, ont ete sans precedent dans l’histoire des hommes. Peu de pays ont ete epargnes et le choc a ete considerable. Le soucis de tous en 1945 est donc d’eviter le retour d’un tel cataclysme. Toutefois, a la faveur de la guerre, un reclassement important entre etats s’est opere : deux nouvelles puissances, les Etats-Unis et l’Union Sovietique, emergent, alors que la vieille Europe, principale victime de la guerre, n’est desormais plus au centre des decisions internationales.

Ainsi est-il possible d’affirmer qu’a tout point de vue, la seconde guerre mondiale est une rupture fondamentale dans l’histoire du XXeme siecle et que le monde qui se reconstruit en 1945 n’a plus grand chose a voir avec celui d’avant-guerre. A/ DES DEGATS CONSIDERABLES 1/ Humainement, une tragedie La seconde guerre mondiale a ete, a tout point de vue, une catastrophe sans precedents : – 50 a 60 Millions de mort en tout. – les civils particulierement touches (bombardement de terreur a Dresde en fevrier 1945 : 135 000 morts , les fusees V1-V2 sur Londres, les bombes atomiques, la

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
deportation, les rationnements et meme la famine…

L’URSS est la plus touchee : 20-25 millions. C’est elle qui a supporte l’essentiel de la machine de guerre allemande, c’est la aussi que les combats on ete menes avec le plus de cruaute. Puis : – l’Allemagne : 7 millions, – la Pologne : 5,5 millions, soit 15% de la population du pays, ce qui en fait le pays le plus meurtri de la guerre, – le Japon : 3 millions, – la France : 600 000, – les Etats-Unis : 350 000. Ces pertes ont creuse des trous dans les populations qui se verront longtemps dans les pyramides des ages. Dans ces drames, n’oublions pas non plus les deplacements de population : plus de 10 millions d’Allemands d’Europe de l’est sont en fuite, – 7 millions de Japonais quittent l’ex-empire nippon, – enfin deplacements considerables en Europe au gre des redecoupages de frontieres : Polonais, Tcheques, Sovietiques… qui tendent a se deplacer vers l’ouest. 2/ Materiellement, des degats considerables L’Europe est encore la plus touchee : en tout, la production industrielle de l’Europe a baisse de 50% par rapport a 1939. L’URSS de l’ouest (l’URSS “utile” est ravagee). De meme la Pologne, pays martyr de la guerre (80% de son industrie). La France fait partie des pays tres touches : 80% des ports sont detruits.

Trains, ponts et canaux sont ravages. Les prelevements allemands ont ete considerables. Les villes allemandes ont beaucoup soufferts. La liste est longue de ces villes aneanties (Cologne, Dresde°. La Grande Bretagne a subi des degats logiquement moins importants puisqu’elle n’a pas connu l’occupation. Financierement, les pays europeens sont ruines, l’endettement a explose dans tous ces pays. Le retour au quotidien apres 1945 s’annonce donc tres difficile (detresse, deportation, rationnement… ). Les premieres annees de l’apres-guerre sont bien souvent des annees de misere. 3/ Moralement, un traumatisme

La seconde guerre mondiale a marque le franchissement par les hommes d’un nouveau pas dans l’horreur. La tuerie de masse, pour des raisons ideologiques, de millions de civils avec des moyens souvent epouvantables a ete systematique (cf. les “medecins de la mort” d’Auschwitz). La decouverte des camps constituent un traumatisme considerable. A Auschwitz, on a extermine 1 million de personnes, a Treblinka 750 000… Localement, les massacres gratuits se sont multiplies : comment oublier la population du petit village d’Oradour sur Glane, exterminee en 1944 pour rien par des Allemands en pleine debacle ?

Jamais des hommes n’avaient commis de telles barbaries. La civilisation europeenne peut avoir l’impression d’un immense retour en arriere. L’Europe voit ses valeurs s’effriter. Les ecrivains et les artistes en temoignent. Albert Camus, par exemple, qui ecrit ces lignes celebres : “Le monde est ce qu’il est, c’est a dire peu de chose. La civilisation mecanique vient de parvenir a son dernier degre de sauvagerie”. D’ou la necessite de juger, pour la premiere fois, pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanite : c’est le proces de Nuremberg (de novembre 1945 a septembre 1946).

