Lettre24

Lettre24

ettre 24 Le texte que nous allons étudier est la lettre 24 des Lettres persanes publiées en 1721 par Montesquieu. Montesquieu est un philosophe des lumières, il se consacre à l’écriture et effectue de nombreux voyages en Europe, particulièrement en Angleterre et en Italie qui viennent nourrir ses réflexions politiques, philosophiques et sociales. il se livre dans Lettres Persanes en 1721. Il est l’un des premiers à songer à la séparation des pouvoirs en trois domaines : l’exécutif, legisaltif, judiciaire.

Critiqué par l’église, Montesquieu n’est pas pour autant hostile au système monarchique. Annonciateur du courant des lumières françaises, il participe aveugle Un discours appare clopédie et meurt p g Le héros découvre Paris. Le début de la lettre, consacré à la description étonnée de paris par Rica, est dominé par la figure de l’hyperbole. Dans les lignes 6 à 10, c’est la hauteur des maisons parisiennes qui stupéfie les Persans, comme le suggèrent ces phrases: «les maisons y sont si hautes, qu’on jurerait qu’elles ne sont habitées que par des astrologues » (l. -7), « une ville bâtie en l’air » (l. 8). L’accumulation des négations à valeur absolue elève aussi de Ihyperbole, par exemple dans « je n’y ai encore vu

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marcher personne. Il n’y a point de gens au monde qui tirent mieux parti de leur machine que les Français» (l. 11-13). Le Persan semble donc décrire un lieu extraordinaire to next page extraordinaire, et un lecteur peu avisé pourrait penser que ce discours est un éloge de la capitale française. Rica s’étonne du rythme de vie des Parisiens.

Les déplacements effrénés des Parisiens sont la pre- mière cible d’exagérations amusantes: «ils courent; ils volent» (l. 13-14), «je n’ai pas fait cent pas, que je suis plus brisé que si j’avais fait dix lieues » (l. 2-23). Dans ces deux exemples, l’hyperbole est combinée à l’antithèse : « ils courent , ils volent » contraste en effet avec « les voitures lentes d’Asie, le pas réglé de[s] chameaux puis «cent pas» s’opposent à «dix lieues».

Rica a donc des Français l’image d’un peuple doté d’une énergie exceptionnelle, mais peu courtois. C’est ce que sug- gère par exemple la phrase: «passe qu’on m’éclabousse depuis les pieds jusqu’à la tête ; mais je ne puis pardonner les coups de coude, que je reçois régulièrement et périodiquement » (l. 17-19). Se promener dans Paris relève donc d’une loi de la jungle moderne et urbaine. Le vocabulaire de cette lettre, qu’il qualifie Paris, le roi ou le pape, est mélio- ratif.

L’apparente admiration de Rica se manifeste par l’emploi de termes mélioratifs, très souvent renforcés par des tournures intensives, comparatives ou superlatives: «le plus puissant prince de l’Europe» (l. 27), «plus de richesses que lui» (l. 29), «un pro- dige de l’orgueil humain» (l. 32), «un grand magicien» (l. 34), «tant est grande la force et la puissance qu’il a sur les esprits » (l. 42), « plus fort que lui » (l. 44). L’hyperbole est le moy 2 OF s esprits » (l. 42), « plus fort que lui » (I. 4).

L’hyperbole est le moyen d’expression privilégié de l’étonnement du personnage: toutefois, les images et les expressions qu’il utilise sont trop appuyées pour être honnêtes, et doivent alerter le lecteur sur l’interprétation à en tirer. De plus la suprématie du souverain exprimée par le superlatif « le plus puissant  » créant dzns la première phrase une allitération en « p » Il. Une critique virulente Le roi de France manipule les esprits. Le paragraphe qui s’étend des lignes 34 à 42 est consacré au pouvoir que le souverain exerce sur l’esprit de ses sujets.

En apparence, Rica s’émerveille es extraordinaires capacités de persua- sion du rol: «il les fait penser comme il veut. S’il n’a qu’un million d’écus dans son trésor, et qu’il en ait besoin de deux, il n’a qu’à leur persuader qu’un écu en vaut deux ; et ils le croient » (l. 35-37). Mais à y regarder de plus près, le passage est saturé d’expressions qui ne sont pas liées à la notion de persuasion, mais à l’idée de manipulation: «il exerce son empire» (l. 34), «il les fait penser comme il veut» (l. 35), «mettre dans la tête» (I. 39), «faire croire» (l. 1 Le lecteur est Invité à déchiffrer Pironie et à saisir la critique sous les éloges apparents . La satire de l’auteur s’ex 3 OF s puissance financière du d’importantes ressources naturelles, comme le roi d’Espagne qui possède des mines d’or, mais parce qu’il dadonne à des manipula- tions financières. Il influe en effet sur le cours de sa monnaie (l. 35-37), instaure les billets de banque, argent désincarné dont on peut aisément modifier la valeur («il n’a qu’? leur mettre dans la tête qu’un morceau de papier est de l’argent », l. 8-40), et crée des titres de noblesse qu’il échange contre des richesses réelles afin d’équi- per son armée («On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n’ayant d’autres onds que des titres d’honneur à vendre l. 30-32). Autrement dit, il créedes monnaies abstraites et peu fiables, sans se soucier des conséquences possibles. Les antithèses soulignent l’opposition entre ces valeurs abstraites et leurs contre- parties bien concrètes: «mines d’or»/« vanité de ses sujets» (l. 28-30); «titres d’honneurJ« ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées» (l. 1-33); «morceau de papier»/« de l’argent» (l. 39-40). Là encore, le vocabulaire est apparemment élogieux, mais il est systématiquement contrecarré par des tournures négatives («il n’a point», l. 7-28; «il n’ait point », l. 38) et restric- tives («n’ayant d’autres fonds que», l. 31 ; «s’il n’a qu' », I. 35-36, «il n’a qu’à », I. 37), ce qui doit faire saisir au lecteur l’ironie du discours. c. Comme le roi, le pape est la cible de la satire. Le moij’tde vue naif permet d’introduire le terme de « magicien » .

Comme le roi, le pape est aussi désigné par le terme de 4 OF S permet d’introduire le terme de « magicien » . Comme le roi, le pape est aussi désigné par le terme de «magicien» (l. 44). L’éloge apparent de sa puis- sance («qui n’est pas moins maître de son esprit, qu’il l’est lui-même de celui des autres l. 4-45) recouvre en réalité une critique de la manière dont il manipule des fidèles crédules. La démonstration de ces pouvoirs magiques s’appuie sur l’évocation de plusieurs rites ou croyances catholiques tels que l’eucharistie, la Trinité, « et mille autres choses de cette espèce » (l. 8). Ces fondements de la religion chrétienne sont présentés de façon triviale, pour souligner leur caractère arbitraire: «il lui fait croire que trois ne sont qu’un; que le pain qu’on mange n’est pas du pain, ou que le vin qu’on boit n’est pas du vin » (l. 46-48). Le double discours se confirme avec la récision suivante, quelques lignes plus bas : « [le pape] voulut obliger sous de grandes peines, ce prince et ses sujets de croire tout ce qui y était contenu» (I. 2-54) : ce n’est ni par magie ni par force de persuasion que le pape convainc les fidèles, mais par la contrainte et parfois même la violence. La structure de la lettre révèle quel est, en réalité, son véritable objet : une dénonciation du pouvoir abusif du roi et du pape, présentés ici comme des usurpateurs. Masquée par un sujet en apparence frivole — la description de paris et des Parisiens , la critique se fait plus insidieuse, moins directe. S OF s