On juge les hauts dignitaires nazis encore vivants que l’on a pu attraper. Rudolf Hess, bras droit de Hitler, est condamne a la prison a vie (il y meurt en 1987). Goering est condamne a mort (il se suicide). Un equivalent, epargnant toutefois l’empereur, se deroule a Tokyo. De tels carnages expliquent la volonte tres forte des peuples de reconstruire le monde sur des bases nouvelles B/ L’ESPOIR D’UN MONDE NOUVEAU Une volonte de reconstruire un monde sur des bases nouvelles en 1945, reposant sur la democratie, le libre-echange et les debuts d’un gouvernement mondial pour prevenir les conflits.

Un nouvel ordre mondial se met en place, largement influence par la nation dominante de l’apres-guerre : les Etats-Unis. 1/ Garantir la paix : l’ONU a/ Principes et mise en place L’ONU est annoncee dans la charte de l’Atlantique (1941) signee par Roosevelt et Churchill qui enonce des principes nouveaux afin de respecter le droit des peuples a disposer d’eux-memes. Une volonte de Roosevelt d’assurer le gouvernement du monde et de fonder un systeme de securite collective. L’ONU est clairement un projet americain, voulu par Roosevelt, un peu dans la lignee de la defunte SDN de Wilson en 1919.

La charte est signee par 50 Etats a San Francisco le 26 juin 1945. Elle reaffirme un certain nombre de grands principes humanitaires et democratiques, dans un esprit de paix et de tolerance. Son siege : New York. b/ Fonctionnement Chaque pays membre est representee a l’Assemblee generale et peu s’exprimer, mais c’est le conseil de securite qui detient le vrai pouvoir: quelques pays possedent en effet un droit de veto sur toutes les decisions de l’Assemblee (5 pays sont memes membres permanents de ce conseil : l’URSS, les Etats-Unis, la France, la Chine, la Grande-Bretagne).

Un secretaire general, elu pour 5 ans, represente l’ONU a l’exterieur. Il en est l’ambassadeur. c/ De nombreux organismes annexes L’ONU comprend egalement de nombreuses autres institutions chargees d’assurer le developpement economique et social dans le monde et de faire respecter les droits de l’homme definies dans le declaration universelle des droits de l’homme adoptee en 1948. Quelques exemples : L’UNESCO : fond pour l’education, la science et la culture, L’UNICEF : fond pour l’enfance, LE HCR : haut comite aux refugies, L’OMS : Organisation mondiale de la Sante

La FAO : fond pour l’alimentation et le developpement agricole… 2/ Assurer la reconstruction et la stabilite monetaire : Bretton-Woods, le FMI et la BIRD a/ Construire un nouveau systeme monetaire internationale (SMI) Un SMI c’est un ensemble de regles qui permettent d’assurer les transactions dans le monde en rendant compatibles les systemes monetaires nationaux. L’existence d’un SMI n’a de sens que par rapport a ce besoin d’assurer le bon fonctionnement du commerce international. L’idee est donc de limiter les variations entre les monnaies our que les echanges entre pays se developpent. Dans les annees trente, la crise economique avait debouche sur une reduction des echanges et sur un developpement de l’autarcie. Beaucoup de gens s’accordent a penser qu’il y a eu la une des causes de la seconde guerre. C’est pourquoi, au lendemain de la guerre on va chercher a reconstruire un SMI. Les Etats-Unis, apotres du libre-echangisme, sont convaincus de l’importance de transactions libres. Ils vont favoriser cette liberalisation des echanges. b/ Juillet 1944, les accords de Bretton Woods enterinent la suprematie du dollar

Un groupe d’experts economistes se reunis des 1944 dans la petite ville americaine de Bretton Woods pour penser, deja, a l’apres-guerre. L’idee : recreer un systeme de changes fixes afin de favoriser le developpement des echanges. Un projet anglais (mene par Keynes) et un americain (mene par White) s’opposent. Le projet americain s’impose. Voici ses caracteristiques : – les taux de change seront exprimes en or ou dans une monnaie convertible en or (la seule etant le dollar : les Etats-Unis ont les 2/3 de l’or mondial).

Le dollar devient “as good as gold”, – chaque pays doit definir la valeur de sa monnaie en or ou en dollar, – chaque pays doit s’engager a maintenir cette parite (dans des limites de + ou – 1%) et a intervenir le cas echeant, – aucun pays ne doit pratiquer des devaluations competitives sauvages comme dans les annees trente. Bretton-Woods fait donc du dollar la seule grande monnaie de paiement international. c/ FMI et BIRD Deux organes sont crees en meme temps que ces accords de Bretton-Woods sont signes pour stabiliser ce nouveau SMI : Un Fond Monetaire International (FMI), installe a Washington, charge de veiller au respect de ces regles et d’aider les pays qui ont des deficits temporaires. Il a aide a la reconstruction de l’Europe. Il est alimente par une cotisation des membres, la part des Etats-Unis etant largement preponderante. – La Banque Internationale pour la Reconstruction et le Developpement (la BIRD) encore appelee Banque Mondiale, chargee d’accorder des prets a long terme pour les gros investissements (dans la reconstruction par exemple). 3/ Garantir la liberte du commerce : le GATT (1947)

C’est a nouveau un projet americain (toujours le liberalisme). On veut favoriser le commerce mondial, garant de la paix. Les Etats-Unis veulent aussi profiter de leur suprematie pour s’imposer commercialement (la liberte, c’est encore mieux quand on est le plus fort ! ). Les raisons : la crise des annees trente qui a vu l’effondrement des echanges et qui a entretenu la crise et favorise la montee des fascismes. Le GATT est signe en 1947. 23 pays fondateurs. Il organise des cycles de negociation (appeles “Round”, ce qui veut tout dire sur la facilite des negociations ! destines a reduire les obstacles au developpement des echanges. L’essentiel de ces negociations porte sur la baisse des tarifs douaniers et la reduction des quotas d’importation. Le GATT est devenu l’OMC en 1995 (Organisation Mondiale du Commerce), plus structure. La “clause de la nation la plus favorisee” prevoit qu’en matiere de taxes a l’importation et de reglementation, chaque nation doit repercuter sur l’ensemble de ses partenaires tel ou tel avantage accorde a un pays particulier. C/ UNE NOUVELLE CARTE DU MONDE ET DE NOUVEAUX RAPPORTS DE FORCE

Le monde de 1945 est egalement tres nouveau d’un point de vue strategique. Les relations internationales sont transformees par rapport aux annees 1930. 1/ Le declin de l’Europe et l’avenement de deux « super grands » a/ Declin de l’Europe L’apogee de l’Europe se situe en 1914. Elle est deja affaiblie en 1919 mais parvient a maintenir ses positions. En 1945, elle recule sur tous les points : – La guerre l’a frappe de plein fouet. Les pertes humaines, materielles et financieres sont colossales, – L’Allemagne en tant qu’etat n’existe plus : elle est divisee et occupee, La France, occupee et discreditee (a cause de Vichy) est tres affaiblie et ne participe meme pas aux conferences entre Grands (Teheran en 1943, Yalta et Potsdam en 1945); elle n’est qu’un vainqueur “par raccroc”, un peu grace a l’obstination de de Gaulle qui obtient un siege au conseil de securite de l’ONU. – Seule la Grande Bretagne peut en 1945 encore esperer retrouver ses positions d’avant-guerre mais elle realisera rapidement qu’elle aussi doit ceder la place : en 1945, la Grande Bretagne n’est qu’un vainqueur ruine et dont la presence dans le monde est conteste par la montee des nationalismes dans son empire.

De plus, la monnaie de reference est desormais le dollar et plus la Livre. – Enfin, partout des mouvements d’independance se levent dans les colonies et la restauration des Empires s’avere rapidement illusoire. b/ La domination americaine Les Etats-Unis sont a leur apogee en 1945. Ils sont le seul grand gagnant de la guerre : – un pays epargne : les Etats-Unis sont le seul pays du monde a sortir presque indemnes de la guerre. Les pertes en hommes sont limitees (350 000 morts, 1/80eme de l’URSS ! ) et les Etats-Unis n’ont pas connu de destructions sur leur sol, – une superiorite financiere : les Etats-Unis. ont le seul etat a sortir de la guerre plus riche qu’en y entrant. Ils possedent les 2/3 des reserves d’or du monde, et le dollar, depuis les accords de Bretton Woods, est devenu la seule monnaie de reference au plan mondial, – une superiorite technologique : les Etats-Unis disposent en 1945 d’une superiorite technologique qui s’est renforcee pendant le conflit. L’arrivee de savants du monde entier et les tres importants credits de recherche pendant la guerre ont accelere l’innovation et assure au pays un monopole des produits nouveaux comme l’ordinateur, les plastiques, les antibiotiques ou… e frigo. , – une superiorite economique : “grenier” et “arsenal” des democraties pendant la guerre, les Etats-Unis apparaissent en 1945 comme le seul geant economique. Ils assurent alors la moitie de la production mondiale (plus de 50% de l’acier et 90% de la construction aeronautique et automobile par exemple). Ils assurent 1/4 des exportations mondiales, leur balance commerciale est largement excedentaire. L’aide americaine est indispensable a l’Europe et a toutes les nations du continent americain du Canada a l’Argentine, une superiorite militaire : l’armee sovietique est tres puissante, mais reste conventionnelle : les Etats-Unis sont en 1945 les seuls detenteurs de la bombe A, – une diffusion de leurs valeurs : le liberalisme n’est pas l’ideologie la plus attractive en 1945 (c’est le communisme) mais le monde se reconstruit sur des principes americains : ONU, GATT, Bretton-Woods. c/ L’affirmation de l’URSS Tres touchee par la guerre (25 millions de morts, un pays devaste), l’URSS est pourtant l’autre grande puissance en 1945, car : elle dispose de la plus grande armee du monde (conventionnelle), tres aguerrie et qui occupe la moitie de l’Europe, – elle beneficie du prestige de l’ideologie communiste qui passe pour le fossoyeur du nazisme (l’URSS a subi le plus gros de l’effort de guerre allemand). Un etat martyr pour, pense-t-on alors, la cause de la democratie et de la liberte des peuples. C’est l’ideologie la plus attractive en 1945 et on fait les louanges du grand Staline. L’ideologie communiste et tous les partis communistes d’Europe en retirent un prestige exceptionnel.

Les annees d’apres guerre correspondent a un “grand bond” du communisme : les jeunes et les intellectuels affluent, le Parti Communiste Francais est a 26%, en Italie on passe de 5000 adherents dans les annees trente a 1700 000 ! Oublies les proces de Moscou et le pacte germano-sovietique, oublies l’invasion de la Finlande et la repression contre les etats baltes et la Pologne en 1940, etouffes les exterminations de Katyn ou les deportations massives de peuples entiers (380 000 Allemands de la Volga, 400 000 Tchetchenes, 300 000 Tatars de Crimee… ) : URSS et communisme sont desormais symbole de liberte et de democratie.

L’URSS s’impose comme une nation puissante et exemplaire. On veut croire que “le soleil se leve a l’Est”, d’autant que la propagande est efficace. On ne voudra bien admettre que beaucoup plus tard que le fossoyeur du nazisme pratiquait a peu pres les memes methodes… En occident on n’est pas tres mefiant : la dissolution du Komintern en 1943 laisse naivement supposer que Staline serait en train de se transformer en une sorte de monarque liberal. Au total, on ne peut qu’etre surpris de la rapidite de l’inversion de l’image de l’URSS : tres negative dans les annees trente, tres positive apres 1945. / Le reveil des peuples colonises Partout les colonisateurs europeens sont vaincus ou vulnerables. Les peuples colonises, l’Asie en tete, dont la montee de revendications nationalistes s’est developpee des l’entre-deux-guerres, reclament des reformes majeures, plus de liberte et parfois l’independance. Le contexte y est favorable : – l’ONU va leur assurer une tribune ou ils pourront se faire entendre, – les deux Grands, pour des raisons tres differentes, sont anticolonialistes, – le principal colonisateur, l’Europe, est tres affaiblie et voit son prestige s’effondrer.

Les premieres independances ont lieu au Proche-Orient : la France est contrainte de se retirer de la Syrie et du Liban des 1946. Les Juifs fuient l’Europe et s’installent de plus en plus massivement en Palestine : c’est le retour a Sion prone des 1896 par le Hongrois Theodore Herzl en 1896. La Grande Bretagne debordee accorde l’independance a la Palestine en 1948. Le 15 mai 1948, Ben Gourion l’officialise, mais c’est une situation que n’accepte pas les peuples arabes : des le lendemain, c’est le debut d’un long conflit qui dure encore de nos jours. / Des modifications territoriales tres importantes Des changements tres importants, resultant surtout des faits, c’est a dire de la position des troupes en 1945. a/ En Europe : deplacement des frontieres vers l’ouest Le principe de ces redefinitions territoriales fut le retour aux frontieres de 1937 avec 3 exceptions majeures cependant : 1 – L’URSS avance a l’ouest : – la Carelie est prise a la Finlande, – l’annexion des 3 etats baltes (independants de 1918 a 1940, violemment mis au pas par l’URSS des 1940 avec deportations et epurations) n’est pas remise en cause en 1945, controle de Kaliningrad (ex-Prusse orientale, ancienne Koenigsberg), – annexion de l’Est de la Pologne, – annexion de l’Est de la Tchecoslovaquie (Ruthenie), – annexion de l’Est de la Roumanie (Bessarabie), 2 – La Pologne glisse a l’ouest et diminue par rapport a l’avant-guerre : – elle prend des terres a l’Allemagne (Pomeranie, Silesie) jusqu’a la ligne Oder-Neisse que Staline voudrait imposer mais que les allies refusent de reconnaitre. 3 – L’Allemagne est la grande perdante : Son territoire est reduit d’un quart de sa superficie (350 000 km2 contre 470 000 en 1920), il est en outre divise et occupe.

Ces modifications s’accompagnent de grands deplacements de population qui ajoutent aux drames de ces populations : Allemands expulses en grand nombre, Polonais, Finlandais, Hongrois… Des millions de personnes, desorientes et ayant souvent tout perdues sont sur les routes. b/ En Asie : disparition du vaste Empire japonais 1 – Le fait essentiel est la disparition du vaste Empire japonais qui s’etendait sur presque tout le Pacifique en 1942 : – la Chine est evacuee mais retombe rapidement dans la guerre civile entre communistes de Mao ZeDong et nationalistes de Tchang Kai Chek, – la Coree est evacuee, mais elle est a moitie iberee par l’URSS et a moitie par les Etats-Unis. Chacun y met en place un gouvernement de son cru (Kim Il-Sung au nord et Syngman Rhee au sud revendiquant chacun la totalite de la peninsule), 2 – L’URSS annexe le sud de l’ile Sakhaline et les iles Kouriles pour prix de sa recente declaration de guerre au Japon. 3/ Vers la guerre froide a/ Rapide remise en cause de la Grande Alliance La grande alliance contre le nazisme ne survit pas a la fin de la guerre. Les deux grandes puissances qui emergent de la guerre, fondamentalement antagonistes (communisme et liberalisme, dictature et democratie pluraliste), ne vont pas tarder a s’opposer.

Les annees 1945 et 1946 montrent la montee des tensions et les desaccords, nets sur des questions essentielles (on n’envisage pas l’apres-guerre de la meme facon en URSS et aux Etats-Unis), vont l’emporter sur l’esprit de la Grande Alliance, qui etait d’abord une entente de fait contre un ennemi commun. Ces desaccords sont de plus en plus nets au fil des grandes conferences a trois (Grande Bretagne, Etats-Unis, URSS) qui marquent la fin de la guerre a Yalta en fevrier 1945 et a Potsdam en aout 1945 en Allemagne.

La France, discreditee par Vichy, n’est pas invitee. b/ Yalta, 4-11 fevrier 1945 : une volonte de s’entendre C’est encore la guerre mais la victoire ne fait plus aucun doute. Une rencontre aux objectifs multiples : – finir la guerre (cela s’annonce encore long en Asie), – poser les bases de l’apres-guerre. L’armee rouge, a 50 km de Berlin, est en meilleure posture, les Etats-Unis, retardes par l’offensive allemande dans les Ardennes, ne franchissent le Rhin qu’en mars 1945. Cette conference reunit Roosevelt, Churchill et Staline.

L’ambiance est bonne (le soir, le champagne caucasien coule a flots ! ), mais chacun a des preoccupations differentes : – Churchill est « le plus petit » : volonte de maintenir la puissance anglaise et donc l’empire et donc le controle sur la Mediterranee. Il est convaincu que Staline veut controler une grande partie de l’Europe et est pret a lui ceder beaucoup en Europe pour sauvegarder ce qu’il juge essentiel pour la Grande Bretagne (l’Empire), – Roosevelt : il veut reorganiser le monde sur des bases nouvelles, en garantissant la liberte des echanges et la democratie.

D’ou son souhait de promouvoir l’ONU aupres de l’URSS reticente, d’assurer des elections libres partout en Europe et d’entrainer l’URSS en guerre contre le Japon (decalage entre guerre en Europe et en Asie, peut-etre encore 1 an de guerre la-bas, resistance acharnee et Roosevelt ne sait pas quand la bombe A va aboutir), – Staline : Il a pris conscience de la puissance de l’URSS, du rayonnement du communisme et compte mettre a profit les bouleversements nes de 1945. Staline entend bien monnayer la puissance et les sacrifices de son pays en avantages concrets.

Il veut s’assurer un glacis protecteur a l’Ouest de l’URSS, demembrer l’Allemagne, obtenir des reparations financieres et veut faire admettre ses annexions. L’URSS retrouve ainsi les reflexes de la Russie tsariste : extension a l’ouest et vers les mers chaudes, Churchill l’a pressenti et le redoute. Bilan de la conference : – Roosevelt fait accepter le principe d’une ONU par Staline, – Staline promet de s’engager dans la guerre contre le Japon pour le 8 aout 1945, mais monnaie sa participation : le sud de l’ile Sakhaline + les iles Kouriles, Un desaccord important subsiste sur la Pologne : d’accord pour l’extension de l’URSS a l’est de la Pologne mais des problemes demeurent sur les frontieres Ouest et sur le gouvernement polonais : Staline veut faire admettre son “Comite de Lublin” composes de communistes alors que les Anglo-saxons prefereraient le gouvernement en exil a Londres. On se met d’accord en acceptant le principe d’organiser partout des elections libres. – Staline obtient aussi de Roosevelt 20 milliards de dollars de reparations payables par l’Allemagne, – L’Allemagne et l’Autriche seront gouvernes en commun.

Churchill obtient une place pour la France dans le futur gouvernement a 4 de l’Allemagne : peur d’etre isole, de plus la France est aussi une puissance coloniale, – Une importante “declaration sur l’Europe liberee” est signee, a l’esprit tres democratique. On y affirme de grands principes democratiques. Elle conclut la conference. Deja des divergences s’affirment. Dans la mesure ou l’on a du mal a se mettre d’accord, la nouvelle carte de l’Europe a donc de fortes chances de dependre de la situation de fait sur le terrain, c’est a dire de la position des troupes a la fin de la guerre.

L’armee rouge ne reculera par la suite que tres peu : l’Europe n’a donc pas ete partage a Yalta comme le laisse croire un mythe tenace. La conference est plutot l’un des derniers lieux ou l’on a vraiment tente de se mettre d’accord. Elle fut surtout un des moments ou l’on a pu voir a quel point les positions des uns et des autres etaient dissemblables. Yalta fut une tentative ultime et desillusionnee d’eviter l’extension d’un partage du monde pourtant deja effectif. c/ Potsdam 17 juillet-20 aout 1945 : affirmation des desaccords

L’atmosphere est moins cordiale. Le contexte est different : – Roosevelt (decede en avril 1945) est remplace par Harry Truman (le “petit chemisier du Kansas”, sans grande experience politique, Roosevelt ne l’associait pas aux prises de decisions) mais ferme (moins idealiste que Roosevelt) et considere aujourd’hui comme l’un des meilleurs presidents que les Etats-Unis aient eu. Par ailleurs, le 16 juillet, a la veille de la conference, Truman apprend que la premiere bombe A americaine vient d’exploser dans le desert du Nouveau-Mexique.

Cela change les choses : a Yalta, l’armee rouge etait la premiere du monde, a Potsdam, les Etats-Unis sont redevenus la premiere puissance militaire mondiale. – Staline ne semble pas respecter les dispositions de Yalta sur les elections libres : en mars 1945, il a installe de force en Roumanie et en Bulgarie des gouvernements ou les communistes ont l’essentiel des pouvoirs. Truman interrompt un temps le pret-bail pour marquer son desaccord, mesure tres mal percue par les Sovietiques. Churchill, inquiet des ambitions sovietiques, pousse les Etats-Unis a avancer le plus possible leurs armees en Europe, et, prone la fermete vis a vis des Sovietiques. Mais le “vieux lion” est remplace en pleine conference par le travailliste Attlee, plus conciliant (Churchill est battu aux elections). Les principaux desaccords ne sont pas regles : – L’Allemagne est au centre des debats. On se met d’accord sur les zones d’occupation de l’Allemagne et de Berlin et sur la denazification, la decartellisation et la demilitarisation de l’Allemagne, on en reste a une frontiere ouest de la Pologne sur l’Oder-Neisse jamais acceptes par les Etats-Unis et la Grande Bretagne mais qui va rester la frontiere de fait, – l’evolution des pays controles par l’Armee rouge ainsi que leur regime politique inquiete les Occidentaux et ils doivent se contenter de vagues promesses de Staline. – La mefiance monte : a l’ouest on s’inquiete de la progression du communisme qui pourrait s’etendre a toute l’Europe vu la faiblesse du continent ; a l’est, Staline craint de se voir contester des avantages territoriaux qu’il estime legitime.